Le prieuré Saint-Jean-du-Grais, ou prieuré de Saint-Jean-du-Gray et prieuré Saint Jean du Grais, est un ancien monastère situé dans la forêt de Bréchenay, sur la commune d'Azay-sur-Cher dans le département français d'Indre-et-Loire en région Centre-Val de Loire.

Le prieuré, qui a été dépendant de l'abbaye Saint-Paul de Cormery, est fondé dans la première moitié du par deux ermites après une donation de Foulques V d'Anjou, roi de Jérusalem en 1120.

D'abord cistercien, le prieuré devient ensuite augustinien du début du . Durant cette période, comme pendant l'époque précédente, les prieurs se succèdent et Victor Le Bouthillier, archevêque de Tours, est élu à tête de l'établissement monastique dans les années 1660. Saint-Jean-du-Grais est administré par les oratoriens en 1771, et ce jusqu'aux événements révolutionnaires aux cours desquels le prieuré est vendu comme bien national.

Un clocher, vestige de l'église démantelée au , un dortoir, une salle capitulaire, un réfectoire et un puits sont les seules structures demeurées intactes de ce prieuré de style roman construit au Moyen Âge..

Les bâtiments du prieuré, et une peinture murale représentant un christ en majesté font l'objet d'un classement au titre de monument historique en 1928. Au début des années 2000, les fenêtres du réfectoire, du dortoir et de la salle capitulaire ont été aménagées de vitraux monochromatiques, pièces d'art contemporain exécutées par le sculpteur d'espace Sarkis.

Situation géographique

Le prieuré est localisé sur la commune d'Azay-sur-Cher à de son centre-bourg, dans la partie centre-est du département d'Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire.

Le monastère tourangeau, situé dans la forêt de Brechenay, se trouve à la limite nord-ouest de la Champeigne tourangelle. Il repose sur un plateau entre le Cher et l'Indre. L'établissement prieural, qui est distant de de la ville de Cormery, se trouve à proximité de l'Échandon, une rivière tributaire de l'Indre..

À l'instar de la tour du Brandon, l'emplacement du prieuré médiéval pourrait marquer le tracé d'une ancienne secondaire allant du gué de Reignac-sur-Indre, au sud-est, jusqu'à Tours, au nord-ouest..

Les bâtiments monastiques de Saint-Jean-du-Grais sont accessibles via la route départementale 82..

Toponymie Évolution chronologique des mentions du prieuré :

, : 1146, charte de fondation : 1205 ; : 1234 ; Couvent de Saint-Jean-dou-Grès : 1277 ; : 1396 ; Prieuré de Grays : 1639, Fonds Châtre de Cangé ; Prieuré Saint-Jean-du-Grès : 1740, état du domaine d’Amboise. ; Prieuré du Grais : carte de Cassini ; Prieuré Saint-Jean-du-Grec : carte de Cassini, seconde moitié du ; Prieuré Saint Jean du Grais : carte d'état-major, entre 1820 et 1866. ; Prieuré Saint Jean du Grais : carte au 1/ de 1950.. vignette|upright=1.3|Le prieuré sur un extrait de la carte de Cassini (seconde moitié du ). Le toponyme du monastère apparaît sous la forme Saint-Jean du Grec.

Le toponyme Grais est un terme issu de l'ancien français et qui fait référence à la notion de "silex", de "grès.. Le mot "Grais", qui renvoie à un , est décliné des formes latines et .. En outre, le nom du prieuré est également composé du vocable "Jean", mot renvoyant au nom du saint patron sous lequel le monastère a été placé.

