Dans le jargon des forestiers, une essence forestière désigne généralement une espèce d'arbre qui présente un intérêt en sylviculture et qui a des exigences biologiques ou des emplois particuliers, mais ce terme peut parfois faire références à une sous-espèce ou variété, ou bien à plusieurs espèces.
En 2017, le Réseau international de jardins botaniques BGCIBotanic Gardens Conservation International, qui maintient une base de données et un moteur de recherche : GlobalTreeSearch en a répertorié plus de ( en ), principalement situées entre les deux tropiques et en particulier en Amazonie (Brésil/Colombie) et l'Indonésie (Bornéo, Java, Sumatra). 58 % des espèces d’arbres sont endémiques d’un seul pays et ne poussent que dans celui-ci.
Typologie des essences Les forestiers distinguent ainsi : selon la classification botanique, les feuillus, espèces généralement à feuillage caduc, qui sont des angiospermes, et les conifères (à feuillage persistant, à l'exception des mélèzes), qui sont des gymnospermes ; selon leur origine, les essences indigènes ou spontanées, par opposition aux essences introduites ou exotiques ; selon la morphologie de leur système racinaire : les essences à enracinement pivotant (qui réclament des sols profonds) de celles à enracinement superficiel ou traçant ; selon leur biologie : les essences rustiques ou non rustiques, selon leur degré de résistance aux gelées hivernales et printanières ; les essences d'ombre ou de lumière, selon leur capacité à croître sous le couvert ou non (avec des coupes dites sombres, claires ou à blanc ou dans le cas de la méthode prosilva pied à pied ou en bouquet qui favoriseront plus ou moins les essences d'ombres ou de lumièreRoussel L (1972) [http://amanda.nfrance.com/~eq53364/photologiepdf/photologie_unetechniquenouvelle.pdf Une technique nouvelle au service de la sylviculture, la photologie forestière. Masson. (PDF)]) ; les essences calcifuges ou calcicoles, acidiphiles ou neutrophiles, selon leurs exigences par rapport à la nature du sol ; les essences hygrophiles ou xérophiles, selon leur exigence en humidité ou leur adaptation à la sécheresse; selon leur durée de vie utile, les essences longévives (250 à 300 ans) ou peu longévives ; selon leur comportement en association : les essences dominantes, appelées aussi essences sociales car elles sont capables de former des peuplements importants, et les essences subordonnées, souvent rencontrées en peuplement disséminés.
Essences en France Environ 190 espèces d’arbres sont présentes dans les forêts françaises, regroupées par l’inventaire forestier en 70 essences forestières (cf. tableau ci-dessous). Parmi celles-ci, 17 essences représentent 87 % du volume de bois vivants de métropole. Ces essences principales sont :
+ Essences (67) et espèces d'arbres (191) selon les données de l'inventaire forestier français Essences (P = principale) Espèces d'arbres regroupésFeuillusChêne pédonculé (P)Chêne pédonculéChêne rouvre (P)Chêne rouvreChêne rouge d'AmériqueChêne rouge d'AmériqueChêne pubescent (P)Chêne pubescentChêne vert (P)Chêne vertChêne tauzinChêne tauzinChêne-liègeChêne-liège ou (Quercus x crenata)Hêtre (P)HêtreChâtaignier (P)ChâtaignierCharme (P)CharmeBouleau (P)Bouleau verruqueuxGrand aulneAulne blanc, Aulne de Corse ou Aulne glutineuxRobinier faux-acaciaRobinier faux-acaciaGrand érableÉrable plane ou Érable sycomoreMicocoulierMicocoulier de ProvenceFrêne (P)Frêne commun, Frêne à fleurs ou Frêne oxyphylleOrmeOrme champêtre, Orme lisse ou Orme de montagnePeuplier cultivé (P)Peuplier cultivéTilleulTilleul à grandes feuilles (= Tilleul de Hollande), Tilleul à petites feuilles ou Tilleul argentéPetit érableÉrable