Toiles de Mayenne est une marque déposée et une entreprise française située à Fontaine-Daniel sur la commune de Saint-Georges-Buttavent dans le département de la MayenneToiles de Mayenne. Une marque tissée dans le temps, article de www.entreprises.ouest-france.fr, publié le 16 janvier 2012.
Historique
À l'origine, une filature et un atelier de tissage sont créés dans le village en 1806, et se développe sous l'influence de la famille Denis.
Elle emploie en 1812 environ 760 ouvriers filateurs et tisserands à la main, jusqu'à aujourd'hui où l'entreprise compte environ 150 employés exerçant 75 métiers différents.
La nécessaire adaptation technique est restée la préoccupation de ses dirigeants, ingénieurs diplômés de l'École centrale des arts et manufactures pour la plupart : Gustave Denis, Paul Denis, Jean Denis et Bruno Denis.
En 1901, l'usine qui ne fabriquait que du tissu écru, se met à teindre le fil pour les chemises et les doublures de vêtements. Lorsqu'en 1911 elle s'oriente vers la teinturerie et les apprêts, elle emploie 350 personnes. L'usine est électrifiée en 1929. Après la Seconde guerre mondiale, un tissage est construit pour le tissu d'ameublement. En 1952, la marque Toiles de Mayenne est déposée. Un service de confection sur mesure et un service de vente par correspondance voient le jour.
L'entreprise est depuis dirigée par Jérôme Couasnon Toiles de Mayenne innove au fil du temps, article de www.usinenouvelle.com, publié le 7 juin 2012.
1806 thumb|L'abbaye de Fontaine Daniel en 1806
Arrivée des pionniers du textile à Fontaine-Daniel Le , deux entrepreneurs parisiens, Jean-Pierre Horem et Sophie Aimée Josèphe Lewille, veuve Biarez, font acquisition de l’abbaye cistercienne Notre-Dame de Fontaine-Daniel. La guerre fait rage en Europe et Napoléon Ier proclame à Berlin le blocus continental qui ne constitue pas pour autant un obstacle aux affaires.
L'abbaye de Fontaine-Daniel a plusieurs atouts : ses bâtiments, ses terrains, l'étang qui par son apport en eau constitue une force motrice, et le savoir-faire régional en matière textile (3/4 de la population). Installation d’une première filature et d’un premier tissage La tradition indique que Béatrix de Gavre, épouse de Guy IX de Laval, Comte de Laval, fait venir du Comté de Flandre des ouvriers tisserandsLes Berset vinrent, dit-on, des Flandres, en 1290, à la suite de Béatrix de Gavre, lorsqu'elle épousa Guy IX de Laval. Ce qui est certain, c'est qu'on trouve leur famille installée dès cette époque à Laval, où leur postérité s'est continuée jusqu'au . Les Armes des Berset étaient : d'azur à la bande de gueules chargée d'une rangée de losanges d'argent, accomp. en chef de trois étoiles d'or en orle et en pointe d'un lion d'argent. qu'elle fixa à Laval. Le titre de sire de GavreGavere est une commune de Flandre-Orientale liée au comté d'Alost, à ne pas confondre avec Le Gâvre, près de Nantes. était réservé selon la coutume familiale à l'héritier présomptif du chef de la Maison de Laval. Les ouvriers flamands enseignent le secret du blanchissage. Ce transfert de technologie serait l’origine du développement de la culture du lin et du textile en Mayenne.
L'industrie de la toile de lin est probablement très ancienne, et faussement attribuée à cette tradition.
En 1806, lorsque Jean-Pierre Horem et la veuve Biarez prennent pied à Fontaine-Daniel, le secteur textile traditionnel est en crise. À la réouverture des fabriques de mouchoirs de Cholet, à la perte des marchés américains et à la disette des capitaux, s’ajoute la concurrence de la Belgique, incorporée à l’Empire français.
C’est ce défi que relèvent les deux associés parisiens. La mise en production de Fontaine-Daniel est rapide. Un bâtiment, le Vieux manège, est construit pour accueillir la filature initiale. Le chenal de l'étang où est installée une roue hydraulique fournit la force motrice, relayée par des chevaux quand le débit est insuffisant.