Histoire Moyen Âge Fondation Pour Jean-Louis Chalmel le prieuré aurait été fondé en 1017. Il attribue la fondation du Grais à Foulques Nerra. Ultérieurement, Amédée De La Ponce, puis Charles de Grandmaison reprennent Chalmel, tandis que Casimir Chevalier et Jacques-Xavier Carré de Busserolle nuancent ce constat et proposent une date plus récente... De fait, comme le souligne Guy-Marie Oury, deux cartulaires, complétés par les textes de la Grande Chronique de Touraine, réunis par André Salmon, mettent en évidence que la première mention du monastère est datée de 1127 par la charte de confirmation de donation par Foulques V d'Anjou et la seconde faite en 1146, à la mort d'un clerc, Jean Joscelin.. Le texte de la charte de 1146 est le suivant : [...] .. Pour autant, selon Jean-Martial Besse, à proximité de Saint-Jean-du-Grais, un bâtiment ecclésiastique, une église, datée de 1017, aurait été fondée par Foulques Nerra..

vignette|gauche|upright=1.9|Foulques V d'Anjou, donateur des terres du Grais.

À l'origine de la fondation du monastère, très problement datée de 1146, se trouve une communauté érémitique venue s'installer au début du dans la forêt de Bréchenay, à mi-chemin d'Azay et de Cormery. Pour autant, les lieux se révèlent alors peu propices à l'implantation d'un prieuré.. La communauté s'est formée autour de deux ermites, connus sous les noms Renaud Frémaud et Geoffroi Paissonel. Les ermites bénéficient d'un don terrien octroyé par le comte d'Anjou Foulques V en 1120 et confirmé par écrit en 1127. L'acte de donation du roi de Jérusalem se fait alors en présence de deux témoins, deux prêtres dénommés Raymond et Geoffroy.. Le fondateur et premier maître de l'ordre du Temple Hugues de Payns aurait également assisté à cet acte de don.. La donation de Foulques V consiste en trois propriétés terriennes : la chapelle Paissonnel (antérieurement connue sous le nom de chapelle « Meginay »), le « Petit-Grais » et le « Marchais-Saint-Jean ». L'acte de donation est confirmé quelque temps après par Geoffroy V d'Anjou, le fils de Foulques.

Le groupe de la forêt de Bréchenay comprenait également Jean Joscelin, un ancien moine issu de l'abbaye Saint-Paul de Cormery. Après l'acte de donation des années 1120, à la mort de Frémaud et Paissonel, Joscelin prend rapidement la tête de la communauté érémitique. C'est en la personne de Joscelin que la communauté du Grais passe alors sous la tutelle de l'abbatiat de Cormery..

Constructions des bâtiments et indépendance de la communauté du Grais Les terres du Grais relèvent ensuite de la tutelle de la collégiale de Saint-Martin. La communauté érémitique se retire dans une chapelle connue sous le nom de (ou de ) et située non-loin du Grais. Le domaine du Grais est remis aux mains des ermites de la forêt de Bréchenay par le doyen Barthélémy en 1163. Pour autant cette donation est conditionnée : Barthélémy souhaite que les ermites y représentent le siège de son ordre (celui de Saint Martin). Pour G. Oury, il est probable que le chapitre de Saint-Martin ait voulu ériger un deuxième établissement monastique régulier postérieurement à la construction du prieuré de Saint-Cosme. La même année, les travaux de construction d'un monastère régulier commencent.. Les bâtiments sont alors conçus dans un .

vignette|upright=0.8|Lucius III, pape ayant officialisé l'indépendance du Grais en 1189. Dans un cartulaire daté de 1182, l'abbé de Cormery Gérard (ou Géraud) renonce aux droits de propriété de l'abbaye sur Saint-Jean-du-Grais.. Après cette date et après l'intervention d'Étienne de Marsay auprès d'Henri II, sous la demande de la communauté érémétique, Saint-Jean-du-Grais cesse d'être du ressort de l'abbaye Saint-Paul de Cormery.. Deux ans plus tard, en date du , l'indépendance du Grais vis-à-vis de Cormery devient officielle, avec une bulle pontificale émise par le pape Lucius III.

Au début du , Philippe de Ramefort, le fils d'Étienne Marsay, remet à la communauté du Grais le droit de patronnage d'une chapelle, construite au sein de la nécropole de Vou, bien qu'il en ait fait acte de donation à l'abbaye de Saint-Sauveur quelque temps plus tôt, en 1206.. En 1255, le seigneur de Montbazon renonce à son droit de ségréage sur le massif du Brandon en faveur du prieuré. En 1277, ce sont les droits de panage et de pâturage sur les bois de Marigny de Forges, également situés dans la forêt de Bréchenay, que le duc de Montbazon remet aux mains de Saint-Jean-du-Grais..

