Jean-Louis Barrault, né le au Vésinet et mort le à , est un comédien, metteur en scène et directeur de théâtre français.
Biographie Jeunesse Jean-Louis Barrault est le fils du pharmacien Jules Barrault (1876-1918) et de Marcelle Hélène Valette (1884-1939)Généalogie sur Geneastar.org.. Ancien élève du lycée Chaptal et de l'École du Louvre, il est d'abord élève de Charles Dullin et acteur de sa troupe de 1933 à 1935. À vingt-cinq ans, sa rencontre avec Étienne Decroux le pousse à se passionner pour le mime.
Il se fait remarquer dès 1929 en exposant au Salon des humoristes une peinture nommée Poupée réalisteÉdouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930, .
Carrière vignette|Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud en 1952. Théâtre Grenier des Augustins À partir de l'été 1935, Barrault anime le « Grenier des Augustins », studio et troupe expérimentale qui travaille dans le grenier du bâtiment sis au de la rue des Grands Augustins, près des quais de la Seine dans le quartier de Saint Germain des Prés. Ce bâtiment du avait été l'hôtel particulier de la maison de Savoie, fut ensuite subdivisé, tomba en décrépitude, et hébergeait depuis le des ateliers d'artistes. Balzac y situa l’atelier du peintre de sa nouvelle Le Chef-d’œuvre inconnu, et Pablo Picasso y installa son atelier de 1937 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et c'est là qu'il produisit son célèbre tableau Guernica. Barrault y vécut de 1935 à 1936Barrault, « Le Grenier des Grands-Augustins », in Souvenirs pour demain (Seuil, 1972), ..
Au temps de Barrault, le abritait au rez-de-chaussée une salle syndicale, au un atelier de tissage, et au grenier (troisième étage) un studio d'artistes. Le grenier avait été loué par Jean-Louis Barrault, qui avait transformé ses trois grandes salles en une salle de théâtre, une salle d'habitation commune, et un modeste studio pour lui-même. La salle principale était vaste, mesurant de long sur 8 de large, avec un haut plafond traversé par d'anciennes poutres en bois. Picasso dira plus tard que cette salle lui rappelait un navire, avec des passerelles, une cale et une quille - une référence aux poutres anciennes qui en composaient la charpenteBrassai, Conversations avec Picasso, Gallimard.. Barrault y hébergea en 1932 le Groupe Octobre de Jacques Prévert, et depuis ce temps, la grande salle servait à des représentations artistiques, dans une atmosphère assez bohème, comme l'a rapporté Prévert: « On montait des spectacles, et un tas de gens venaient. Aussi bien des gens qui faisaient du théâtre que d’autres… qui ne foutaient pas grand-chose. Et quelqu’un venait lire une pièce, ou des choses de ce genre… C’était un endroit très agréable et Barrault en a gardé davantage même que le souvenir, par exemple ». S’y tinrent aussi en 1936 plusieurs réunions du mouvement « Contre-attaque » dirigé par Georges Bataille avec André Breton, dont une cérémonie pour commémorer la décollation de Louis XVIPour la citation de Jacques Prévert, voir “Prévert sur le Grenier des Augustins”, vidéo filmée le 14 janvier 1967, consultable sur www.ina.fr..
À côté de la grande salle, le « dortoir », une longue salle mince mesurant , hébergeait des artistes de passage, notamment du groupe Octobre, qui y dormaient, mangeaient et travaillaient dans une atmosphère bohème. Enfin, la troisième pièce, mesurant , était le studio privé de Barrault.
Autres projets Barrault entre à la Comédie-Française en 1940 et en devient le sociétaire le . Il y met en scène Le Soulier de satin et Phèdre, deux pièces qui assurent sa célébrité. Il démissionne le ..
Durant l'Occupation, on retrouve Barrault parmi les vedettes régulièrement invitées à l'antenne de la chaîne de télévision allemande Fernsehsender Paris, jusqu'à la libération de la capitaleEmmanuel Lemieux, On l'appelait Télé-Paris, Paris, éditions L'Archipel, « L'Histoire secrète des débuts de la télévision française (1936-1946) », page 153, 2013, .
