Le Manchot Adélie (Pygoscelis adeliae) est une espèce d'oiseaux Sphenisciformes vivant en Antarctique. C'est une des trois espèces du genre Pygoscelis et une des rares espèces de manchots à avoir un plumage de queue saillant, ce qui lui a valu le surnom de « manchot à longue queue »..

Histoire En 1840, les naturalistes Jacques Bernard Hombron et Honoré Jacquinot ont récolté les premiers spécimens de cette espèce en terre Adélie, d'où son nom, au cours de l'expédition Dumont d'Urville. alt=Lithographie du débarquement en Terre Adélie de navigateurs.|centré|vignette|Lithographie de 1846 présentant le débarquement sur la Terre Adélie le 22 janvier 1840. Au premier plan sont représentés des Manchots Adélie.

Description Le manchot Adélie pèse entre en temps normal, mais il peut atteindre (mâle) ou (femelle) en accumulant de la graisse sous-cutanée au moment de la reproduction et de la mue. Il mesure entre , dans la moyenne des espèces de manchots. Le dimorphisme sexuel est peu prononcé, mais les mâles sont légèrement plus grands que les femelles. Son poids est compris entre pour une taille de .

Les adultes portent un plumage blanc à la gorge, le ventre et sous les nageoires. Ils ont aussi des cercles orbitaux de cette couleur. Le reste du plumage est noir bleuté après la mue, puis noir de jais.. Ils possèdent une petite crête érectile, un bec noir largement emplumé et une longue queue.

Par rapport aux adultes, les juvéniles présentent un plumage blanc sous la tête qu'ils gardent jusqu'à leur première mue vers . Les poussins portent un plumage bleuté alors que les juvéniles de l'année précédente le portent noir. Les cercles orbitaux ne sont pas marqués..

Écologie et comportement Le manchot Adélie est un animal marin ; il passe environ 90 % de sa vie dans l'eau. En mer, ils vivent en groupes composés de sauf à proximité des colonies pendant la période de reproduction. Entre l'automne et le printemps, ils passent la plupart de leur temps à se reposer sur des floes et ne passent que quelques heures à la recherche de nourriture. Au printemps, ils pêchent plus afin de faire une provision de graisse pour la migration et la reproduction. De même, à l'automne, ils se nourrissent plus que d'ordinaire avant leur mue annuelle.

Les manchots Adélie nagent à une vitesse d'environ , mais ils sont capables d'atteindre brièvement le triple de cette vitesse. Ils nagent entre de profondeur à l'aide de leurs nageoires et font surface régulièrement (plusieurs centaines de mètres) pour respirer. Lorsqu'ils rentrent à terre, ils font surface plus souvent afin de trouver un endroit où accoster. Quand il n'y a pas de plage, ils peuvent atteindre des rebords de en accélérant rapidement. En marchant, ils atteignent une vitesse de en comptant les pauses prises pour se reposer. Ils peuvent aussi glisser sur leur ventre quand il y a de la glace en poussant avec leurs pattes. Si le vent souffle dans leur dos, ils peuvent en profiter pour atteindre des vitesses supérieures à celle de leur marche..

Au sein d'une métapopulation présumée, les sous-populations de ce manchot doivent constamment s'adapter aux fluctuations (naturelles ou anthropiques, en lien avec la surpêche) de sa nourriture et des glaces.

Durant l'holocène (depuis la fin de la dernière glaciation), cette espèce s'est adaptée aux changements de niveau de la mer et a dû changer de régime alimentaire. Elle pourrait se montrer sensible ou vulnérable à un changement climatique trop brutal Ainley DG (2002) . , New York..

