Georges Ribemont-Dessaignes né le à Montpellier et mort le à Saint-Jeannet est un écrivain, poète, dramaturge et peintre français.

Il est autour de 1915, avec Marcel Duchamp et Francis Picabia, l'un des précurseurs à Paris de l'esprit qu'en 1916 à Zurich Tristan Tzara nomme « dada ». À partir de 1920 il participe à toutes les activités du mouvement et l'on dira de lui qu'il avait alors écrit , anticipant dans ces deux domaines sur les développements ultérieurs des thèmes de l'absurde et du recours à l'aléatoire. Proche ensuite des surréalistes, il rompt en 1929 avec André Breton et rejoint Le Grand Jeu. Après guerre, il produit des préfaces littéraires et reste éloigné de Paris.

Biographie Georges Ribemont-Dessaignes naît le à Montpellier où son père enseigne l'obstétrique à l'université avant de s'installer dans une villa de Neuilly-sur-Seine, gynécologue mondain amateur de musique, pratiquant plusieurs instruments et exposant au Salon des artistes français. Originaire du Puy (Haute-Loire) où la famille fabrique des dentelles, son arrière-grand-père, Jean-Philibert Dessaignes, oratorien défroqué lors de la Révolution, contribue à la fondation du lycée de Vendôme, enseigne la philosophie et les sciences physiques, reçoit un grand prix de l'Institut pour ses expériences sur la phosphorescence. C'est son père, Alban Dessaignes, qui ajoute à son nom de famille celui de sa mère beauceronne. Après deux ans d'école publique, Georges Ribemont-Dessaignes suit les leçons particulières de l'instituteur et de « l'abbé Caracaca ». Vers 16 ans il se tourne vers la philosophie, joue de la flûte, compose des symphonies, quatuors et opéras puis, songeant à devenir peintre, fréquente l'atelier de Jean-Paul Laurens à l'Académie Julian et aux Beaux-Arts de Paris.

En 1909, Georges Ribemont-Dessaignes se lie avec le sculpteur Raymond Duchamp-Villon et ses deux frères peintres Jacques Villon et Marcel Duchamp, qu'il retrouve chaque semaine, jusqu'à la Première Guerre mondiale, à Puteaux, tout comme Jean Metzinger, Albert Gleizes, Fernand Léger. Par Duchamp, il entre bientôt en relations amicales avec Francis Picabia. Jusque-là influencé par l'impressionnisme et les nabis, il cesse en 1913 de peindre, , confie-t-il dans Déjà jadis (). Picabia puis Duchamp partis aux États-Unis, Ribemont-Dessaignes, mobilisé en 1915, est versé dans les Services de renseignements aux familles à l'École militaire. Alors que dada se prépare en Suisse, il compose ses premiers poèmes et des pièces de théâtre, notamment L'Empereur de Chine, écrit sur les fiches du ministère de la Guerre, qui annoncent Eugène Ionesco et Samuel Beckett.

À partir de 1919, Ribemont-Dessaignes recommence à peindre, composant des œuvres « mécanistes » ou « mécanomorphes », souvent au dos de ses toiles précédentes, tel le Grand Musicien de l'ancienne collection André Breton, qui sont exposées en 1920 avec une préface de Tristan Tzara. Dans la revue 391 fondée en 1917 par Picabia à Barcelone puis transplantée à New York, Zurich et Paris, et dont il devient un moment le gérant, il publie des poèmes et plusieurs pamphlets, notamment en contre les artistes du Salon d'automne où il expose avec Picabia, et en contre Albert Gleizes et la Section d'or.

Arrivé à Paris à la fin de 1919, Tzara était l'inventeur, en présence de Jean Arp, du nom de « dada » le à Zurich. Il avait déjà accueilli leurs écrits dans sa revue à partir de 1918 lorsqu'il y réalise une jonction avec le groupe formé par Marcel Duchamp, Picabia et Ribemont-Dessaignes et le groupe de la revue Littérature, fondée en , qui réunit André Breton et Philippe Soupault, déjà pré-surréalistes dans leur utilisation de l'écriture automatique, Louis Aragon et leurs amis.

À partir de 1920, âge d'or de dada, Georges Ribemont-Dessaignes participe activement à toutes les grandes manifestations publiques du mouvement, à l'occasion desquelles il montre ses peintures, lit des textes et écrit de courtes pièces de théâtre, notamment le Serin muet, joué par Breton, muni d'un long thermomètre, et Soupault, déguisé en Noir et tenant une cage à oiseau. En mars et , l'interprétation au piano de deux de ses œuvres, composées à l'aide d', le Pas de la chicorée frisée puis Le Nombril Interlope, et son exécution de la Danse Frontière contribuent aux scandales et déchaînent les injures de la presse. Il fait simultanément partie des auteurs rassemblés dans l'Anthologie Dada.