En 1946, il fonde avec sa femme Madeleine Renaud la Compagnie Renaud-Barrault et s'installe pour dix ans au Théâtre Marigny. Ils engagent André Brunot, Pierre Bertin, Catherine Fonteney, Georges Le Roy, Jean Desailly, Jacques Dacqmine, qui viennent de la Comédie-Française, ainsi que Marie-Hélène Dasté, Régis Outin, Pierre Renoir, Simone Valère, Jacqueline Bouvier-Pagnol, Gabriel Cattand, Jean-Pierre Granval, et les musiciens Pierre Boulez et Maurice Jarre. En 1954, il emménage dans le théâtre le Petit Marigny.
Avec André Frank, il crée en 1953 la revue les Cahiers Renaud Barrault, publiés aux Éditions Julliard, puis chez Gallimard.
En 1958, il fonde le « Nouveau Cartel » avec André Barsacq, Jean Mercure et Raymond Rouleau.
En 1959, il se voit confier par le ministre des Affaires culturelles, André Malraux, le théâtre de l'Odéon, qui devient L'Odéon-Théâtre de France, et dont il est le directeur. Jean-Louis Barrault y manifeste un éclectisme qui pourra lui être reproché : il monte les grandes œuvres du répertoire classique (Racine, Shakespeare), mais crée aussi des pièces contemporaines : Rhinocéros de Eugène Ionesco en 1960, Oh les beaux jours de Samuel Beckett en 1963 Mise en scène de Roger Blin. Le rôle de Winnie restera comme l'un des plus célèbres de Madeleine Renaud, Des journées entières dans les arbres de Marguerite Duras en 1965, Les Paravents de Jean Genet en 1966 (Cette pièce, créée peu après fin de la guerre d'Algérie, fait scandale et est violemment perturbée chaque soir par des militants d'extrême-droite. À l'Assemblée nationale, André Malraux, Ministre d'État chargé des affaires culturelles, prononce un discours pour s'opposer à l'interdiction de la pièce). Jean-Louis Barrault continue aussi à populariser le théâtre de Paul Claudel.
Durant , il ouvre le théâtre de l'Odéon aux étudiants, qui l'occupent pendant plus d'un mois. André Malraux ne le lui pardonne pas, et Barrault est contraint à la démission. Avec sa femme, la comédienne Madeleine Renaud, il a aussi affaire aux critiques de certains manifestants sur leur conception du théâtre, qui leur conseillent de « trouver des places à l'hospice »...
vignette|gauche|Plaque au 18, avenue du Président-Wilson (Paris). Il installe ensuite sa compagnie dans une salle de catch, l'Élysée-Montmartre, puis dans la gare d'OrsayL'actuel musée d'Orsay., qu'il aménage en théâtre d'Orsay et présente dans ItaliquesÀ l'occasion de la présentation des pièces Le Suicidaire et Ainsi parlait Zaratoustra, Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 26 avril 1974., et enfin au théâtre du Rond-Point. Jean-Louis Barrault y signe des créations originales à partir de sa lecture des grands auteurs (Rabelais, Ainsi parlait Zarathoustra, Zadig).
En , il fait partie des membres fondateurs du Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés..
En 1988, il incarne à nouveau Berlioz dans Lélio ou le retour à la vie, deuxième partie de La Symphonie fantastique, enregistré sous la direction de Pierre Boulez.
Cinéma
Jean-Louis Barrault a été aussi un acteur de cinéma.
Dans Drôle de drame de Marcel Carné (1937), il joue le rôle de William Kramps, tueur de bouchers.
Il incarne Hector Berlioz en 1942 dans La Symphonie fantastique de Christian-Jaque.
Dans Les Enfants du paradis de Marcel Carné (1944), son interprétation inoubliable de Baptiste (Deburau), popularise son génie du mime.
Il joue le double rôle du docteur et d'Opale en 1961 dans Le Testament du docteur Cordelier de Jean Renoir.
En 1964, Jean-Louis Barrault joue le rôle de M. Douve, employé de mairie dans La Cité de l'Indicible Peur de Jean-Pierre Mocky d'après le roman de Jean Ray. Son personnage s'avère porter un autre rôle sous-jacent d'importance, ce qui démultiplie l'intérêt et la réussite du jeu de Jean-Louis Barrault, dans sa justesse et sa pertinenceInitialement nommé La Grande Frousse d'après le roman sorti en 1943, le film est rebaptisé en 1972 du titre du roman éponyme dont il est inspiré, selon la volonté du réalisateur..
Vie privée thumb|Tombe de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud au cimetière de Passy (division 3).
