La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, dite du Vœu national, située au sommet de la butte Montmartre, dans le quartier de Clignancourt du de Paris (France), est un édifice religieux parisien majeur, et propriété de la commune de Paris.

La construction de cette église, monument à la fois politique et culturel, suit l'après-guerre de 1870. Elle est déclarée d'utilité publique par une loi votée le par l'Assemblée nationale de 1871 ; le bâtiment est officiellement achevé en 1923. La volonté de construire cette basilique s'inscrit dans le contexte de recharge sacrale et sa construction s'est déroulée dans le cadre de l'instauration de ce qui a plus tard été présenté comme relevant d'un « ordre moral »Janice Best, Les Monuments de Paris sous la Troisième République : contestation et commémoration du passé, 2010 : « le projet devint une partie intégrante du programme du gouvernement Mac Mahon de rétablir l'ordre moral et la Monarchie ».. Sa situation à d'altitude près de l'un des points culminants de Paris, et son dôme qui s'élève à , la rendent visible de très loin. Avec près de onze millions de pèlerins et visiteurs par an, c'est le deuxième monument religieux parisien le plus visité après la cathédrale Notre-Dame de Paris..

Historique du projet et construction Montmartre, colline sacrée

Depuis des siècles, la colline de Montmartre a été un lieu de culte pour beaucoup de pèlerins : paganisme gaulois supposé puis temples gallo-romains dédiés à Mercure et probablement à Mars ; culte chrétien après le martyre de l'évêque Denis de Paris au , chapelle surmontant la crypte du martyrium de saint Denis, construction au de l'église Saint-Pierre, parmi les plus anciennes de Paris, pour l'abbaye royale de Montmartre par le roi et sa femme Adélaïde de Savoie. Le nom de la colline de Montmartre vient selon les uns du nom du lieu, Mons Martis (mont de Mars) ou selon les autres de Mons Martyrum (mont des Martyrs). L'église de Montmartre qui s'est substituée aux temples romains a été élevée en l'honneur des saints martyrs Denis de Paris, Rustique de Paris et Éleuthère décapités selon la légendeSaint Denis porta son chef dans ses mains, jusqu'au sommet de la butte. sur la colline et dont une chapelle, située sur le flanc sud de la butte, devait commémorer le lieu traditionnel du supplice, en prenant le nom de Saint-Martyre.

Le mont de Mars a donc pu être réinterprété vers le en Mont des Martyrs (Mons Martyrum), puis par dérivation populaire en « mont de martre », martre signifiant « martyr » en ancien français.. La substitution toponymique du mont païen par le mont chrétien reste cependant hypothétique et la double étymologie (mont de Mars et mont des Martyrs) est encore actuellement traditionnellement proposée. Il faudrait, « pour pouvoir trancher la question, savoir comment le peuple, dans son langage parlé, appelait cette colline avant le , puisque c'est à cette époque que les documents écrits enregistrèrent le changement de nom »..

Le vœu national de 1870–1871 200px|vignette|Alexandre Legentil, par Nadar.

Dans une lettre adressée aux curés de son évêché nantais le , jour de la déclaration de la Troisième République, Félix Fournier attribue la défaite de la France dans la guerre franco-prussienne de 1870 à une punition divine après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789..

Cette lettre a pu inspirer un vœu prononcé en décembre de la même année par le philanthrope Alexandre Legentil devant son confesseur le père Gustave Argand, dans la chapelle du collège Saint-Joseph de Poitiers dont ce dernier était le recteur.. Une urne sur une colonne au fond de la chapelle des morts de la crypte rappelait que ce vœu était à l'origine de la construction de la basilique du Sacré-Cœur de MontmartreL'urne porte l'inscription : « Ici repose selon son désir le cœur d'Alexandre Legentil qui eut l'inspiration du Vœu national et se consacra avec son beau-frère le peintre Hubert Rohault de Fleury à le réaliser, 1821–1889. ».

