Henry Dunant, né le à Genève et mort le à Heiden, homme d'affaires et humaniste suisse, est considéré comme le fondateur du mouvement de la Croix-Rouge internationale.

En , il découvre les dégâts de la bataille de Solférino. Il publie le livre Un souvenir de Solférino en 1862. Une année plus tard, à Genève, il fonde le Comité international de secours aux militaires blessés, appelé en 1876 Comité international de la Croix-Rouge.

La première convention de Genève est ratifiée en 1864. Il obtient avec Frédéric Passy le premier prix Nobel de la paix en 1901.

Biographie Jeunesse Henry Dunant est le fils aîné de quatre frères et sœurs ; son prénom de naissance est Jean-HenriLui-même utilisera à différentes reprises dans sa correspondance les variantes Jean Henry, Henri et Henry. À son époque, la présentation des prénoms est plus flexible, de sorte que la variante Henry est utilisée dans beaucoup de publications au lieu de son prénom de baptême et se trouve par exemple utilisée par la Société Henry Dunant et par le Musée Henry Dunant à Heiden. Une explication de la modification de son prénom se trouve dans une lettre écrite à Rudolf Müller quelques années avant son décès : Pour éviter des erreurs, il utilise la variante Henry presque exclusivement à partir de 1857 et c'est uniquement dans son testament et quelques autres documents juridiques que son prénom de baptême est utilisé.. Son père, Jean-Jacques Dunant, est commerçant ; sa mère, Antoinette Dunant-Colladon, est la fille de Henry Colladon, directeur de l'hôpital et maire de la commune d'Avully. Ses parents, protestants calvinistes, appartiennent à la bourgeoisie moyenne, sont engagés dans l'action sociale. Son père est membre du Conseil représentatif, ancêtre du Conseil municipal de la ville de Genève et œuvre pour le sort des orphelins et des anciens criminels ; sa mère travaille dans le secteur de la bienfaisance. L'éducation de leurs enfants inclut cette responsabilité sociale. À six ans, Henry part avec sa famille à la découverte de la mer Méditerranée. Le père en profite pour contrôler les conditions de détention des hommes d'origine genevoise incarcérés à Toulon. Le petit Henry l'accompagne ; il en restera choqué et horrifié.

D'une grande ferveur religieuse, à , il vit une nouvelle naissance et assiste aux cultes évangéliques de la Chapelle de l'Oratoire (devenue Église libre de Genève)Jacques Blandenier, « Henry Dunant : fondateur de la Croix-Rouge (1828-1910) », lafree.info, Suisse, 7 juillet 2013. Il est admis au Collège de Genève, et le quitte bientôt à cause de mauvaises notes. Il débute en 1849 un apprentissage de trois ans chez les banquiers Lullin et Sautter.

Carrière Au terme de sa formation, il devient employé de banque. Influencé par le courant religieux désigné sous le nom de Réveil, il s'engage, à , au sein de la « Société pour des donations d'aumône ». Le , il fonde un groupe genevois qui sera le noyau de la (YMCA), fondée trois ans plus tard à Paris. La charte sera rédigée par Dunant. En 1852, il devient le premier secrétaire de l’« Alliance Évangélique Romande » jusqu'en 1859., chargé des procès-verbaux et, sans doute, de la correspondance. Après son départ, il en restera membre pendant plusieurs années. Le à Paris, il est l'un des dix signataires fondateurs de la charte de l'Alliance universelle des Young Men's Christian Association (YMCA), dite « Base de Paris »George Williams, Pionnier des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens, Éditions Le Phare et YMCA belge, 1976, , 155.

Affaires en Algérie

vignette|Titre de la Société Anonyme des Moulins de Mons Djemila signée par Henry Dunant

En 1853, Dunant visite l'Algérie, la Tunisie et la Sicile, au nom de la Compagnie genevoise des colonies suisses, qui a reçu un terrain à Sétif par concession du gouvernement français. Il conduit les affaires de ses donneurs d'ordre avec succès, mais obtient de faibles résultats concrets. D'après ses impressions de voyage, il rédige et publie en 1858 son premier ouvrage : Notice sur la régence de Tunis. Ce livre lui permet d'entrer dans plusieurs sociétés scientifiques.