Jean-Louis Barrault épouse Madeleine Renaud le et s'installe avec elle, de 1940 à 1994, au 18 avenue du Président-Wilson (16 arrondissement de Paris). Une plaque leur rend hommage. Ils sont inhumés ensemble au cimetière de Passy (division 3) à ParisCimetières de France et d'ailleurs.
Il est l'oncle de Marie-Christine Barrault.
Conception du théâtre Jean-Louis Barrault rejoint le Comité d'honneur du Festival Mimos, composé de Marcel Marceau, Jacques Lecoq, Ferruccio Soleri, Bob Wilson, Kazuo Ohno, pendant quelques années Maguy Marin puis Josef NadjProgrammes du festival Mimos de Périgueux de 1992 à 2002. Peter Bu. La réunion de ces personnalités, différentes l'une de l'autre, montre que le mime avait atteint les sommets de créativité.
Théâtre : comédien Théâtre de l'Atelier
Comédie-Française
Théâtre Marigny
Théâtre Sarah-Bernhardt
Théâtre du Palais-Royal 1958 : Le Soulier de satin de Paul Claudel, théâtre du Palais-Royal 1959 : La Vie parisienne de Jacques Offenbach, théâtre du Palais-Royal
Odéon-Théâtre de France
Élysée-Montmartre 1970 : Jarry sur la butte d'après les œuvres complètes d'Alfred Jarry, mise en scène Jean-Louis Barrault
Théâtre : metteur en scène
Comédie-Française (1940-1946)
Théâtre Marigny (1946-1956)
Étranger, festivals
Théâtre Sarah-Bernhardt (1957) 1957 : Histoire de Vasco de Georges Schehadé 1957 : Le Château de Franz Kafka
Théâtre du Palais-Royal (1958-1959) 1958 : La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy 1958 : Le Soulier de satin de Paul Claudel 1959 : Le Tir Clara de Jean-Louis Roncoroni
Odéon-Théâtre de France (1959-1968) Saison 1959-1960
Saison 1960-1961
Saison 1961-1962
Saison 1962-1963
Saison 1963-1964
Saison 1964-1965
Saison 1965-1966
Saison 1966-1967
Saison 1967-1968
Élysée-Montmartre
Théâtre d'Orsay (1972-1981)
Théâtre Renaud-Barrault (1981-1991)
Publications
Filmographie Cinéma
Télévision 1958 : La Répétition ou l'Amour puni de Jean Anouilh, réalisation Jean-Paul Carrère : Le comte 1964 : La Confidence fausse de Marivaux, réalisation Jacques-Gérard Cornu : Dubois 1967 : La Route d'un homme court métrage de Georges Hacquard : Récitant 1972 : Dans le jardin de Franc-Nohain d'Alain Frey : lui-même 1976 : Christophe Colomb de Paul Claudel, réalisation Jean-Paul Carrère : Christophe Colomb 1981 : Zadig ou la destinée de Voltaire, réalisation Jean-Paul Carrère : L'hermite 1982 : Le Soulier de satin de Paul Claudel, réalisation Alexandre Tarta : L'annoncier 1985 : Hommage à Charles Dullin de Georges Paumier : lui-même
Hommages
Le , la ville d'Avignon renomme l'une de ses bibliothèques, par délibération du conseil municipal, au nom de l'homme de théâtre et de cinéma décédé cette année-là..
En 1994, lors de l’extension du théâtre d’Orléans, une des deux nouvelles salles, dotée de 604 places, est baptisée du nom de l’homme de théâtre..
En 2013, la ville de Tournus, à laquelle la famille Barrault est liée depuis le , a inauguré le une place Jean-Louis Barrault, en présence de la nièce de l'acteur, Marie-Christine Barrault, et des frères et des neveux de celle-ci.
En , se tient le Mémorandum Théâtral en hommage à Jean-Louis Barrault au théâtre Le Proscenium (Paris ), écrit et interprété par Marie Den Baës.
Distinctions
Décoration (1957) Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud-Barrault furent tous deux nommés directement officiers, lors de la toute première promotion de l'ordre le Arrêté du 24 septembre 1957 pourtant nomination dans la première promotion de l'ordre des Arts et des Lettres. Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses, p.1002, 9 octobre 1957.
Prix 1979 : Prix Plaisir du théâtre
Dans la fiction Dans le téléfilm Arletty, une passion coupable (2015) d'Arnaud Sélignac, il est joué par Xavier Lafitte.
Notes et références
Voir aussi