thumb|Diane de Poitiers, anonyme, avant 1525, pierre noire et sanguine, , Paris, bibliothèque nationale de France. Diane de Poitiers, née le ... ou le en Dauphiné et décédée le à Anet, est une comtesse de Saint-Vallier, duchesse de Valentinois, demeurée pendant plus de vingt ans la favorite d'Henri II, roi de France.

Les sources la concernant sont infimes et lacunaires, si bien qu'on ignore quasiment tout d'elle, parfois pour des années entières. La postérité lui a forgé une image de femme de caractère, avide de pouvoir et d'honneurs, et grande mécène, mais rien n'est prouvé ..

Biographie Origines Diane est la fille de Jean de Poitiers, vicomte d'Estoile, seigneur de Saint-Vallier, et de Jeanne de Batarnay. Ses parents appartiennent au premier cercle du pouvoir royal. Son grand-père paternel, Aymar de Poitiers, avait épousé en premières noces Marie de Valois, la fille naturelle du roi Louis XI, et son grand-père maternel, Imbert de Batarnay, avait été un intime de ce même roi.

La maison de Poitiers-Valentinois est d'origine dauphinoise, le nom « Poitiers » provenant du lieu-dit Peytieux à Châteauneuf-de-Bordette. ; elle n'a donc aucun lien de parenté avec les comtes de Poitou.. Diane est née dans le Dauphiné, où son père possède ses fiefs. Son lieu et sa date de naissance sont incertains : elle serait née à Saint-Vallier ou à Étoile-sur-Rhône, le ou le Sa date de naissance est inscrite sur son tombeau à Anet. , note 11. Mais en l'absence d'autres sources historiques, la date reste incertaine..

Elle hérite la baronnie de Sérignan-du-Comtat de son père. Il reste dans cette commune un château qui porte son nom.

L’épouse de Louis de Brézé (1515-1531) Par l'entremise d'Anne de Beaujeu, elle épouse, le (à l'âge de quinze ans), en l'hôtel de Bourbon à Paris, Louis de Brézé, petit-fils de Charles VII et d'Agnès Sorel, comte de Maulévrier, grand sénéchal de Normandie et grand veneur de France. Il est son aîné de près de quarante ans. De ce mariage naissent deux filles : Françoise de Brézé (-1574), comtesse de Maulévrier, baronne de Mauny et de Sérignan ; mariée le en la chapelle du Louvre à Paris à Robert IV de La Marck, duc de Bouillon, mort empoisonné en 1558. Louise de Brézé (1521-), mariée le à Claude de Lorraine, marquis de Mayenne, devenu en 1550 duc d'Aumale, frère du duc de Guise et de Marie de Guise, reine d'Écosse.

En 1524, Jean de Poitiers est accusé de complicité dans la trahison du connétable de Bourbon, gendre d’Anne de Beaujeu. Devenu le bouc émissaire dans l’affaire, c’est in extremis, sur l’échafaud, qu’il apprend sa grâce, accordée par le roi en reconnaissance des bons et loyaux services de Louis de Brézé, qui l’avait d’ailleurs alerté sur le complot. Jean de Poitiers finit ses jours enfermé confortablement à la forteresse de Loches. alt=Portrait de Diane de Poitiers.|gauche|vignette|163x163px|Portrait de Diane de Poitiers, Galerie des Illustres du château du Beauregard (). Diane est appointée dame d’honneur de la reine Claude, puis de la mère du roi, Louise de Savoie, et enfin de la reine Éléonore. Rien ne prouve qu’elle ait été la maîtresse de François , malgré les rumeurs répandues par ses détracteurs et reprises dans certaines biographies.

Louis de Brézé meurt le à Anet et Diane adopte définitivement pour sa tenue les couleurs d'une veuve, dont Henri II s’inspirera plus tard pour sa livrée ordinaire (noir et blanc rayée d’or). Son sens aigu des intérêts financiers se manifeste dès ce moment. Elle obtient de se faire verser les gages que son mari recevait au titre de gouverneur de Normandie et de grand sénéchal, prenant elle-même le titre de « sénéchale de Normandie ». Elle obtient d’administrer les biens de ses filles et d’en percevoir les revenus. « Férue en procédure et entourée d'hommes de loi », elle va jusqu’au procès pour tenter de conserver les terres que son mari détenait en apanage. François l’aide à tergiverser grâce à des lettres patentes statuant qu’elle peut conserver les revenus et profits de ces terres jusqu'à ce que la propriété en soit établie. Diane saura toute sa vie faire prospérer sa fortune.

