Le royaume de Géorgie occidentale (en géorgien : დასავლეთ საქართველოს სამეფო, dasavlet' sak'art'velos samep'o) est un État caucasien du Moyen Âge tardif s'étendant à son apogée de la ville de Sotchi et le long des montagnes du Caucase au nord et des montagnes de Likhi à l'est, jusqu'à l'Anatolie au sud et la mer Noire à l'ouest. Constitué en tant que monarchie féodale, le royaume est créé par le roi géorgien David VI en 1259, en réponse à l'occupation mongole du reste de la Géorgie. Au fil des décennies, le pays tombe dans le chaos et se transforme en fédération de principautés autonomes, telles que la Mingrélie, la Gourie, la Svanétie et l'Abkhazie.

À plusieurs reprises, la Géorgie occidentale est envahie et annexée par son homologue orientale, mais la dynastie des Bagrations d'Iméréthie maintient ses prétentions au trône de Koutaïssi et profite des évènements tragiques liés aux invasions étrangères pour reconquérir l'indépendance occidentale en 1389, 1396 et 1463. Le royaume sort vainqueur de la guerre du triumvirat de Géorgie en 1490, s'assurant un futur indépendant en tant que royaume d'Iméréthie jusqu'en 1810.

La communauté historique moderne considère le royaume de Géorgie occidentale comme un État perdu dans le chaos des conflits internes, résultant en une peuplade pauvre, une économie désastreuse et une division politique qui continuera à affaiblir son successeur jusqu'à la conquête russe du .

Géorgie occidentale ou Iméréthie ? La question du nom de l'État qui prend à plusieurs reprises la place du royaume de Géorgie entre 1259 et 1490 reste sans réponse concrète car à partir de la fin du , la Géorgie occidentale, s'étendant de la ville russe moderne de Sotchi au nord jusqu'à Trébizonde au sudD'après l'historien britannique Anthony Bryer, la frontière nordique de l'Empire de Trébizonde correspondait à l'ancienne frontière du thème byzantin de Chaldée, bordant le royaume géorgien. et aux montagnes de Likhi à l'est, est reconnue par la classe politique géorgienne comme le royaume d'Iméréthie, une monarchie instable mais légitimée par une décision du conseil royal de Tbilissi en 1490, jusqu'à sa disparition en 1810. Toutefois, la chronologie de l'adoption de ce nom pour cet État n'est pas claire et il est possible que certains monarques avant 1490 se proclament « rois d'Iméréthie ».

Écrivant aux alentours de 1745, l'historien royal Vakhouchti Bagration décrit ainsi la nouvelle titulature supposée du premier roi indépendant de Géorgie occidentale, David Narinn (règne en 1259-1293) : Narinn devient roi des Imères en 1259 de l'an du Christ (l'an géorgien 479). Depuis ce temps, David et ses successeurs se nomment rois des Imères et non plus des Abkhazes.

Interprétant ce passage de la Description du royaume de Géorgie, nous pouvons comprendre que les premiers souverains de Géorgie occidentale se nommaient déjà rois d'Iméréthie, étant donné que la titulature traditionnelle des rois géorgiens inclut alors « roi des Abkhazes ». Toutefois, il est possible que ce passage soit un anachronisme et que ce changement de titulature n'arrive que bien après. En effet, lors de l'indépendance originale en 1259, David Narinn reste nommé David VI, son titre en tant que roi de Géorgie unieAucune source contemporaine ne mentionne un « David ».. Les historiens modernes, tel que l'ancien chef du département historique de l'université de Tbilissi Nodar Assatiani, parlent du royaume de Géorgie occidentale jusqu'au , pour démontrer que les souverains de cet État se considèrent comme une lignée de rois géorgiens qui protègent la nation géorgienne lors des invasions musulmanes. De son côté, l'historien français Marie-Félicité Brosset attribue la création du royaume d'Iméréthie au premier couronnement du roi Bagrat II en 1463.

