Louise Marie Damien, dite Damia ou Maryse Damia, est une danseuse, chanteuse et actrice française, née le dans le et morte le à La Celle-Saint-Cloud.
Très célèbre dans l’entre-deux guerres et surtout dans les années 1930, elle reste l’interprète inoubliable qui chantait les bras en croix ou posés sur la poitrineArticle nécrologique du journal Le Monde de janvier 1978 : "Une tragédienne de la chanson". consulté le 12 octobre 2020. de chansons qu’elle a transformées en succès. Citons Les Goélands, Mon Matelot, Le Grand Frisé, Les deux Ménétriers, La Veuve, La Mauvaise Prière, Le ciel est par-dessus le toit (un poème de Verlaine mis en musique par Reynaldo Hahn) et de Sombre Dimanche, chanson un temps interdite d’interprétation en public en Hongrie, en raison de son caractère supposé suicidogène.
Biographie Louise Marie Damien naît le dans le .
Sa famille est originaire des Vosges : Son grand-père maternel, Louis Claude, était ouvrier en fer, et sa grand-mère maternelle, Marie-Catherine Larcher, était brodeuseétat-civil de la Ville de Paris, arrondissement, et archives départementales des Vosges. Son père, Nicolas Damien (1853-1903) est journalier originaire de Nonville et sa mère également journalière, Marie Joséphine Louise Claude, dite « Fifine » (1858-1916) de Darney. Louise Marie va souvent en vacances chez ses grands-parents maternels à Darney où ils possèdent une ferme, avant que ses parents ne s'installent à Paris où son père devient agent de police.
Peu de temps après la mort de son père, la jeune Louise Marie Damien âgée de , fuit la demeure parentale de Rueil pour échapper à la maison de correctionFrémeaux et associés | Livret rédigé par Eric Rémy pour l’édition du double CD "ANTHOLOGIE 1926 - 1944". consulté le 12 octobre 2020.. , expliquera-t-elle plus tard. Très jeune, elle frôla, semble-t-il, à plusieurs reprises, la maison de correction et trouve finalement un rôle de figuration au théâtre du Châtelet, puis à la Cigale où, affublée de robes ridicules, elle danse en chantant une ritournelle acidulée .
Premiers spectacles sur scène à l'âge de 18 ans Damia apprend à jouer à l’école du Théâtre libre. Dès 1909, elle obtient enfin un vrai rôle comme partenaire de Max Dearly dans La Valse chaloupée, un spectacle qui rendra populaire la valse chaloupée. En 1908, Max Dearly et Mistinguett jouent au Moulin-Rouge avec ce nouveau spectacle humoristique de danse qui remporte un franc succès et qu’ils projettent de jouer sur la scène du fameux Savoy de Londres. Cependant, avant leur représentation à Londres, Mistinguett est déclarée persona non grata sur le territoire britannique pour cause d’« indécence », au motif principal qu’elle chantait les jambes écartées. On demande alors à la jeune Louise Marie de la remplacer au pied levé dans ce rôle de « Gigolette, fleur de printemps ». La Valse chaloupée reprendra ensuite vers 1909 de nouveau avec Mistinguett au Théâtre des VariétésComité d'histoire BNF "Max Dearly". consulté le 12 octobre 2020..
Damia est alors remarquée par Roberty, le mari de la « grande » Fréhel, qui lui donne des cours de chant et avec lequel elle aura beaucoup plus tard une liaison.
Débuts dans la chanson française À son retour d’Angleterre en 1911, elle débute comme chanteuse et commence à se produire sur la scène de cafés-concerts tels que la Pépinière-Opéra, le Petit Casino et l'Alhambra. Elle fait aussi quelques représentations à Tabarin.
Elle devient la tête d'affiche d’un spectacle du « caf' conc' » de Félix Mayol, de la Gaieté-Montparnasse, du Casino de Paris, de Bobino, de l'Européen, de l'Étoile. Sacha Guitry prétend qu'il lui a conseillé le fourreau noir, dessiné sa silhouette et imposé un style aux chanteuses réalistes qui lui succéderont, telles qu'Édith Piaf et Juliette Gréco. Mais dans une entrevue radio, elle dit que l'idée de la robe noire est venue de Max Dearly. Elle impose une rupture scénique en abandonnant les décors au profit du seul rideau noir. Elle chantait sans micro, robe noire, rideau noir, elle fut la première chanteuse en noirDelfeil de Ton, La dame en noir, le Nouvel Observateur du 9 décembre 2010.. Son esthétique scénique s'inscrit dans l'expressionnisme et la rénovation dramatique de Jacques Copeau« Damia, première des dames en noir », Le Monde, 21 janvier 2017..
