L'insurrection de de Moscou, s'est déroulée entre le et le , principalement dans le district moscovite de Presnia. Elle a été le point culminant de la Révolution de 1905. Des milliers de travailleurs ont rejoint une insurrection armée contre le gouvernement impérial, dont les objectifs étaient sociaux et démocratiques.

Le soulèvement débouche sur une défaite des révolutionnaires bolcheviques, et une réaction contre-révolutionnaire qui dure jusqu'en 1907. À de nombreux égards, la révolution de 1905 a été un point tournant. L'insurrection de décembre a joué un rôle important dans le développement de la conscience révolutionnaire chez les travailleurs russes.

Quelques années plus tard, l'expérience acquise par le prolétariat moscovite sera un des facteurs expliquant le succès, en 1917, de la révolution d'Octobre.

Contexte du soulèvement

En à Moscou la grève est déclenchée en vue d'obtenir des concessions économiques et la liberté politique. La grève gagne tout le pays, embrase tous les secteurs et se transforme en grève politique générale du 12 au . Plus de deux millions de personnes se sont mises en grève dans différentes branches de l'industrie.

Cette grève générale et, surtout, la grève de cheminots, a obligé l'empereur à faire des concessions et le est sorti le Manifeste d'octobre. Ce manifeste a accordé des libertés civiles en régissant : la détention arbitraire, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de réunion et la liberté d'association. Le manifeste promettait la convocation d'une douma, ce qui entraînait un changement du régime politique du pays et sa transformation d'une monarchie absolue en une monarchie constitutionnelle.

Rapidement sont apparues de nouvelles alliances juridiques, politiques et professionnelles alliances dans tout le spectre des attitudes possibles à l'égard de la politique intérieure. Ont été créés ou sont passés à un statut légal : le Parti socialiste révolutionnaire, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, le Parti constitutionnel démocratique, l'Union Octobriste du , le Parti monarchiste russe, l'Union du peuple russe etc.

Le manifeste du 17 octobre était une sérieuse victoire dans la lutte pour la représentation du peuple au pouvoir, mais les partis d'extrême gauche — les bolchéviks et les sociaux révolutionnaires — ne l'ont pas soutenu. Les bolchéviks ont appelé au boycott de la première Douma et ont poursuivi le cours du soulèvement armé adopté dès au III congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie tenu à LondresLe parti menchevik, essence même du parti social-démocrate-réformateur ne soutenait pas l'idée d'un soulèvement armé, que soutenaient les sociaux-démocrates révolutionnaires, c'est-à-dire les bolcheviks et a tenu une conférence parallèle à Genève :

Selon l'historien Evgueni Spitsine, un rôle clé dans le financement des organisations bolchéviques et sociales-révolutionnaires et de leurs militants ainsi que dans la préparation de la phase active du soulèvement incombait en premier lieu à la communauté des Vieux-croyants et à la dynastie des marchands qui en provenaient, les Morozov, les Konovalov, le Prokhorov.

Préparation du soulèvement thumb|Soulèvement de Moscou de 1905 par Boris Koustodiev. Le , le comité de censure de Moscou a engagé des poursuites pénales contre les rédacteurs des journaux libéraux : Vetchernaia potchta et Golos jisni, Novosti dnia et contre le journal social-démocrate Moskovskaia pravda.

Le , le premier numéro du journal légal bolchévique Borba est publié, pour lequel l'éditeur Sergueï Skirmunt affecte des fonds. Le journal est entièrement consacré au mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière. En tout, 9 numéros ont paru ; le dernier numéro lançait un appel « à tous les ouvriers, soldats et travailleurs !», appelant à une grève politique générale et à un soulèvement armé Сергей Скирмунт.

En décembre, des poursuites pénales sont engagées contre les rédacteurs des journaux bolchéviks Borba et Vpériod. En décembre aussi, le rédacteur du journal libéral Rousskoe slovo est inquiété, de même que ceux des journaux satiriques Jalo et Chrapnel Мельников, В. П., «Революционная борьба московских печатников за свободу печати осенью 1905 г.».

Le , à Moscou, des soldats du régiment de grenadier de Rostov se révoltent. Ils ont élu un comité de régiment qui demande la réunion d'une assemblée constituante, le transfert des terres aux paysans, la libération des prisonniers politiques et ils s'adressent à toutes les garnisons de Moscou pour appuyer leurs exigences. Leur appel trouve réponse dans d'autres régiments de grenadiers de la et divisions du corps des grenadiers. Un conseil de députés de soldats du régiment de grenadier Ekaterinoslavski et de quelques autres régiments est constitué. Et, au commandement de la garnison, ayant reçu le serment de loyauté de la part des cosaques de la brigade ( division de cavalerie de l'Empire russe), le corps des grenadiers parvient à isoler les unités peu fiables de la caserne pour qu'elles soient privées d'accès aux réserves d'armes В. А. Федоров. История России 1861—1917.

Le , à l'école Fidler de MoscouSituée rue Makarenko à Moscou, maison se réunit le premier conseil des députés des travailleurs, (selon d'autres sources c'est une conférence des bolcheviks de la ville de Moscou), qui décide de déclarer une grève générale le puis de la transformer en un soulèvement armé. L'école Fidler a été longtemps un des centres dans laquelle se réunissaient les organisations révolutionnaires et où se tenaient des meetings.