De plus, il est intéressant de noter la titulature du roi Alexandre II, qui règne jusqu'en 1510. Celui-ci est nommé dans une charte datant de 1509 « Maître absolu, souverain et dominateur des Abkhazes, des Raniens et des Kakhétiens, des Chahanchah et Chirvanchah, et des Arméniens, de tout l'Orient et l'Occident, du sud et du nord, des deux trônes et royaumes de Likht-Imer et Likht-Amier », une série de titres attribués aux rois de Géorgie. Une autre charte, datant du règne du successeur d'Alexandre II, Bagrat III, le décrivant simplement comme « roi des Abkhazes et des Imères », une claire distinction entre les deux.

Il est probable que l'État en question demeure un royaume de Géorgie jusqu'en 1483, l'année où Alexandre II, qui est déjà couronné comme roi de Géorgie depuis 1478, organise un nouveau couronnement dans la capitale occidentale de Koutaïssi et proclame le début d'un nouveau calendrier royal.

Enfin, il est important de noter la différence entre le royaume de Géorgie occidentale, qui est l'État sécessionniste sujet de cet article, avec le bref contrôle de la Géorgie occidentale par le roi Démétrius III de Géorgie, qui est expulsé de Tbilissi par son frère et garde sa couronne de roi de Géorgie mais en ne contrôlant que l'ouest du pays, au .

Histoire Soulèvement contre les Mongols et débuts vignette|gauche|Peinture murale représentant David VI Narinn. Depuis les années 1220, le royaume de Géorgie doit affronter les nombreuses invasions mongoles de Gengis Khan et de ses successeurs, les Ilkhanides. En 1245, le jeune David VI est reconnu roi de Géorgie par l'État mongol, qui offre le même titre à son cousin, David VII, en 1248, divisant effectivement le royaume géorgien entre les deux cousins. Ceux-ci règnent conjointement à travers le pays pendant près d'une décennie de contrôle mongol. Toutefois, les suzerains musulmans commencent à forcer de larges impositions sur les habitants du Caucase, menant à de nombreuses révoltes populaires, particulièrement au Chirvan.

En 1259, David , qui est surnommé Narinn (signifiant « cadet » en mongol) par les autorités ilkhanides, se rebelle à son tour contre son suzerain, sans pour autant entraîner son collègue royal dans la rébellion. L'empire ilkhanide met bientôt un terme à cette révolte après quelques courtes batailles sanglantes, tandis que David parvient à se réfugier en Géorgie occidentale lors d'un voyage secret qui le fait passer par l'Arménie. Arrivant à Koutaïssi, l'une des plus grandes villes de Géorgie occidentale, il déclare la sécession des domaines à l'ouest des montagnes du Likhi, se faisant proclamer roi de Géorgie occidentale par la noblesse locale.

La Géorgie occidentale devient alors un royaume indépendant, souhaitant préserver la culture géorgienne hors de la sphère d'influence du monde mongol. En effet, l'Ilkhanat est alors préoccupé par sa campagne militaire en Syrie contre certains États croisés et l'Égypte mamelouk et se contente d'augmenter les tributs imposés à la Géorgie orientale pour rectifier la différence de revenus à la suite de la perte d'une large portion des impôts venant de certaines des plus riches provinces géorgiennes.

vignette|Duché de Svanétie, un des domaines vassaux de la Géorgie occidentale, gardant la frontière nord du royaume.

Le royaume créé par David VI inclut, en effet, de nombreux duchés puissants contrôlant plusieurs ports de la mer Noire, notamment les duchés de Gourie, de Mingrélie et d'Abkhazie qui contiennent les villes de Batoumi, Poti et SébastopolD'après les diplomates vénitiens médiévaux Giosafat Barbaro et Ambrogio Contarini, ces trois villes sont dépendantes du dux de Mingrélie, qui lui-même sert le roi occidental.. Au nord, le royaume contrôle les duchés de Svanétie et Ratcha, contrôlant ainsi les montagnes du Caucase contre l'empire de la Horde d'Or. Cette situation permet au nouveau gouvernement de Koutaïssi de préserver d'importantes routes commerciales avec le monde occidental, notamment via les marchands génois basés en Abkhazie et l'empire grec de Trébizonde, menant à une large immigration de nobles et marchands géorgiens de Géorgie orientale. David VI parvient même à abriter et partage son trône avec son cousin, David VII Oulou lorsque celui-ci se révolte à son tour contre le joug mongol en 1261 ; cette entente ne reste qu'éphémère et les deux souverains n'arrivent pas à travailler ensemble pour protéger la Géorgie occidentale, menant au retour de David Oulou à Tbilissi dès 1262.

