Eugène Delacroix est un peintre français né le à Charenton-Saint-Maurice et mort le à Paris.
Dans la peinture française du , il est considéré comme le principal représentant du romantisme, dont la vigueur correspond à l'étendue de sa carrière. À , sa réputation est suffisamment établie pour lui permettre de recevoir d'importantes commandes de l'État. Il peint sur toile et décore les murs et plafonds de monuments publics.
Il laisse également des gravures et lithographies, plusieurs articles écrits pour des revues et un Journal publié peu après sa mort et plusieurs fois réédité. Remarqué au Salon en 1824, il produit dans les années suivantes des œuvres s'inspirant d'anecdotes historiques ou littéraires aussi bien que d'événements contemporains (La Liberté guidant le peuple) ou d'un voyage au Maghreb (Femmes d'Alger dans leur appartement).
Biographie Famille vignette|redresse|Autoportrait au gilet vert (1837), Paris, musée du Louvre. vignette|redresse|Maison natale d'Eugène Delacroix à Saint-Maurice. Eugène Delacroix, le quatrième enfant de Victoire Œben (1758-1814) et de Charles-François Delacroix (1741-1805), naît en 1798 au 2, rue de Paris à Charenton-Saint-Maurice, près de Paris., dans une grande demeure bourgeoise des , qui existe toujours.
Charles-François Delacroix, avocat à Paris à partir de 1774, devient député sous la Convention. Fin 1795, il devient ministre des Affaires extérieures, puis ambassadeur dans la République batave du à . Rallié à l’Empire, il est nommé préfet des Bouches-du-Rhône à Marseille, le , puis trois ans plus tard, préfet de la Gironde à Bordeaux où il meurt le et où il repose, au cimetière de la Chartreuse..
Victoire Œben, plus jeune que son mari, descend d'une famille d'ébénistes de renom, les Œben. En 1763, à la mort de son père Jean-François Œben, le célèbre ébéniste de , Victoire a cinq ans. Trois ans plus tard, en 1766, sa mère, Françoise Vandercruse, sœur de l'ébéniste Roger Vandercruse, se remarie avec l'ébéniste Jean-Henri Riesener, élève de son premier époux.. De cette seconde union naît le Henri-François Riesener, peintre, demi-frère de Victoire et oncle d'Eugène Delacroix, qui aura de son union avec Félicité Longrois un fils, le peintre Léon Riesener.
Charles-Henri Delacroix, l’aîné des enfants de Victoire et de Charles-François Delacroix, naît le . Il fait une belle carrière dans les armées impériales. Promu maréchal de camp honoraire en 1815, il est démobilisé avec le grade de général (mais en demi-solde)..
vignette|redresse|Jacques-Louis David, Portrait de madame de Verninac (1799), Paris, musée du Louvre. Henriette naît le et meurt le . Elle épouse le Raymond de Verninac-Saint-Maur (1762-1822)., un diplomate en Suède puis à Constantinople. Elle en a un fils, Charles de Verninac (1803-1834), neveu d'Eugène. À la demande de son époux, le peintre David fait son portrait (Paris, musée du Louvre), en 1799, dans un genre qu'il développe au cours des dernières années de la Révolution, le modèle assis, coupé aux genoux, sur fond uni.. Son mari demande aussi au sculpteur Joseph Chinard (1756-1813) son buste en Diane chasseresse préparant ses traits (1808, musée du Louvre)..
Henri, né en 1784, est tué à le à la bataille de Friedland.
Victoire Œben meurt le . Le règlement de la succession maternelle ruine la famille Delacroix. Ce désastre engloutit toute la fortune des enfants ; une propriété que la mère de l'artiste avait achetée afin de couvrir une créance doit être vendue à perte. Les Verninac recueillent le jeune Eugène, resté dans un grand dénuement..
Controverse sur la paternité de Charles Delacroix Remarquant que le père du peintre souffrait depuis quatorze ans et jusqu'à quelques mois avant la naissance d'Eugène, d'une volumineuse tumeur testiculaire, certains auteurs en ont déduit que son géniteur aurait été un autre homme : Talleyrand. Crédité de nombreuses liaisons féminines, Talleyrand remplaça Charles-François Delacroix aux Affaires extérieures le . Cette opinion est sérieusement contestée.
