vignette|upright=1.6|Schéma chronologique des quatre époques de l'Histoire selon les historiens français.

L'Époque moderne, ou les « Temps modernes », couvre l'époque historique qui débute à la fin du Moyen Âge située, selon les historiens, en 1453 à la chute de l'Empire romain d'Orient ou en 1492 avec la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et qui se termine, dans la tradition historique française, en 1789 avec la Révolution française. Pour les historiens de langue anglaise en revanche, l'Époque moderne est ininterrompue des Grandes découvertes jusqu'à nos jours, de sorte que l'époque contemporaine en définit plutôt la partie vécue par des témoins encore en vie à ce jour. Dans cette perspective, l'Époque moderne est celle où triomphent les valeurs de la modernité (le progrès, la communication, la raison), en opposition avec la période précédente du Moyen Âge, longtemps considérée comme un « âge obscur », ou comme une « sombre » parenthèse entre l'Antiquité et la « Renaissance ».

En sociologie, la distinction n'est pas faite entre l'Époque moderne et la modernité. Pour Jean-Marc Piotte, par exemple, nous sommes toujours en modernité puisque nous réfléchissons encore dans une perspective d'individus libres, égaux et rationnels ; qu'au niveau individuel le travail et l'amour priment ; et qu'au niveau collectif, le marché, l'état-nation et la laïcité demeurent dominants.. Le sociologue Anthony Giddens abonde dans le même sens, affirmant que nos sociétés possèdent toujours les quatre caractéristiques institutionnelles fondamentales de la modernité : le capitalisme, l'accumulation de capital dans le contexte du travail concurrentiel et des marchés de produits ; la surveillance, le contrôle de l'information et la surveillance sociale ; lindustrialisme, l'utilisation de l'industrie pour la production de biens ; et la puissance militaire, le contrôle des moyens de la violence dans le contexte de l'industrialisation de la guerre.

Dans une perspective globale, l'Époque moderne voit la mise en contact de deux mondes humains qui s'étaient presque totalement ignorés pendant plus de : l'Amérique – ou « Nouveau Monde » – et l'Afro-Eurasie – ou « Vieux Monde ». On parlera du « Jeune Monde » lorsque le continent australien sera découvert par les Européens.

Le temps écoulé a fait s'éloigner d'une telle manière cette époque du présent que les historiens de certains pays, dont la France, distinguent une quatrième époque, l'Époque contemporaine. Cette quatrième époque n'est certes pas à l'écart et a même vu une intensification extraordinaire de la tendance à la modernisation observée pendant l'Époque moderne. Cependant, cette intensification s'est faite avec des caractéristiques sensiblement différentes, fondamentalement parce qu'elle signifie le moment du développement extraordinaire et du triomphe des forces économiques et sociales qui avaient été en lente gestation durant l'Époque moderne : le capitalisme et la bourgeoisie ; ainsi que les entités politiques qui se sont formées en parallèle : la nation et l'État. C'est cette périodisation « à la française » qui est adoptée dans cet article.

La discipline historiographique étudiant cette période se nomme Histoire moderne, et ses historiens « modernistes » (distincts des artistes, écrivains ou religieux de la fin du ou du début du ).

Périodisation longue de l'Époque moderne vignette|upright=1|Carte du monde de Gerard van Schagen (1689).

C'est dans la plupart des pays francophones uniquement que l'Époque dite moderne s'arrête avec la Révolution française.

Cette convention traditionnelle des historiens français n'est pas partagée par les autres historiens du monde entier. Dans la terminologie de ces derniers, toute l'histoire depuis la Révolution française ne fait guère partie de l'histoire contemporaine, comme elle le fut, certes, encore à la fin du .

C'est ainsi que certains historiens anglo-saxons ou allemands contemporains divisent l'histoire depuis la fin du Moyen Âge (dates précises variables) : 1492-1792 : « Époque moderne antérieure » à la chute de l'Ancien Régime, ou première modernité ; 1792-1920 : « Époque moderne I », donc postérieure à la chute de l'Ancien Régime et jusqu'à la promulgation du traité de Versailles le ; depuis 1920 : « Époque moderne II », donc depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Cette époque, d'abord envisagée comme une notion de portée mondiale, est aujourd'hui perçue comme une perspective eurocentrée (voir les articles consacrés à l'Histoire et à l'historiographie).

Certains pensent en effet qu'il faut limiter l'usage de cette notion à la civilisation occidentale, voire uniquement à l'Europe. Il faut cependant prendre en compte le fait que cette période coïncide avec les Grandes découvertes et avec l'émergence de la première économie-monde.

D'un point de vue encore plus restrictif, seuls quelques monarques d'Europe occidentale s'identifiaient avec la période et la forme sociale historique nommée Ancien Régime.

Cadres chronologiques Début vignette|upright=1|La colonisation européenne des Amériques en 1492.

Plusieurs dates sont généralement citées pour commencer la période, selon l'objet de l'étude et l'école de pensée. Pour la France, la date la plus souvent retenue correspond à l'avènement du roi en 1515. Mais d'autres dates ont été proposées, aussi bien pour l'Histoire de la France que pour celle de l'Europe dans son ensemble. Voici les principales : 1444 : échec de la croisade de Varna, qui marque la consolidation définitive du pouvoir ottoman en Europe ; 1445 : création par des "compagnies d'ordonnance", première armée permanente et professionnelle ; 1450 : invention de l'imprimerie à caractères mobiles par Gutenberg ; 1453 : fin de l'Empire romain d'Orient avec la chute de Constantinople au 29 mai. L'artillerie utilisée durant la bataille rend obsolètes les forteresses médiévales ; 1453 : fin des hostilités de la guerre de Cent Ans au 9 octobre ; 1483 : avènement de ; 1492 : fin de la Reconquista en Espagne au 2 janvier, avec la prise de Grenade ; 1492 : arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde au 12 octobre ; 1492 : traité d'Étaples entre la France et l'Angleterre au 3 novembre, qui prépare les guerres d'Italie ; 1498 : arrivée de Vasco de Gama en Inde au 20 mai ; 1498 : avènement de ; 1515 : avènement de ; 1517 : début de la Réforme en Allemagne, initiée par Martin Luther ; 1520 : Fernand de Magellan découvre et passe le détroit qui porte aujourd'hui son nom. Les survivants de son expédition boucleront le premier tour du monde, ou circumnavigation.

