Jacques Peyrat, né le à Belfort, est un avocat et homme politique français. Il est député des Alpes-Maritimes de 1986 à 1988 et de 1997 à 1998, maire de Nice de 1995 à 2008, sénateur des Alpes-Maritimes de 1998 à 2008 et président de la communauté d'agglomération Nice-Côte d'Azur de 2002 à 2008.
Jacques Peyrat est issu d'une famille de militaires originaire de l'est de la France. Il s'installe à Nice en 1946 puis mène des études de droit, d'abord à Nice puis à Paris où il fait la connaissance de Jean-Marie Le Pen. Il s'engage avec ce dernier dans la Légion étrangère et participe à la guerre d'Indochine à partir d'. Revenu en France, il entame une carrière dans l'immobilier puis devient cadre chez Mobil Oil. Reprenant ses études de droit, il obtient son certificat d'aptitude à la profession d'avocat en 1968. Inscrit au barreau de Nice, il acquiert une certaine réputation en tant qu'avocat pénaliste. En 1977, le cerveau présumé du « casse du siècle » Albert Spaggiari le choisit pour assurer sa défense.
Parallèlement à ses études puis à sa carrière professionnelle, il s'engage en politique dès 1947 d'abord chez les gaullistes, puis après la guerre d'Indochine, au sein de la droite giscardienne. Figurant sur la liste de Jean Médecin aux élections municipales de 1965, il devient conseiller municipal de Nice. En 1973, il rejoint le Front national qui vient d'être créé et s'y impose comme le leader local. Ses scores électoraux sont modestes jusqu'aux élections législatives de 1986 qui le conduisent à l'Assemblée nationale. Il y siège jusqu'en 1988 et intensifie dans le même temps son implantation locale, comme en témoigne sa victoire dans le canton de Nice-14 en 1992-1993. Toutefois, il ne parvient pas à se faire réélire député.
Il quitte le Front national en et fonde un mouvement local, l'Entente républicaine. Soutenu par Jacques Médecin, il remporte assez largement les élections municipales de 1995 et devient maire de Nice. Il rejoint le RPR en et est élu sous cette étiquette député de la deuxième circonscription des Alpes-Maritimes en 1997 puis sénateur des Alpes-Maritimes en 1998. Conduisant une liste d'union de la droite, il est réélu maire de Nice en 2001. À la tête de la ville, Jacques Peyrat mène une politique d'assainissement des finances municipales, de baisse légère des impôts et réalise la construction de grands équipements comme la ligne 1 du tramway.
Lors des élections municipales de 2008, l'UMP lui refuse l'investiture au profit de Christian Estrosi, lequel devient maire de Nice. Peu après, Jacques Peyrat perd également son poste de sénateur. Toujours président de l'Entente républicaine, s'étant rapproché du Front national, de Nissa Rebela et du RPF, il se présente aux élections municipales de 2014 à Nice, où il est éliminé dès le premier tour. À la suite de cet échec, il annonce sa retraite de la vie politique.
Biographie Origines, études et famille Jacques Peyrat naît à Belfort le , dans une famille de militaires. Son père, Noël Peyrat, est un officier de l'armée à la réputation austère, et sa mère, Simone née Boisselier, d'après le Who's Who in France., une artiste. Alors enfant durant l'invasion allemande de la Seconde Guerre mondiale, il s'enfuit avec sa mère et sa grand-mère, première partie, Nice en mouvement... À l'âge de quatorze ans, sa mère les quitte, et il vivra avec son père et son frère .. En 1946, la famille Peyrat s’installe à Nice. Il est scolarisé au lycée Masséna<ref> « Un creuset d'hommes de l'art... et d'hommes politiques », Nice mag, le magazine d’infos de la Ville de Nice, septembre 2006, .</ref> où l'un de ses professeurs est le futur homme politique Charles EhrmannCharles Ehrmann, Les devoirs de mémoire d'un homme d'honneur, Serre Éditeur, 2005, .