En , Georges Ribemont-Dessaignes est encore le guide de la visite d'une douzaine des membres de dada à l'église Saint-Julien-le-Pauvre, lisant devant colonne ou sculpture un article au hasard d'un gros dictionnaire Larousse. En mai, il écrit le réquisitoire de la Mise en accusation de Maurice Barrès par le groupe, sous la présidence de Breton, pour . Avec tous les dadaïstes, il collabore à Proverbe, fondé par Paul Éluard, à Dada au grand air, réalisé après un séjour au Tyrol de Tzara, Arp, Éluard, Max Ernst et Breton durant l'été, et, en novembre, à Dada, sa naissance, sa vie, sa mort, textes rassemblés à Anvers dans le de la revue Ça Ira ! par Clément Pansaers. Alors qu'il quitte Paris, pratiquant culture et élevage à Montfort-l'Amaury, et écrit son premier roman, L'Autruche aux yeux clos, dada, après quelques sursauts, commence, avec la rupture de Picabia et l'éloignement de Duchamp, à être victime de ses dissensions.

L'échec en du Congrès pour la détermination des directives de la défense de l'esprit moderne, ou Congrès de Paris, voulu par André Breton mais que récusent Éluard, Georges Ribemont-Dessaignes, Erik Satie et Tzara, entraînant 45 personnalités à retirer leur confiance au comité d'organisation, marque symboliquement la fin du mouvement. , notera Ribemont-Dessaignes dans Déjà jadis (). Tandis qu'Éluard, Tzara et Ribemont-Dessaignes lancent en avril la revue Le Cœur à Barbe qui ne connaîtra qu'un seul numéro, Breton prend avec Soupault la direction d'une nouvelle série de Littérature qui dès septembre passe violemment à l'offensive contre dada.

Le surréalisme officiellement né en avec la publication du premier Manifeste de Breton, Ribemont-Dessaignes, qui a pris ses distances avec le nouveau mouvement, est appelé en 1925 à signer sa Lettre ouverte en réponse à un article de Paul Claudel. Il collabore simultanément auprès de René Magritte et Mesens à l'unique numéro de la revue Œsophage, puis en 1926 à Marie. Habitant alors à Neauphle-le-Château, il ne participe cependant que par intermittence aux réunions des surréalistes. Il subsiste alors à l'aide de travaux alimentaires en collaborant à L'Intransigeant, au Figaro, en écrivant pour Le Film complet les équivalents romancés des dernières productions cinématographiques et en travaillant en nègre littéraire à « arranger » les souvenirs de Sarah Bernhardt. Il noue ensuite des relations amicales avec les créateurs, en 1928, du Grand Jeu, Roger Gilbert-Lecomte, René Daumal, Roger Vailland, le peintre Joseph Sima. Lorsque le groupe se trouve condamné en 1929 par Breton, Georges Ribemont-Dessaignes signe, avec Roger Vitrac, Georges Limbour, Michel Leiris, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Robert Desnos, Georges Bataille, le pamphlet Un cadavre, particulièrement injurieux, qui manifeste leur rupture avec .

En 1930, Georges Ribemont-Dessaignes dirige la revue Bifur (huit numéros) puis revient habiter Paris en 1931, avant de tenir à partir de 1934 un hôtel avec sa femme à Villar-d'Arêne, dans le Dauphiné. En raison de la proximité de la frontière, il le quitte peu après l'entrée en guerre de l'Italie de Mussolini pour s'installer à Chassiers, près de Largentière en Ardèche. Plusieurs de ses proches sont atteints de maladies mortelles et il traverse alors de nombreuses difficultés. Jean Ballard publie à Marseille ses poèmes dans Les Cahiers du Sud, René Daumal en transmet à Max-Pol Fouchet, qui dirige Fontaine à Alger.

Vers 1943, Ribemont-Dessaignes revient dans les Hautes-Alpes puis, après la Libération, regagne Paris. Remarié, il s'installe en 1946 non loin de Juan-les-Pins pour y cultiver des œillets ou des anémones. Pour vivre, il écrit des préfaces à des œuvres littéraires classiques : Stendhal, 1954 ; Tolstoï ; Voltaire, 1959 ; Diderot, 1956, 1962 ; Cyrano de Bergerac, 1957 ; Rimbaud, 1965, et pour les peintres : Georges Braque, Pablo Picasso, Jean Dubuffet Maurice Utrillo ou Sima. Il réalise également des émissions à la radio, notamment des entretiens avec Marc Chagall, Henri Matisse, Henri Sauguet et Tzara. Poursuivant son œuvre littéraire, poétique et romanesque dans une veine plus réaliste, il recommence à dessiner des paysages en 1944 à Villar-d'Arène puis, dans un graphisme serré, des visions d'arbres et de pierres à Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes), près de Vence, où il s'installe à partir de 1955.

