Les guerres d'Italie sont une suite de menés par les souverains français en Italie à partir de la fin du et au cours du pour faire valoir ce qu'ils estimaient être leurs droits héréditaires sur le royaume de Naples, puis sur le duché de Milan. Par un jeu complexe d'alliances et de contre-alliances reposant en partie sur des liens de parenté et au prix d'efforts financiers considérables et de nombreuses campagnes militaires, les grandes puissances européennes s'affrontèrent sur le champ de bataille italien marqué par des batailles de rencontre et des batailles rangées célèbres, mais aussi sur d'autres territoires.

Ces conflits voient s'opérer une mutation importante dans l'art de faire la guerre, que l'historiographie a longtemps qualifié de de l'époque moderne. Sur le plan culturel, ces guerres contribuent à la diffusion du modèle italien de la Renaissance dans l'ensemble de l'Europe.

Origines

Le royaume de Naples est revendiqué par la maison d'Anjou, maison cadette des Capétiens, depuis que Jeanne Ire de Naples a adopté Louis Ier d'Anjou en 1380, lui faisant hériter de sa couronne à sa mort en 1382, et que Jeanne II de Naples a réitéré ces droits en faisant hériter René Ier d'Anjou, petit-fils de Louis d'Anjou, en 1435. Ni l'un ni l'autre n'ont jamais pu prendre le contrôle effectif de Naples car, la première fois, une branche cousine de Jeanne Ire a récupéré Naples et, la seconde fois, en 1442, l'Aragon avec le roi en prend le contrôle. La maison d'Anjou essaie alors sans relâche d'en reprendre possession. René d'Anjou meurt en 1480. Ses droits sur le royaume de Naples passèrent à son neveu Charles V du Maine, puis, à sa mort, au royaume de France, où règne dont il fait son héritier, puis, à partir de 1483, .

doit faire d'importantes recherches dans les archives pour prouver le bien-fondé de ses prétentions, d'autant plus que la maison d'Anjou a perdu ses possessions napolitaines en 1442. Ce legs comprend aussi le royaume de Jérusalem, qui est occupé par les Mamelouks jusqu'en 1517. Trois traités assurent à la France la neutralité des partis concurrents : neutralité de l'Angleterre par le traité d'Étaples en 1492, puis celle de l'Espagne par le traité de Barcelone en 1493 ( récupère le Roussillon et la Cerdagne), enfin celle de l'empereur Maximilien par le traité de Senlis en 1493. Par ces derniers accords, renonce à la Franche-Comté, dot de sa promise Marguerite d'Autriche (fille de Maximilien) avec laquelle il rompt dès lors ses fiançailles.

En 1486, certains barons du royaume de Naples, restés fidèles aux Angevins, se révoltent. Vaincus, ils se réfugient en France. Les monarques français essayent alors de faire valoir leurs droits pendant près de .

est en outre incité à se rendre en Italie par Ludovic le More, tuteur du duc de Milan Jean Galéas Sforza. Ludovic le More est inquiet de la rupture possible de l'équilibre en Italie : l'alliance formée dès 1467 par Florence, Milan et Naples, pour lutter contre la puissance vénitienne, bat de l'aile et Pierre l'Infortuné, le successeur de Laurent le Magnifique, se rapproche du royaume de Naples.

Le casus belli du conflit était la rivalité qui a surgi entre la duchesse de Bari, Béatrice d’Este, épouse de Ludovico, et la duchesse de Milan, Isabelle d’Aragon, épouse de Jean Galéas Sforza, qui aspiraient tous deux au contrôle du duché de Milan et au titre héréditaire pour leurs enfants. Quand, en , Béatrice donna naissance à Hercule Maximilien, elle voulut qu’il soit nommé comte de Pavie - titre appartenant exclusivement à l’héritier du trône - à la place du fils d’IsabelleBernardino Corio, L'Historia di Milano, Giorgio de' Cavalli, 1565, p. 1029.. Cette dernière, se sentant menacée, demanda l’intervention de son père Alphonse d’Aragon qui, montant sur le trône de Naples après la mort de son père Ferrante, n’hésita pas à venir à la rescousse de sa fille. De là vint la réaction de Ludovico qui, en réponse aux menaces d’Alphonse, qui avait occupé la ville de Bari, donna carte blanche au monarque Français pour intervenir en ItalieStudi sulla crisi italiana alla fine del secolo XV, Paolo Negri, in Archivio storico lombardo, Società storica lombarda, 1923, pp. 20-26; Bernardino Corio, L'Historia di Milano, Giorgio de' Cavalli, 1565, p. 1057.La chimera di Carlo VIII, 1492-1495, Silvio Biancardi, 2009, p. 287; ..