Il obtient son baccalauréat philosophie en 1948 et entame des études de droit à l'Institut d'études juridiques de Nice puis se rend à Paris, à la Faculté de droit, place du Panthéon, pour effectuer son année de licence. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Jean-Marie Le Pen, lui aussi étudiant en droit et alors président de la « Corpo », avec lequel il se lie d'amitiéEdwy Plénel, Alain Rollat, La République menacée : dix ans d'effet Le Pen, Le Monde-Éditions, 1992, coll. « Actualité », p. 222 .. Il fait ainsi partie en de l'expédition de secours d'étudiants volontaires, organisée par Le Pen pour porter assistance aux populations sinistrées des inondations qui venaient de frapper les Pays-BasGilles Bresson, Christian Lionet, Le Pen : biographie, Éditions du Seuil, 1994 .
En tant qu'étudiant à Paris, il faisait partie d'une organisation qui soutenait l'Indochine française et s'opposait à l'UNEF. Son engagement était justifié par le fait qu'il jugeait que la France « se délitait » depuis 1936. La défaite de l'armée française en 1940 l'avait marqué alors qu'il était enfant et la Libération s'était selon lui suivie d'un effondrement des mœurs et des valeurs.
Engagement militaire En , alors qu'ils viennent tous deux de terminer leur licence, Jacques Peyrat et Jean-Marie Le Pen décident avec un autre de leur camarade, Pierre Petit, de s'engager pour l'Indochine où la guerre fait rage. Ils signent à la caserne de Reuilly de Paris un « contrat à durée indéterminée », lequel était valable pour l'Extrême-Orient et aussi longtemps que le conflit en Indochine se poursuivraitGilles Bresson, Christian Lionet, Le Pen : biographie, Éditions du Seuil, 1994, p. 84 . Ils effectuent d'abord un passage par l'école d'officiers de réserve de Saint-Maixent dans les Deux-SèvresSerge Dumont, Joseph Lorien, Karl Criton, Le système Le Pen, Éditions EPO, 1985.. Tous deux choisissent leur affectation au 1er Bataillon étranger de parachutistes stationné au Tonkin, en Indochine. Envoyés d'abord au Bataillon étranger de parachutistes à Sétif (Algérie), ils sont brevetés parachutistes à Philippeville. Après quoi, ils partent avec un renfort de 70 hommes en Indochine, par le Pasteur, pour rejoindre leur affectation.
Puis en , Jacques Peyrat devient, avec Jean-Marie Le Pen, sous-lieutenant au étranger de parachutistes, dont la base arrière se trouvait près de Haïphong., le gros de l'unité étant lui engagé dans la bataille de Diên Biên Phu. Ils participent aux derniers combats de la Guerre en Indochine, avant la cessation des hostilités, en , après la signature des Accords de Genève. Nommés lieutenants, ils sont ensuite tous deux envoyés à Caravelle, un hebdomadaire du service de presse de l'armée destiné aux membres du corps expéditionnaire et basé à SaïgonGilles Bresson, Christian Lionet, Le Pen : biographie, Éditions du Seuil, 1994, p. 96 . Les troupes françaises se retirant sur ordre de Pierre Mendès France, ils sont tous deux démobilisés en et se quittent sur le port de Marseille.
Lors de la guerre d'Algérie, Jacques Peyrat est démobilisé mais il sera toutefois actif en s'engageant dans l'OAS en tant qu'intermédiaire entre la France et l'Italie. Il indique qu'il « servait de relais » en métropole pour conduire en Italie les personnes recherchées par le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage. S'exprimant sur son engagement militaire, il déclara : « nous nous battions (...) pour l'Indochine française. Après je me suis battu pour l'Algérie française, et maintenant je me bats pour la France française. Donc finalement (...) mon combat n'a pas changé. »
Carrière professionnelle Après l'Indochine, il est successivement agent immobilier de 1956 à 1958, inspecteur commercial puis attaché de direction au sein de la compagnie pétrolière Mobil Oil à Paris de 1958 à 1966, et promoteur immobilier dans une société qu'il a créée. Il décide par la suite de reprendre ses études de droit et obtient son certificat d'aptitude à la profession d'avocat en 1968Joseph Martinetti, « Un département bleu... Azur, entre conservatisme et localisme », Hérodote, 2004, , . Il s'inscrit en décembre de la même année au barreau de Nice et devient un avocat pénaliste connu et réputéHérodote, , La Découverte, 1996, : « Qui est Peyrat ? Peyrat est un des grands avocats du barreau niçois » . Peu à peu, il fait figure de notable à Nice ce qui le servira lors de son ascension politique. En 1977, il est choisi par Albert Spaggiari, organisateur du plus gros hold-up du en France (plus de 50 millions de francs dérobés, 29 millions en euros constants), pour être son avocat. Jacques Peyrat le connaissait depuis la guerre d'Indochine où Spaggiari avait lui aussi été parachutiste. Il est présent dans le bureau du juge d'instruction lorsque Spaggiari s'échappeÉvasion d'Albert Spaggiari, IT1 , , sur le site de l'INA.. Par ailleurs, il fait acquitter Dominique Poggi, l'un des chefs présumés du casse. Il reste avocat jusqu'en 2004. ou 2006 selon les sources, puis reprend cette activité le en tant qu'« avocat polyvalent à dominante pénale »Politiquement Indiscret : les échos de la semaine, Nice-Matin, ..