Alexandre Legentil rédige en ce vœu personnel :

La forte personnalité d'Alexandre Legentil dans le paysage catholique parisien et ses nombreuses relations permettent au projet d'acquérir une dimension nationale. Avec son beau-frère Hubert Rohault de Fleury, peintre et autre notable parisien, il entame les démarches qui doivent aboutir à la réalisation de la basilique du Sacré-Cœur plusieurs décennies plus tard. Tous deux sont des disciples de Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui ..

Selon l'historien Miguel Rodriguez., le concept de vœu est fondamental, en tant que « promesse faite à Dieu ». De la relation spirituelle des mystiques avec Dieu au « vœu national », en passant par la fondation d'ordres se réclamant du Sacré-Cœur ou d', l'histoire de la dévotion montre que le vœu assumé, vis-à-vis de cette figure, peut être, aussi bien un comportement individuel qu'une manifestation de foi collective : il va associer au un engagement religieux et des pratiques laïques. Il est pour lui une continuité totale avec le , de Marguerite-Marie Alacoque au roi et de celui de dans la prison du Temple..

Le vote de l'Assemblée nationale vignette|200px|La tour du campanile percée de baies tripartites, coiffée d'un dôme dont le tambour abrite une galerie à arcades et qui est surmonté d'un toit conique à lanternon. Au-dessus de la loggia, quatre figures ailées, sculptées par Henri Bouchard, surmontent chaque ange..

Les promoteurs de la construction du Sacré-Cœur font appel à l'Assemblée nationale afin que l'église soit reconnue comme étant d'utilité publique. C'est en effet le seul moyen semblant possible pour acquérir les terrains nécessaires, propriétés de la ville et de nombreux particuliers. L'Assemblée nationale élue en février 1871 pour élaborer une Constitution compte alors royalistes (sur un total de ) qui sont pour la plupart des catholiques.. Le Comte Émile Keller est le rapporteur du projet devant l’Assemblée nationale (il est représenté dans la mosaïque du chœur.). Après des débats houleux, la loi d'utilité publique est votée le par , tandis que se sont abstenus.. S'il s'en rapproche, ce vote ne recouvre pas exactement la composition de l'assemblée : 400 monarchistes, 200 républicains, 100 "modérés" et 30 bonapartistes. Des républicains se sont abstenus..

Elle offre à l'archevêque de Paris (Joseph Hippolyte Guibert) la possibilité de se porter acquéreur des terrains sur la colline de Montmartre par voie d'expropriation si nécessaire : les terrains visés, situés derrière l'église Saint-Pierre, sont occupés par des guinguettes, un champ de foire et des jardinets. Le choix de ce site fait du futur Sacré-Cœur le bâtiment le plus haut et le plus visible de la capitale, manifestant la vocation ostentatoire du projet. Il est aussi prévu que l'église et ..

Le texte exact de la loi estMaurice Cabart, Rapport sur l'exposé des motifs de MM. Laguerre et Bompard, abrogation de la loi du 24 juillet 1873 relative à l'église du Sacré-Cœur, 10, : « En élevant une église sur la colline de Montmartre, l'Assemblée de 1871 […] voulait faire la guerre à l'esprit moderne, combattre la pestilence révolutionnaire, elle voulait que le monument élevé sur le Mons martyrum apparût à la France, à la capitale, comme un labarum, comme un signe de la victoire du cléricalisme ». :

Cette construction s'inscrit dans le cadre de l'instauration d'un « Ordre moral » promu par les conservateurs dans l'Assemblée nationale de 1871.

Association aux événements de la Commune de Paris vignette|260px|gauche|La basilique et le Square Louise-Michel. vignette|270x270px|Panneau explicatif municipal.|alt=Panneau explicatif municipal.