Durant la guerre de 1914-1918, elle chante au front. Après l’armistice, Damia mène parallèlement une carrière de chanteuse et de comédienne cinématographique où elle joue souvent des rôles proches de sa situation personnelle et d’artiste.
Elle fréquente le cercle littéraire féminin et lesbien autour de la poétesse et salonnière Natalie Barney. Elle y côtoie Romaine Brooks, Gabrielle Bloch dite Gab Sorère et la danseuse Loïe Fuller avec laquelle elle part en tournée et qui lui enseigne la science des éclairages et de la lumière mais surtout celle de la mise en scène. Elle fera ainsi encore sa première apparition cinématographique dans Le Lys de la vie, le premier film de Loïe Fuller et Gab Sorère.
C’est dans ce contexte qu’elle fait la rencontre de l'architecte, décoratrice et designer Eileen Gray, avec laquelle elle noue une relation amoureuse. Eileen Gray crée pour la chanteuse son premier fauteuil dit « à la sirène »http://next.liberation.fr/culture/2005/04/29/l-epais-dossier-de-six-fauteuils_518091; https://artwithoutskin.com/2010/12/15/fauteuil-%E2%80%9Ca-la-sirene%E2%80%9D-deileen-gray-invendu-a-new-york/..
L’originalité de ses chansons et la force avec laquelle elle chante son répertoire (en robe noire, sans manches, éclairée par un seul projecteur) vont rapidement en faire une vedette du monde de la chansonMovie musical world | Article du mars 2009 ""Damia, la tragédienne de la chanson". consulté le 12 octobre 2020. et sa technique de présentation scénique sera reprise ultérieurement par des artistes français comme Piaf. Certes, la voix de Damia est râpeuse et irrégulière, mais lui reconnait de donner le frisson.
, selon l'expression du romancier Henri Béraud, qui écrit de nombreux textes à mettre en musique, Damia dans un fourreau noir stylisé, s’illustre en chantant et en interprétant les mélodrames, les rengaines des faubourgs et ce, avant l'époque du micro, de la radio et de la télévision.
Premiers enregistrements sonores de ses chansons En , après avoir refusé plusieurs fois et pendant de nombreuses années les propositions au prétexte que sa voix gravée sur cire était déforméeFrance musique | émission "Tour de chant" du journaliste historien musical Martin Pénet Damia 3/4 diffusée du dimanche 11 février 2018. consulté le 13 octobre 2020., elle prend conscience que le public demande à posséder ce nouvel objet de fétichisme musical qu’est le disque enregistré. Son succès sur scène à l’époque est tel qu’on voulait avoir un bout de Damia chez soi. Elle se laisse donc finalement convaincre par la maison de disque Odeon d’enregistrer ses premiers disques EP 78 tours qui sortiront début 1927. À cette époque , la firme de disques Odeon inaugure l’enregistrement électrique fraichement importé des États-Unis, une innovation fondamentale qui va révolutionner le marché du disque et la carrière de Damia. Dès 1927, elle va enregistrer la plupart de ses nouvelles créations, comme le confirme Francesco Rapazzini, auteur de la biographie « Damia, une diva française ». Après deux années passées chez Odeon, elle va signer brièvement pour quelques disques chez Pathé et Perfectaphone, puis Damia fait son entrée chez Columbia, une marque angloaméricaine nouvellement implantée en France avec une filiale française et dont .
Si les premiers enregistrements sont jugés décevants : sa voix est nasillarde et les orchestrations sont mauvaises, en revanche à partir de 1930, elle devient la compagne du directeur artistique de la Columbia, Jean Bérard et elle devient une fervente adepte des enregistrements de disques.
