Le bolivarisme désigne une diversité de pensées et d'idéologies, proches du panaméricanisme, inspirées des idées de Simón Bolívar, de ses faits d'armes lors des guerres d'indépendance hispano-américaines, et des politiques qu'il a menées en tant que président de la République de Grande Colombie. Les personnes ou les idées regroupées sous le terme « bolivarisme » expriment généralement une forme de nationalisme, opposé à la domination des pays étrangers sur les nations bolivariennes.
Origines du bolivarisme thumb|200px|right|Simón Bolívar, par José Gil de Castro.
Simón Bolívar, ayant lu John Locke et Jean-Jacques Rousseau (en particulier L’Âme sensible, qui explique la question des conditions de l’égalité entre les hommes), est épris de justice sociale, de liberté et d'égalité des droits, et surtout d'indépendance et d'unité nationale.
Le , Bolivar entre victorieux dans Caracas et est sacré « Libertador ». Il ambitionne alors l’unification de l’Amérique latine.
En 1826, Bolívar réunit des représentants des pays sud-américains nouvellement libres (Mexique, Guatemala, Colombie, Chili, Pérou, Argentine…) au Congrès de Panama, afin d'établir des relations fraternelles sur la base d’intérêts et de principes communs. Le congrès est un échec, mais les idées politiques qu'il y expose marquent les mémoires et donnent naissance au bolivarisme. Les bolivaristes se réclament de certains préceptes formulés par Bolívar dans la Lettre de Jamaïque, le Discours d'Angostura, Le Manifeste de Carthagène, mais également de la pensée de Simón Rodríguez et Ezequiel Zamora.
L'historien allemand Michael Zeuske identifie José Antonio Páez comme l'un des premiers militaires à utiliser et à vénérer clairement la figure de Bolívar. Jusqu'au début des années 1840, une partie du congrès vénézuélien refusait d'adorer Bolívar mais Páez et ses partisans réussissent finalement en à faire approuver par décret sa glorification. Páez a également promu l'exhumation du cadavre de Bolívar de Santa Marta et son enterrement en grande pompe à Caracas. Au Venezuela, dès le milieu du , le culte populaire qui lui est voué est ainsi comparable à une religion d'État. Le nom du « Père de la Nation» rime alors avec vertu, unité et discipline. Antonio Guzmán Blanco inaugure un panthéon pour y transférer son corps, rebaptise des places et fait ériger des statues en son honneur dans chaque commune. Sous Juan Vicente Gómez, les idéologues positivistes et modernistes se réclament de lui comme « César démocratique ».
Les bolivarismes au Au début du , dans les pays de l'ancienne Grande Colombie, à l'heure des commémorations des centenaires de l'indépendance et de sa mort, les réappropriations de sa figure se font de plus en plus nombreuses et diverses. Face à l'hégémonie des États-Unis, le bolivarisme renvoie généralement à un idéal de relations équilibrées entre états souverains. Les sociétés savantes et les monuments célèbrent généralement un Bolívar plus conservateur, héros de la « race » et de l'Église, un récit partagé de l'autre côté de l'Atlantique par Primo de Rivera puis les franquistes. Au contraire, à gauche, le Libertador est revendiqué par les militants et intellectuels comme héraut de la lutte des peuples contre l'autoritarisme, les oligarchies nationales et le néo-impérialisme américain. Dans les pays sous tutelle semi-coloniale ou sous l’hégémonie américaine, il est revendiqué pour défendre un panaméricanisme libéral et multilatéral.
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la figure de Bolívar est de plus en plus appropriée à gauche du spectre politique. Au Venezuela, dès les années 1940, les universitaires marxistes mettent en exergue le progressisme de Bolívar, héros d'une révolution bourgeoise avortée. La circulation en Amérique du sud depuis Moscou des écrits critiques de Karl Marx sur Bolívar mettent en exergue les divergences entre communistes orthodoxes et gauche nationale-populaire, mais le succès de la révolution cubaine donne finalement raison aux seconds. Castro et Che Guevera se réfèrent en effet largement à Bolívar pour justifier la guérilla armée de libération nationale des pays du Sud contre le colonialisme européen et l’impérialisme américain.
Dans les années 1970, les militaires qui gouvernent le Pérou et le Panama célèbrent Bolívar comme un patriarche progressiste-autoritaire, mais sans référence marxisante ou internationaliste. Au même moment, les combattants du M19 colombien, puis de la Coordination des guérillas colombiennes se réclament ouvertement de Bolívar, tout comme les Sandinistes du Nicaragua.
Interprétation chaviste du bolivarisme
La révolution vénézuélienne de 1999 se réclame directement de Simón Bolívar, si bien qu'elle a rebaptisé la république d'après le Libertador, et que chavisme et bolivarisme sont devenus synonymes. Si Hugo Chávez a également été influencé par les écrits du marxiste Federico Brito Figueroa, il dresse en effet une continuité entre son combat politique et la quête d'indépendance de Bolívar dans un contexte géopolitique où les États-Unis auraient remplacé l'Espagne. Cet héritage revendiqué se retrouve dans la politique vénézuélienne de multipolarité et d'autonomie régionale vis-à-vis de Washington, notamment via l'Alliance bolivarienne pour les Amériques, la politique de médiation entre gouvernement et guérilla colombienne, le resserrement des liens avec le Brésil, la Chine et la Russie.vignette|Hugo Chávez le 11 juin 2012.
Mais la révolution bolivarienne théorisée par Chávez va plus loin qu'une simple doctrine de politique étrangère. C'est un mouvement de masse devant mettre en place une « démocratie populaire participative », une autonomie nationale économique et politique, une distribution équitable des revenus pétroliers et en finir avec la corruption et la pauvreté.
Si Chávez cherche à apparaître comme défenseur des peuples opprimés, tel un « nouveau Bolívar », cette appropriation est l'objet de contestations, en Amérique latine notamment, car Bolivar était issu de la très grande bourgeoisie vénézuélienne et son combat pour l'autonomie de l'Amérique du Sud ne se confondait aucunement avec une quête de justice sociale poussée. Sa famille possédait ainsi quelque 800 esclaves, qu'il a affranchis en 1816.
Les présidents de la Bolivie Evo Morales, et de l'Équateur Rafael Correa se sont eux aussi déclarés bolivariens.
Notes et références
Articles connexes Révolution bolivarienne
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