Elisabeth Schwarzkopf est une musicienne et soprano allemande, naturalisée britannique, née le à Jarotschin et morte le à Schruns, en Autriche. Elle est l'une des grandes sopranos du .
Elisabeth Schwarzkopf est considérée comme l'une des plus grandes chanteuses de lieder et est notamment réputée pour ses interprétations d'opérette viennoise, ainsi que des opéras de Mozart et de Richard Strauss.
Biographie Jeunesse Olga Maria Elisabeth Friederike Schwarzkopf naît le à Jarotschin, près de PosenPiotr Kamiński, « Ange ou démon », Diapason, No 5395, septembre 2006, . Son père, Friedrich, est un instituteur prussien à la mentalité rigide qui lui fait don de son intransigeance et de sa passion pour la langue allemande. Sa mère, née Elisabeth Fröhlich, la gratifie d’une oreille musicale sûre, d’une volonté de fer et de son prénom.
Dès l’âge de 10 ans, Elisabeth déchiffre parfaitement les partitions, s’accompagne elle-même au piano et chante souvent dans des concerts amateurs, ce qui lui permet de tenir le rôle-titre de l’Orphée et Eurydice de Gluck dans la production de fin d’année de son école de Magdebourg, en 1928.
Studieuse, appliquée, elle est facilement reçue à la Hochschule für Musik de Berlin en 1934 où son premier professeur, Lula Mysz-Gmeiner, décide qu’elle a une tessiture de mezzo-soprano. Sa mère proteste fermement, et obtient qu’Elisabeth soit acceptée dans la classe du professeur Egonolf comme soprano colorature. Le , elle fait ses débuts en fille-fleur de Klingsor dans Parsifal, de Richard Wagner, sous la baguette de Karl Böhm, puis comme l’une des trois dames de La Flûte enchantée de Mozart.
Période 1933-1945 Elle n'a pas encore 18 ans lorsque Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. Comme bon nombre de jeunes artistes, elle s’inscrit, dès 1935, au syndicat des étudiants nazis. En 1938, elle demande son adhésion au Parti national-socialiste, davantage semble-t-il par ambition que par idéologie, mais elle soutiendra plus tard n'avoir jamais reçu sa carte d'adhérenteLe Nouvel Observateur (avec AP) du 4 août 2006 : Elisabeth Schwarzkopf est morte en Autriche - article intégral [consulté le 13 juin 2010]. — cette initiative lui vaudra d'être surnommée « la diva nazie » par le quotidien américain The New York TimesPhilippe Olivier, « La musique classique sous le Reich et la postérité des grands interprètes nazis », k-larevue.com, 7 décembre 2022..
Richard Strauss la recommande à sa cantatrice fétiche, Maria Ivogün, qui la prend comme élève. En 1942, le chef d’orchestre Karl Böhm l’invite à Vienne, où elle touche un public de connaisseurs dans ses interprétations de lieder, accompagnée par le pianiste Michael Raucheisen, avec qui elle réalise ses premiers enregistrements.
En , elle fait entrer La Chauve-Souris de Johann Strauss II au répertoire de l'Opéra de Paris devant un public de sympathisants de l'armée d'occupation. Ce début de carrière est interrompu brutalement par un début de tuberculose qu’elle doit soigner pendant deux ans dans un sanatorium des Monts Tatras, dans le sud de la Pologne, où le Gauleiter Hans Frank lui fait une cour assidue.
Guérie, elle fait ses grands débuts, en 1944, à Vienne, en Rosine, du Barbier de Séville, en Blondine, de L’Enlèvement au Sérail, et en Zerbinetta d’Ariane à Naxos de Richard Strauss.
Après la défaite de l’Allemagne, son appartenance au parti nazi et ses liens avec Hans Frank et Joseph Goebbels, ministre de la propagande d’Hitler, lui valent de passer devant le tribunal de dénazification des artistes de Berlin. Ce tribunal l’acquitte, ainsi que bien d’autres artistes, comme son ami le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler. C’est alors que commence une carrière internationale d’une incomparable qualitéFrançois Lesueur, Hommage à Elisabeth schwarzkopf, Scènes Magazine, Genève, novembre 2006 : article intégral [consulté le 14 juin 2010]., sous la houlette d’un producteur et directeur artistique britannique, Walter Legge, qui lui fait réaliser ses premiers enregistrements et qu’elle épouse en 1953.