La construction de la basilique du Sacré-Cœur est parfois associée aux événements de la Commune de Paris au titre qu'elle aurait été construite pour En action de grâces et en expiation des « crimes de la Commune », s'élèvera de 1876 à 1886 la « Basilique du vœu national du Sacré-Cœur de Montmartre », dont le projet, cautionné par , approuvé par l'Assemblée et déclaré d'utilité publique, est financé par les offrandes des fidèles. dans l'ouvrage de Jean Favier, Paris : deux mille ans d'histoire, 1997...

Aucune inscription ou dédicace dans la basilique ne la relie explicitement aux évènements de la Commune alors que le bâtiment renferme, par ailleurs, de nombreuses inscriptions explicatives sur son origine, les motivations des constructeurs, les étapes de sa construction ou encore son sens spirituel.

La construction a commencé après la répression puis l'instauration d'un « ordre moral » promu par les conservateurs dans l'Assemblée nationale de 1871 et des rapprochements ont été faits par les constructeurs eux-mêmes. Ainsi, l'architecte Hubert Rohault de Fleury a déclaré lors de la pose de la première pierre : . Et le choix de la colline de Montmartre, et même du lieu précis des premières exécutions communardes, est en effet notable. Tout en reconnaissant que le projet est ancien, l'historienne spécialiste des mouvements révolutionnaires Mathilde Larrère souligne ainsi que « le choix d'ériger l'édifice sur la butte Montmartre, où commença le la Commune, où elle s'acheva dans un bain de sang à la fin mai, tenait de la provocation – la même basilique au fond du n'aurait pas eu le même sens »..

Dans un ouvrage biographique de 1893 consacré à l'autre co-auteur du vœu national, Alexandre Legentil, Michel Bony écrit : « La France chrétienne choisit Montmartre, parce que Montmartre est la montagne des martyrs, le berceau de la foi apportée par saint Denis et ses compagnons, et qu'il fut pendant des siècles le pèlerinage aimé des saints et de la France croyante. Pourquoi ne pas ajouter encore : parce que Montmartre était devenu le foyer de l'action impie et révolutionnaire ! ». Lui-même catholique réactionnaire, Michel Bony y insiste sur le parallèle entre la construction de l'édifice et les évènements de la Commune, qu'elle doit expier..

Jacques Benoist, prêtre catholique et auteur d'une thèse sur le Sacré-Cœur, relativise l'impact de la Commune dans la genèse du projet sans le nier entièrement. Il estime que les initiateurs du projet réagissaient en premier lieu au libéralisme de la société du Second Empire et à la prise des États pontificaux par les partisans de l'unité italienne mais que l'insurrection communarde s'est ajoutée à ces motifs et indique qu'il a d'ailleurs été sérieusement envisagé de construire la basilique sur les hauteurs de Belleville car c'était le lieu d'exécution des otages de la Commune..

Par ailleurs, l'historien spécialiste de la Commune Éric Fournier rappelle la symbolique particulière entourant la figure du Sacré-Cœur, que priait pour son rétablissement comme roi de droit divin. Éric Fournier affirme en outre que le Sacré-Cœur était, au , une figure chère aux catholiques intransigeants. Selon l'historien, bien que le projet initial ne soit pas explicitement relié à la Commune, sa construction ne peut être dissociée de la volonté des conservateurs d'expier les « fautes nationales » des Français, c'est-à-dire l'ensemble des épisodes révolutionnaires depuis 1789.. Il souligne en outre que la teneur politique du projet semble unanimement comprise par la classe politique de l'époque, le soutien des réseaux réactionnaires étant crucial dans l'aboutissement du projet tandis que les députés radicaux socialistes s'y opposent par principe et manquent de peu de le faire avorter. Il avance que l'impact du souvenir de la Commune dans les milieux catholiques aurait été décisif dans la concrétisation du projet.

Historiquement, l'idée d'une association à la Commune de Paris ne s'est développée que progressivement.. Aux yeux des Parisiens proches des communards, la basilique est devenue un symbole de répression. Selon le géographe britannique David Harvey, sa construction « a été perçue par beaucoup » comme un acte de pénitence pour les excès de la Commune et reste, de nos jours, un symbole politique dans ...