Succès populaires dans les années 1930 Elle deviendra petit à petit l’interprète inoubliable qui chantait les bras en croix ou posés sur la poitrine de chansons à texte qu’elle transforme en succès publics : Mon Matelot, Le Grand Frisé, Les Ménétriers, La Veuve, La Mauvaise Prière, Le ciel est par-dessus le toit, (un poème de Verlaine mis en musique par Reynaldo Hahn). Les Goélands de Lucien Boyer restera sa chanson fétiche sur scène jusqu’à la fin de sa carrière. gauche|vignette|redresse|Damia photographiée par le Studio Harcourt en 1939, elle a 49 ans. Au début du cinéma parlant, nombre de producteurs de cinéma français font naturellement appel aux grandes gloires du music hall, pour jouer dans des films agrémentés de chansons. La technique sonore est hélas encore rudimentaire, et le résultat s’avère rarement réussi. Pourtant en 1930, Damia enchaîne quelques rôles tragiques marquants très proches de sa destinée personnelle et d’artiste. Elle joue une chanteuse mourante, rôle principal de Tu m’oublieras puis le rôle principal de Sola (1931), deux films d’Henri Diamant Berger. Dans ce film, elle y joue le rôle d’une chanteuse déchue qui finit sa carrière dans un cabaret minable de Singapour. Elle préfère renoncer au jeune homme qui l’aime follement, mais celui-ci, va la tuer et se suicider après. Sa prestation cinématographique fut bien jugée par la critique, même si on la trouva trop âgée pour le rôle. Elle fait aussi une apparition remarquable dans l’excellente adaptation d’un roman de Simenon, La Tête d’un homme (1932) réalisée par Julien Duvivier, encore en chanteuse camée, égrainant une « complainte » désespérée.
Dans les années 1930, elle poursuit encore sur sa lancée discographique en enregistrant C'est mon gigolo de L. Casucci, A. Mauprey, J. Lenor ; Le grand frisé de L. Daniderff, E. Ronn ; Tu m'oublieras de J. Lenoir, H. Diamant Berger ; La chaîne de L. Daniderff, E. Ronn ; La ginguette a fermé ses volets de L. Montagné, C. Zimmer ; Johnny Palmer de C. Pingault, C. Webel ; Tout fout l'camp de Juel, R. Asso.
En 1935, la « tragédienne de la chanson » confiera à Maurice Verne, auteur du livre guide Les amuseurs de Paris (1932) : .
Le , Damia enregistre la chanson suicidogène Sombre Dimanche, une complainte hongroise titrée Szomorú Vasarnap signée Laszlo Javor et Rezső Seress, remise en version française par Jean Marèze et François-Eugène GondaDiscogs | EP 78 RPM "Damia – Sombre Dimanche (Chanson Hongroise)". consulté le 12 octobre 2020.. Son compositeur, pianiste de Budapest, est accusé d’avoir engendré par sa tristesse mélodramatique plusieurs suicides, la chanson est ainsi interdite d'interprétation au public dès sa créationGilles Verlant, Jean-Eric Perrin, L'intégrale Gainsbourg, Fetjaine en Hongrie. Georgius ne manqua pas de la parodier avec son « Triste Lundi ». Mais la chanson continuera son destin tantôt maudit puisqu'on la retrouvera bientôt sous le titre de Gloomy Sunday chanté par Billie Holiday.
Déclin artistique depuis l'après-guerre Adulée par le public durant l'entre-deux-guerres, elle est occultée après l'Occupation par de plus jeunes idoles, notamment Édith Piaf.. Elle triomphe cependant dans un récital à Pleyel en 1949 mais elle recueille de mauvaises critiques : on lui reproche de ne pas se renouveler. En 1953, elle fait une tournée au Japon où elle obtient un succès aussi considérable qu’inattendu, le public japonais raffole de sa version de Sombre dimanche. Elle modernise son répertoire avec des titres de jeunes auteurs et remonte sur les planches à Paris en 1954 à l’Olympia, avec en première partie Jacques Brel, alors débutant, puis Marie Dubas.
Mais la chanteuse réaliste, alors sexagénaire, cantonnée à une figure de la Belle Époque égarée dans une autre modernité est jugée comme n’étant plus au goût du jour. Lorsqu’elle interprétera des chansons modernes du jeune Léo Ferré sur la scène de l’Olympia, le public irrespectueux cria « À la retraite ! », considérant à juste titre qu’elle en faisait trop. Elle tombe malade et tire sa révérence de la scène en 1955 , elle se retire définitivement du métier.