La deuxième guerre punique est le deuxième des trois conflits connus sous le nom de guerres puniques, qui opposent Rome à Carthage. Plus précisément, ce conflit se déroule au , de 218 à 203 en Europe, puis de 203 à 201 en Afrique.

Cette guerre commence à l'initiative des Carthaginois, qui veulent prendre leur revanche à la suite de leur défaite lors de la première guerre punique. Cette guerre est assez connue par les moyens employés pour l'époque et pour ses conséquences : son coût humain (taille des populations concernées) et économique, l'impact décisif sur le contexte historique, politique et social, dans l'ensemble du monde méditerranéen et pour de nombreux siècles, sont considérables.

Contrairement à la première guerre punique, qui est menée et gagnée principalement sur mer, la seconde est une succession ininterrompue de batailles terrestres avec des mouvements de masses énormes d'infanterie, de cavalerie et d'éléphants. Les moyens maritimes sont presque exclusivement utilisés pour aider les armées dans leurs déplacements, ou encore pour les voyages des diplomates d'un royaume méditerranéen à l'autre. Bien que la conduite de la guerre ait généralement été perçue en suivant le chemin d'Hannibal de l'Ibérie à l'Italie du Sud, la Méditerranée est, en fait, directement et indirectement, impliquée dans le conflit entre Rome et Carthage. Le pourtour du bassin méditerranéen occidental est un énorme champ de bataille : l'Ibérie, la Gaule, la Gaule cisalpine, l'Italie, l'Afrique sont concernées ; les enjeux diplomatiques impliquent les ambassadeurs des deux rivaux en Numidie, en Grèce, en Macédoine, en Syrie, dans les royaumes de l'Anatolie, et en Égypte.

Les grandes figures de cet affrontement sont célèbres. Du côté carthaginois, le général Hannibal Barca passa avec ses éléphants les Pyrénées, le Rhône et les Alpes, et remporte une série de victoires sur les légions romaines. Du côté romain, les Scipion mènent des contre-attaques décisives en Ibérie, puis en Afrique. Hannibal est finalement battu par Scipion l'Africain à la bataille de Zama.

Contexte géopolitique

Carthage

vignette|Zone d'influence de Carthage et de Rome au début de la deuxième guerre punique.

À la fin de la première guerre punique, Carthage est dans une situation financière désastreuse. Des sommes énormes (près de d'Eubée sur 10 ansPolybe, Histoires : livre I, paragraphe 63, 1-3.) doivent être versées à titre de compensation à RomePolybe, Histoires : livre I, paragraphe 62, 9.. De plus, les riches territoires de Sicile sont perdus pour Carthage et passent sous le contrôle de Rome ; il est interdit à Carthage de porter la guerre contre Hiéron II de SyracusePolybe, Histoires : livre I, paragraphe 62, 8.. Carthage est par conséquent incapable de payer les mercenaires libyens et numides qui ont été utilisés durant la guerre. Ces mercenaires se révoltent et il faut trois ans d'efforts et de durs combats pour que Carthage écrase la séditionPolybe, Histoires : livre I, paragraphes 65-88.. Rome profite de cette révolte pour occuper la Sardaigne et la CorsePolybe, Histoires : livre I, paragraphe 79, 1-7.Polybe, Histoires : livre I, paragraphe 79, 8-11. en 238 et 237. Carthage est également obligée de payer une indemnité complémentaire de , afin d'éviter une reprise de la guerre, car Carthage n'a alors plus les moyens de faire une nouvelle guerre contre RomePolybe, Histoires : livre III, paragraphe 10, 1-4.Polybe, Histoires : livre I, paragraphe 79, 12.. Cette action est considérée comme une blessure humiliante par les Carthaginois, qui subissent ainsi une défaite sans combattre.

Par ailleurs à la fin de cette guerre, Carthage a perdu une partie des territoires où elle effectuait un recrutement important. La Sicile et la Grande-Grèce sont désormais des territoires romains. Le recrutement des armées carthaginoises s'effectue alors principalement sur le territoire africain : à l'autel des frères Philènes, dans la Grande Syrte, sur la côte maure ou ibère, aux îles Baléares, à Melita (nom antique de l'actuelle île de Malte), à Pantelleria (île au centre du canal de Sicile, entre cette dernière et la Tunisie), chez les Libyens, à Hadrumète ou à Utique. Ces nouvelles unités permettent aux armées carthaginoises de pouvoir diversifier leurs tactiques de combat. Les Celtibères manient ainsi la falcata, les Baléares leur célèbre fronde et les Ligures le javelot.

À partir de 237, les Carthaginois s'étendent rapidement dans le Sud de l'Ibérie sous la conduite d'un membre de la famille des Barcides : Hamilcar Barca, puis son gendre Hasdrubal. Avec le bassin fertile du Guadalquivir, les mines de plomb argentifère de la sierra Morena et de la puissante colonie de Qart Hadasht, ainsi que la soumission des indigènes, cette région devient un grenier de blé, une riche région d'extraction de métaux précieux et une aire de recrutement de soldats appréciés.

Carthage récupère aussi sa puissance économique, grâce à son agriculture et son arboriculture dans les territoires africains, et à la vitalité de son commerce, notamment sous l'effet de la conquête de l'Ibérie barcide. Politiquement, les factions sont toujours présentes à Carthage avec une lutte entre l'aristocratie (dont la richesse est issue des grandes propriétés foncières, basées sur des cultures spécialisées) et une nouvelle « classe moyenne » (dont la richesse est issue du commerce et de l'artisanat). De fortes luttes d'influence ont lieu pour prendre des décisions importantes, car cette nouvelle « classe moyenne » est plutôt favorable à une extension du territoire carthaginois sur les côtes de l'Europe.