Le chirurgien Ange-Bernard Imbert-Delonnes (1747-1818) publia en une brochure à propos de l'ablation le de ce sarcocèle, qui constituait une première médicale. Il indique que l'opération a réussi et que le patient fut complètement rétabli au bout de . Eugène Delacroix naît sept mois après l'intervention, « Le chirurgien Ange-Imbert Delonnes et l'opération de Charles Delacroix », Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine (Réf 464), 26 du 2 avril 1932, consultable sur le site de Bibliothèque interuniversitaire de médecine de Paris (BIUM) ; ; .. Cependant, la tumeur de Charles Delacroix n'était pas nécessairement un obstacle à la procréation..
S'il existe des raisons de penser que Charles-François Delacroix n'a pas pu être son géniteur, les conjectures qui font de l'artiste un fils naturel de Talleyrand sont peu fondées. Caroline Jaubert évoque en 1880 cette rumeur dans la description d'une scène de salon qui aurait eu lieu vers 1840.
Pour Raymond Escholier, . Cependant de nombreux autres auteurs notent que Talleyrand était blond et pâle, alors que, décrivant leur ami Eugène Delacroix à la chevelure de jais, très noire, Baudelaire parle d'un et Théophile Gautier d'un air de ..
L'historien Emmanuel de Waresquiel rappelle l'absence de sources sérieuses à cette paternité supposée. Il conclut :
Talleyrand est en tous cas un proche de la famille Delacroix et l'un des protecteurs occultes de l'artiste.. Il aurait facilité l'achat par le baron Gérard de la Scène des massacres de Scio, présenté au salon de 1824 et aujourd'hui au musée du Louvre, pour une somme de .. Le petit-fils adultérin de Talleyrand, le duc de Morny, président du corps législatif et demi-frère utérin de , fait de Delacroix le peintre officiel du Second Empire, bien que l'empereur lui préfère Winterhalter et Meissonnier.. Delacroix bénéficie également de l'ombre tutélaire d'Adolphe Thiers, qui est son mentor. L'appui de Thiers semble aider Delacroix à obtenir plusieurs commandes importantes, notamment la décoration du salon du roi, au palais Bourbon, et une partie du décor de la bibliothèque du Sénat, au palais du Luxembourg.
Cette protection n'établit cependant pas une paternité naturelle, et Maurice Sérullaz évite de se prononcer à ce sujet..
Études et formation Scolarité vignette|redresse|Ferdinand Guillemardet, ami du père d'Eugène Delacroix, ambassadeur à Madrid, peint par Goya en 1798. Sa femme Lazarette-Hugues Guillemardet, mère de Félix Guillemardet, fut une seconde mère pour le peintre. À la mort de son père, Eugène n'a que sept ans. La mère et le fils quittent Bordeaux pour Paris.. En , ils habitent au 50 rue de Grenelle, dans l'appartement d'Henriette et de Raymond de Verninac.. D' à l'été 1815, Delacroix fréquente un établissement d'élite, le lycée Impérial (actuel lycée Louis-le-Grand) où il reçoit une bonne instruction.
Ses lectures sont classiques : Horace, Virgile, Racine, Corneille et Voltaire. Il apprend le grec et le latin. Les nombreux dessins et croquis griffonnés sur ses cahiers attestent déjà de ses dons artistiques. Il rencontre au lycée Impérial ses premiers confidents : Jean-Baptiste Pierret (1795-1854), Louis (1790-1865) et Félix (1796-1842) Guillemardet, et Achille Piron (1798-1865) ; .. Ils partagent sa vie de bohème et lui resteront fidèles jusqu'à la fin de sa vie.
