Thérèse Forget-Casgrain, en mariage Thérèse Casgrain ou Le nom marital de , utilisé du vivant de Thérèse Forget-Casgrain, est rarement utilisé dans l'historiographie au 21e siècle., née Marie-Thérèse Forget le à Montréal et morte dans la même ville le , est une réformatrice, féministe et femme politique québécoise.

Au cours des années 1920 à 1940, elle travaille avec d'autres femmes à faire reconnaître les droits des femmes, en particulier le droit de vote et d'éligibilité au niveau québécois. Elle est aussi la première femme élue à la tête d’un parti politique au Canada et au Québec.

Biographie Enfance et milieu familial Marie-Thérèse Casgrain vient au monde dans un milieu de la haute bourgeoisie francophone. Sa mère est Blanche MacDonald, d'origine écossaise, et son père est Rodolphe Forget, avocat, homme d'affaires et homme politique conservateur. Elle a deux frères : Gilles et Maurice. Son enfance se déroule entre les murs de la résidence familiale montréalaise (sise rue Sherbrooke, qu'habitent alors les plus riches familles de la villeNicolle Forget, Thérèse Casgrain : la gauchiste en collier de perles, Montréal, Fides, 2013, p. 47.) et le « Château » à Saint-Irénée (Charlevoix), chalet d’été de à coucher qui fait aujourd'hui partie du Domaine Forget.

En 1905, à l’âge de 8 ans, elle devient pensionnaire chez les Dames du Sacré-Cœur, au Sault-au-Récollet. Elle souhaite poursuivre ses études à l'université, mais son père s'y oppose, n'en voyant pas l'utilité. Selon lui, elle devait plutôt apprendre à gérer une maison, une qualité que doit posséder une future épouse de son rang.

En , elle épouse l’avocat Pierre-François Casgrain, d'allégeance libérale. Ils auront deux filles et deux garçons (Hélène, Renée, Rodolphe. et Paul).

Après le retrait de la vie politique de son beau-père Rodolphe Forget, Casgrain décide, en 1917, de lui succéder à titre de député libéral dans le comté fédéral de Charlevoix—Montmorency. Il est élu, puis conservera son siège jusqu'en 1941. Thérèse prononce des discours pour lui à quelques reprises lors de campagnes électoralesMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise, Montréal, Boréal, 2017, p. 292.. Entre-temps, il aura présidé la Chambre des Communes. Il sera nommé juge à la Cour supérieure du Québec en 1942Il décède le . Nicolle Forget, Thérèse Casgrain : la gauchiste en collier de perles, Montréal, Fides, 2013, p. 306 et 504; Denyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 112.. vignette|gauche|Thérèse Forget en 1914.

Thérèse accompagne son mari à Ottawa pour l’ouverture de la session parlementaire, au printemps 1918. C'est dans la capitale fédérale qu'elle est sensibilisée à la question du vote pour les femmes. Lors de l'élection précédente, on avait accordé ce droit à un certain nombre de femmes. Le gouvernement Borden fait ensuite adopter le Women’s Suffrage Act, un projet de loi accordant le droit de vote aux élections fédérales à toutes les Canadiennes de vingt et un ans et plus. Mais, au Québec, les femmes ne pouvaient toujours pas voter lors des élections. L'opposition à une telle extension du droit de vote aux femmes y était forte, notamment de la part du clergé et de l'élite conservatrice.

Pour le vote des femmes au Québec vignette|Une femme québécoise constate que le droit de vote a été accordé aux femmes en Turquie alors que ce n'est toujours pas le cas pour elle. Thérèse Casgrain est très active dans le mouvement qui milite pour l'obtention du droit de vote pour les femmes au Québec, qui a pris forme à la fin du . En 1921, elle est membre fondatrice, avec Marie Lacoste Gérin-Lajoie et Idola Saint-Jean, du Comité provincial pour le suffrage féminin (CPSF) et en devient la vice-présidente.

Le , elle fait partie d’une délégation du CPSF, avec Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Carrie Derick, Idola Saint-Jean et Lady Drummond (Grace Julia Parker Drummond), qui rencontre le premier ministre du Québec Louis-Alexandre Taschereau pour réclamer que l'on accorde le droit de vote aux femmes. Thérèse Casgrain y prend la parole. Elle avance que les femmes sont assez intelligentes et instruites pour pouvoir voterDenyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 111 et 114.. Il s'agira du premier d'une longue série de périples annuels dans la vieille capitale pour obtenir ce droit.

Thérèse Casgrain est désignée présidente du CPSF en 1928. Elle y occupe cette fonction jusqu'en 1942Denyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 131.. Le CPSF devient la Ligue pour les droits de la femme en 1929Denyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 112.. Organisation laïque, elle lutte sans relâche pour améliorer la situation des femmes, notamment sur le plan juridique et pour obtenir le droit de vote aux élections au Québec. En 1937, elle assiste au couronnement de George VI à Londres en compagnie de son mari et de leur fille Hélène puis au congrès du Conseil international des femmes à Paris, où elle intervient pour le Canada. Elle y rencontre notamment Louise Weiss, une importante féministe françaiseMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise, Montréal, Boréal, 2017, p. 303; Nicolle Forget, Thérèse Casgrain : la gauchiste en collier de perles, Montréal, Fides, 2013, p. 212-213.. vignette|La Ligue des droits de la femme en 1935. En 1938, Thérèse Casgrain prend la parole au congrès d'orientation du Parti libéral au sujet du droit de voteElle est alors près des libéraux, faisant même partie du Club des femmes libérales de Montréal et présidant la section québécoise de la Fédération nationale des femmes libérales du Canada. Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise, Montréal, Boréal, 2017, p. 292.. Les libéraux adoptent alors une résolution à cet effet et promettent de l'accorder dès qu'ils seront de retour au pouvoirDenyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 146.. Elles obtiendront finalement ce droit en 1940 sous le gouvernement d'Adélard Godbout, malgré de fortes pressions de l'épiscopat catholique.

