Eric Hobsbawm, né le à Alexandrie et mort le à Londres "Eric Hobsbawm dies, aged 95", The Guardian du ., est un historien britannique.
Membre à partir de 1936 du Parti communiste de Grande-Bretagne, il contribue jusqu'en 1991 à la revue Marxism Today. Il a beaucoup travaillé sur la question des nations et des nationalismes en Europe aux s ainsi que sur l'invention des traditions par les nations.
Hobsbawm a introduit la notion de « long »Eric Hobsbawm, L'Ère des révolutions : 1789-1848, Fayard, 1970.L'Ère du capital : 1848-1875, Fayard, 1978.L'Ère des empires : 1875-1914, Fayard, 1989. pour qualifier la période allant de 1789 (Révolution française) à 1914 (veille de la Première Guerre mondiale), période marquée par des conflits issus de la Révolution.
Biographie Jeunesse et formation Né à Alexandrie de parents juifs, Eric Hobsbawm grandit à Vienne (1920) puis à Berlin (1931-1933) où sa famille vit les premières persécutions antisémites.
Il emménage à Londres en 1933 et étudie à la ainsi qu'au King's College de Cambridge, où il fait partie des Cambridge Apostles et où il obtient un Ph.D. d'histoire.
Engagement politique Hobsbawm rejoint le Sozialistischer Schülerbund (Association des élèves socialistes), une émanation de la Ligue des jeunes communistes d'Allemagne, à Berlin en 1931.. Il adhère au Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) en 1936. Il est membre du groupe des historiens du parti de 1946 à 1956.
L'invasion soviétique de la Hongrie en 1956 marque la fin de ce groupe et conduit la plupart de ses membres à quitter le CPGBFrédérique Matonti, « Francs-tireurs ou partisans : les historiens communistes français et britanniques », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2006/5 (n° 53-4bis), pages 80 à 87.. Hobsbawm est le seul à rester membre du parti, allant jusqu'à justifier à l'époque, , l'intervention soviétiqueDans le Daily Worker le 9 novembre 1956, il écrit :.
Revenant en 2007 sur cette période, il explique qu'il ne se faisait pas d'illusions sur le régime soviétique mais qu'il se sentait lié comme par un cordon ombilical à l'espoir d'une révolution mondiale in John Crace, « Living History », BBK magazine, numéro 22, été 2007..
Il continue d'entretenir des liens avec d'anciens collègues tels que Edward Palmer Thompson et John Saville, qui ont quitté le parti à la fin des années 1950 et sont devenus en Grande-Bretagne des figures de proue de la Nouvelle gauche. Il contribue à l'occasion aux publications de la Nouvelle gauche mais fournit également des rapports de renseignement sur les dissidents au CPGB.
À partir des années 1960, sa conception politique prend une tournure plus modérée ; il en vient à reconnaître que ses espoirs ont peu de chances de se réaliser et ne préconise plus les « systèmes socialistes de type soviétique »..
Il est l'un des dirigeants de la faction eurocommuniste du Parti communiste de Grande-Bretagne qui commence à se renforcer après 1968, lorsque le CPGB critique l'écrasement du Printemps de Prague par l'armée soviétique. et l'échec du Parti communiste français à soutenir le mouvement de Mai 68..
Dans le cadre de cette action, il développe des liens étroits avec le Parti communiste italien (PCI), dont il se déclare « membre spirituel ». Ses contacts avec des universitaires et des intellectuels italiens de gauche remontent au début des années 1950, ce qui l'a conduit à découvrir les travaux d'Antonio Gramsci.
Il voit favorablement la stratégie de compromis historique du secrétaire général du PCI Enrico Berlinguer dans les années 1970, qui cherche un rapprochement avec l'Église catholique et les démocrates-chrétiens. Il s'agit d'accepter la position de l'Italie, en tant que membre de l'OTAN, afin de construire des alliances plus larges et convaincre des pans plus larges de la société de sa légitimité en tant que force gouvernementale potentielle..