1814 thumb|Ourdissage Quarante ouvriers à la filature, 430 au tissage, 450 tisserands à façon et à domicile Le succès est freiné par les difficultés d’approvisionnement en coton qui résultent du blocusEn février 1808, le préfet transmet un mémoire rédigé par les patrons de Fontaine-Daniel au ministre de l’Intérieur, le suppliant d’ et il ajoute : . Les efforts de Jean-Pierre Horem et de la veuve Biarez sont couronnés d’un succès qui déborde largement le cadre de Fontaine-Daniel puisqu’ils doivent recourir, dans plusieurs communes des arrondissements de Mayenne et de Laval, aux ouvriers à domicile, leur fournissant des métiers à tisser et créant des comptoirs où sont gérés les stocks de matières premières et les pièces finies. La statistique départementale de 1813 relève que l’entreprise emploie 40 ouvriers à la filature, 430 au tissage à Fontaine-Daniel, et 450 hors les murs.
En Mayenne, seule la manufacture de Fontaine-Daniel s’inscrit avec succès dans l’essor de l’industrie cotonnière, récompensée par la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, qui offre des prix pour l’amélioration des procédés et des machines et par le Conservatoire national des arts et métiers, qui forme ses ingénieurs et ses techniciens.
En janvier 1814, Jean-Pierre Horem épouse Sensitive Armfield, d'origine anglaise, qui a créé en la société Sensitive Armfield et Cie, filature de laine installée à Vire (Calvados).
En , Jean-Pierre Horem et Sophie Biarez rompent amiablement leur association et cette dernière quitte Fontaine-Daniel.
Au décès de Jean-Pierre Horem en 1828, sans postérité, Sensitive Armfield hérite de l'entreprise et en mène seule la direction.
1832-1938 thumb|Vue de l'usine Installation d’une machine à vapeur et d’un tissage mécanique Sensitive Armfield fait appel à Martin Denis, marchand de vin en gros à Paris qui a épousé sa nièce Élisabeth Armfield en 1830, et à son frère Louis-Charlemagne, pour devenir directeurs, le de l'usine, le second du domaine. Ils rejoindront Fontaine-Daniel en 1832 et seront les premiers de la lignée Denis dans l'entreprise.
Leur arrivée coïncide avec une très importante transformation de Fontaine-Daniel : l’installation d’une machine à vapeur de 20 chevaux, une des rares pompes à feu du départementDans un premier temps, la machine fait naître le spectre du chômage et suscite la crainte de la population ouvrière. Néanmoins, comme Jean-Baptiste Say l’avait noté, dès 1803, si la machine pouvait détruire de l’emploi, elle en créait aussi.. De l’arrivée de la vapeur s'ensuit l’accroissement de la production de filés, à partir de 1832, créant alors, au niveau du tissage, un goulet d’étranglement, qui ne peut être résorbé que par la mécanisation. Un tissage mécanique est installé en 1838.
Vers 1840, l’établissement de Fontaine-Daniel est le plus important de la Mayenne, avec ses broches et ses 500 à 600 ouvriers.
Première école laïque, libre et obligatoire à Fontaine-Daniel En 1833, Fontaine-Daniel a une école gratuite pour tous les élèves, garçons et filles, dont le maître est payé par la veuve HoremLe 28 juin 1833, Louis-Philippe promulgue la loi sur l'instruction primaire. L’artisan en est François Guizot, pour qui le grand problème des sociétés modernes est le gouvernement des esprits..
Le bâtiment de l’école de Fontaine-Daniel est inauguré le . Martin Denis assigne à l’école des objectifs élevés qui dépassent la simple instruction. Si Martin Denis exerce un magistère moral, il s’interdit d’être un directeur de conscience. Il énonce, avec cinquante ans d’avance, les principes de Jules Ferry dans sa Lettre aux instituteurs. Bien avant les lois de 1881-1882, l’école de Fontaine-Daniel, laïque et mixte, revêt, aussi, un caractère obligatoire : lors d’une harangue un dimanche, Martin Denis dénonce l’absentéisme et menace d’une amende les parents des enfants qui n’iraient pas à l’école..