En 1856, il fonde une société coloniale et obtient une concession de terres en Algérie. Ayant constaté que la population de Sétif est obligée de fabriquer sa farine elle-même, il met en place, deux ans plus tard, la Société financière et industrielle des moulins de Mons-Djémila à Saint-Arnaud (actuelle El Eulma). L'autorisation d'exploiter une chute d'eau pour faire fonctionner le premier moulin moderne n'arrive pas : les législations sur les cours d'eau et les terres ne sont pas claires, et les autorités coloniales ne sont pas coopérantes.

Il est naturalisé français en Durand, Roger : « Un Français de cœur, passion d’Henry Dunant pour sa nouvelle patrie » dans : Durand Roger/Dunant Christiane : « Henry Dunant citoyen de Culoz, français de cœur ». Société Henry Dunant et Ville de Culoz, 2003, ... Il aurait pris la nationalité française à Culoz .

Un an plus tard, il veut solliciter . L'empereur est alors stationné en Lombardie avec son armée. La France y combat aux côtés des Piémontais contre les Autrichiens. Le quartier général de est dans la petite ville de Solférino, près du lac de Garde. Dunant rédige un éloge de l'empereurCet éloge s'intitule : L'Empire de Charlemagne rétabli ou le Saint-Empire romain reconstitué par sa majesté l'empereur , publié ensuite à Genève, 1859. et se rend à Solférino pour lui remettre son éloge et présenter sa requête.

Bataille de Solférino

vignette|gauche|Jean-Louis-Ernest Meissonier : à Solférino (1864).

Dunant arrive le soir du L'hypothèse parfois avancée selon laquelle il ne serait pas arrivé le 24 mais le est contraire à la description faite dans son ouvrage. Il décrit par exemple comment il a convaincu les femmes du village, le dimanche matin, de lui prêter assistance. Puisque le est un vendredi, il s'agit donc du . De même, il décrit une excursion entreprise en calèche dans l'après-midi du ., près du champ de bataille, après les combats entre les troupes piémontaises et françaises et l'armée autrichienne. Environ et morts s'y trouvent encore ; personne ne leur porte secours. Dunant organise spontanément la prise en charge des soldats blessés et des mourants, avec la population civile locale, principalement des femmes. Dans la ville voisine de , il met en place un hôpital dans la Chiesa Maggiore, la plus grande église du lieu. Environ 500 des y sont conduits.

Tout manque : le personnel (il n'y a que six médecins militaires français et aucune école d'infirmier ne forme à cette profession), les connaissances techniques, le matériel médical, la nourriture. Dunant et ceux qui répondent à ses appels successifs ne font pas de différence entre les soldats en fonction de leur uniformeLors de la guerre de Crimée en 1855 Mary Seacole infirmière bénévole prodigua aussi des soins aux blessés des deux camps.. Les femmes du village trouvent la formule : « » (tous frères). Dunant obtient des Français que les médecins autrichiens faits prisonniers aident à soigner les blessés. Il met en place d'autres hôpitaux et fait venir du matériel à ses frais.

Il revient début à Genève. Sa mère lui recommande de passer un mois dans le chalet d'un ami de la famille, à Montreux. Il part ensuite à Paris. Il reçoit, en , pour son action à Solférino, en même temps que le médecin genevois Louis Appia, l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare de la part du futur roi d'Italie, , la seconde plus importante distinction du royaume transalpinMême si Louis Appia et Dunant se trouvaient tous les deux en 1859, pour une courte période, dans le même secteur de guerre pour venir en aide aux blessés, leurs notes et autres souvenirs n'indiquent pas qu'ils se soient déjà rencontrés en ce temps-là ou ont eu connaissance de l'action de l'autre. Même si une telle rencontre fut possible, elle apparaît tout de même peu probable..