La carrière internationale vignette|redresse|Grand Gala Du Disque, en septembre 1961. En 1946, à Vienne, elle chante les rôles de Mimi (La Bohême) et de Violetta (La traviata) ; par la suite, c'est après avoir vu Maria Callas l'interpréter qu'elle renoncera à Violetta. À Londres, en 1947, elle est Donna Elvira (Don Giovanni de Mozart). La même année, elle est Suzanne à Salzbourg (Les Noces de Figaro). Herbert von Karajan l’engage à la Scala de Milan où elle chante Mozart (La Flûte enchantée, Cosi fan Tutte), Wagner (Tannhäuser), Gounod (Faust), Richard Strauss (Le Chevalier à la rose), Debussy (Pelléas et Mélisande).
En 1950, elle est Marcelline dans Fidelio et Marguerite de La Damnation de Faust, sous la baguette de Wilhelm Furtwängler. Pendant la période 1950-54, elle chante souvent avec le chef d'orchestre allemand : dans la célèbre Symphonie n° 9 de Beethoven pour la réouverture du festival de Bayreuth en 1951, ainsi qu'à Lucerne en 1954. Elle participe aux Don Giovanni de Wilhelm Furtwängler aux festivals de Salzbourg de 1953 et 1954. Le chef d'orchestre allemand l'accompagne aussi au piano, en 1953, dans les Lieders d'Hugo Wolf .. La personnalité musicale de Wilhelm Furtwängler semble avoir beaucoup impressionné Elisabeth Schwarzkopf car elle déclare, à la fin de sa vie, dans une interview, qu'elle le tenait pour le plus grand chef d'orchestre sous la direction de qui elle avait chanté..
En 1951, elle crée, à Venise, le rôle d’Anne Trulove dans l’opéra The Rake's Progress (La Carrière d'un libertin) d'Igor Stravinsky, sous la direction du compositeur. En 1951, pour le cinquantenaire de la mort de Verdi, elle chante le Requiem, sous la direction de Victor de Sabata. La même année, elle crée Le Triomphe d’Aphrodite de Carl Orff. En 1952, avec Karajan, ce sont les débuts de la Maréchale du Chevalier à la rose, à la Scala de Milan. En 1955, à San Francisco, elle est de nouveau la Maréchale. La même année, elle est Alice Ford dans le Falstaff de Verdi.
vignette|gauche|redresse|Elisabeth Schwarzkopf le 23 juin 1964, arrivant à l’aéroport d'Amsterdam-Schiphol. En 1957, sous la direction de Tullio Serafin, elle est Liù, (Turandot de Puccini) aux côtés de Maria Callas dans le rôle-titre, pour l'enregistrement studio de cet opéra. Elle ne fait sa première apparition au Metropolitan Opera de New York qu’en 1964, dans Le Chevalier à la Rose, car Rudolf Bing, le directeur du Met, reste longtemps opposé à la venue de certains artistes dont il conteste la « dénazification »Sir Rudolf Bing, "5000 nuits à L'Opéra" - traduit de l'américain par Henry Muller -, Paris, éditions Robert Laffont, 1972, 1975 (327 p.). À noter la différence que Sir Rudolf Bing fera entre le retour de Kirsten Flagstad, dont seul le mari collabora avec les nazis, et celui d'Elisabeth Schwarzkopf. Cela montre bien que cette dernière s'était, aux yeux de beaucoup, engagée trop loin dans l'Allemagne nazie. — Voir Schwarkopf, Elisabeth, dans : Fabian Gastellier, L'Opéra, sous la direction de Pierre Brunel, éditions Bordas, 1980.. De 1960 à 1967, elle se consacre surtout aux rôles mozartiens, Donna Elvira, la comtesse Almaviva, Fiordiligi, et à ses deux rôles fétiches des opéras de Richard Strauss : la Maréchale du Chevalier à la rose et la comtesse Madeleine de Capriccio. En 1967, elle interprète le Duo des chats de Rossini avec Victoria de los Ángeles.
Durant toute cette carrière consacrée au théâtre lyrique, elle reste fidèle aux lieder de langue allemande, de Mozart à Mahler, en passant par Schubert, Schumann, et donne de nombreux récitals. On notera en particulier tous ceux qu’elle a réalisés avec le pianiste Gerald Moore, ceux chantés avec les sopranos Irmgard Seefried ou Victoria de los Ángeles, la mezzo-soprano Christa Ludwig et le baryton Dietrich Fischer-Dieskau. Parmi ses récitals devenus légendaires : un récital Schubert en 1952 avec Edwin Fischer, un récital Wolf avec Wilhelm Furtwängler au piano en 1953, un récital Mozart en 1956 avec Walter Gieseking, les Quatre derniers Lieder de Richard Strauss avec George Szell en 1965, Des Knaben Wunderhorn de Mahler avec le même Szell en compagnie de Fischer-Dieskau en 1968...
