Martial Raysse est un peintre, sculpteur et réalisateur français né le à Golfe-Juan (Alpes-Maritimes), faisant partie du courant du nouveau réalisme. Il est signataire du manifeste des nouveaux réalistes, le , aux côtés de 7 autres artistes, dans l’atelier d’Yves Klein et à l’initiative de Pierre Restany, l’illustre critique d’Art qui a vulgarisé le mouvement.
Biographie Fils d'artisans céramistes de Vallauris, Martial Raysse commence à peindre et à écrire des poèmes dès 1948. Après ses études secondaires, il tout en pratiquant l', avant de se tourner vers la peinture en 1945. Il commence par réaliser des assemblages de détritus et d'objets divers présentés dans des boîtes de plexiglas. En 1958, il participe à une exposition de groupe, en présence de Jean Cocteau. En quelques années, il devient l'un des peintres abstraits les plus notables de la Côte d'Azur et ses œuvres atteignent une cote élevée alors qu'il remet sa carrière en question.
Fasciné par la beauté brute du plastique, il écume les grands magasins à prix unique et développe son concept qui met en jeu des objets neufs en plastique de la nouvelle société de consommation : Le succès est au rendez-vous : un quart d'heure avant l'ouverture de son exposition à Milan en 1961, toutes ses œuvres en plastique sont vendues à des collectionneurs.
À cette époque, Pierre Restany écritPierre Restany, Arts, 4 octobre 1961. :
Raysse séjourne aux États-Unis où il se rapproche du pop art américain et fait partie, dès sa fondation en 1960, du mouvement des nouveaux réalistes. Raysse peut alors être comme .
Dès 1965, le Stedelijk Museum d'Amsterdam lui consacre une exposition rétrospective. L'année suivante, il réalise avec Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely les décors d'un ballet de Roland Petit. À la Biennale de Venise en 1966, il obtient le prix David Bright, réservé aux artistes âgés de moins de 45 ans.
Les événements de mai 1968 conduisent l'artiste à une importante réflexion sur la nature de l'œuvre d'art, dont il dénonce notamment la marchandisation. Au seuil des années 1970, Raysse accomplit une véritable révolution esthétique, assez unique dans l'histoire de l'art du , et . Il se consacre au cinéma, en réalisant notamment Camembert extra-doux (1969) et un long métrage, Le Grand Départ, en 1970. Il entreprend alors de . Après une rupture avec le pop art, Raysse réalise en France, une série d'œuvres sur papier de format identique avec des cadres de bois peint en blanc, intitulée Sic Transit Gloria Mundi et datant de 1975.
L'esthétique qu'il met progressivement en place à partir de 1972 est en totale rupture avec les œuvres pop de la période précédente. Raysse s'adonne notamment à la pratique du dessin d'après nature (série Un jardin au bord de la Marne), et renoue avec les genres traditionnels de la peinture dans les années 1970-1980 (séries Loco Bello en 1975Imagerie de rêve aux teintes rompues et au dessin maladroit réalisée en papier froissé sur des formats irréguliers., Spelunca en 1977 et La Petite Maison dans la prairie en 1980 notamment).
Simultanément, il entreprend un travail de sculpteurArticle sur la sculpture de Martial Raysse paru dans Verso arts et lettres, , avril 2007., dans un premier temps à l'aide de matériaux pauvres (papier mâché, pâte à pierre, papier kraft) puis à plus grande échelle, en ayant recours à la technique traditionnelle de la fonte en bronze à cire perdue.
À la faveur de nombreuses commandes publiques, et sous l'impulsion du maire de Nîmes Jean Bousquet voulant allier passé et modernisme, il réalise dans les années 1980 deux fontaines à Nîmes, tout d'abord en 1987 avec la place du Marché et sa fontaine s'inspirant du crocodile des armes de Nîmes. En 1989, il redessine intégralement la place d'Assas et y érige deux fontaines monumentales avec les statues de Némausus et Némausa, les fondateurs de la ville de Nîmes.
