Les Sentiers de la gloire (Le film reprend le titre du roman d'Humphrey Cobb, dont il est l'adaptation. Mais son titre est aussi une citation du poème de Thomas Gray, Élégie écrite dans un cimetière de campagne, qui a donné ensuite son titre à un tableau emblématique de la Première Guerre mondiale peint par Christopher Nevinson.) est un film de guerre américain réalisé par Stanley Kubrick, sorti en 1957. Il s'agit de l'adaptation du roman du même nom d'Humphrey Cobb, paru en 1935, se déroulant pendant la Première Guerre mondiale.

En 1992, le film est sélectionné par le National Film Registry américain pour être conservé à la bibliothèque du Congrès, en raison de son intérêt « culturel, historique ou esthétique important ».

Synopsis En 1916 en France, durant la Première Guerre mondiale. La tactique de la guerre de tranchées des deux belligérants n'a mené qu'à l'enlisement du conflit. Des assauts réguliers, inutiles et meurtriers, sont cependant menés par les troupes françaises et allemandes pour essayer de prendre le dessus sur l'ennemi.

En faisant miroiter un avancement, le général de division français Georges Broulard incite son subordonné, l'ambitieux général de brigade Paul Mireau, à lancer un de ses régiments à l'assaut d'une position allemande très solide, nommée « la Fourmilière » qui est située au sommet du versant abrupt d'une colline. Cependant, il l'informe que cet assaut sera mené sans renforts et avec peu de tirs d'artillerie préparatoires. Très motivé, le général Mireau va inspecter avant l'attaque les tranchées françaises tenues par le régiment de son subordonné, le colonel Dax, qui devra mener l'assaut. Cependant Dax, malgré tout le respect qu'il doit à son supérieur, émet son opposition car, selon toute vraisemblance, cette attaque coûtera la vie aux trois-quarts de ses hommes, fatigués, sous-équipés et appuyés par une artillerie à court de munitions. Mais Mireau, restant inflexible, le rappelle à l'ordre et confirme l'assaut.

Le soir même, le colonel Dax envoie trois de ses hommes en reconnaissance vers les lignes ennemies : le lieutenant Roget, un homme veule, le caporal Paris et le soldat Lejeune. Durant la sortie, Roget, ivre et terrorisé, envoie le soldat Lejeune en avant. Ne constatant plus de mouvement, Roget lance une grenade en direction du soldat. Le caporal Paris avance aussitôt dans sa direction mais ne peut que constater que Lejeune a été tué. Atterré par ce geste inconsidéré de son supérieur, Paris rédige son rapport mais Roget, plus haut gradé, le fait taire. Dax prend note de la version des faits de Paris, qu'il croit, mais il est conscient que la parole d'un sous-officier n'a pas de poids face à celle d'un plus haut gradé.

Lors de l'assaut de la position allemande, les soldats français menés par le colonel Dax réussissent à avancer jusqu'en contrebas des lignes ennemies, alors que les compagnies commandées par le lieutenant Roget restent dans leur tranchée. Depuis son poste d'observation, le général Mireau, s'apercevant qu'une partie des soldats n'a pas quitté sa tranchée, ordonne de tirer au canon sur eux afin de les forcer à attaquer. L'ordre, auquel il veille à ne donner qu'une forme verbale, est adressé à l'officier d'artillerie français, qui refuse néanmoins d'obéir sans ordre écrit. L'assaut est un fiasco ; les Français se replient en subissant de lourdes pertes.

Pour détourner de lui le blâme de l'échec et le risque de perdre son avancement promis, le général Mireau traduit les trois compagnies en conseil de guerre (cour martiale), pour « lâcheté devant l'ennemi » en exigeant que chaque compagnie désigne dix soldats dans ses propres rangs, lesquels seront fusillés pour l'exemple.

Au cours du dîner au mess des officiers avec les deux généraux, le colonel Dax, jugeant la sanction révoltante, tente de faire changer d'avis ses supérieurs, en vain car la sanction est conforme au droit martial. Le général Broulard décide toutefois d'un compromis, tout aussi dur mais moins coûteux en soldats : seuls trois hommes, soit un par compagnie, seront tirés au sort. Avocat dans le civil, Dax obtient de Broulard l'autorisation de les défendre.