Reproduction vignette|redresse|Œuf de conservé au Muséum de Toulouse. Selon la latitude, les dates d'extension des glaces Emmerson L, Southwell C (2008) . 89:2096–2102., la date de formation des colonies varie. Aux basses latitudes (60° S), la reproduction commence vers la fin de septembre tandis qu'aux grandes latitudes (78° S) elle commence à la mi-octobre. La durée de la reproduction est d'environ . La fenêtre de temps favorable est beaucoup plus courte aux grandes latitudes. Les plus vieux individus arrivent les premiers. Tous les manchots arrivant après la mi-novembre ne se reproduisent pas. Les femelles commencent à se reproduire entre ; les mâles commencent entre . La proportion d'oiseaux à se reproduire est maximale à pour les femelles et pour les mâles avec un taux d'environ 85 %. Généralement, les manchots ne se reproduisent pas lors de leur première visite d'une colonie, mais ils attendent l'année suivante pour acquérir l'expérience nécessaire.

Les nids sont construits avec des galets sur des crêtes rocheuses afin d'empêcher que les œufs soient en contact avec de l'eau. La pondaison commence entre le et le selon la latitude. Elle est synchronisée au sein de la colonie ; la majorité des pondaisons ont lieu dans un intervalle de dix jours. Une couvée comporte habituellement deux œufs, sauf chez les retardataires qui n'en pondent généralement qu'un. Les femelles âgées pondent plus tôt que les jeunes. Les deux parents se partagent la couvaison ; les mâles y passent quelques jours de plus que les femelles. Une fois les œufs éclos, ils se partagent équitablement la tâche de nourrir les poussins.

Les poussins pèsent environ à la naissance et sont recouverts de duvet. Au début, un des parents surveille en permanence ses poussins tandis que le deuxième va chercher de la nourriture. Au bout de trois semaines, les besoins en nourriture des poussins deviennent trop importants et les deux parents doivent s'en charger en même temps. Les poussins se regroupent près de leur colonie en crèches. Ils reviennent aux nids quand l'un de leurs parents, de retour, les appelle. Ils atteignent leur masse adulte entre leur et et ils commencent à remplacer leur duvet par des plumes. Ils deviennent indépendants de leurs parents vers l'âge de . Le taux moyen de jeunes à atteindre cet âge est de par paire.

La période de reproduction est suivie de la mue des adultes. Pendant une durée de deux ou trois semaines, ils ne vont plus dans l'eau ; ils doivent donc faire des provisions de graisse substantielles. Ils passent ce temps sur des floes ou sur le lieu de leur colonie

Il semblerait que le manchot Adélie possède des penchants sexuels extrêmes. George Murray Levick a autocensuré les découvertes qu'il fit sur ce sujet, lors du séjour de l'expédition Scott dans l'Antarctique de 1910 à 1913... Levick, qui est à ce jour le seul scientifique à avoir étudié le cycle complet de reproduction des manchots, a constaté que ces animaux, pendant la période de reproduction, s'accouplent avec tout ce qu'ils trouvent : de la femelle décédée jusqu'au poussin qu'ils finissent souvent par tuer.

Alimentation Durant la période de la reproduction, les manchots se nourrissent principalement de krill antarctique et de calandre antarctique. Plus les colonies sont proches du plateau continental, plus le krill est prédominant dans l'alimentation. Durant l'hiver, les manchots vivent dans les eaux au nord du cercle Antarctique, près de la bordure de la banquise. La durée du jour y est plus longue et le régime alimentaire plus varié que près du continent. On y trouve notamment le krill antarctique, diverses espèces de poissons lanternes (en particulier ) et des calmars (dont le calmar des glaces). Les manchots Adélie sont d'excellents plongeurs et sont capables de retenir leur respiration plus longtemps que la plupart des autres espèces de manchots. Les plongées à la recherche de nourriture durent en moyenne entre . La profondeur de la plongée est usuellement entre , ils sont capables de descendre en dessous de .

Pendant la reproduction, quand les parents doivent nourrir leurs poussins, ils plongent en continu pendant , se reposent puis recommencent.. Ils rentrent au nid avec jusqu'à pour leurs poussins. Comme ils vivent en colonies, les manchots doivent s'éloigner de la colonie pour chercher leur nourriture afin de pallier la compétition et la disparition des proies aux environs. Dans le cas d'une petite colonie, les oiseaux peuvent s'éloigner d'une dizaine de kilomètres pour pêcher, mais dans les grandes colonies ils sont parfois obligés de parcourir jusqu'à .