Peyrat intègre également le monde associatif : en 1961, il fonde le Cercle parachutiste de Nice qu'il anime durant vingt-cinq ans et dont il devient le président, ce qui lui vaut la médaille d'argent de la Jeunesse et des Sports.
Vie privée Jacques Peyrat est divorcé et remarié. De son premier mariage, qui a lieu peu après son retour d'Indochine, il a deux enfants (Gilles et Alain). Le , il épouse Monique Mari en secondes noces, laquelle est issue d'une vieille famille de Coaraze dans l'arrière-pays niçois et aussi l'une des grandes familles de la bourgeoisie niçoise . .. L'un de ses cousins fut Alexandre Mari, maire de Nice dans les années 1920. Très présente aux côtés de son mari, surnommée parfois « Hillary », elle crée en 1996 l'association Nice Présence qui récolte des fonds au profit des enfants et des personnes âgées en difficulté.
Parcours politique Débuts En 1947, âgé de seize ans, il adhère au Rassemblement du peuple français (RPF), tout juste créé par le général de Gaulle. Après l'Indochine, il milite d'abord au Centre national des indépendants et paysans (CNIP) dont il co-fonde en 1961 le centre départemental dans les Alpes-Maritimes., puis plus tard chez les Républicains indépendants (RI) de Valéry Giscard d'Estaing. C'est sous cette première étiquette qu'il se présente lors des élections législatives de 1962 dans la première circonscription des Alpes-Maritimes, où il échoue avec des voix face à l'avocat gaulliste Pierre Pasquini (UNR) () et au communiste Virgile Barel (), et se retire du second tour.Données du Centre de données socio-politiques de l'Institut d'études politiques de Paris .
Lors des élections municipales de 1965, le maire de Nice sortant, Jean Médecin, le place sur sa listeAlain Ruggiero (dir.), Nouvelle histoire de Nice, Privat, Toulouse, 2006 , p. 296, probablement pour saluer son engagement en Indochine ainsi que dans la Légion étrangère où lui aussi avait combattu à la fin de la Première Guerre mondiale. La liste de Jean Médecin remporte nettement l'élection avec 53,7 % des voix et la totalité des sièges, face notamment à la liste gaulliste menée par le général Louis DelfinoAlain Ruggiero (dir.), op. cit., p. 278. Jacques Peyrat fait donc son entrée au conseil municipal de Nice et en est alors l'un des plus jeunes de ses membres. Il confiera bien plus tard que Jean Médecin lui a « tout appris de la gestion territoriale et de la ville de Nice », lui a fait connaître le niçois et il l'appellera « mon maître ». En 1966, à la mort de Jean Médecin, il soutient l'élection de Jacques Médecin, le fils du précédent, à la tête de la ville.. Celui-ci ne l'intègre pourtant pas à sa liste lors des élections municipales de 1971, préférant la positionner plutôt au centre gauche.. Jacques Peyrat rejoint alors la liste de Jacques Toussaint, composée de gaullistes et de Républicains indépendants, qui échoue face à Jacques Médecin. Il perd ainsi son siège de conseiller municipal.
Front national Ascension