Le Félibrige (en occitan : selon la norme mistralienne ou selon la norme classique) est une associationSes statuts de 1876 sont approuvés par le préfet des Bouches-du-Rhône le 4 mai 1877. Elle est déclarée selon la loi du juillet 1901 à la Préfecture d’Avignon le 20 juin 1905 - Journal officiel en date du 27 juin 1905. Source : site du Félibrige. qui œuvre dans un but de sauvegarde et de promotion de la langue, de la culture et de tout ce qui constitue l'identité des pays de langue d'oc. Son siège social est situé à Arles, au Museon Arlaten, son siège administratif est à Aix-en-ProvenceSiège social déclaré le 20 juillet 1911, siège administratif depuis le 30 juin 1992 à : Parc Jourdan, 8 bis avenue Jules Ferry à Aix-en-Provence. Source : site du Félibrige..
Histoire Le Félibrige a été fondé au château de Font-Ségugne (Châteauneuf-de-Gadagne, Vaucluse), le , jour de la sainte Estelle, par sept jeunes poètes provençaux : Frédéric Mistral., Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Paul Giéra, Anselme Mathieu et Alphonse Tavan. Ensemble, ils entendaient restaurer la langue provençale et en codifier l'orthographe.
Une des premières réalisations du Félibrige fut la publication en 1855 d'un almanach entièrement rédigé en provençal, l'Armana Prouvençau (encore publié de nos jours), précédant la publication par Frédéric Mistral de Mirèio (1859) et du Tresor dóu Felibrige, premier dictionnaire provençal-français embrassant les divers dialectes de la langue d'oc.
Son action s'est appliquée au provençal dans un premier temps et s'est étendue rapidement à l'ensemble des parlers d'oc, dès la fin du . Ses fondateurs avaient émis le souhait que, dans chaque région de ce qui avait constitué jadis les provinces de langue d'oc, se créent des écoles regroupant les amoureux de cette langue. LEscòla Gaston Fèbus fut fondée en 1896, en Béarn, sous l'impulsion de Michel Camélat et de Simin Palay. Le premier président en fut Adrien Planté, l'un des pères fondateurs avec Jean Eyt, Jean-Victor Lalanne et quelques autres.
Si le Félibrige est une organisation de défense et de promotion de la langue et de la culture d'oc, son action se situe aujourd'hui au niveau de la reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle en France et dans le monde. Il est une des deux organisations présentes sur les 32 départements de langue d'oc avec l'Institut d'études occitanes (I.E.O.) fondé en 1945.
Membres 150px|thumb|Remise d'une cigale d'argent de Maître d'œuvre du Félibrige. (Ici à Jean-François Costes par la majorale Pierrette Bérengier à Sceaux le 13 décembre 2008 et devant le portrait de Frédéric Mistral).
150px|thumb|Carte de Félibre mantenèire / Mantenènço de Prouvènço 2009.
Les premiers statuts du Félibrige, en 1862, établissaient un nombre restreint de membres répartis en sept sectionsRaymond Lefèvre, Catalogue félibréen et du midi de la France, Marseille, Ruat, 1901.
Depuis 1876, le Félibrige compte des félibres mainteneurs, en nombre illimité, et des félibres majoraux, au nombre de cinquante.
Capouliés
Le Félibrige est présidé par le capoulié, qui est obligatoirement un des cinquante félibres majoraux. Gardien de la coupe, symbole du Félibrige, il détient la responsabilité première de l'organisation.
Administrateurs Le capoulié est aidé dans sa charge par un secrétaire général (baile, depuis 1902), un trésorier (clavaire) et des assesseurs (assessour).
Les assesseurs sont les représentants du capoulié dans les maintenances.
Majoraux
Les « félibres majoraux » (felibre majourau) sont élus à vie par cooptation. Ils composent le consistoire, qui est le gardien de la philosophie de l'association.
Cigales Ils détiennent chacun une cigale d'or, qui se transmet à leur mort comme un fauteuil d'académie. Chaque cigale porte un nom symbolique référent à une région, à une ville, à un fleuve ou à une valeur félibréenne.
Mainteneurs
Les adhérents de l'association sont appelés « félibres mainteneurs » (felibre mantenèire). Ils portent comme insigne une pervenche d'argent. Ils sont répartis en sections appelées maintenances (mantenènço).