En outre, le projet de est discrètement soutenu en Italie par une faction, à la tête de laquelle se trouve « le cardinal Giuliano della Rovere le futur , [qui] comptait sur l'appui des Français pour faire déposer le pape régnant Borgia ».

Les premières guerres d'Italie : de à Marignan Première guerre d'Italie (1494-1497)

vignette|gauche|Portrait de , huile sur panneau de bois, école française du , Chantilly, musée Condé.

Objectifs de Charles VIII en 1494 Il s'agit de se rendre maître du royaume de Naples, puis d'entreprendre une croisade contre l'Empire ottoman de , afin de reconquérir Jérusalem.

L'armée française à l'entrée en Italie (septembre 1494) Allié au duché de Milan, , parti de LyonClaude de Vic, Joseph Vaissete, Ernest Roschach, Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives, 1845, , , voir ce lien : le départ du roi et de son armée pour la guerre d'Italie début ., arrive à Grenoble et franchit le col de Montgenèvre le .

L'armée française qui pénètre en Italie est composée de la garde rapprochée du roi, formée par deux cents cavaliers, une cavalerie de , (dont et ) et surtout une artillerie de , légères et maniables.

Succès initiaux : Asti, Romagne, Florence Les Français avancent rapidement et atteignent la ville d'Asti le Se référer à ces liens : .. Parallèlement, à Rapallo, près de Gênes, les troupes franco-milanaises commandées par Louis d'Orléans, appuyées par la marine française, mettent en déroute une armée de , fraîchement débarqués dans le port de Gênes. Victime de la petite vérole, ne peut pénétrer dans Gênes avant le .

L'armée française continue alors en direction de Naples : le , les Français prennent Mordano, en Romagne, et y massacrent civils et soldats ; le , c'est le bourg de Fivizzano qui subit le même sort. Les Italiens sont terrorisés, et après négociation, Florence est prise sans combat le . est accueilli par le dominicain Savonarole, maître de la ville, qui le salue comme l’envoyé de Dieu..

Rome (début 1495) Les Français quittent la ville le du même mois et entrent dans Rome le . Les Français, une fois dans la Ville éternelle, pillent, massacrent et le pape est contraint d'accepter le serment d’obédience au roi.. se fait remettre par le pape Alexandre le propre frère du sultan Bajazet, Djem. Celui-ci avait combattu sans succès Bajazet pour recueillir l'héritage de leur père, le sultan . Afin d'échapper à la vindicte de son frère, Djem avait d'abord trouvé refuge chez les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Rhodes, et ceux-ci l'avaient ensuite confié au pape. comptait sur Djem pour rallier des musulmans à sa cause et combattre Bajazet. L'aventure n'a pas de suite, car Djem meurt quelques semaines plus tardSur Djem, voir : Louis Thuasne, Djem-sultan (…) étude sur la question d'Orient, Paris, E. Leroux, 1897 ; Gilles Rossignol, Pierre d'Aubusson, Lyon, La Manufacture, 1991..

Le royaume de Naples (février-mai 1495) .

.

Le retour difficile de Charles VIII : Fornoue, Novare Resté en Lombardie avec une partie des troupes, Louis d'Orléans, bien qu'ayant reçu l'ordre de ne pas attaquer le duc de Milan Ludovic le More, ne peut résister à l'envie de s'emparer de Novare, qui lui fut donnée pour trahison. Il y entre le et y est très bien reçu par les habitants. La dépression nerveuse de Ludovic (frappé, semble-t-il, par un accident vasculaire cérébral), l’ambiguïté des alliés et le manque d’argent pour la solde des troupes semblèrent d’abord renverser la situation en faveur du duc d’Orléans. Mais, l’intervention rapide de la duchesse Béatrice d’Este, qui avait repris le gouvernement du duché et relancé le siège de Novare, rétablit l’ordre, mettant un terme à l'entreprise d’OrléansRené de Maulde-La Clavière, , Paris, Ernest Leroux, 1891, pp. 222-224.