Ainsi, trois hommes sont mis aux arrêts.

Malgré son talent au cours d'une parodie de procès, Dax ne parvient pas à faire fléchir les juges, pour lesquels la sentence ne fait aucun doute : les soldats seront fusillés le lendemain. De retour aux arrêts, Arnaud, pris d'une crise d'hystérie, reçoit un coup sur la tête de Paris qui lui fend le crâne et le plonge dans le coma. Il est décidé de l'attacher sur une planche pour qu'il tienne debout devant le peloton d'exécution. Dax, ayant compris la veulerie du lieutenant Roget, le force à commander le peloton d'exécution.

La veille de l'exécution, le capitaine d'artillerie informe le colonel Dax de l'ordre du général Mireau de faire tirer sur ses propres troupes, lui remettant les rapports des sous-officiers qui l'attestent. Dax les apporte aussitôt à Broulard pour tenter d'obtenir une levée de la sentence. Mais Broulard reste inflexible. Le lendemain matin, les trois hommes sont passés par les armes.

Néanmoins, Broulard ordonne une enquête sur les agissements de Mireau et propose le poste de général de brigade à Dax, persuadé que celui-ci a agit dans ce but. Mais Dax, écœuré, refuse son offre et retourne auprès de ses hommes.

En chemin, l'attention de Dax est attirée par le brouhaha et les sifflements de soldats français dans un bar. Une jeune Allemande qui s'est retrouvée derrière les lignes françaises est présentée sur une estrade par l'aubergiste aux soldats, d'abord hostiles. Cependant, quand celle-ci se met à chanter en allemand l'air Der treue Husar (« le fidèle hussard »), les soldats français, émus par la chanson, se taisent et vont jusqu'à accompagner la jeune femme en murmurant l'air.

Dax retourne dans ses quartiers sans interrompre ce moment émouvant, alors qu'il vient de recevoir l'ordre de faire retourner ses hommes au front dès l'aube. Son visage se durcit alors qu'il reprend sa marche solitaire.

Fiche technique vignette|thumbtime=14|upright=1.24|Bande-annonce du film. vignette|redresse|Le réalisateur Stanley Kubrick lors du tournage du film.

Titre original : Titre français : Les Sentiers de la gloire Réalisation : Stanley Kubrick Scénario : Stanley Kubrick, Calder Willingham et Jim Thompson, d'après le roman de Humphrey Cobb, paru en 1935 Musique : Gerald Fried Direction artistique : Ludwig Reiber Photographie : Georg Krause Montage : Eva Kroll Production : Kirk Douglas, James B. Harris et Stanley Kubrick Société de production : Bryna Productions Société de distribution : United Artists Budget : Pays de production : Langue originale : anglais, avec quelques dialogues en allemand et latin Format : Noir et blanc — 35 mm — 1,37:1 — Son mono Genre : Film dramatique, Film de guerre, Film politique Durée : 88 minutes Dates de sortie : Allemagne de l'Ouest : 18 septembre 1957 États-Unis : 25 décembre 1957 France (où le film a été censuré de fait de 1957 à 1975) : 26 mars 1975 Classification : France (CNC) : initialement « interdit aux moins de 13 ans », puis mention « tous publics » depuis 1997 Affiche : Jouineau Bourduge (France)

Distribution vignette|upright=1.2|Adolphe Menjou (Broulard) et Kirk Douglas (Dax) dans le film. Note : le doublage français a été effectué en 1975, lors de la sortie du film dans les salles françaises. Kirk Douglas (VF : Alain Mottet) : le colonel Dax George Macready (VF : Georges Wilson) : le général Paul Mireau Ralph Meeker (VF : Sylvain Joubert) : le caporal Philippe Paris Timothy Carey (VF : Jacques Balutin) : le soldat Maurice Férol Joe Turkel (VF : Pierre Trabaud) : le soldat Pierre Arnaud Adolphe Menjou (VF : Georges Riquier) : le général Georges Broulard Wayne Morris (VF : Claude Brosset) : le lieutenant Roget Peter Capell (VF : Jacques Thébault) : le président de la cour martiale Richard Anderson (VF : Claude Giraud) : le commissaire du gouvernement Emile Meyer (VF : Raymond Loyer) : l'abbé Duprée John Stein (VF : René Arrieu) : le capitaine d'artillerie Rousseau Harold Benedict (VF : Francis Lax) : le capitaine Nicolas Bert Freed (VF : Roger Lumont) : le sergent chef de section Kem Dibbs (VF : Jacques Richard) : le soldat Lejeune Fred Bell (VF : Henri Poirier) : le soldat atteint d'obusite dans la tranchée Halden Hanson (VF : Jean Berger) : le médecin militaire et un soldat Jerry Hausner (VF : Yves Barsacq) : l'animateur du cabaret Christiane Kubrick (Christiane Harlan, créditée sous le nom de « Susanne Christian ») : la jeune Allemande capturée

