Vingt Mille Lieues sous les mers est un roman d'aventures de Jules Verne, paru en 1869-1870. Il relate le voyage de trois naufragés capturés par le capitaine Nemo, mystérieux inventeur qui parcourt les fonds des mers à bord du Nautilus, un sous-marin très en avance sur les technologies de l'époque.

Il est l'un des dix livres les plus traduits au monde (174 langues d'après certaines sources.). La recherche officielle comptabilise (chiffres de 2005) 57 languesGarmt de Vries, En combien de langues Jules Verne a-t-il été traduit ? in Revue Jules Verne : 2005, année Jules Verne, Centre international Jules-Verne, 2006, . Ce qui classe le roman derrière Le Tour du monde en quatre-vingt jours qui compte 61 langues.. Il a fait l'objet de nombreuses adaptations que ce soit, entre autres, au cinéma, à la télévision ou en bande dessinée.

Résumé L'apparition d'une bête monstrueuse en 1866 dans plusieurs mers du globe défraie la chronique. L'animal, rapide, fusiforme et phosphorescent, est responsable de plusieurs naufrages, brisant le bois et l'acier des navires avec une force colossale. De retour d'une expédition dans le Nebraska, Pierre Aronnax, professeur suppléant au Muséum national d'histoire naturelle, émet l'hypothèse d'un narval géant.

Les compagnies d'assurances maritimes menacent d'augmenter leurs prix et demandent que le monstre soit éliminé. Une grande chasse est alors organisée à bord de l’Abraham Lincoln, fleuron de la marine américaine, mené par le commandant Farragut. Aronnax reçoit une lettre du secrétaire de la Marine lui demandant de rejoindre l’expédition pour représenter la France. Le scientifique embarque avec son fidèle domestique flamand, Conseil. À bord, ils font la connaissance de Ned Land, harponneur originaire de Québec. Après des mois de navigation, la confrontation avec le monstre a enfin lieu, et l'Abraham Lincoln est endommagé. Un choc entre le monstre et la frégate projette Aronnax et Ned par-dessus bord. Conseil se jette alors à l'eau pour secourir son maître. Tous trois échouent finalement sur le dos du monstre, qui n'est autre qu'un sous-marin en tôle armée. Les naufragés sont faits prisonniers et se retrouvent à bord du mystérieux appareil. Ils font alors connaissance du capitaine Nemo, qui refuse de leur rendre la liberté.

Alors que Ned ne cherche qu'à s'évader, Aronnax éprouve une certaine curiosité pour Nemo, cet homme qui a fui le monde de la surface et la société. Le capitaine consent à révéler au savant les secrets des mers. Il lui fait découvrir le fonctionnement de son sous-marin, le Nautilus, et décide d’entreprendre un tour du monde des profondeurs. Nos héros découvrent des trésors engloutis, l'Atlantide et des épaves d'anciens navires, s'aventurent sur les îles du Pacifique et la banquise du pôle Sud, chassent dans les forêts sous-marines et combattent des calmars géants. Aronnax finit par découvrir que Nemo utilise le Nautilus comme une machine de guerre, un instrument de vengeance contre les navires appartenant à une « nation maudite » à laquelle il voue une terrible haine.

Aronnax, Ned et Conseil parviennent à s’échapper. Ils s’embarquent à bord d'une chaloupe et accostent sur une des îles Lofoten. Ils ne sauront jamais ce qu’est devenu le Nautilus, peut-être englouti dans un maelström.

L’œuvre Genèse et conception La gestation de Vingt Mille Lieues sous les mers fut une des plus longues de l'histoire des Voyages extraordinaires. L'idée de ce roman date de l'été 1865. Jules Verne le conçut à la suite d'une suggestion épistolaire de George Sand, amie d'Hetzel, qui avait fort apprécié Cinq semaines en ballon et Voyage au centre de la Terre. La lettre de la romancière, par laquelle elle pressait l'imagination de l'écrivain, est restée à la postérité par les soins de Jules Verne lui-même qui, fier d'avoir intéressé un auteur qu'il estimait fort, l'a communiquée, en 1897, à Adolphe Brisson venu l'entretenir à Amiens. Voici le paragraphe inspirateurLettre du 25 juillet 1865. La date est donnée par le spécialiste de George Sand, Georges Lubin.Daniel Compère, Jean-Michel Margot, Entretiens avec Jules Verne : 1873-1905, Slatkine, 1998, : Jules Verne pense d'abord intituler le roman Le Voyage sous les eaux. La première allusion au roman date d', alors que Verne termine le troisième tome des Enfants du capitaine Grant.