Sensitive Armfield et Martin Denis sont des précurseurs dans le département en matière de politique scolaire et sociale. Leur action est en France loin d’être exceptionnelle. Une partie des entrepreneurs pratique, au , le patronage, terme auquel se substituera, dans la deuxième moitié du siècle, celui de paternalisme.
1860 Une grève d’une journée à Fontaine-Daniel pour une question de salaire En , pour faire face à la concurrence anglaise et comprimer les prix, la veuve Horem, qui dirige à nouveau seule l’entreprise avant l’arrivée de Gustave Denis, fils de Martin, décide de réduire d’un dixième le salaire de ses 150 tisserands.
Mécontents, ces derniers, qui travaillent à la tâche et gagnent de 22 à 45 francs par quinzaine, selon les postes, décident, le , de se mettre en grève. C’est l’alarme. Le sous-préfet de Mayenne se rend aussitôt à Fontaine-Daniel, accompagné du procureur impérial et du capitaine de gendarmerie, et joue les médiateurs : .
Cette grève, même très brève, est l’indice des difficultés que traverse l’usine. Dans ce contexte de concurrence accrue, la sécession en Amérique des États confédérés en 1860, suivie de la guerre, en 1861, fait l’effet d’un coup de tonnerre. Elle détermine Madame Horem, alors âgée de 68 ans, à passer la main. Aucun mouvement de grève ne sera plus enregistré à Fontaine-Daniel, même en 1900, 1936, et 1968.
Gustave Denis, fils de Martin, est un candidat idéal à la succession. Ingénieur de l’École centrale des Arts et Manufactures, il a commencé sa carrière professionnelle à Amilly (Loiret), dans une filature de soie, jusqu'en 1858, date à laquelle il revient à Fontaine-Daniel.
En , il épouse, à Montmorency, Eugénie Reine Merle d’Aubigné, née à La Nouvelle-Orléans. Son père, Ami Merle d'Aubigné, y est affréteur et consul de Suisse. Il est issu d’une famille de calvinistes français (descendants du poète Agrippa d’Aubigné), réfugiée à Genève.
En 1862, Gustave Denis rachète avec sa femme l'entreprise textile à Sensitive Armfield et la dirige pendant près de cinquante ans. Il sera également maire de Saint-Georges-Buttavent, président du conseil général de la Mayenne pendant trente ans et sénateur.
1894-1911 De la première teinturerie à la fin de l’activité de filature En 1894, la couleur arrive à l’usine : la première teinturerie est mise sur pied. L’usine est alors entièrement intégrée, mais pendant dix-sept années seulement, jusqu’à l’arrêt de la filature en 1911Le matériel en était vétuste et il aurait fallu des investissements considérables auxquels les dirigeants de Fontaine-Daniel préfèrent renoncer face à la production et aux prix attractifs de l’importante Société des filatures de Laval, comprenant les établissements de Bootz et de la Beuverie. L’usine Duchemin à Laval s’étant, en sus du tissage, équipée à la même période d’une filature moderne, il était plus rentable pour Fontaine-Daniel de se fournir en fil à Laval, à Rouen et à Paris.. C’est une décision essentielle dans l’histoire de l’entreprise de Fontaine-Daniel ; elle inaugure un mouvement de glissement vers l’aval dans la fabrication et la mise en œuvre des produits textiles.
1925-1929 thumb|Anciennes chaudières de l'usine Un grand chantier pour une nouvelle chaufferie, de même que l’électrification de l’usine permettent notamment le développement des apprêts Il faut relever le défi de l’après-guerre et assurer la continuité de la maison. Paul et Georges Denis, fils de Gustave, cherchent les voies et les moyens d’améliorer la productivité et la rentabilité, en installant une nouvelle turbine hydraulique de 150 chevauxSur le grand canal de fuite souterrain de la turbine précédente, relayant en hiver la machine à vapeur du tissage.. La question de la force motrice est capitale, d’où la construction dirigée par Jean Denis fils de Paul, en 1929, d’une nouvelle chaufferie et l’installation d’une turbine à vapeurDont l’échappement à basse pression alimente en calories la teinturerie et le blanchiment. L’approvisionnement en charbon est assuré par une douzaine de fournisseurs.. Toute l’usine est électrifiée à partir de cette date.