Un alsace grand cruLe nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine., ou grand cru d'Alsace, est un vin blanc ou rouge (depuis 2022) français d'appellation d'origine contrôlée produit sur certaines parcelles du vignoble d'Alsace.
Ce nom générique regroupe cinquante-et-une appellations sur quarante-sept communes. Ces crus sont tous situés parmi les meilleures expositions du vignoble, avec des contraintes de production plus rigoureuses que pour l'appellation alsace, et un cahier des charges unique, partagé par les 51 appellations, et dont la dernière version date de .
Histoire Période médiévale En Alsace, la présence de vignobles et la notion de cru sont très anciennes. À Marlenheim, en 613, le futur roi Dagobert donnait des vignes sur le Steinklotz à l’abbaye de HaslachGrégoire de Tours, qui note qu’en 589 le roi des Francs d’Austrasie, Childebert II, en était le détenteur, fournit la première indication écrite sur le vignoble alsacien..
À Rouffach, en 762, Heddo, l’évêque de Strasbourg, fondait l’abbaye d’Ettenheim et constituait sa mense avec les vignes du Vorbourg.
À Bennwihr, en 777, les de passage en Alsace notaient dans leur rapport à Charlemagne la qualité des vins de Beno Villare (le « domaine de Beno ») dont les vignes s’étalaient sur le Marckrain.
À Sigolsheim, une charte de 783 notifiait que le vignoble de Sigoltesberg (le Mambourg actuel) était la propriété conjointe des seigneurs et des monastères du voisinage.
À Kintzheim au , les abbés bénédictins d’Ebersmunster possédaient des vignes au Praelatenberg (montagne des Prélats). Ce lieu-dit est attesté dès 823.
À Dahlenheim et Scharrachbergheim, une charte cite pour la première fois le vignoble de l’Engelberg en 884Il fut, trois siècles plus tard, propriété du chapitre canonial de la collégiale de Strasbourg..
À Wintzenheim, au , une donation de l’abbaye de Murbach mentionna le Hengst pour la première fois. Les seigneurs du Haut-Landsberg et le bailli de Kaysersberg s’en partagèrent les droits féodaux jusqu’à la Révolution française.
Les quarante-trois autres lieux-dits d’Alsace ont tous, entre l’an mil et la Renaissance, été la propriété ou le fief de la noblesse ou du clergé. Les cartulaires et chartriers alsaciens ont servi de base historique à la délimitation des lieux-dits des grands crus d’Alsace. vignette|redresse=2.8|centre|Le vignoble sur les pentes orientales du Scharrach (ou Scharrachberg), avec Dahlenheim en bas, Strasbourg et la Forêt-Noire à l'horizon ; l'Engelberg couvre le coteau sud et sud-est.
Période contemporaine Le statut de l'Alsace est à part au sein des vignobles français. Après sa rétrocession à la France par le traité de Versailles en 1919, les lois allemandes appliquées de 1871 à 1918 (période dite du ) sont maintenues comme droit local, ce qui va retarder la création des appellations du vignoble d'AlsaceLe préambule de l'ordonnance 45-2675 du 2 novembre 1945 relative à la définition des appellations d'origine des vins d'Alsace, consultable sur le site legifrance.gouv.fr, expose les nombreuses règlementations préalables à intégrer.. Après l'ordonnance de 1945 définissant l'appellation d'origine des vins d'Alsace, ce n'est qu'en 1962Décret du 3 octobre 1962 concernant l'appellation contrôlée vins d'Alsace ou alsace : obligation de mentionner appellation contrôlée sur les vins d'Alsace, publié au JORF du 7 octobre 1962, consultable sur le site legifrance.gouv.fr. qu'est obtenue par décret l'appellation d'origine contrôlée alsace, mais aucune mention de cru (comme appellation spécifique ou comme dénomination géographique) ne s'y trouve alors.
La situation change par la publication du décret du , qui crée l'appellation « Alsace Grand Cru », qui doit d'abord respecter la règlementation de l'appellation alsace, mais en lui rajoutant des contraintes sur l'encépagement (limité au riesling, gewürztraminer, pinot gris et muscat), le niveau de sucre dans le moût ( 187 g/l pour gewürztraminer et pinot gris ; 170 g/l pour riesling et muscat) et d'alcool dans le vin (respectivement 11° et 10°) et le rendement () ; le nom d'un seul lieu-dit peut accompagner le nom de la nouvelle appellation, le Schlossberg (à Kaysersberg et Kientzheim), publié au JORF du .. La démarche fait rapidement des adeptes : ainsi, le , ce sont vingt-quatre autres lieux-dits qui sont sélectionnés comme grands crus d'Alsace, devenant des dénominations géographiques de la nouvelle appellation, publié au JORF du , .. L'INAO accepte d'augmenter le nombre de grands crus : le décret du , publié au JORF du . en rajoute vingt-cinq (autres modifications : 153 g/l de sucre pour riesling et muscat ; 12° d'alcool pour gewürztraminer et pinot gris).