Il subit une grave opération en 1963 et le Mercure de France publie quelques-uns des poèmes que lui inspirent ses nuits dans les couloirs d'hôpitaux. Tandis qu'il tient une chronique consacrée aux disques dans La Gazette littéraire de Lausanne, la galerie Chave présente à Vence en 1965 une grande exposition de ses œuvres plastiques.

Georges Ribemont-Dessaignes meurt à Saint-Jeannet le .

André Breton devait reconnaître dans ses Entretiens que avaient été .

Citations

Témoignages

Œuvres Anthologie Dada, Manifestes, poèmes, nouvelles, articles, projets, théâtre, cinéma, chroniques (1915-1929), nouvelle édition revue et présentée par Jean-Pierre Begot, Paris, éditions Champ libre, 1974-1978.

Romans L'Autruche aux yeux clos, Paris, au Sans-Pareil, 1924. Ariane, Paris, Éditions du Sagittaire, 1925 ; Éditions J.-M. Place, 1977. Oui et Non ou La Cage dans l'oiseau, Prague, 1926 (inédit en français). Clara des jours, Les Cahiers du Sud, Marseille, 1927. Le Bar du lendemain, Paris, Emile-Paul, 1927 ; Paris, Gallimard, 1972. Céleste Ugolin, Paris, Kra, 1928. Frontières humaines, Paris, Éditions du Carrefour, 1929 ; Éditions Plasma, 1979. Adolescence, Paris, Emile-Paul, 1930. Elisa, Paris, Grasset, 1931. Monsieur Jean ou l'Amour absolu, Paris, Grasset, 1934 (Prix des Deux Magots). Smeterling, Paris, Corrêa, 1945. Le Temps des catastrophes, Paris, Calmann-Lévy, 1947. Publications posthumes . . . . . . .

Poésie Ombres, Paris, René Debresse, 1942. Alerte, Genève, Lettres, 1944. Ecce Homo, Paris, Gallimard, 1945. La Nuit, la Faim, lithographies de Braque, Paris, Adrien Maeght, 1960. Le Sang, la Sève, l'Eau et les Larmes, J. Gontal-Darly, 1968. Cryptogrammes (20 lithographies et 20 poèmes), Vence, Pierre Chave, 1968. La Ballade du soldat, 34 lithographies de Max Ernst, Vence, Pierre Chave, 1972. Le Règne végétal, collages de Max Papart et photographies d'André Villers, Ottawa, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1972. Anthologie de la nouvelle poésie française, Paris, Kra, 1928. Anthologie des poètes de la NRF, Paris, Gallimard, 1960.

Théâtre L'Empereur de Chine suivi de Le Serin Muet, Paris, au Sans-Pareil, 1921. Le Bourreau du Pérou, Paris, au Sans-Pareil, 1928. Faust, Imprimerie Paillart, 1931. Théâtre [L'Empereur de Chine, Le Serin Muet et Le Bourreau du Pérou], Paris, Gallimard, 1966.

Beaux-Arts Man Ray, Paris, Gallimard, 1929. Joan Miró (avec Jacques Prévert), Paris, Maeght, 1956.

Essai Déjà jadis ou Du mouvement dada à l'espace abstrait, Paris, Julliard, collection « Les Lettres nouvelles », 1958, ; collection 10/18, 1973.

Littérature pour la jeunesse Tico-Tico, avec des photographies d'Ylla, Paris, Gallimard, 1952.

Traductions Les Troubadours, Genève, Egloff, 1946. Poésies complètes de Nietzsche, édition bilingue, Paris, Éditions du Seuil, 1948.; Édition Plasma, 1982 ; avec une présentation de Ribemont-Dessaignes, Édition Champ libre, 1984 ; Éditions Ivrea, 2007. Sonnets de Michel-Ange, édition bilingue, Paris, Club français du Livre, 1961 ; Éditions Allia, 2024.

Autres œuvres Testaments, 1955. Tétanos mystique, 1972. Lettre à Benjamin Fondane, 1964. Monsieur Morphée empoisonneur public, 1966.