Maîtres
Parmi les mainteneurs, on distingue des maîtres en gai savoir (depuis 1877) et des maîtres d'œuvre (depuis 1925). Pour obtenir ce titre, il faut être mainteneur depuis cinq ans au moins.
Femmes Un certain nombre de femmes ont été félibressesLes félibresses, de Les félibres Barbares et romans (Charles Maurras, 1891). : Antoinette de Beaucaire (Marie-Antoinette Rivière) Félibresso de l'Éurre (Félibresse du lierre) ; Azalaïs d'Arbaud (Marie-Azalaïs Valère-Martin) Felibresso dou Couloun, autrice de Lis Amouro de Ribas (1863) et mère de Joseph d'Arbaud ; Brémonde de Tarascon (Élisabeth-Alexandrine Brémond) Felibresso de Darboussih ; Claire Bonnier, Félibresse du Théron (Cournonterral) ; Delphine Roumieux (1830-1911), épouse de Louis Roumieux ; Hortense Rolland ; Julienne Séguret, née Marie Marthe Julienne Fraysse (1891 - 1981) aussi connue sous le pseudonyme de Calelhon ; Lazarine Daniel (Lazarine Russi), Félibresse de la Crau ; Lazarine de Manosque (Lazarine Nègre), Félibresse de Marseille et marchande au marché des Capucins ; Léontine Goirand, Félibresse d'Arèno, autrice des Sourires de l'Alzon ; Lydie Wilson, épouse de Xavier de Ricard. Félibresse rouge ou Na Dulciorella (Dame dulcissime), que Félix Gras mettait « au-dessus de toutes les félibresses » ; Marie Girard, épouse de Joachim Gasquet ; une des Reines du félibrige ; Philadelphe de Gerde (Claude Duclos) ; Reine Garde (1810-1887) ; Rose-Anaïs Gras, Félibresse Rose-Anaïs, épouse de Joseph RoumanillePour les références, consulter les articles de chaque félibresse.
Associés
Le Félibrige est également représenté à l'étranger par des membres associés (sòci), la plupart universitaires ou traducteurs.
Organisation Maintenances On compte depuis 2011 six maintenances : Aquitaine, Auvergne, Gascogne-Haut-Languedoc, Languedoc, Limousin, Provence.
Chacune d'elles est administrée par un bureau composé d'un syndic (sendi), de vice-syndics (souto-sendi), d'un secrétaire (secretàri) et d'un trésorier (clavaire).
Écoles
Les associations affiliées au Félibrige sont appelées .
Congrès
Le congrès (Santo-Estello) du Félibrige se déroule chaque année dans une ville différente des pays de langue d'oc, au moment de la fête de sainte Estelle (ou à une date proche). Il donne lieu aux réunions statutaires ainsi qu'à de grandes festivités illustrant les différentes expressions de la culture des pays de langue d'oc (théâtre, musique, chanson, littérature…).
Reines Tous les sept ans, un jury nomme le grand lauréat des Jeux floraux. Celui-ci a depuis 1885 le privilège de choisir la Reine du Félibrige, titre honorifique qu’elle gardera pendant sept ans, jusqu'aux Grands Jeux floraux suivants.
La Reine du Félibrige prend place à la droite du Capoulié, elle prend notamment la parole au Banquet de la Coupo, elle préside la cour d’amour de la Santo-Estello, spectacle hérité des troubadours, où se mêlent danses, musiques, chants et poésies.
Assemblée des jeunes
Action L'action du Félibrige concerne toutes les expressions (littérature, théâtre, cinéma, chanson, musique…) et tous les supports (conférences, colloques, publications, congrès et festivals…) dès lors qu'ils vont dans le sens du maintien, de l'illustration et de la promotion de la langue et la culture des pays d'oc, de préférence dans la norme mistralienne. L'enseignement de la langue de la maternelle à l'université reste une priorité pour le Félibrige. Cette action est relayée au niveau local par les écoles félibréennes et au niveau régional par les maintenances. Le Félibrige peut agir seul ou en relation avec d'autres mouvements de défense et de promotion de la langue d'oc lorsqu'il s'agit de défendre des intérêts communs, comme la reconnaissance par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ou encore la prise en compte des langues régionales dans les textes et programmes de l’Éducation nationale.