Ces textes sont modifiés dès (autorisation des mentions vendanges tardives et sélection de grains nobles pour les moûts d'au minimum 220/243 et 256/279 g/l), publié au JORF du ., puis notamment en (rajout de Rouffach dans la liste des communes), publié au JORF du ., en (réduction du rendement de 70 à par hectare ; densité de ; détail des trois muscats ; possibilité d'individualiser chaque dénomination), publié au JORF du ., en (l'Altenberg de Bergheim passe à /ha et peut produire un assemblage de plusieurs cépages ; autorisation du sylvaner dans le zotzenberg ; le sucre dans le moût passe à 193 g/l pour pinot gris & gewürz et 168 pour les autres ; l'alcool passe à 12,5° et 11°), publié au JORF du ., en (le Kaefferkopf devient le cinquante-et-unième lieu-dit, y autorisant l'assemblage) publié au JORF du ., en (les dénominations deviennent chacune une appellation) (), homologué par le décret du publié au JORF du ., en (conditions plus strictes pour les vendanges tardives et sélection de grains nobles), modifié par l' publié au JORF du ., en (rajout du vin rouge sur trois grands crus et du sylvaner, rendements à 50 hl/ha en blanc), publié au JORF du ., en (Gimbrett désormais commune associée à Berstett), homologué par l' publié au JORF du et au BO Agri du ., en (autorisation des bouteilles de 300, 150, 100, 50 et ), modifié par l'arrêté du , publié au JORF du et au BO Agri du . et en , modifié par l'arrêté du publié au JORF du ..
Vignoble
Les alsaces grands crus sont produits en France, dans la collectivité européenne d'Alsace, au sein de la région Grand Est, sur le territoire de (14 dans le Bas-Rhin et 33 dans le Haut-Rhin), de Marlenheim au nord, à hauteur de Strasbourg, jusqu'à Thann, au sud : département du Bas-Rhin : Andlau, Barr, Bergbieten, Blienschwiller, Dahlenheim, Dambach-la-Ville, Eichhoffen, Kintzheim, Marlenheim, Mittelbergheim, Molsheim, Nothalten, Scharrachbergheim-Irmstett (Scharrachbergheim avant 2021) et Wolxheim ; département du Haut-Rhin : Ammerschwihr, Beblenheim, Bennwihr, Bergheim, Bergholtz, Eguisheim, Guebwiller, Gueberschwihr, Hattstatt, Hunawihr, Ingersheim, Katzenthal, Kientzheim, Mittelwihr, Niedermorschwihr, Orschwihr, Pfaffenheim, Ribeauvillé, Riquewihr, Rodern, Rouffach, Saint-Hippolyte, Sigolsheim, Soultzmatt, Thann, Turckheim, Vieux-Thann, Vœgtlinshoffen, Westhalten, Wettolsheim, Wintzenheim, Wuenheim et Zellenberg.
Tous situés entre 200 et d'altitude, les grands crus sont généralement exposés vers le sud ou le sud-est avec des déclinaisons de sud-ouest à est-sud-est ; leur superficie variant entre pour le Kanzlerberg de Bergheim et pour le Schlossberg de Kientzheim.
Géologie et orographie Les grands crus se trouvent sur plusieurs coteaux des collines sous-vosgiennes, ces dernières correspondant à une série de failles formant la transition entre les Vosges cristallines et la plaine du Rhin sédimentaire sous forme d'un escarpement.
En conséquence, le haut des pentes est généralement constitué des roches anciennes, plutoniques et métamorphiques telles que du granite, du gneiss, du schiste ou de l'ardoise.
Le bas des coteaux est lui généralement formé de couches de grès, de calcaires ou de marne recouvertes par des arènes granitiques ou du lœss.