Rome

vignette|Carte géopolitique du bassin méditerranéen à la veille de la deuxième guerre punique.

Polybe raconte comment en cinquante-trois années Rome est devenue la maîtresse de la MéditerranéePolybe, Histoires : livre III, paragraphe 1, 3-10.. La victoire sur les Carthaginois est un grand pas en avant, mais ce succès nécessite des décennies de lutte. Au moment de la première guerre punique, les Romains n'ont pas encore unifié toute l'Italie : des colonies grecques conservent jalousement leur liberté, les populations de la mer Adriatique sont simplement des alliés et les Samnites résistent.

Après la première guerre punique, Rome a les mains libres en Italie, et la cité vient d'obtenir sa première province en dehors de l'Italie : la Sicile, province riche, productive et très avancée sur le plan culturel. Le Sénat alors ne débat pas sur le « comment » ou le « si » élargir la domination, mais plutôt sur le « où », car Rome dispose d'importants moyens militaires et financiers. La décision prise est d'abord d'envahir la plaine du Pô, pour barrer la route du Sud vers la Ligurie et pour empêcher définitivement toute invasion des GauloisPolybe, Histoires : livre II, paragraphe 2, 21-35.. Rome cherche également à trouver des terres pour ses vétérans en créant diverses colonies et mène une guerre contre la reine d'Illyrie Teuta, dont le royaume menace le commerce entre l'Italie et la GrècePolybe, Histoires : livre II, paragraphe 2-12.. Cette dernière guerre (la première guerre d'Illyrie) permet à Rome de s'introduire dans les affaires grecques, macédoniennes et étoliennes, ces royaumes subissant eux aussi les attaques des pirates illyriens. Rome profite aussi des difficultés de Carthage lors de la guerre des Mercenaires pour occuper la Corse et la Sardaigne, alors encore soumises à la domination punique.

Renaissance de Carthage vignette|gauche|Ruine de l'antique cité phénicienne de Carthage (colline de Byrsa). vignette|gauche|Conquête carthaginoise de l'Ibérie entre 237 et 218, puis la conquête romaine entre 218 et 206.

Après avoir vaincu les mercenaires révoltés, Carthage cherche à étendre son territoire. Le gouvernement de la ville est divisé en deux factions : la première est dirigée par l'aristocratie foncière, regroupée autour de la famille Hannon principalement ; l'autre faction regroupe plutôt les familles commerçantes, comme la famille d'Hamilcar Barca, appelée plus généralement la famille Barcide.

Hannon préconise un accord avec Rome et l'élargissement de la puissance carthaginoise à l'intérieur de l'Afrique. Hamilcar, quant à lui, pense plus à l'Ibérie, car depuis des siècles, Carthage maintient d'importants comptoirs commerciaux dans cette région, qui devient ainsi le centre principal de relance des finances carthaginoisesTite-Live, Histoire romaine :XXI, paragraphe 2, 1..

Mais Hamilcar est vaincu politiquement, bien qu'il ait tenu un rôle de premier plan lors de la répression de la révolte des mercenaires. Le Sénat carthaginois y étant opposé, il ne reçoit pas les navires de la flotte carthaginoise pour aller en Ibérie. Il prend le contrôle d'une unité de mercenaires et effectue quand même le voyage en bateau en suivant la côte de l'Afrique du Nord jusqu'au détroit de Gibraltar. Il fait ce voyage accompagné par son fils Hannibal et par Hasdrubal le Beau (également dit Hasdrubal l'Ancien, général et gendre d'Hamilcar) à la recherche de nouvelles richesses pour CarthagePolybe, Histoires : livre II, paragraphe 1, 1-8..

L'expédition d'Hamilcar prend l'apparence d'une guerre de conquête pour Carthage, à partir de la ville de Gadès (aujourd'hui Cadix), bien qu'elle débute sans l'autorisation du Sénat de CarthageAppien, Guerre hannibalique: livre VII, paragraphe 1, 2.. De 237 jusqu'en 229 (année de la mort d'Hamilcar au combat), il va rendre la navigation maritime viable tant sur le plan économique que militaire, et va même envoyer des quantités importantes de marchandises et de métal vers Carthage, qui peuvent être considérées comme un tribut des populations ibériques envers la cité de Carthage Quand Hamilcar meurt, son gendre Hasdrubal le Beau lui succède durant huit années et commence une consolidation des territoires puniques en IbériePolybe, Histoires : livre II, paragraphe 1, 9. ; il signe différents traités avec les peuples locauxTite-Live, Histoire romaine : livre XXI, paragraphe 2, 3-5. et fonde une nouvelle cité « Qart Hadasht » (c'est également le nom de Carthage en carthaginois), ce qui signifie en français « Nouvelle ville ». Cette capitale de l'empire barcide bénéficie de l'apport de nombreux minerais issus de son arrière-pays et un lieu de premier choix pour en faire un arsenal pour la flotte de guerre punique, la ville étant défendue par d'impressionnantes murailles. Les Romains la dénomment sous le nom de .

C'est ainsi que le jeune Hannibal assume le commandement suprême en Ibérie, s'étant déjà distingué dans l'armée pour son endurance physique, son courage et son habileté à la tête de la cavalerie, gagnant rapidement la sympathie des troupes. Il se révèle bientôt comme l'un des plus grands généraux de l'histoire. Selon l'historien allemand Theodor Mommsen : « personne comme lui n'a su allier sagesse et enthousiasme, prudence et force ».