Amie du prince Henri d'Orléans (1531-1547) À la suite de la défaite de Pavie (1525), le dauphin François et son cadet Henri, duc d'Orléans (et futur Henri II), âgés respectivement de , sont remis en otage à Charles Quint en échange de leur père.

Du fait de la reprise de la guerre, les deux princes sont bientôt soumis à une détention sévère et passent presque quatre années (1526-1530) très isolés, dans l’incertitude quant à leur avenir. D'après Didier Le Fur, Henri II n'a jamais lu Amadis de Gaule lors de sa captivité, le livre n'étant pas encore traduit et lui-même ne parlant pas espagnol. Il n'a donc pas pu fantasmer une relation courtoise avec Diane de Poitiers.

Henri d'Orléans épouse Catherine de Médicis en 1533. Diane avait appuyé le choix de l’arrière-petite-fille de Laurent le Magnifique, considérée comme une « fille de marchands » par les opposants à l’union. Catherine et Diane sont en effet cousines : le grand-père maternel de Catherine (fille de Madeleine de la Tour d'Auvergne) est le frère de la grand-mère paternelle de Diane. On estime que c'est en 1536, qu'Henri et Diane sont, à respectivement 17 et 36 ans, devenus amants.

Diane de Poitiers élève Diane de France, née en 1538 des amours de Filippa Duci et d'Henri II. Elle lui donne une éducation très pointue : espagnol, italien, latin danse et musique..

La favorite royale (1547-1559) Marques de la faveur vignette|gauche|Portrait de Diane de Poitiers. vignette|Diane chasseresse, tableau d'un artiste de la première école de Fontainebleau, dont le modèle est réputé être Diane de Poitiers, entre 1550 et 1560, , Paris, musée du Louvre. vignette|Emblème d'Henri II, accompagné de sa devise « Donec totum impleat orbem »Devises héroïques, Claude Paradin, Jean de Tournes and Guillaume Gazeau, Lyon, 1557. Donec totum impleat orbem : jusqu'à ce qu'il (le croissant de lune) remplisse l'orbe tout entière (la gloire du roi irait en croissant jusqu'à ce qu'elle remplisse le monde) souvent représenté dans les demeures de Diane. vignette|Catherine de Médicis arborant le monogramme de son mari sur une miniature des années 1570.

L'avènement d'Henri II au trône marque l'influence de Diane de Poitiers. De toutes les femmes de l'entourage du roi, Diane s'avère la plus avantagée dans la redistribution des faveurs royales.

Après plusieurs années d'humiliation, l'heure vient pour elle de prendre sa revanche sur sa rivale, l'ancienne favorite de François , Anne de Pisseleu, chassée sans ménagement de la cour. Diane occupe aussitôt sa place. Le roi lui fait cadeau des biens qu'Anne de Pisseleu avait obtenus de François : les bijoux de la couronne, un hôtel parisien et enfin, beaucoup plus tard : le duché d’Étampes (1553) et le relais de chasse des Clayes (1556), où elle aurait planté l'arbre de Diane. Diane reçoit également divers cadeaux en terres, dont la propriété royale de ChenonceauBalzac affirme dans l'introduction à Sur Catherine de Médicis () que ce château fut offert à Diane pour lui faire oublier un pamphlet publié contre elle en 1537 par le poète champenois Jean Voûté. (1547) et divers cadeaux en argent, dont le produit de l'impôt sur les charges, qui lui procure une somme extraordinaire de (1553). Elle se voit enfin confirmée dans la propriété de ses terres de Nogent, d'Anet et de Bréval.

Pour asseoir sa position à la cour, elle est titrée, en 1548, duchesse de Valentinois (les duchesses bénéficient du privilège d'une place assise dans la chambre de la reine). Sa fille Françoise, duchesse de Bouillon est nommée dame d'honneur de la reine et prend à ce titre les commandes de la maison de Catherine de Médicis. Lors du sacre de la reine en 1549, c'est Françoise qui préside la cérémonie. Diane participe elle-même au cortège des grandes dames, princesses et duchesses qui escortent et assistent la reine durant le sacre.

