Antonio Lucio Vivaldi Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API. , né le à Venise et mort le à Vienne, est un violoniste et compositeur de musique baroque italienIl est souvent qualifié d'italien par simplification, mais la république de Venise était à son époque un État indépendant et l'Italie ne devait être unifiée qu'au .. Il était également prêtre de l'Église catholique.

Vivaldi a été l’un des virtuoses du violon les plus célèbres et les plus admirés de son temps (« incomparable virtuose du violon » selon un témoignage contemporain)15. ; il est également reconnu comme l’un des plus importants compositeurs de la période baroque, en tant qu'initiateur principal du concerto de soliste, genre dérivé du concerto grosso. Son influence, en Italie comme dans toute l’Europe, a été considérable, et peut se mesurer au fait que Bach a adapté et transcrit plus d’œuvres de Vivaldi que de n'importe quel autre musicien.

Son activité s’est exercée dans les domaines de la musique instrumentale, particulièrement au violon mais également dédiée à une exceptionnelle variété d'instruments, de la musique religieuse et de la musique lyrique. Elle a donné lieu à la création d’un nombre considérable de concertos, sonates, opéras, pièces religieuses : il se targuait de pouvoir composer un concerto plus vite que le copiste ne pouvait le transcrire : propos rapportés par Charles de Brosses dans sa lettre du 29 août 1739 adressée à M. de Blancey, l’une des Lettres familières écrites d’Italie en 1739 et 1740.. Prêtre catholique, sa chevelure rousse le fit surnommer il Prete rosso, « Le Prêtre roux », sobriquet peut-être plus connu à Venise que son véritable nom, ainsi que le rapporte Goldoni dans ses Mémoires37..

Sa production musicale, dont une partie a été publiée de son vivant, fut vite oubliée après sa mort, de même que son nom, comme ce fut le cas pour de nombreux compositeurs du . Elle n'a retrouvé un certain intérêt auprès des érudits qu’au , à la faveur de la redécouverte de Jean-Sébastien Bach. Sa véritable reconnaissance eut lieu pendant la première moitié du , grâce aux travaux d'érudits ou musicologues tels Arnold Schering ou Alberto Gentili, à l'implication de musiciens tels Marc Pincherle, Olga Rudge, Angelo Ephrikian, Gian Francesco Malipiero ou Alfredo Casella, et à l'enthousiasme d'amateurs éclairés comme Ezra Pound.

Aujourd’hui, certaines de ses œuvres instrumentales, notamment les quatre concertos connus sous le titre Les Quatre Saisons, comptent parmi les plus populaires du répertoire classique.

Biographie La vie de Vivaldi est mal connue car aucun biographe sérieux, avant le , ne s’est préoccupé de la retracer. On s’appuie donc sur de rares témoignages directs, ceux du président de Brosses, du dramaturge Carlo Goldoni, de l’architecte allemand Johann Friedrich von Uffenbach, qui rencontrèrent le musicien, sur les quelques écrits de sa main et sur les documents de toutes natures retrouvés dans divers fonds d’archives en Italie et à l’étranger. Pour donner deux exemples concrets, ce n’est qu’en 1938 que Rodolfo Gallo a pu déterminer avec exactitude la date de son décès, portée sur l’acte retrouvé à Vienne et, en 1962, Éric Paul celle de sa naissance par l'identification de son acte de baptême. La date de 1678 qu'on supposait auparavant n'était jusqu'alors qu'une estimation de Marc Pincherle9., basée sur les étapes connues de son parcours ecclésiastique64..

Il en résulte que de nombreuses lacunes et imprécisions entachent encore sa biographie et que se poursuivent les travaux de recherche. Certaines périodes de sa vie demeurent complètement obscures, de même que ses nombreux voyages entrepris ou supposés dans la péninsule italienne et à l'étranger. Cela est également vrai pour la connaissance de son œuvre et l'on continue encore à retrouver des ouvrages de sa composition que l'on croyait perdus ou qui demeuraient inconnus, tel l'opéra Argippo, retrouvé en 2006 à Ratisbonne..