Mais un fait inattendu va venir dérégler cette mécanique : en , Théophile Lavallée meurt, alors qu'il venait de commencer une Géographie illustrée de la France et de ses colonies, qu'Hetzel lui avait demandée. Il n'en avait écrit que la préface. L'éditeur, un peu désemparé, se rabat sur Verne et lui suggère de s'atteler à cette tâche. Le mot n'est pas trop fort, car l'écrivain, dans ses lettres à Hetzel de l'époque, signera souvent « votre bête de somme ». Tout en finissant le troisième tome de Grant, il s'attaque à ce pensum fastidieux, moyennant une bonne rémunération.

Jules Verne termine la Géographie dans les premiers mois de l'année 1868. Mais, dès 1867, il écrit à Hetzel :

Preuve que Verne avait déjà discuté avec son éditeur de la nationalité du capitaine Nemo et que ce dernier, pour des raisons commerciales, ne voulait pas de ce « Polonais ».

Cependant, Verne reste enthousiaste au sujet de son roman.

Rédigée en sa villa « La Solitude » dans la commune du Crotoy, l'œuvre ne trouve son titre définitif qu'en ce printemps de l'année 1868 ; Verne avait hésité auparavant entre Voyage sous les eaux, Vingt Mille Lieues sous les eaux, Vingt-cinq Mille Lieues sous les océans, Mille Lieues sous les océans… avant d'opter pour Vingt Mille Lieues sous les mers (le mot lieue désigne ici la lieue métrique, égale à quatre kilomètres ; le titre indique ainsi la longueur totale du voyage et non la profondeurDeuxième partie — Chapitre 7 intitulé La Méditerranée en quarante-huit heures., soit quatre-vingt mille kilomètresPhilippe Valetoux, Jules Verne, en mer et contre tous, Magellan & Co, 2005, .).

Cependant, la tension monte entre l'écrivain et l'éditeur. Ce dernier suggère à Verne de rallonger son roman et de prévoir une troisième partie où il pourrait développer d'autres scènes, par exemple « Ned Land fuyant tout seul un jour – abordant un rocher, une île déserte, puis repêché, repris à demi-mort, pardonnéSingulièrement, Richard Fleisher, dans son adaptation du roman à l'écran en 1954, reprend cette idée d'Hetzel. » ou alors . Hetzel propose même à Verne de faire de Nemo un anti-esclavagiste qui poursuit les négriers. L'écrivain ne voit en son héros que l'« Homme des eaux », farouche et solitaire. Agacé par toutes les tentatives de l'éditeur, il répond :

Il est toutefois une suggestion de l'éditeur à laquelle Jules Verne se rallia sans difficulté : ce fut, pour les illustrations, de prêter à Nemo les traits du colonel Charras, un ancien ami politique de l'éditeur, compagnon de combat et d'exil, mort quelques années auparavant, en 1865, sans avoir remis le pied sur le sol français depuis les proscriptions de 1852Consulter les préfaces de Christian Chelebourg en Livre de poche et de Simone Vierne chez Garnier-Flammarion..

Le roman est tout d'abord diffusé en feuilleton dans le Magasin d'éducation et de récréation du au Cette édition comporte une présentation « Aux lecteurs du Magasin d'éducation et de récréation », signée Jules Verne, qui ne sera jamais reprise dans les volumes cartonnés.. Le premier tome paraît en , le second en . En raison de la guerre franco-prussienne et des événements de la Commune qui s'ensuivirent, la grande édition illustrée n'est publiée que le Piero Gondolo della Riva, Bibliographie analytique de toutes les œuvres de Jules Verne, tome 1, Société Jules-Verne, Paris, 1977..