...

Le retour vers la France de s'effectue dans des conditions difficiles. Le roi, ayant quitté Naples avec une armée diminuée (il n'a plus que avec lui), fait traverser à grand-peine les Apennins à son artillerie et arrive près de Fornoue le . Rattrapé par l'armée coalisée, forte de et commandée par le marquis de Mantoue, , est obligé d'accepter le combat. Le se déroule la bataille de Fornoue où les Français, malgré leur infériorité numérique, remportent une victoire leur permettant de poursuivre leur retraite.

L'armée arrive à Asti dans un état de délabrement certain. Louis d'Orléans, enfermé avec ses troupes dans Novare par les de Ludovic le More et en proie à la famine, appelle à l'aide son cousin, qui part à son secours sans lui tenir rigueur de son insubordination.

Des négociations s'ouvrent entre les deux parties, qui conduisent à la paix de Verceil, signée le . Louis d'Orléans évacue Novare avec ses majoritairement suisses dont un grand nombre, trop affaiblis, meurent peu après. Le traité de Verceil accorde au roi de France des espérances chimériques, et laisse en réalité le champ libre au duc de Milan.

L'intervention de Ferdinand d'Aragon dans le royaume de Naples Pendant ce temps, les Français laissés sur les débris du royaume de Naples combattent pour en conserver la possession. débarque en Calabre et les assiège dans Naples. Montpensier s'enferme dans les châteaux en attendant les secours de France. Ceux-ci tardent à arriver : Ludovic le More ne tient pas son engagement d'envoyer une flotte pour acheminer leurs troupes vers Naples et est à court d'argent. Le coût de son expédition en Italie aurait dû être partiellement couvert par des dons des Florentins, dons conditionnés au retour sous leur contrôle des places fortes prêtées au roi. Ces places fortes sont finalement vendues à Lucques, Venise, Gênes ou Pise, après la trahison du commandant français en Toscane, Robert de Balzac. se voit donc contraint de rembourser les prêts florentins, et ne reçoit pas de nouveaux fonds de cette ville.

Gilbert de Montpensier, en désespoir de cause, embarque avec la quasi-totalité de sa garnison et se rend à Salerne. L'armée du comte, composée en grande partie de mercenaires allemands et italiens, manquant souvent de vivres et n'ayant pas reçu sa solde depuis fort longtemps, se laisse enfermer par dans la petite ville d'Atella. Une partie des mercenaires allemands fait défection, poussant les Français à la capitulation. L'armée française retenue prisonnière est décimée par la maladie et la faim.

L'Espagne, engagée dans la ligue de Venise en violation du traité de Barcelone, attaque le Languedoc à plusieurs reprises courant 1496. Des négociations en vue d'obtenir une paix séparée avec l'Espagne occupent une partie de l', toute l' et le début de 1497, aboutissant à la signature de la trêve d'Alcalá de Henares le .

Bilan de la première campagne d'Italie , toujours désireux de reconquérir le royaume de Naples, entretient des intelligences avec les princes d'Italie dont les États peuvent lui ouvrir de nouveau le chemin de ce royaume. Le duc d'Orléans contribue cependant à faire naître des obstacles aux projets du roi, qui meurt en 1498 sans assouvir ses rêves de revanche.

a donc abandonné le Roussillon et la Cerdagne, le Conflent et le Vallespir aux Espagnols par le Traité de Barcelone de 1493 sans rien obtenir en échange. Cette expédition en Italie est donc un échec politique et stratégique.

Deuxième guerre d'Italie (1499-1500) : prise de Milan

vignette|gauche|Portrait de , huile sur panneau de bois par Jehan Perréal, château de Windsor, vers 1514.

Objectifs de Louis XII Louis d'Orléans, devenu , hérite des droits des Valois sur le royaume de Naples.