Jeunesse

Antonio Vivaldi naît à Venise le vendredi 62.; ce même jour se produit dans la région un tremblement de terre. Il est immédiatement ondoyé, dès sa naissance, par la sage-femme et nourrice, Margarita Veronese, probablement en raison du séisme, ou parce que sa naissance s'était déroulée dans de mauvaises conditions qui pouvaient faire craindre la mort du nouveau-né21.. L'hypothèse selon laquelle il était chétif et fragile dès sa naissance est plausible car il devait plus tard toujours se plaindre d'une santé déficiente, résultant d'un « resserrement de poitrine » (strettezza di petto) que l'on imagine être une forme d'asthme44.. vignette|gauche|alt=Haut bâtiment de briques beiges, percé de 3 portes au rez de chaussée, celle du milieu étant surmontée d'une niche puis d'un occulus, les deux autres d'une haute fenêtre.|L'église San Giovanni Battista in Bragora où fut baptisé Vivaldi.Le baptême fut administré deux mois plus tard, le , à l'église paroissiale San Giovanni in Bragora dont dépendait le domicile de ses parents, à la Ca' Salomon, Campo Grande43. dans le sestiere del Castello, un des six quartiers de Venise.

Son père, Giovanni Battista Vivaldi (vers 165560.-1736), fils d'un tailleur de Brescia, était barbier, jouant du violon pour distraire les clients, puis devint violoniste professionnel ; sa mère, Camilla Calicchio, fille également d’un tailleur, était venue de la Basilicate. Ils s’étaient mariés en 1676 dans cette même église et eurent huit autres enfants, dont deux moururent en bas âge, successivement : Margherita Gabriella (1680-?), Cecilia Maria (1683-?), Bonaventura Tommaso (1685-?), Zanetta Anna (1687-1762), Francesco Gaetano (1690-1752), Iseppo Santo (1692-1696), Gerolama Michaela (1694-1696), enfin Iseppo Gaetano (1697-?)35.. Antonio, l'aîné, devait être le seul musicien parmi les enfants ; cependant, deux de ses neveux furent copistes de musique. On avait les cheveux roux de façon héréditaire dans la famille Vivaldi, et Giovanni Battista était nommé Rossi dans les registres de la Chapelle ducale ; Antonio allait hériter de ce trait physique, qui lui valut son surnom de « Prêtre roux » pour la postérité. vignette|droite|alt=vue plongeante sur la place animée de personnages et, au fond, d'un marché devant la façade de la basilique|La place Saint-Marc et la Basilique au temps de Vivaldi (tableau de Canaletto (1697-1768), collection Thyssen-Bornemisza, Madrid).

Le père avait probablement plus de goût pour la musique que pour son métier de barbier car on le vit engagé dès 1685 comme violoniste de la Basilique Saint-Marc de Venise, haut lieu de la musique religieuse en Italie où s’étaient illustrés plusieurs grands noms de la musique, notamment Adrien Willaert, Claudio Merulo, les Giovanni Gabrieli, Claudio Monteverdi, Francesco Cavalli. Sa célèbre maîtrise fut confiée la même année à Giovanni Legrenzi. Il fut, tout comme celui-ci et comme son collègue Antonio Lotti, parmi les fondateurs du Sovvegno dei musicisti di Santa Cecilia, confrérie de musiciens vénitiens61.. À son engagement à la Chapelle ducale, il ajouta à partir de 1689 ceux de violoniste au teatro San Giovanni Grisostomo et à l’Ospedale dei Mendicanti.