Par la suite, il crée des mosaïques à Paris, place d'Iéna, pour les métopes du bâtiment du Conseil économique et social construit par Auguste Perret.
En 1972, il quitte Paris et emménage en Dordogne, près d'IssigeacInterview de Martial Raysse par Claires Schlinger, « « Le fait de bien faire est un bienfait », l'artiste Martial Raysse, 88 ans, se confie », Sud Ouest édition Dordogne, , ., où il travaille avec son épouse l'artiste Brigitte Aubignac..
Martial Raysse a trois enfants, Alexandra, Ulrik et Alban
Œuvre À partir de 1959, Martial Raysse utilise toute sorte de matériaux et de techniques : plastique, plexiglas, néon, miroir, peinture, lumières artificielles, objets, photographies, photocopies, flocage, découpage, assemblage, report, montage, agrandissement notamment. Il préfère toutefois utiliser des objets neufs et non de récupération, contrairement aux autres artistes nouveaux réalistesCreen J, générer une « hygiène de la vision », Beaux-Arts hors série « Martial Raysse », ..
Sa série des Tableaux-objets met en scène l'image à la fois sensuelle et artificielle, douce et froide, distanciée et lyrique de la société de consommation, en particulier du mannequin-type des années 1960, Vénus moderne déclinée et mise en scène dans des couleurs acidulées. Dans ses œuvres, les couleurs violentes sont projetées au vaporisateur, jouent sur les visages féminins rouges carminés, vert acide, violet, bleu.
En 1962, Raysse introduira le néon dans ses toiles pour souligner certaines formes, la bouche, les yeux. L'artiste adopte une démarche de réduction des moyens plastiques et de simplification de la représentation à la fin des années 1960. Il utilise toutes les techniques de production des images, notamment la photographie et la sérigraphie. La représentation des formes est progressivement simplifiée et se réduit à des silhouettes d'une tête avec épaules, découpées dans du carton, du papier, du tissu pour donner naissance à des formes en liberté proches de l'Arte Povera.
De 1963 à 1965, il réalise une série qu'il intitule ironiquement Made in Japan. Cet ensemble comporte une quinzaine d'œuvres, dont le but est de détourner des tableaux célèbres, principalement d'Ingres, avec lequel Raysse dialogue très librement. La version d'après La Grande Odalisque, conservée par le musée national d'Art moderne, en est un exemple emblématique. D'esthétique pop, elle reprend une partie de la toile d'Ingres. L'œuvre est marouflée sur toile puis repeinte avec des couleurs vives qui rappellent celles des affiches publicitaires (rouge, vert fluo…). Raysse y ajoute du verre pilé et une mouche, éléments visant à critiquer les prétentions mimétiques et illusionnistes de la peinture traditionnelle.
On retiendra également dans la même optique de travail la toile Soudain l'été dernier de 1963 ou la sculpture America America (1964, Paris, musée national d'Art moderne), où l'utilisation du néon comme cliché renvoyant à l'univers de la publicité est alors tout à fait caractéristique du discours de l'artiste.
Raysse exécuta une toile à l'occasion de sa rétrospective parisienne de 1992 à la Galerie nationale du Jeu de paume, Le Carnaval à Périgueux, une composition aux teintes sourdes et acidulées peinte à la détrempe sur toile, la technique de prédilection de l'artiste. Un défilé de personnages masqués s'y déploie à la manière des frises antiques (on pense par exemple à la frise des Panathénées ou encore aux fresques de La Villa des Mystères à Pompéi).
En 2001, Raysse réalise ses premiers vitraux, en collaboration avec l'atelier de Jean-Dominique Fleury à Toulouse, pour l'église Notre-Dame-de-l'Arche-d'Alliance à Paris, conçue par Architecture-studio. Les couleurs vives des deux panneaux se faisant face de chacun, sur les thèmes de la Visitation et de David dansant devant l'Arche, témoignent d'une certaine continuité avec l'œuvre pop de ses débuts.