Sa faveur apparaît également dans la proximité de ses appartements avec ceux du roi. Au château de Saint-Germain-en-Laye, ses appartements sont situés juste en dessous de ceux de la reine ; ils comportent une salle et une chapelle, privilège ordinairement réservé aux princesses de la famille royaleMonique Chatenet, La cour de France au . Vie sociale et architecture, Picard, 2002, ..

La maîtresse du roi Faute de sources, il a toujours été difficile pour les historiens de définir la nature des relations que le roi entretient avec Diane. L'auteur dit : « Il faut le dire une bonne fois pour toutes, l'intimité d'un homme ou d'une femme de cette époque est presque impossible à recomposer, même si le personnage en question est le roi de France et peut-être même à cause de cela...». Contrairement à son père, Henri se montre très secret dans ses relations intimes. Un ambassadeur vénitien le décrit ainsi : De fait, Henri II réalise peu d'incartades notoires. Les mieux connues sont celles avec Jane Fleming, gouvernante de Marie Stuart, et avec Nicole de Savigny, toutes d'assez courte durée. De caractère discret et prudent, Henri cherche à éviter le scandale et à ménager l’amour-propre de son épouse. Si l’une de ses maîtresses vient à vouloir tirer parti de sa liaison avec lui et à s'en vanter, il s’en défait..

Officiellement, rien ne transparaît des relations entre Diane et le roi. Un autre ambassadeur vénitien écrit « qu’en public, il ne s’est jamais vu aucun acte déshonnête ». Le roi a pourtant pris pour emblème le croissant, symbole de Diane, la déesse latine de la chasse. Il le fait afficher sur ses portraits, ses bâtiments, dans la pierre, en vitrail, sur les carreaux de céramique pour le revêtement du sol, sur les reliures de ses livres précieux et aussi sur les livrées de ses gardes au palais.

Sur la nature de ses relations avec Diane, les contemporains demeurent partagés. Pour certains, la liaison s'avère simplement platonique. Pour d’autres, Diane a été effectivement la maîtresse du roi, mais avec le temps et l'âge, le roi s'en serait lassé, ce qui expliquerait ses incartades avec Jane Fleming et Nicole de Savigny. Diane serait alors redevenue la confidente et l’amie des débutsVoir également ..

De façon certaine, Diane constitue la « dame » d'Henri dans le sens des romans de chevalerie. À la cour de France, c'est la coutume qu'un jeune homme fasse le service à une dame avec l'accord de son mari ; en retour, celle-ci doit l'édifier dans ses mœurs, lui apprendre la galanterie et l'obliger à ses devoirs. C'est le rôle attribué à Diane par le roi lui-même, conformément à la tradition qui veut que ce soit un parent qui choisisse la maîtresse. Une lettre datée de 1552, montre qu'à trente ans passés, Henri est toujours dans ce rôle de chevalier servant et moins dans celui d'un amant :

La dame de compagnie de la reine vignette|Monogramme d'Henri II. HC ou HD:« C » pour son épouse Catherine, ou « D » pour sa maîtresse Diane ? Cour carrée du Louvre. vignette|Monogramme d'Henri II et de Catherine de Médicis composé d’un«H» et de deux «C» entrelacés dont les extrémités dépassent les deux barres verticales du «H», pour bien marquer qu'il s'agit de son initiale et non du «D» pour Diane, cabinet et chambre de la Reine, château de Blois. La reine Catherine de Médicis est tout à fait consciente de la nature de la relation entre le roi et Diane de Poitiers. Pendant vingt ans, Catherine dissimule sa rancœur, acceptant la présence de sa rivale comme dame de compagnie, par amour pour son mari, mais aussi dans la crainte de lui déplaire. Quand le roi s’éloigne à la guerre, elle souffre de ne pas recevoir assez de nouvelles de lui alors que Diane en reçoit tous les jours.

Diane s’efforce de garder de bons rapports avec la reine . En tant que dame de compagnie de la reine, son rôle consiste à la servir dans la vie quotidienne et être présente à ses côtés. Diane lui sert de garde-malade et l'assiste dans tous ses accouchements.