Au début de l'année 1860, il tente d'améliorer la situation financière de ses entreprises en Algérie, sans succès. Il écrit ses impressions de guerre à une amie vivant à Genève, la comtesse de Gasparin. Elle les fait publier anonymement dans le Journal de Genève.

Son livre : Un souvenir de Solférino À son retour, il commence la rédaction de son livre : Un souvenir de Solférino. Il y décrit la batailleMalgré la description détaillée de la bataille dans son livre, Dunant, contrairement à certains récits de sa vie, ne fut pas un témoin oculaire direct de la bataille. En effet, il n'arrive sur place qu'au soir du , c'est-à-dire après la fin des combats., mais aussi les souffrances, le chaos des jours suivants, les soldats battus à mort, l'agonie sans fin des blessés. L'expérience de reste décisive pour lui..

Le livre paraît en 1862 texte complet en ligne.. Il y développe ses idées : les souffrances des soldats pourraient être réduites ; un militaire hors de combat à cause de ses blessures cesse d'être un ennemi : il doit être considéré comme un être humain qui a besoin d'aide ; les médecins et les infirmiers doivent soigner sans crainte d'être capturés : ils ne seront pas forcés d'abandonner leurs blessés en cas de contre-attaque adverse ; dans tous les pays, des organisations humanitaires, fondées sur la neutralité et le volontariat, doivent être autorisées à soigner les blessés de guerreAmbroise Paré (1510-1590) est un des premiers médecins à avoir été emmené par un prince à travailler sur un champ de bataille et par la suite avoir théorisé sa méthode, ajustée à l'emploi d'armes à feu..

En , il fait imprimer le livre, à ses frais, par l'imprimerie genevoise Fick, et envoie les à des personnalités politiques et militaires de toute l'Europe. Il fait des voyages à travers le continent pour propager ses idées. Ce livre est partout reçu avec intérêt et enthousiasme.

En , une deuxième édition est imprimée ; au début de 1865, une troisième version paraît et traduite en anglais, allemand, italien et suédois.

Parmi les réactions négatives, celle du ministre de la guerre français, Jacques Louis Randon, pour qui le livre est dirigé « contre la France » et celle de Florence Nightingale : les sociétés d'assistance de Dunant se chargeraient d'une tâche qui incombe aux gouvernements.

Fondation de la Croix-Rouge

vignette|Maison à la rue du Puits-Saint-Pierre 4 à Genève, où vécut Henry Dunant lors de la création du Comité International de la Croix-Rouge, et écrivit son livre Un souvenir de Solférino. vignette|Plaque commémorative apposée sur la maison à la rue du Puits-Saint-Pierre 4 à Genève. vignette|Panorama de Genève vers 1860.

Le président de la « Société d'utilité publique genevoise », le juriste Gustave Moynier, choisit le livre et les idées de Dunant comme thème de l'assemblée de sa société, tenue le . Les propositions de Dunant sont examinées et approuvées. Dunant est nommé membre d'une commission, qui comprend Gustave Moynier, le général Guillaume Henri Dufour, et les médecins Louis Appia et Théodore Maunoir. La première réunion se tient le . Les cinq membres décident de devenir un organe permanent : le « Comité des Cinq » ou « Comité de Genève ». Ce jour est considéré comme la date de création du « Comité International de secours aux militaires blessés en campagne », désigné, dès 1863, par le nom de « Comité international de la Croix-Rouge ». Dufour en devient le premier président, Moynier est vice-président et Dunant secrétaire du comité.

Ni Dunant ni aucun des membres fondateurs du Comité International de la Croix-Rouge ne semblent avoir été membres de la Franc-maçonnerie..

Conflit avec Moynier

vignette|gauche|Portraits des cinq membres du Comité international de la Croix-Rouge.