Raysse a réalisé plusieurs films, dont un long métrage, Le Grand Départ en 1972, des courts métrages, des vidéos autonomes ou dans le cadre d'installations. En 2005, il réalise la façade au néon d'un cinéma multiplexe parisienSinema, les anges sont avec toi, 2005, portrait au néon façade du cinéma MK2, Paris, Quai de Loire.
Martial Raysse est représenté par la galerie Lévy Gorvy Dayan et la Galerie Hadrien de Montferrand.
Quelques œuvres 1962 : À la plage et Miroir aux houppettes 1962 : La Belle Mauve, musée des beaux-arts de Nantes 1963 : Allons nous-en ! Pot et fleur, potence métallique et néon, 260 × 140 × , au musée d'art de Toulon 1963 : Soudain l'été dernier, Centre Pompidou. 1964 : America America, Paris, musée national d'Art moderne 1964 : Nissa Bella, au musée d'art moderne et d'art contemporain de Nice 1964 : Made in Japan - La Grande Odalisque, Paris, musée national d'Art moderne 1965 : Peinture à haute tension, Amsterdam, Stedelijk Museum 1966 : Life is so complex, plexiglas collé sur contreplaqué, 150 × 260 × , musée de Grenoble 1967 : Éléments de vocabulaire, néon sur socle de bois et sous polyméthacrylate, 51 × 50 × , au musée d'art de Toulon 1967 : L'Œil 1968 : Story with a chicken, au musée d'art contemporain de Thessalonique. Bel été concentré, Aix-la-Chapelle, Suermondt-Ludwig-Museum
Expositions rétrospectives Une rétrospective de son œuvre (peinture, sculpture et cinéma) a lieu en 1992 à la Galerie nationale du Jeu de Paume à Paris.
En 1997, le Centre Georges-Pompidou expose quarante ans de travail graphiqueCatalogue : Martial Raysse, chemin faisant, frère crayon et sainte gomme, sous la direction de Béatrice Salmon, textes de Françoise Viatte et Didier Ottinger, Paris, Éditions du Centre Georges-Pompidou, Coll. Carnet de dessins, avril 1997, 96 pp., 44 ill. noir et blanc, 24 ill. couleurs, format 20 × 24 cm ..
Une exposition se tient en Chine du au à l'Institut central des Beaux-Arts de Beijing.
Le Centre Georges-Pompidou organise une rétrospective de son œuvre à Paris en 2014.
Le Palazzo Grassi organise une rétrospective de son oeuvre à Venise en 2015
Publications Qu'il est long le chemin, , éditions Jannink, Paris, 1992 13 sonnets, Kamel Mennour, 2014 5 sonnets, revue Arapesh 2/10, 2018
Marché de l'art Le , Sotheby's a vendu à Paris, Sans titre (1964) pour 1,74 M €Voir sur sothebys.com.. Le , Christie’s a vendu, L’Année dernière à Capri, (1962) pour un prix record d’un artiste français vivant de 4,8 M €.. En 2014, un de ses portraits de 1960 est adjugé 4,8 millions d’euros à Londres..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Dictionnaire de l'art moderne et contemporain, nlle. éd., Paris, Éditions Hazan, 2006, Notice sur Martial Raysse sur la base insecula Martial Raysse, catalogue, éd. Galerie nationale du Jeu de paume, Paris et Carré d’Art, Nîmes, 1992 Martial Raysse, catalogue, sous la direction de Catherine Grenier, éditions du Centre Pompidou, 2014 Juliette Bertron, Un Saint pêcheur : deux statues de Martial Raysse, Kamel Mennour, 2014 Article sur la sculpture de Martial Raysse paru dans Verso arts et lettres, 45, , .
Articles connexes Nouveau réalisme Art pauvre École de Nice
Liens externes
Martial Raysse dans le site Artcotedazur.
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