La recherche de l'égalité pour les femmes En même temps que ce combat pour le droit de vote, Thérèse Casgrain poursuit sa lutte pour l'obtention de l'égalité tant juridique que sociale des femmes en usant de ses relations dans les cercles politiques et de son influence dans les médias.

Elle cherche particulièrement, avec la Ligue du droit des femmes qu'elle préside, à réformer le Code civil du Bas-Canada, notamment en ce qui a trait à l’incapacité juridique de la femme mariée et les régimes matrimoniaux. Avec Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, présidente de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, elle milite pour obtenir une législation portant sur le salaire de la femme mariée et des amendements qui amélioreraient la situation juridique de celle-ci. En 1929, elle se fait entendre à la Commission Dorion (présidée par Charles-Édouard Dorion) et réclame des changements au statut juridique des femmes mariées.

Elle tient salon chez elle, où les esprits réformistes du temps se rencontrent, ce qui suscite même le mécontentement du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau. Prennent part à ces débats d'idées, à diverses époques, des intellectuels et des activistes comme Frank Scott, Jacques Perrault, Pierre Trudeau, René Lévesque, Gérard Pelletier, Jean Marchand, Fernand Daoust, Pierre Vadeboncoeur et Jacques Parizeau. vignette|Thérèse Casgrain reçoit des invitées à l'émission Votre opinion mesdames de Radio-Canada. Thérèse Casgrain fait part de ses préoccupations pour la situation des femmes à la radio, d'abord à CKAC vers 1933-1934. Dans une émission datée du , elle affirme : « Les femmes subissent les conditions de vie qui leur sont imposées par une société où dominent les hommes. Le droit de vote pour la femme [constitue le seul moyen logique et compatible avec notre système politique, pour [lui] assurer la sanction qu'il lui faut avoir à sa disposition pour faire reconnaître et maintenir ses droitsDenyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 11.. »À Radio-Canada, elle anime l’émission Fémina à partir de 1937, qui obtient un grand succès d'audienceDenyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 138; Nicolle Forget, Thérèse Casgrain : la gauchiste en collier de perles, Montréal, Fides, 2013, p. 215..

Thérèse Casgrain fait aussi campagne pour l'admission des femmes à certaines professions dont l'accès leur était encore refusé, notamment le droit et le notariat. En 1945, alors qu'elle copréside le Service aux consommateurs, organe de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre, elle réussit à obtenir que les allocations familiales soient versées aux mères de famille (et non aux pères). Il s'agit d'une grande victoire pour les femmes, après celle du droit de vote.

En 1946, alors qu'une commission est mise sur pied pour étudier le statut légal de la femme mariée (Commission Méthot), des organismes féminins, à l’initiative de Thérèse Casgrain, présentent un mémoire demandant notamment la levée de l’incapacité juridique de la femme mariée et le droit du conjoint survivant et des enfants d'être soutenus par la successionCe n'est qu'en 1964 qu'une loi met fin à l'incapacité juridique de la femme mariée. Nicolle Forget, Thérèse Casgrain : la gauchiste en collier de perles, Montréal, Fides, 2013, p. 295-296.. Le rapport de la commission ne paraîtra qu'en 1954.

En 1966, afin de coordonner les associations féminines à l'échelle nationale dans un cadre non confessionnel, elle compte parmi les membres fondatrices de la Fédération des femmes du Québec.

Engagement politique vignette|Thérèse Casgrain prononce une conférence à la Coopérative de consommation La Familiale rue Saint-Hubert à Montréal le 14 janvier 1945.

En 1942, à la suite de la nomination de son mari comme juge à la Cour supérieure du Québec, Thérèse Casgrain se présente comme candidate libérale indépendante lors d'une élection fédérale partielle dans Charlevoix-Saguenay. C'est la première de sept tentatives électorales, qui se solderont à chaque fois par un échecDenyse Baillargeon, Repenser la nation. L'histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, éditions du remue-ménage, 2019, p. 187..

En 1946, elle s'éloigne des libéraux et rejoint le parti Co-operative Commonwealth Federation (CCF) ou Parti social-démocratique (PSD) au Québec. Elle devient vice-présidente du PSD en 1948 alors qu'elle est la seule femme à siéger au comité exécutif. Le , elle est élue cheffe du CCF pour la branche québécoise à l'unanimité alors qu'elle est absente, représentant le parti au congrès de l'Internationale socialiste à Francfort en Allemagne. Elle dirige la branche québécoise du PSD jusqu'en 1957. Elle démissionne alors et est remplacée par Michel ChartrandNicolle Forget, Thérèse Casgrain : la gauchiste en collier de perles, Montréal, Fides, 2013, p. 350.. Aux côtés de candidats tels que Jacques Ferron et Gaston Miron, elle mène plusieurs luttes contre les politiques du gouvernement de Maurice Duplessis, tisse des liens, à l'échelle internationale, avec le mouvement socialiste, et prend part à divers congrès à l'étranger. En 1956, lors d'une conférence de l'Internationale socialiste à Bombay, elle fait notamment la rencontre d'Indira Gandhi et de Golda Meir.