Dans les années 1980, il collabore à la revue Marxism Today. Il soutient les projets de modernisation du Parti travailliste britannique par Neil Kinnock à partir de 1983 (le parti n'a obtenu que 28 % des voix aux élections de cette année-là, soit seulement 2 % de plus que le Parti social-démocrate/Alliance libérale) ; bien que n'étant pas proche du dirigeant travailliste, il devient le . Ses interventions dans la refonte du Parti travailliste par Kinnock ont contribué à préparer le terrain pour la Troisième Voie, le New Labour et Tony Blair.
Enseignement Hobsbawm enseigne l'histoire au Birkbeck College de l'université de Londres à partir de 1947 en tant que maître de conférences.
En 1970, il obtient le poste de professeur et entre en 1976 à la British Academy.
Dernières années Il est fait membre de l'ordre des compagnons d'honneur (CH) en 1998..
Il publie en 2002 son autobiographie, Interesting Times (en français Franc-tireur, Autobiographie), où il fait le point sur son engagement communiste, notamment au sein du CPGB. Jusqu’à sa mort, il a présidé la Socialist History Society et il est resté fermement ancré à gauche..
En 2003, il reçoit le prix Balzan pour l'histoire européenne depuis 1900, notamment
Décès Hobsbawm meurt le au Royal Free Hospital de Londres à Hampstead après une longue maladie.
Il est enterré au cimetière de Highgate.
Recherches et travaux La double révolution Eric Hobsbawm aura traité de sujets divers et variés au cours de sa carrière d'historien. En tant qu'historien marxiste, il mena une analyse précise de la « révolution duelle » (c'est-à-dire la simultanéité des révolutions politique en France et économique en Angleterre) et de leurs effets sur les tendances prédominantes qui conduisent à l'actuel capitalisme libéral.
L'essor des nationalismes Il a aussi travaillé à la fin des années 1980 sur la construction des nationalismes depuis la fin du . Il explique que les traditions censées fonder le passé commun d'un peuple sont souvent inventées ou revisitées. Paradoxalement, les nations modernes cherchent à puiser leur légitimité dans un passé lointain, parfois antique, à l'opposé de la nouveauté. Par exemple, la forte valorisation de la Gaule de Vercingétorix dans l'historiographie française du début du .
Rebelles et banditisme Eric Hobsbawm s'est intéressé aussi aux bandits sociaux, qu'il présente comme un phénomène dépendant du contexte social et historique. Il s'oppose ainsi à la croyance que les hors-la-loi apparaissent spontanément et de façon imprévisible. Il publia enfin de nombreux essais sur des sujets allant de la barbarie moderne aux problèmes des mouvements ouvriers en passant par l'éternel conflit entre anarchisme et communisme.
Crise générale L'expression de crise générale a été formulée initialement par Eric Hobsbawm, dans une série d'articles publiés en 1954 dans la revue Past & Present Eric Hobsbawm, « The General Crisis of the European Economy in the 17th Century: I », Past & Present, no. 5 (May 1954), p. 33-53 ; and « The Crisis of the 17th Century: II », Past & Present no. 6 (November 1954), p44-65..
Jazz En dehors de ses contributions d'historien, il a écrit sur le jazz, d'abord dans le New Statesman sous le pseudonyme de Francis Newton – en hommage à un cornettiste ayant accompagné Billie HolidayMichel Naepels, « Jazzbandits », L'Homme, 158-159, Jazz et anthropologie, 2001. – puis dans quelques essais.
Accueil de ses travaux Soutiens Hobsbawm est décrit en 2002 par l'historien comme
Pour Niall Ferguson,
James Joll écrit en 2003 dans The New York Review of Books que Pour Ian Kershaw, la vision de Hobsbawm sur le , son livre de 1994, The Age of Extremes, consiste en une « analyse magistrale »Ian Kershaw, Hitler: 1889–1936 : Hubris. Londres, Penguin, 2001, , p. 597, note 1..
À partir de 1988, il est membre du comité d'honneur de la Société des études jaurésiennes, après avoir conclu le colloque sur « Jaurès et les intellectuels » dont les actes sont publiés aux éditions de l'Atelier en 1994.
Critiques Le soutien d'Eric Hobsbawm aux régimes communistes, y compris après les écrasements de l'insurrection de Budapest et du printemps de Prague, a suscité des critiques récurrentes..