Climatologie Le climat est continental avec des printemps doux, des étés chauds, secs et ensoleillés, de longs automnes et des hivers froids. À l'ouest, le massif des Vosges protège un peu le coteau du vent et de la pluie : les vents d'ouest dominants perdent une partie de leur humidité sur le versant occidental et parviennent en Alsace sous forme de foehn, plus secs et chauds. Les précipitations sont donc moindres et les températures un peu plus hautes (moyenne annuelle plus haute de ) que ce qui serait attendu à cette latitude.
La station météorologique de Strasbourg-Entzheim (sur l'aéroport de Strasbourg, à d'altitude : ). se trouve à l'extrémité nord de l'aire d'appellation, mais au bord du Rhin (alors que le vignoble est plus haut, sur le piedmont vosgien).
La station météo de Colmar (sur le site de l'INRA à d'altitude : ). se trouve en bordure de l'aire d'appellation, mais en plaine.
Liste des grands crus Cette liste est établie dans l'ordre géographique, du nord au sud en suivant la route des vins d'Alsace.
vignette|424x424px|Carte des grands crus (carrés rouges).
Dans le Bas-Rhin : Steinklotz (à Marlenheim, ) ; Altenberg (à Bergbieten, ) ; Engelberg (à Dahlenheim et Scharrachbergheim, ) ; Altenberg (à Wolxheim, ) ; Bruderthal (à Molsheim, ) ; Kirchberg (à Barr, ) ; Zotzenberg (à Mittelbergheim, ) ; Wiebelsberg (à Andlau, ) ; Kastelberg (à Andlau, ) ; Moenchberg (à Andlau et Eichhoffen, ) ; Muenchberg (à Nothalten, ) ; Winzenberg (à Blienschwiller, ) ; Frankstein (à Dambach-la-Ville, ) ; Praelatenberg (à Kintzheim, ) ;
Dans le Haut-Rhin : Gloeckelberg (à Rodern et Saint-Hippolyte, ) ; Altenberg (à Bergheim, ) ; Kanzlerberg (à Bergheim, ) ; Osterberg (à Ribeauvillé, ) ; Geisberg (à Ribeauvillé, ) ; Kirchberg (à Ribeauvillé, ) ; Rosacker (à Hunawihr, ) ; Schoenenbourg (à Riquewihr et Zellenberg, ) ; Froehn (à Zellenberg, ) ; Sonnenglanz (à Beblenheim, ) ; Sporen (à Riquewihr, ) ; Mandelberg (à Mittelwihr et Beblenheim, ) ; Marckrain (à Bennwihr et Sigolsheim, ) ; Mambourg (à Sigolsheim, ) ; Furstentum (à Kientzheim et Sigolsheim, ) ; Schlossberg (à Kientzheim, ) ; Kaefferkopf (à Ammerschwihr, ) ; Wineck-Schlossberg (à Katzenthal et Ammerschwihr, ) ; Florimont (à Ingersheim et Katzenthal, ) ; Sommerberg (à Niedermorschwihr et Katzenthal, ) ; Brand (à Turckheim, ) ; Hengst (à Wintzenheim, ) ; Steingrubler (à Wettolsheim, ) ; Pfersigberg (à Eguisheim et Wettolsheim, ) ; Eichberg (à Eguisheim, ) ; Hatschbourg (à Hattstatt et Vœgtlinshoffen, ) ; Goldert (à Gueberschwihr, ) ; Steinert (à Pfaffenheim et Westhalten, ) ; Vorbourg (à Rouffach et Westhalten, ) ; Zinnkoepflé (à Soultzmatt et Westhalten, ) ; Pfingstberg (à Orschwihr, ) ; Spiegel (à Bergholtz et Guebwiller, ) ; Kessler (à Guebwiller, ) ; Saering (à Guebwiller, ) ; Kitterlé (à Guebwiller, ) ; Ollwiller (à Wuenheim, ) ; Rangen (à Thann et Vieux-Thann, ).
Encépagement Les cépages admis pour l'ensemble des AOC alsaces grands crus sont au nombre de sept, alors que l'appellation alsace en admet treize (depuis l'été 2025, se rajoutent dix « variétés d'intérêt à fin d'adaptation »). Ce sont le riesling BLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris., le gewurztraminer Rs, le pinot gris G, le muscat blanc à petits grains B, le muscat rose à petits grains Rs, le muscat ottonel B, et le pinot noir N (depuis 2022, autorisé sur le Hengst de Wintzenheim, le Kirchberg de Barr, ainsi que le Vorbourg de Rouffach et Westhalten). Les six premiers cépages sont considérés comme des cépages nobles, dont le riesling, le gewurztraminer et le pinot gris sont les plus utilisés.