Fin vignette|gauche|upright=1|La prise de la Bastille pendant la Révolution française de 1789. vignette|upright=1|Coup d'État du 18 Brumaire (1799).

Les historiens débattent toujours sur les cadres chronologiques de l'Époque moderne. En ce qui concerne la fin de celle-ci et le début de l'époque contemporaine, deux camps historiographiques s'affrontent. L'un défend un gallocentrisme qui fait de la Révolution française un point de rupture nette alors même que le reste de l'Europe conserve sa réalité moderne. D'autres historiens, plus ouverts aux études globales, font continuer l'Époque moderne jusqu'en 1815, date à laquelle l'Europe trouve un nouveau visage (modification de la géopolitique) et une nouvelle pensée (développement des idées nationales).

L'Époque moderne peut s'arrêter avec la Révolution française, qui commença le avec la prise de la Bastille et s'acheva par le coup d'État du 18 Brumaire an VIII () de Napoléon Bonaparte. Cette hypothèse, faisant de la France le seul pays d'où viendrait la transition, est sujette à caution.

La date d’achèvement de la période moderne pose un problème, selon qu'on y intègre ou non les différents régimes issus de la Révolution et précédant le Premier Empire : Convention nationale, Directoire, Consulat. Universellement, les historiens modernes préfèrent aujourd'hui l'année 1792 comme « année pivot » ; avec la chute de la monarchie lors de la journée du et la proclamation de l'abolition de la royauté instaurant la République le . La date peut toutefois être avancée à l'indépendance des États-Unis d'Amérique en 1776, première grande république démocratique moderne et évènement précurseur de la Révolution.

Certains historiens. sont d'avis que l'année 1815 devrait être considérée comme date de la fin de l'Époque moderne avec la chute de l'Empire napoléonien et un nouveau partage politique de l'Europe issu du congrès de Vienne.

Survol de la période L'Époque moderne couvre trois siècles, de la fin du à la fin du .

En France, l'Époque moderne s'ouvre avec le traité d'Étaples (1492). Ce « traicté de la paix faicte entre le Tres chrestien Roi de France et le Roi d'Angleterre » fut signé par en . Le précédent traité de Picquigny avec l'Angleterre (1475) mit définitivement fin à la guerre de Cent Ans. La paix signée en 1492 entre et – suivie des traités avec l'Autriche et l'Espagne à Senlis et à Barcelone en 1493 – ouvre la possibilité à la France de s'engager dès 1494 dans les Guerres d'Italie. Celles-ci dureront (entrecoupées de trêves) et se termineront en 1559 avec le traité du Cateau-Cambrésis. Dans l'intervalle, quatre rois ont gouverné la France, dont le plus fameux durant cette période qu'on appela « le beau », fut sans conteste , considéré comme le premier grand roi de l'Époque moderne en France.

L'Époque moderne, une nouvelle ère ? Si l'Époque moderne apparaît dans une certaine continuité avec l'époque précédente (Moyen Âge), on constate cependant une très nette rupture dans un grand nombre de domaines des sociétés européennes.

On peut voir que les cadres politiques de la société des Temps modernes restent similaires à ceux du système féodal et que la monarchie domine partout en Europe. Toutefois, cette période voit un grand nombre de transitions s'amorcer : la nature même de la monarchie et de l'État est totalement transformée en deux générations.

Quelques progrès techniques sont à l'origine de ce que l'on peut appeler une « inflexion » marquant une rupture avec le Moyen Âge. La découverte de l'artillerie donne une nouvelle forme à la guerre. L'invention de l'imprimerie (milieu du ) accélère la diffusion des savoirs. L'introduction de la pomme de terre, en provenance d'Amérique, dans l'alimentation européenne (à partir de 1534 en Espagne) va atténuer le problème des famines.

Parallèlement, des phénomènes sociaux importants touchent l'Europe. Ainsi, on remarque la sécularisation progressive des sociétés européennes, un développement du protestantisme et de l'humanisme, et la montée d'une classe sociale : la bourgeoisie d'affaires.

Si, en soi, l'Époque moderne n'est pas le symbole du changement absolu, elle prépare les mutations radicales (révolutions, capitalisme, nationalisme, rationalisation…) qui s'opéreront à l'Époque contemporaine.

La Renaissance

La Renaissance est un courant artistique et intellectuel où les artistes ont introduit l'esthétique antique et où les humanistes se sont approprié le savoir antique déjà redécouvert au Moyen Âge. Elle fut en partie déclenchée par le déclin et la fin de l'Empire romain d'Orient (chute de Constantinople par les Ottomans en 1453) et l'arrivée qui s'ensuivit de savants orientaux exilés en Italie, mais d'autres facteurs ont eu des conséquences sociales majeures comme l'invention de l'imprimerie la même année. La survenue des grandes découvertes (à partir de 1492) enrichit considérablement les débuts de cette nouvelle époque. La Renaissance, née en Italie, gagne l'ensemble des pays d'Europe et durera plus d'un siècle. Elle prépara la naissance des Temps modernes.

La Réforme