En raison des opinions de son auteur, le livre L'Âge des extrêmes, paru en Grande-Bretagne en 1994, a failli ne jamais être traduit en France.. Comme l'explique Pierre Nora des éditions Gallimard, tous les éditeurs Toujours selon l'historien français, ce livre est apparu dans un contexte d'hostilité au communisme :
L'historien britannique Tony Judt, directeur du Erich Maria Remarque Institute de l'université de New York, propose une autre analyse : le fait que L'Âge des extrêmes soit sorti peu avant le livre de François Furet, Le Passé d'une illusion, Lors de sa parution, l'ouvrage fait l'objet de jugements négatifs de la part d'historiens issus de l'anticommunisme., comme Stéphane CourtoisStéphane Courtois, Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, pages 92-94..
Judt commence, dans une recension des mémoires de Eric Hobsbawm, par louer la culture et les qualités de styliste de ce dernier (« Hobsbawm n'en sait pas seulement plus que les autres historiens, il écrit aussi mieux ») mais critique ensuite le caractère profondément biaisé de nombre de ses écrits ainsi que sa perception de l'histoire du communisme :
Pour Judt, l'historien britannique tend à romancer le communisme dans son ensemble, faisant notamment preuve de complaisance à l'égard de l'URSS et de la RDA et, dès qu'il aborde une zone , Il conclut que le choix de Hobsbawm de rester communiste après 1956 a ;
Après avoir lu L'Âge des extrêmes, Robert Conquest conclut que Hobsbawm souffrait d'un « déni massif de la réalité » concernant l'URSS..
Publications Les Primitifs de la révolte dans l'Europe moderne, Fayard, , 1963 (éd. originale : Primitive Rebels, 1959) L'Ère des révolutions : 1789-1848, Fayard, 1970 ; éditions Complexe, 1988 (éd. originale : The Age of Revolution, 1962) Les Bandits, éditions Maspero, 1972 ; rééd. dans une version revue et augmentée par l'auteur, éditions Zones, 2008 (éd. originale : Bandits, 1968) Histoire économique et sociale de la Grande-Bretagne, 2 volumes, 1977 L'Ère du capital : 1848-1875, Fayard, 1978, rééd. 1994 ; Hachette, 1997 (éd. originale : The Age of Capital, 1975) L'Ère des empires : 1875-1914, Fayard, 1989 ; Hachette, 1997 (éd. originale : The Age of Empire, 1987) Nations et nationalismes depuis 1780 : programmes, mythe et réalité, éditions Gallimard, 1992 (éd. originale : Nations and Nationalism, 1990) L'Âge des extrêmes : le court 1914-1991, co-éd. Le Monde diplomatique/éditions Complexe, 1999 ; éd., co-éd. Le Monde diplomatique/André Versaille éditeur, 2008 ; éd., co-éd. Le Monde diplomatique/éditions Agone, 2020 (éd. originale : The Age of Extremes, 1994) Magnum dans le monde, Hazan, 1998 L'Historien engagé, éditions de l'Aube, 2000 Franc-tireur, Autobiographie, Paris, éditions Ramsay, 2005 (éd. originale : Interesting Times, 2002) Aux armes, historiens. Deux siècles d'histoire de la Révolution française, postface inédite de l'auteur, traduit de l'anglais par Julien Louvrier, Paris, La Découverte, 2007, 154 p. (éd. originale : Echoes of the Marseillaise. Two Centuries Look Back on the French Revolution, Londres, Verso, 1990) L'Empire, la démocratie, le terrorisme, co-éd. Le Monde diplomatique/André Versaille éditeur, 2009 (éd. originale : Globalisation, Democracy and Terrorism, 2007) Rébellions. La résistance des gens ordinaires : jazz, paysans et prolétairesPrésentation sur le site de l'éditeur., trad. Stéphane Ginsburgh et Hélène Hiessler, éditions Aden, Bruxelles, 2011 (éd. originale : Uncommon People: Resistance, Rebellion and Jazz, 1998) Marx et l'histoire, Paris, Fayard, 2010 Et le monde changea, Arles, Actes Sud, 2013
En collaboration Avec (dir.), L'Invention de la tradition, éditions Amsterdam, Paris, 2006 (éd. originale : The Invention of Tradition, 1983)