Grève Le , la grève commence. À Moscou, les plus grandes entreprises arrêtent le travail, l'électricité est coupée, les tramways cessent de rouler, les magasins ferment leurs portes.

La grève touche environ 60 % des usines et ateliers de Moscou. Le personnel technique se joint au mouvement de même qu'une partie du employés de la douma de la ville de Moscou. Dans nombre de grandes entreprises de la ville, les travailleurs ne se sont pas présentés à leur travail. Des rassemblements et des réunions se tiennent, sous la protection de camarades armés. L'équipe la mieux préparée, la mieux armée et la mieux organisée est celle de Nikolaï Schmit à son usine de Presna.

Les communications ferroviaires sont paralysées (seule la voie Nikolaïevski-Saint-Pétersbourg surveillée par des soldats reste ouverte). Dès 4 heures de l'après-midi, la ville est plongée dans l'obscurité, le conseil de la ville interdisant aux allumeurs de réverbères d'allumer les lanternes, et beaucoup d'entre elles sont brisées. Dans cette situation le général-gouverneur de Moscou Fiodor Doubassov déclaré l'état d'urgence.

Malgré l'abondance de signes extérieurs menaçants, l'ambiance à Moscou devient rapidement plutôt gaie et joyeuse.

Dans la nuit du , les membres du comité moscovite du Parti ouvrier social-démocrate de Russie Virgile Chantser et Vassilev-Ioujine sont arrêtés.

Le : Jardin de lAquarium. Attaque terroriste contre le département de la sécurité Le premier affrontement sans effusion de sang se produit le soir du au jardin de l'Aquarium (près de l'actuelle place du Triomphe au théâtre MossovetСад «Аквариум»). La police tente de disperser un rassemblement de plusieurs milliers de personnes, en désarmant les manifestants présents. Mais elle agit de manière hésitante et la plupart de ceux-ci parviennent à s'échapper en sautant au-dessus d'une clôture basse. Une dizaine de manifestants arrêtés sont libérés dès le lendemain.

La même nuit, des rumeurs de fusillades massives de manifestants incitent des militants socialistes révolutionnaires à entreprendre un premier acte terroriste : après s'être approchés du bâtiment de l'Okhrana situé grande ruelle Gnezdnokovski, ils y jettent deux bombes par la fenêtre. Un homme est tué et plusieurs autres sont blessés à la suite de l'attentat.

Le . Endommagement de la maison Fidler lors du bombardement thumb|Vue de l'école pratique Fidler à Moscou après les combats. Carte postale. Le soir du , à l'école pratique Fidler à Moscou, se réunissent environ 150 à 200 combattants, étudiants, écoliers. Leur plan consiste à prendre la gare Nikolaïevski dans le but de couper les communications entre Moscou et Pétrograd. Puis les combattants veulent aller désarmer la police.

Vers 21 heures, l'école Fidler est encerclée par des troupes de l'armée qui demandent la reddition des occupants révolutionnaires. Après le refus de ces derniers de se rendre, une fusillade a lieu contre la maison. Ce n'est qu'ensuite que les occupants se rendent, ils perdent trois hommes et quinze sont blessés. Une partie d'entre eux parvient toutefois à s'échapper. 99 personnes seront renvoyées devant les tribunaux, mais la plupart seront acquittées.

Ivan Filder, directeur de l'école est arrêté également. Il passe quelques mois à la prison de la Boutyrka puis est libéré sous caution, après quoi il se hâte de vendre la maison et s'enfuit sans payer de nouvelle caution à l'étranger Historien S. Romaniok Ист.: Романюк С. К. Из истории Московских переулков

La défaite des révolutionnaires de l'école Fidler en face des troupes fidèles au gouvernement est une transition vers un soulèvement armé général. La nuit et les jours qui suivent, Moscou se couvre de centaines de barricades. C'est le début du soulèvement armé.

Opposition ouverte Le , la construction de barricades est organisée partout dans la ville. La topographie des barricades était la suivante : à travers la rue de Tver, depuis la place Troubnaïa jusqu'à l'ArbatPlace de la Passion, rue Bronnaïa, ruelle Kozikhincki, etc. ; le long de la rue Sadovoïa, depuis le boulevard Soukhaverski et de la rue Sadovo-Koudrinskaïa jusqu'à la place Smolenskaïa ; le long de la ligne Boutyrskaactuelles rues Dolgoroukovskaïa et Lesnaïa et les barrières Dorogomilovska ; dans les rues et les ruelles qui traversent les larges voies de pénétrations urbaines. Certaines barricades sont construites dans d'autres quartiers de la ville, par exemple à Zamoskvoretchie, Khamovniki, et Lefortovo. Les barricades détruites par les troupes et la police sont activement restaurées jusqu'au .

Les révolutionnaires portent des armes provenant de l'étrangerDans l'empire russe la propriété des armes légères n'était pratiquement pas règlementée jusqu'en 1906, plus tard seule la possession d'armes de type militaire était interdite. Puis seule la vente libre d'armes à canons courts a été interdite et c'est pourquoi toutes les armes sur le marché étaient d'origine étrangère, commencent à attaquer les soldats, les officiers et les policiers. Des cas de pillage, de vols dans les entrepôts et de meurtres de citadins se produisent. Les insurgés chassent les habitants dans les rues et les obligent de construire des barricades. Les autorités moscovites sont restées à l'écart de ces luttes et n'ont apporté aucun soutien à l'armée.