Au cours du , le monastère tourangeau est adjoint d'une structure destinée à loger le prieur et l'un des bâtiments conventuel fait l'objet d'une seconde phase de construction.. Dans son testament daté du , Aymar de la Rochefoucauld, alors seigneur de Sainte-Maure octroie des rentes au prieur de Saint-Jean-du-Grais..

Époques moderne et contemporaine Prieuré augustinien puis oratorien vignette|gauche|upright=0.9|Victor Le Bouthillier, prieur de Saint-Jean-du-Grais dans les années 1660 (gravure de Robert Nanteuil). Les structures sont ravagés une première fois par les ligueurs en 1562, puis définitivement détruits lors des événements de révolution..

En 1603, l'établissement prieural, jusqu'alors administré par des cisterciens, revient à des chanoines appartenant à l'ordre de Saint-Augustin. Dans la seconde moitié du , Saint-Jean-du-Grais comptait alors parmi les quatre prieurés conventuels établis au sein du diocèse de Tours, avec la Chartreuse du Liget, la Bourdillière, érigé en 1662 et Saint-Cosme.. En 1664, l'archevêque de Tours Victor Le Bouthillier devient le prieur du Grais.

En date du , l'établissement prieural est adjoint aux possessions au collège royal de Tours. Au , les structures de Saint-Jean-du-Grais font l'objet de deux campagnes de restaurations : une première entre 1728 et 1748, période durant laquelle les fossés ceignant les massifs boisés sont également réparés ; puis une deuxième entre 1747 et 1767, où des travaux sont réalisés sur le chœur et le clocher de l'église. En 1771, Saint-Jean-du-Grais passe sous l'administration de la Congrégation de l'Oratoire.. En date du , le prieuré fait l'objet d'une vente en tant que bien national pour une somme totale s'élevant à . Un homme dénommé Victor Petit, un exploitant agricole, s'en porte alors acquéreur.

Vers le milieu du , en 1850, à l'exception de son clocher, l'église prieurale fait l'objet d'une destruction.. La même année, un ecclésiaste, l'abbé Guillot, exécute deux sculptures pour l'église paroissiale d'Azay-sur-Cher, dont l'une représente Saint Jean, le patron du prieuré..

Vers la fin du , en 1889, Auguste Rodin se rend en Touraine. Il passe par la ville d'Amboise, réalise un croquis de l'Aile Charles-VIII, puis se dirige vers Azay-sur-Cher et se rend au Grais. De son passage à Saint-Jean-du-Grais, le sculpteur exécute une esquisse du clocher, seule structure subsistante de l'ancienne église romane....

Restauration des bâtiments et mise en valeur du site vignette|upright=1.3|Vue d'ensemble du prieuré dans son état actuel. Au tout début du , en 1901, l'ancien prieuré médiéval fait l'objet d'un rachat par la famille Darrasse. Les Darrasse entreprennent des travaux de restauration du Grais au cours des années 1920. Les bâtiments et les vestiges du monastère bénéficient d'un classement au titre de monument historique par arrêté ministériel daté du . Vers la fin des années 1940, dans le cadre du congrès archéologiques de France, à Tours, l'archéologue Robert Ranjard effectue une étude des bâtiments et des vestiges du prieuré...

En 2000, pour donner un nouvel élan à Saint-Jean-du-Grais, une association de sauvegarde des lieux effectue la commande d'une œuvre d'art contemporain. L'association fait alors appel à la Fondation de France. Pour l'exécution de l'œuvre, dans le cadre du programme des Nouveaux commanditaires, le choix se porte sur le sculpteur d'art contemporain turco-arménien Sarkis. Sarkis réalise alors une série de , et, en 2004, l'œuvre du sculpteur, intitulée , est inaugurée..

Dans les années 2010, ... et des visites guidées, notamment lors de journées portes ouvertes, sont régulièrement organisés au sein des bâtiments monastiques....

Possessions et revenus du prieuré