Éducation musicale et artistique Il reçoit aussi très tôt une éducation musicale, en prenant ses leçons auprès d'un vieil organiste qui adore Mozart. Ce maître de musique remarque ses talents et conseille à sa mère d’en faire un musicien. Mais la mort de son père en 1805 met fin à cette possibilité. Cependant, il continuera toute sa vie à participer à la vie musicale parisienne, cherchant la compagnie des compositeurs, des chanteurs et des instrumentistes : Paganini jouant du violon (1831, Collection Philipps de Washington).
vignette|redresse|Eugène Delacroix (aussi attribué à Théodore Géricault), Portrait de Delacroix, peintre (vers 1816), musée des Beaux-Arts de Rouen. En 1815, son oncle Henri-François Riesener le fait entrer dans l'atelier de Pierre-Narcisse Guérin.. Il y a pour condisciples Paul Huet, Léon Cogniet, Ary et Henry Scheffer, et Charles-Henri de Callande de Champmartin; . Il y fait la connaissance de Théodore Géricault, de sept ans son aîné, qui aura une influence capitale sur son art.. L'enseignement de Guérin est à la fois classique et libéral. Il enseigne le principe néo-classique de la primauté du dessin sur la couleur, le retour à l'Antiquité cher à l'Allemand Winckelmann, mais il n'est pas fermé aux idées nouvelles.
En , Delacroix poursuit son apprentissage, toujours avec Guérin, aux Beaux-Arts de Paris où l'enseignement est moins onéreux qu'en atelier privé. L'enseignement privilégie le dessin et la copie des maîtres. Grâce à la carte de travail au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale., qu'il acquiert le , il copie pendant plusieurs années des manuscrits d'après des recueils de costumes du Moyen Âge. Ses résultats aux concours et aux examens de l'école des beaux-arts ne lui laissent pas espérer un séjour romain ; en 1820, il échoue à la première partie du prix de Rome. Parallèlement, il exerce de petits travaux : dessin industriel, décoration d'appartements, costumes de théâtre. La faible rente de l'héritage ne suffit pas à subvenir à ses besoins.
Pendant toute sa carrière, Delacroix souffrira des carences de son apprentissage technique, sous-estimé dans l'enseignement officiel. Pour lui, David était le dernier détenteur de « secrets » perdus. Sa génération . Peignant d'instinct, il en résultera, comme pour la plupart de ses contemporains, des désastres qui se manifesteront après peu d'années. La Mort de Sardanapale, de 1827, devra être entièrement restaurée en 1861.. Les délicats rapports de tons qui avaient enchanté les contemporains n'ont pas subsisté ; craquelures et crevasses, dus à la hâte de peindre sans respecter les délais de séchage, ont abîmé sa peinture.. Le Journal de Delacroix montre qu'il est conscient de ses manques. vignette|Portes et baies d'une maison mauresque (Aquarelle de 1832), Paris, musée du Louvre.
L’apprentissage de l’aquarelle et le voyage en Angleterre vignette|redresse|Eugène Delacroix, Hamlet et Horatio au cimetière (1839), Paris, musée du Louvre. En 1816, Delacroix rencontre Charles-Raymond SoulierBiographie de Charles-Louis-Raymond SOULIER (1792-1866), aquarelliste amateur anglophile et élève de Copley Fielding revenu d'Angleterre. Cet ami et Richard Parkes Bonington familiarisent Delacroix avec la pratique de l’aquarelle, qui l'éloigne des normes académiques enseignées aux Beaux-Arts. Les Britanniques associent l’aquarelle à la gouache et utilisent divers procédés comme les gommes, les vernis et le grattage. Soulier lui enseigne également les rudiments de la langue anglaise.
Du à la fin ., il voyage en Angleterre. Il découvre le théâtre de Shakespeare en assistant aux représentations de Richard III, Henri IV, Othello, Le Marchand de Venise et La Tempête. deux ans avant qu'une troupe anglaise se déplace à Parisle ; .. Il assiste également à une adaptation du Faust de Goethe. Delacroix trouvera des sujets dans le théâtre tout au long de sa carrière : Hamlet et Horatio au cimetière (1839, musée du Louvre) et Hamlet et Horatio devant les fossoyeurs avec la tête de mort (1843, Château-Musée de Nemours). Ces sujets se mêleront jusqu’à sa mort aux thèmes orientaux, littéraires, historiques ou religieux. À partir de ce voyage, la technique de l'aquarelle acquiert une importance dans son œuvre.. Elle lui sera d'une grande aide lors de son voyage en Afrique du Nord, pour pouvoir en restituer toutes les couleurs.
Les débuts de carrière Ses débuts en peinture (1819-1821)