champêtre, Érable de Montpellier ou Érable à feuilles d'obierCerisier ou merisierCerisier ou Cerisier à grappes ou Merisier ou Cerisier tardifAutre fruitierAmandier, Alisier blanc, Alisier de Fontainebleau , Alisier de Mougeot, Cormier, Figuier de Carie, Poirier à feuilles d'amandier, Poirier commun, Prunier domestique, Poirier à feuilles en cœur, Pommier sauvage, Sorbier de Finlande, Sorbier des oiseleurs ou Sorbier de SuèdeTrembleTrembleSauleSaule à trois étamines, Saule à cinq étamines, Saule blanc, Saule cendré, Saule drapé, Saule faux daphné, Saule cassant, Saule marsault, Saule pédicellé, Saule roux, Saule des vanniers ou Saule rougePlatanePlatane à feuilles d'érable, Platane d'Occident ou Platane d'OrientNoyerNoyer commun ou Noyer noirOlivierOlivierAutre feuillu exotiqueAilante, Caroubier, Chêne écarlate, Chêne des marais, Catalpa, Érable negundo, Frêne d'Amérique, Filao, Liquidambar, Marronnier d'Inde, Mimosa, Plaqueminier, Paulownia, Pistachier vrai, Tilleul d'Amérique du Nord, Tilleul argenté ou Tilleul vertNoisetierNoisetierCharme-houblonCharme-houblonPeuplier non cultivéPeuplier blanc, Peuplier grisard ou Peuplier noirChêne cheveluChêne cheveluEucalyptusEucalyptusAulne vertAulne vertGrand cytise (aubour)Cytise des Alpes ou Cytise aubourCornouiller mâleCornouiller mâleArbousierArbousierAlisier torminalAlisier torminalTulipier de VirginieTulipier de VirginieAutre feuillu indigèneAubépine azerolier, Aubépine épineuse, Aubépine monogyne, Bourdaine, Buis, Cognassier, Oranger, Cedratier, Mandarinier, Arbre de Judée, Bruyère arborescente, Fusain d'Europe, Filaire à feuille étroite, Filaire à feuille large, Houx, Kaki, Laurier noble, Mûrier blanc, Mûrier de Chine, Mûrier noir, Olivier de Bohême, Oranger des Osages, Abricotier, Prunier de Briançon, Prune-cerise, Pistachier lentisque, Cerisier de Sainte-Lucie, Poirier neigeux (Pyrus nivalis), Prunelier, Pistachier térébinthe, Nerprun alaterne, Nerprun purgatif, Nerprun des Alpes, Sumac de Virginie, Sureau noir, Sureau rouge, Tamaris de France, Tamaris d'Afrique ou Vernis vraiRésineuxPin maritime (P)Pin maritimePin sylvestre (P)Pin sylvestrePin laricio (P)Pin laricio de Calabre (Pinus nigra subsp. laricio var. calabrica), Pin laricio de Corse ou Pin de SalzmannPin noir (P)Pin noir d'Autriche (Pinus nigra subsp. nigra var. nigra)Pin pignonPin pignonPin WeymouthPin WeymouthPin d'AlepPin d'Alep ou Pin brutia (ou) eldaricaPin à crochetsPin à crochetsPin cembroPin cembroPin mugoPin mugoSapin pectiné (P)Sapin pectinéÉpicéa commun (P)Épicéa communMélèze d'EuropeMélèze d'EuropeDouglas (P)DouglasCèdre de l'AtlasCèdre de l'AtlasCyprèsCyprès d'ItalieIfIf communAutre conifère exotiqueCyprès de l'Arizona, Cèdre de Chypre, Cyprès chauve, Cèdre de l'Hymalaya, Cryptomeria du Japon, Cyprès de Lawson, Cyprès de Lambert, Épicéa omorica, Pin de Murray, Pin de Monterey, Sapin du Colorado, Séquoia géant, Sapin de Cilicie, Séquoia toujours vert, Thuya du Canada, Thuya géant, Tsuga hétérophylle ou Tsuga du CanadaGenévrierGenévrier thurifère, Genévrier commun ou Genévrier oxycèdreSapin méditerranéenSapin de Turquie (Abies bornmuelleriana), Sapin de Céphalonie ou Sapin d'AndalousieSapin de NordmannSapin de NordmannSapin américainSapin noble ou Sapin de VancouverÉpicéa de SitkaÉpicéa de SitkaMélèze exotiqueMélèze hybride ou Mélèze du JaponCèdre du LibanCèdre du LibanPin à encensPin à encens
Composition, diversité et diversification des essences La composition ou la diversité en essences d'un peuplement forestier est la proportion de chacune des essences d'un peuplement forestier exprimée en pourcentage d'un total. Ce total peut être le couvert, la surface terrière, le nombre de tiges ou le volume.