Tandis que la Géorgie orientale est contrainte de contribuer lourdement aux campagnes militaires des Ilkhanides, le gouvernement de Koutaïssi prospère temporairement. Cette situation autorise David VI à se protéger efficacement contre les mercenaires du rebelle mongol Teguder qui se réfugie en Géorgie occidentale en 1269 après avoir échoué dans sa révolte contre Abaqa Khan. À travers les années 1270, le royaume doit se défendre contre de nombreuses invasions mongoles, qui sont mises à terme après que David VI s'accorde à payer un tribut. Toutefois, ces guerres permettent au gouvernement central d'abolir le duché rebelle de Ratcha et de l'annexer aux territoires royaux en 1278.

Guerre civile et première chute vignette|gauche|Le khan Abaqa couronne Vakhtang II comme roi de Géorgie en 1289 pour tenter d'annexer la Géorgie occidentale.

La bonne santé de la Géorgie occidentale ne dure guère longtemps. Dès 1285, Koutaïssi perd son contrôle sur l'empire de Trébizonde, qui aligne sa politique étrangère envers Constantinople malgré une tentative d'invasion pour détrôner l'empereur Jean II. En 1289, les autorités ilkhanides décident de réunifier la Géorgie pour contrôler l'ensemble de la nation et nomment Vakhtang II, fils aîné et prince héritier de David VI, comme roi de Géorgie orientale. Après l'échec de ce plan suivant la mort de Vakhtang II en 1292, David VI meurt à son tour, laissant le trône de son royaume à Constantin en 1293.

La Géorgie occidentale tombe en pleine guerre civile lors de la révolte de Michel Bagration, frère cadet de Constantin , qui parvient à dominer les régions orientales du royaume, dont l'Argveti, le Ratcha et le Letchkhoumi. Malgré de nombreuses tentatives de réconciliation par les féodaux de Koutaïssi, les deux frères ne se réconcilient plus et Michel se fait même couronner roi en opposition, avant d'obtenir la couronne après la mort de Constantin en 1327.

Ce chaos interne permet aux grands nobles de Géorgie occidentale de prendre le pouvoir et de se séparer de la couronne. En effet, la guerre permet aux ducs de Gourie, Mingrélie et Svanétie de lever leurs propres armées, signalant le début d'une division majeure dans la région jusqu'à l'invasion russe de 1810. Tandis que le roi Michel tente de réunifier l'armée, il n'y arrive guère et doit laisser son trône à son seul fils après sa mort en 1329, Bagrat .

vignette|Ancienne carte de la Géorgie occidentale, montrant le Chorapani.

Bagrat, surnommé Mtsiré (signifiant « le Petit »), reste mineur lors de son accession au pouvoir et le manque de régent l'autorise à semer le chaos parmi les classes nobles de Géorgie occidentale. En 1330, Georges V de Géorgie, qui est en pleine campagne de solidification de la Géorgie après avoir expulsé les Mongols de ses domaines, profite du désordre à Koutaïssi et s'allie avec les puissants féodaux de la mer Noire pour assiéger Koutaïssi, capturer Bagrat et annexer le royaume. Le royaume de Géorgie occidentale cesse d'exister après avoir été créé 71 ans auparavant, tandis que Bagrat Mtsiré reçoit en apanage un duché au Chorapani, une région frontalière entre l'Iméréthie et la Géorgie orientale.

Première guerre d'indépendance vignette|gauche|Représentation de Tamerlan ordonnant l'invasion de la Géorgie.