Particularités Lors d'une excursion, le docteur George Murray Levick put observer le comportement parfois nécrophile, pédophile ou homosexuel des manchots, qui sont de plus capables d'organiser des viols en réunion. Certaines femelles ont mis au point une stratégie que d’aucuns qualifient de prostitution, constituant à échanger un rapport sexuel avec un mâle qui lui est étranger contre une pierre, rare dans l'environnement des manchots, pour compléter le nid de son couple..

Comme dans le cas de nombreux autres oiseaux marins, ses excréments riches en minéraux et oligoéléments, sont à l'origine de sols dits ornithogéniques.

Prédateurs vignette|Labbe se nourrissant d'un poussin Adélie. Sur terre, les manchots Adélie ne subissent pas de prédation une fois atteint l'âge adulte. En revanche, leurs œufs et les juvéniles sont la proie des labbes. Ceux-ci prennent pour cibles les plus petits poussins, surtout lorsqu’ils sont isolés du reste de la colonie.

Dans l'eau, les plus grands prédateurs des manchots sont les léopards de mer. Les manchots étant généralement capable d'échapper aux léopards de mer en eau libre, ces derniers se placent en embuscade au bord de la banquise ou de plages près des colonies et attrapent les manchots lorsqu'ils passent à proximité ou lorsqu'ils retombent dans l'eau après une tentative avortée pour se hisser hors de l'eau. Ils se cachent aussi sous la glace aux endroits où elle est la plus fine afin d'attraper les manchots marchant au-dessus d'eux. En conséquence, les manchots se montrent généralement méfiants en présence de fractures dans la glace et avant de plonger dans la mer..

Distribution et habitat vignette|redresse|Océan Austral, Antarctique (en rouge, zones de nidification).

L'espèce est présente et commune sur toute la côte antarctique et les îles voisines (Shetland du Sud, Orcades du Sud, Sandwich du Sud, Bouvet, et Balleny). La population totale de l'espèce était estimée à environ répartis sur auxquels il faut rajouter les oiseaux ne se reproduisant pas. L'île de Ross abrite une colonie d'un million d'individus. environ et l'île Paulet une de deux cent mille. Ces dernières décennies, l'espèce a profité du recul des glaces et de l'augmentation de la taille des polynies (des zones libres de glace grâce aux vents ou aux courants) qui leur facilitent l'accès à la mer (et donc à leur nourriture) et la nidification. Cependant, dans les zones les plus au nord, le recul des glaces a pour conséquence le remplacement du manchot Adélie par d'autres espèces.

Du point de vue génétique, il existe deux populations de l'espèce. L'une d'elles réside exclusivement sur l'île de Ross tandis que la seconde est répartie dans tout l’Antarctique. Le fait que l'espèce perde ses tendances philopatriques quand les conditions météorologiques ne sont pas clémentes permet à l'espèce de garder une mixité génétique plus élevée que celle des autres espèces d'oiseaux marins.

Au moment de la reproduction, les manchots établissent leurs colonies sur des terrains disposant d'un accès facile à la mer et non recouverts par la glace afin de pouvoir trouver les galets qu'ils utilisent pour leurs nids. Une colonie peut être composée de quelques dizaines de couples jusqu'à plusieurs centaines de milliers. Six colonies dépassent les . La population des colonies comprend aussi des individus ne se reproduisant pas (environ 30 %) comme les jeunes de l'année précédente.

Taxinomie Le manchot Adélie est l'une des trois espèces du genre Pygoscelis. Des études s'appuyant sur l'étude de l'ADN du noyau et des mitochondries suggèrent que ce genre s'est séparé des autres espèces de manchots il y a environ 38 millions d'années, environ 2 millions d'années après les ancêtres du genre Aptenodytes. Les manchots Adélie se séparèrent des autres membres de ce genre il y a environ 19 millions d'années .