Antonio apprit le violon auprès de son père, et il se révéla précoce et extrêmement doué. Tôt admis à la Chapelle ducale, il reçut peut-être, aucune preuve n’ayant été retrouvée, des leçons de la part de Legrenzi lui-même40.. Ce ne put être cependant que de courte durée, et l’influence reçue minime car celui-ci mourut en 1690. Il est certain néanmoins qu'Antonio Vivaldi bénéficia pleinement de l’intense vie musicale qui animait la basilique Saint-Marc et ses institutions, où de temps à autre il prenait la place de son père.

vignette|gauche|alt=Vue d'une place avec personnages bordée de bâtiments à colonnades.|L’église San Geminiano, aujourd’hui disparue, était située sur la place Saint-Marc, à l’opposé de la basilique (tableau de 1776 de Francesco Guardi (1712-1793), Kunsthistorisches Museum, Vienne). Celui-ci le destina très tôt à l’état ecclésiastique : ce fut probablement la recherche, pour son fils, d’une belle carrière qui le guida et fut la raison principale du choix de cette orientation, plus qu’une vocation du jeune garçon pour l’état sacerdotal, auquel il n'allait se consacrer que très peu durant sa vie grâce à des dispenses de l'Église, ce qui allait lui permettre de développer toutes ses aptitudes pour la musique et la composition ; cependant il porta la soutane sa vie durant et lisait son bréviaire tous les jours.

Il commença donc, à partir de l'âge de dix ans, à suivre les cours nécessaires à l’école de la paroisse San Geminiano et, le , ayant atteint l’âge minimum requis de quinze ans, il reçut la tonsure ecclésiastique des mains du patriarche de Venise, le cardinal Badoaro. Il n’abandonna pas pour autant ses activités musicales et fut d’ailleurs nommé, en 1696, musicien surnuméraire à la Chapelle ducale, et reçu membre de l’Arte dei sonadori, guilde de musiciens24.. Il reçut les ordres mineurs à la paroisse San Giovanni in Oleo, sous-diaconat le , à l'âge de vingt-et-un ans, puis le diaconat le . Enfin, âgé de vingt-cinq ans, il fut ordonné prêtre le 67.. Il a pu continuer à vivre dans sa famille, avec ses parents, jusqu'à leur décès, le père et son fils continuant d’ailleurs à travailler en étroite collaboration.

Bien que mal connu, le rôle qu’a joué Giovanni Battista Vivaldi dans la vie et le développement de la carrière de son fils Antonio semble d’une importance primordiale et prolongée, puisqu’il décéda cinq ans seulement avant lui. Il semble qu'il lui ait ouvert bien des portes, notamment dans le milieu de l’opéra81., et qu'il l’ait accompagné dans de nombreux voyages.

Maître de violon au Pio Ospedale della Pietà À la même époque, le jeune homme avait été choisi comme maître de violon par les autorités du (hospice, orphelinat et conservatoire de musique de haut niveau) et engagé à cet effet en 68., aux appointements annuels de 45.. En italien, le mot Pietà ne signifie pas Piété mais Pitié.

vignette|alt=Dessin d'un canal avec des barques et des rameurs devant un bâtiment massif percé de petites fenêtres. |Le Pio Ospedale della Pietà (gravure de A. Portio et A. Dalla Via, musée Correr, Venise).

Fondée en 1346, cette institution religieuse était le plus prestigieux des quatre hospices financés par la Sérénissime République38. et destinés à recueillir les jeunes enfants abandonnés, orphelins, naturels, ou de famille indigente — les autres établissements avaient pour nom : , , . Les garçons y séjournaient jusqu'à l’adolescence, puis partaient en apprentissage, mais la Pietà n'abritait que des filles. Cloîtrées presque comme des religieuses, certaines d'entre elles recevaient une éducation musicale poussée, ce qui en faisait des chanteuses et des musiciennes de valeur : quelques-unes pouvaient chanter les parties de ténor et de basse des chœurs et jouer de tous les instruments. Une hiérarchie distinguait les jeunes filles, selon leur talent : à la base se trouvaient les ; plus expérimentées étaient les qui pouvaient prétendre à être demandées en mariage et pouvaient se produire à l’extérieur ; au sommet étaient les qui pouvaient instruire leurs compagnes19.. Des concerts publics et payants étaient organisés et très courus des mélomanes et des amateurs d’aventures galantes. Chaque avait un maître de chœur, , responsable de l’enseignement de la musique (le terme s’applique à la musique vocale, mais aussi instrumentale), un organiste, un professeur d’instruments, , et d’autres professeurs spécialisés43.. Dans sa lettre du adressée à M. de Blancey, Charles de Brosses écrivit. :