À partir de 1971, elle ne chante plus sur les scènes lyriques. Le , son mari Walter Legge, qui vient de subir un infarctus, veut pourtant assister au récital qu’elle donne à Zurich, et meurt trois jours plus tard. Schwarzkopf quitte alors définitivement la scène. Elle consacre à son mari un livre sous forme d’autobiographie, On and Off The Record, qui, curieusement mais avec son assentiment, est traduit en français par La Voix de mon maître. Elle se consacre désormais à l’enseignement et donne, de par le monde, des classes de maître mémorables, notamment à Paris, salle Gaveau. Faite « Dame Commander of the Most Excellent Order of the British Empire (DBE) » par la reine Elizabeth II en 1992, Elisabeth Schwarzkopf décède le , à l'âge de 90 ans, dans la petite ville autrichienne de Schruns, dans le Vorarlberg, où elle vient de s’installer.
Elisabeth Schwarzkopf réalise une mise-en-scène du Chevalier à la rose au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, en , le rôle de la Maréchale étant tenu par Elisabeth Söderström.
Elle meurt le à son domicile de Schruns, en Autriche, à 90 ans. Juste après sa mort, une rumeur infondée fait surface, elle serait la tante du général américain Norman Schwarzkopf. Cette légende a été publiée dans de nombreuses nécrologiesWilliam J. Kole, « Famed Soprano Elisabeth Schwarzkopf Dies », Associated Press obituary via Forbes, 3 août 2006, et Tom Huizenga, « Soprano Schwarzkopf Dies at 90 » (link to audio), National Public Radio, 3 août 2006., alors que, fille unique, Elisabeth Schwarzkopf n'a pas pu avoir de neveu.
Bibliographie
Elisabeth Schwarzkopf, On and Off the Record. A Memoir of Walter Legge, Charles Scribner's Sons, New York, 1982, éd. 1988. Elisabeth Schwarzkopf, La Voix de mon maître : Walter Legge (traduit de l'anglais par Janine Barry-Delongchamps), Belfond, collection Voix, Paris, , 322 pages , rééditions 1990 , 1998, 2003. Sergio Segalini, Elisabeth Schwarzkopf, éditions Fayard, Paris, , 158 pages . Elisabeth Schwarzkopf et André Tubeuf, Les autres soirs, MémoiresLes autres soirs, sur le site de l'éditeur, Tallandier., Tallandier, Paris, , 370 pages . Kirsten Liese, Elisabeth Schwarzkopf. From Flower Maiden to Marschallin. Amadeus Press, New York, 2009, .
Discographie Sauf indication contraire, ces enregistrements ont été publiés par EMI.
Bach, Passion selon saint Matthieu, dir. Otto Klemperer Bach, Messe en si mineur, dir. Herbert von Karajan, avec Kathleen Ferrier Bach, Cantates BWV 51, 199 & 202 / Arias des cantates BWV 68 & 208 Beethoven, Symphonie , dir. Wilhelm Furtwängler Beethoven, Symphonie , dir. Herbert von Karajan Beethoven, Missa Solemnis, dir. Herbert von Karajan (Testament) Beethoven, Fidelio (Marzeline), dir. Wilhelm Furtwängler Berlioz, Marguerite, La Damnation de Faust, dir. Wilhem Furtwängler (1950, report Urania 2001) Brahms, Un requiem allemand (Ein deutsches Requiem), dir. Herbert von Karajan, avec Hans Hotter Brahms, Un requiem allemand, dir. Otto Klemperer, avec Dietrich Fischer-Dieskau Brahms, Deutsches Volkslieder, piano Gerald Moore, avec Dietrich Fischer-Dieskau Haendel, Le Messie, dir. Otto Klemperer Humperdinck, Hänsel et Gretel (Gretel), dir. Herbert von Karajan, avec Elisabeth Grummer Lehar, La Veuve joyeuse - Le Pays du sourire, dir. Otto Ackermann, avec Nicolai Gedda Mahler, Des Knaben Wunderhorn, dir. George Szell, avec Dietrich Fischer-Dieskau Mahler, Symphonie , dir. Otto Klemperer Mahler, Symphonie , dir. Otto Klemperer Mahler, Symphonie , dir. Bruno Walter (Coda) Mozart, Don Giovanni (Donna Elvira), dir. Wilhelm Furtwängler Mozart, Don Giovanni (Donna Elvira), dir. Carlo Maria Giulini Mozart, Cosi fan tutte (Fiordiligi), dir. Karl Böhm Mozart, Cosi fan tutte (Fiordiligi), dir. Herbert von Karajan