Noms du Félibrige et de ses membres
Étymologie Le terme « Félibrige » est dérivé du terme « félibre » (felibre), terme que les fondateurs ont emprunté à un récitatif pour désigner les personnes vouées à défendre la langue provençale. Une femme est appelée félibresse (felibresso ou felibressa). Une réunion de félibres pourra être désignée sous le nom de felibrejado.
En guise de définition du terme « félibre », Paul Ruat nous a laissé ce passage : Paul Ruat in Charradisso sus Calendau, Marseille, 1909, p. 14.
L'on a quelquefois pu gloser sur le terme de félibre en le rapprochant du mot « libre » qui signifie à la fois « livre » et « libre » en provençal, ce que l'on peut interpréter par l'esprit même du Félibrige : acquérir la liberté au travers de la culture, et en particulier de la littérature. Il n'en est rien.
Le mot pourrait venir d'une erreur populaire. Mistral dans ses « Mémoires et récits » évoque un récitatif L'Oraison à Saint Anselme, Les sept douleurs de la Vierge Marie. L'une de ces douleurs a été d'avoir perdu son fils qui était au temple, « emé li tiroun de la lèi, emé li set felibre de la lèi », « avec les scribes de la Loi, avec les sept félibres de la Loi ». « Emé li sét felibre » serait en réalité « Emé li Sefer, libre », « avec les sefers (rouleaux, en hébreu) livres de la loi ». Comme la chanson se transmettait oralement, et que personne pour ainsi dire, ne connaissait le mot « sefer », les gens auraient découpé les mots ainsi : « emé li sèt felibre de la lèi », « avec les sept félibres de la loi ». Le mot félibre, né d'un prétendu quiproquo, était, quoi qu'il en soit, orné de prestige. Car que pouvaient être ces sept félibres, sinon de grands sages ?
Pour Le Robert historique d'Alain Rey, qui qualifie l'hypothèse des « sefer, libre » de « fantaisiste », Mistral rattachait le mot félibre au bas latin fellibris, « nourrisson » (dérivé du latin fellare, « sucer »), partant de l'image ancienne qui fait des poètes les nourrissons des Muses.
Mistral lui-même, dans son Tresor dóu Felibrige écrit : « Ce vocable mystérieux, rapidement vulgarisé par les œuvres de ceux qui l'avaient adopté, figure depuis lors dans les dictionnaires français (Bouillet, Larousse, Littré, etc.). Son origine a exercé la sagacité des philologues et bien des étymologies ont été proposées Felibre viendrait du latin felibris ou fellebris, mot qui se trouve dans Solinus, Isidore de Séville et Papias, et que Ducange interprète par « nourrisson adhuc lacte vivens », dérivé du verbe fellare, téter, lequel fellare a donné naissance à filius, fils. Les poètes, de tout temps, ont été dénommés « nourrissons des Muses, alumni Musarum », et, comme le fait observer M. G. Garnier, alumnus, en latin, avait le sens actif et passif et désignait le disciple et le maître, comme escoulan en provençal. Il est à remarquer que le mot tiroun, qui, dans le texte populaire, semble synonyme de felibre, rappelle le verbe provençal tira signifiant aussi « téter ». Le latin tiro veut dire « novice ».
Felibre viendrait du grec , « ami du beau ». Felibre viendrait de l'irlandais filea, poète, barde. Felibre viendrait du germanique felibert, dont le sens est encore inconnu. Felibre viendrait du provençal fe, libre, libre par la foi. Felibre viendrait de l'andalou filabre, dont nous ignorons le sens. La Sierra de Filabres est une montagne d'Andalousie. Quant à l'étymologie expliquant felibre par « faiseur de livres », elle ne supporte pas l'examen, attendu qu'elle n'est pas dans le génie de la langue, car on dirait en ce cas fa-libre ou fai-libre. »
Usages courants du mot Pour Paul Ruat, un félibre est « ouvrier de la plume et de la parole qui prend plaisir à parler la langue de son enfance que parlaient ses aïeux »Paul Ruat félibre et pédagogue de Georges Bonifassi.. Les félibres, au sens large, sont les auteurs qui créent en langue d'oc.
Normes graphiques et lexicographie