En France, l'inventaire forestier national utilise le taux de couvert libre relatif (TCLR) pour catégoriser les peuplements.
Concernant la composition d'un peuplement sont qualifiés de :
peuplement conifère, un peuplement dans lequel le TCLR des conifères est supérieur à 75 % ; peuplement feuillu, un peuplement dans lequel le TCLR des feuillus est supérieur à 75 % ; peuplement mixte, un peuplement dans lequel ni le TCLR des conifères, ni le TCLR des feuillus, n’est supérieur à 75 %.
Concernant la diversité d'un peuplement sont qualifiés de :
peuplement pur de telle essence, un peuplement où une essence à elle seule à un TCLR supérieur à 75 % ; par exemple type « Peuplement pur de châtaignier » ; peuplement mélangé de telle et telle essence, un peuplement à au moins deux essences dont aucune n'a un TCLR supérieur à 75 % (non pur) et dont le TCLR de chacune est supérieur à 15 % ; les essences présentes sont classées par ordre décroissant de TCLR ce qui permet de nommer des types élémentaires : par exemple, « Mélange de Hêtre et Pin sylvestre », « Mélange de Pin sylvestre et de Hêtre » ou « Mélange de Pin sylvestre, de Hêtre et un autre feuillu ». Le nombre d'essences participant au mélange va de 2 à 5 et plus, est appelé « complexité du mélange ». La forêt française se répartit à 50% de peuplements purs et 50 % de peuplements mélangés. La diversité des forêts françaises étant la plus élevée d’Europe, la combinaison de plusieurs essences même limitée à cinq aboutit à plusieurs milliers de types élémentaires (de 1000 à 5000 suivant le nombre de campagnes d'inventaires). Afin d'obtenir une évaluation quantitative exploitable il est nécessaire pour l'inventaire forestier national de distinguer les combinaisons dominantes et de regrouper les combinaisons minoritaires. Ainsi la diversité des peuplements français de métropole (peuplements purs et mélangés) est traduite par l'inventaire forestier national en 117 types fondamentaux, réductibles à 32 types synthétiques et encore réductibles à 18 types agrégés.
Enjeux La diversité biologique (spécifique, génétique et écopaysagère...) des essences et leur caractère autochtone sont des éléments importants de la biodiversité et de la naturalité qui sont considérés comme des facteurs importants d'adaptation et de résilience écologique des forêts naturelles ou semi-naturelles.
Dans la perspective d'une gestion sylvicole et de l'arbre agricole dite raisonnée et durable, une meilleure connaissance de l'autécologie des essences issues de la régénération naturelle ou de la régénération artificielle peut aider le forestier et l'agrosylviculteur (ou un pépiniériste) à mieux Masson G (2005) Autécologie des essences forestières: comment installer chaque essence à sa place. Ed. Tec & Doc, dont en fonction des besoins de chaque arbre et des capacités d'enracinement de l'essence à laquelle il appartientLebourgeois F & Jabiol B (2002) Enracinements comparés des chênes (sessile et pédonculé) et du hêtre sur différents matériaux. Réflexions sur l’autécologie des essences. Rev. For. Fr, 54, 17-42., tout en limitant les risques de générer des phénomènes d'invasivité végétale par introduction d'une essence étrangère à un milieuTassin J & Balent G (2004) Le diagnostic d'invasion d'une essence forestière en milieu rural: Exemple d'Acacia mearnsii à La Réunion. Revue forestière française, 56(2), 132-142..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Liste des essences forestières européennes Liste des essences forestières tropicales xylothèque Arbre | Bois | Forêt | Plante utile | Aménagement forestier Sylviculture, agrosylviculture Biodiversité forestière
Liens externes
Bibliographie Ranger, J., Andreux, F., Bienaimé, S., Berthelin, J., Bonnaud, P., Boudot, J. P., etc. & Zeller, B. (2001) Effet des substitutions d’essence sur le fonctionnement organo-minéral de l’écosystème forestier, sur les communautés microbiennes et sur la diversité des communautés fongiques mycorhiziennes et saprophytes (cas du dispositif expérimental de Breuil-Morvan). Rapport final du contrat INRA-GIP Ecofor, 24, 1-202. Roussel L (1972) Photologie forestière. Masson.