Les personnages Pierre Aronnax

Docteur en médecine devenu professeur suppléant au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, c'est le narrateur du roman. Quadragénaire, spécialiste de minéralogie, de botanique et de zoologie, il pose sur les choses un regard à la fois averti et curieux qui explique les nombreuses digressions scientifiques du roman. Auteur d'un ouvrage à succès, Les Mystères des grands fonds sous-marins, il aura l'occasion, avec son domestique Conseil, d'utiliser ses connaissances en ichtyologie. Alors qu'il part, au début du roman, accompagné de Conseil, sur les traces d'un « monstre marin », un accrochage entre ce dernier et le navire de recherche (l’Abraham Lincoln, de la Marine américaine) a lieu, et les deux hommes, ainsi qu'un harponneur, Ned Land, passent par-dessus bord. Après une nuit de dérive en mer, alors qu'ils sont au bord de la mort, ils sont recueillis par l'équipage d'un navire sous-marin, commandé par le capitaine Nemo. Le « monstre marin » s'avère finalement n'être rien d'autre que le Nautilus, en avance de plusieurs décennies sur son époque. Les trois hommes sont hébergés, nourris et traités comme des membres d'équipage normaux, à la seule et unique condition, imposée par le capitaine Nemo, qu'ils ne pourront plus jamais quitter le Nautilus, sauf morts, afin d'en préserver le secret.

Conseil

Domestique d'Aronnax, âgé de 30 ans, décrit par son maître comme . À force de côtoyer les savants du Muséum, Conseil est devenu un spécialiste de la classification des espèces selon la classification linnéene, même s'il est incapable de les reconnaître de visu. Jules Verne lui a donné le nom de l'ingénieur Jacques-François Conseil, inventeur d'un bateau semi-submersible, dont il avait fait la connaissance dans les années 1860Daniel Compère, « Jules Verne, un chercheur méthodique ».. Il est hébergé par le capitaine Nemo et son équipage à bord du Nautilus, en compagnie du harponneur Ned Land et de son maître, le professeur Aronnax.

Ned Land

Canadien français, ce géant colérique, harponneur à bord de l’Abraham Lincoln de la marine américaine, chasseur de baleines émérite, est aussi un grand conteur (le narrateur le qualifie d'« Homère canadien »). Il s'attache à Pierre Aronnax avec lequel il peut parler français et apporte des compétences pratiques qui complètent les connaissances théoriques du savant. Son nom, Land, en anglais « terre », est ironique pour un marin. Il cherche constamment à s'évader du Nautilus et apprécie peu la vie ou la nourriture aquatique qu'on y sert.

Le capitaine Nemo

Personnage emblématique du roman, le capitaine Nemo est un homme froid, distant, très intelligent (il était autrefois ingénieur de profession), qui déteste le genre humain pour des raisons qui lui sont propres, détaillées dans le roman. D'après lui, le bonheur procuré par la vie est présent uniquement dans la mer qui recèle nourriture, énergie et multiples merveilles. Pour échapper à la « vie sur terre », rongée par la haine et les vices de l'homme, il décide, avec bon nombre de ses amis ingénieurs, de mettre au point le sous-marin Nautilus, véritable merveille technologique, dont il est nommé capitaine. Cette machine est pour lui une libération : il peut enfin vivre à son gré, loin des préoccupations futiles des hommes vivant sur la Terre. On ne sait pas quelle est sa destinée à la fin du roman.

À propos du capitaine Nemo : Son nom a été réutilisé dans le film Le Monde de Nemo, des studios d'animation Pixar. Le producteur délégué du film a en effet adoré et voulu rendre hommage au roman de Jules Verne. Jules Verne voulait en faire un Polonais dont la famille aurait été victime de l'oppression russe, mais son éditeur s'y opposa. Son nom signifie en latin « personne » au sens négatif, allusion à Ulysse et Polyphème dans l’Odyssée d'Homère.

Personnages secondaires le capitaine Anderson ; le commandant Farragut ; le second du capitaine Nemo.

L'équipage du Nautilus reste dans l'ombre, si bien que seul le second du capitaine apparaît de temps en temps, ce qui ajoute d'autant plus de mystère à l'énigmatique vaisseau.

Thèmes abordés dans le roman