Production Inspiration Avant d'être retranscrit au cinéma, le livre d'Humphrey Cobb fut adapté en 1935 pour Broadway par Sidney Howard, un dramaturge et scénariste connu pour ses opinions de gauche. La pièce fut un échec mais Howard déclara publiquement que le roman méritait une adaptation cinématographique.

vignette|Paths of Glory, tableau de Christopher R. W. Nevinson (1917), Imperial War Museum London.

Le titre du film reprend celui du tableau homonyme peint en 1917 par le Britannique Christopher Nevinson, qui illustrait des cadavres de soldats étalés dans le no man's land, ce qui lui valut d'être censuré à l'époque.Titre qui est lui-même issu d'une citation du poème Élégie écrite dans un cimetière de campagne (1751) écrit par Thomas Gray (1716-1771) : « The paths of glory lead but to the grave »..

vignette|upright|Vue du monument Fusillés pour l'exemple, à Suippes (2007).

Les Sentiers de la gloire s'inspire de plusieurs faits réels. Pendant la Première Guerre mondiale, environ français ont été condamnés à mort par les conseils de guerre, dont un peu plus de 600 furent réellement fusillés « pour l'exemple » par l'armée pour des motifs divers (abandon de poste, mutilations volontaires, refus d'obéissance…), les autres ayant vu leur peine commuée en travaux forcés.

Le réalisateur Stanley Kubrick s'appuie principalement sur l'affaire des caporaux de Souain où le général Réveilhac aurait fait tirer sur l'un de ses propres régiments (le d'infanterie) dont les hommes refusaient de sortir des tranchées lors d'un assaut suicidaire contre une colline occupée par les Allemands, avant de faire exécuter quatre caporaux le . Ces soldats (trois originaires de la Manche : Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Louis Girard ; et un d'Ille-et-Vilaine : Lucien Lechat) seront réhabilités en 1934 grâce à l'action de la femme de Théophile Maupas, l'institutrice Blanche Maupas. Un monument est d'ailleurs toujours visible à Sartilly (Manche) commémorant leur réhabilitation, ainsi qu'à Suippes (Marne). Au début de la guerre de 1914-1918, la justice militaire était devenue une justice d'exception depuis des décrets d'août et : le sursis, le recours en révision, les circonstances atténuantes et le droit de grâce étaient supprimés.

L'épisode du soldat sur une civière qu'on ranime pour le fusiller s'inspire lui d'un autre cas, celui du sous-lieutenant Jean-Julien-Marius Chapelant exécuté le après une parodie de procès. Gravement blessé aux jambes depuis plusieurs jours, incapable de tenir debout, épuisé moralement et physiquement, le sous-lieutenant Chapelant avait alors été ficelé sur son brancard et celui-ci posé le long d'un arbre pour qu'on pût le fusiller. Inhumé au bois des Loges dans une fosse commune, il n'est présent que par son seul nom au cimetière d'Ampuis, village où il est né. Sa tombe (vide) a été honorée par l'Union des Mutilés et Anciens Combattants qui y ont apposé une plaque de marbre portant l'inscription : « Les anciens combattants à leur frère d'armes Jean Julien Marius Chapelant, martyr des cours martiales ». Jean Julien Marius Chapelant a été « déclaré » et reconnu « mort pour la France » par le ministre délégué aux anciens combattants Kader Arif le , et ce geste a été officialisé à l’occasion des cérémonies du Jour du Souvenir () de la même année..

Tournage thumb|nouveau château de Schleissheim