En grammaire française, la litote est une figure de style et d'atténuation qui consiste à dire moins pour laisser entendre davantage. Elle caractérise une expression de façon à susciter chez le récepteur un sens beaucoup plus fort que la simple énonciation de l'idée exprimée.

La litote prend souvent la forme d'une double négation. Exemple : « Pour autant, je ne suis pas incapable de faire face à cette existence plus rude » = Pour autant je suis capable de faire face… (Tatiana de Rosnay Rose 2011 – page 43, traduction de l’anglais).

Contrairement à l'euphémisme, avec lequel elle est souvent confondue et qui connote négativement ou renvoie à un référent désagréable sans utiliser le terme adéquat, la litote renforce l'information. Elle

L'effet de la litote est principalement produit soit par un vocabulaire « neutralisé », soit par la négation d’un contraire ou autre tournure de contournement. Enfin, pour résumer, par une expression indirecte de la pensée.

Le mot « litote » vient du grec qui signifie « apparence simple, sans apprêts » et qui avait le sens rhétorique d’une figure par laquelle on laisse entendre plus qu’on ne dit.

Principe de la litote

Exemples qui, à l'instar de la litote, emploient des formules décalées, tout en présentant des sens différents :

On reproche aux équipes de football françaises de ne pas jouer pour gagner.

sens immédiat = les équipes ne savent pas ce que gagner signifie réellement. litote = un connaisseur de la discipline comprendra, que lorsque l'on pratique ce sport, l'essentiel n'est pas uniquement d'y participer, mais de mettre tout en œuvre pour y parvenir, de la réflexion à la technique.

C’est loin d’être tout faux !

sens immédiat = ce n’est pas tout à fait exact mais il y a là tout de même des choses justes à considérer. litote = c’est absolument exact !

Il n’est pas complètement stupide.

sens immédiat = il n'est pas une lumière mais il faut reconnaître qu’il trouve à dire des choses intéressantes malgré tout. litote = il est très intelligent !

Les adverbes « tout » et « complètement » apportent, à l'écrit, une nuance et simulent un contexte oral où le ton du locuteur décidera du sens à donner (ton enthousiaste ou conciliant, par exemple). La différence sera faite selon l’impression donnée par l’émetteur. Familièrement, la forme la plus fréquente tourne autour de la négation d’une affirmation contraire et les exemples ci-dessus démontrent bien qu’il y aura soit une litote, soit une concession ou une modération du propos.

Ainsi, on ne peut définir simplement la litote comme une atténuation, laquelle demeure la caractéristique de l'euphémisme. La litote va bien au-delà.

Distinction avec l'antiphrase

L’antiphrase est une figure qui feint de nier la réalité d’une chose qui ne peut l’être raisonnablement, pour mieux en accentuer le caractère d’exception. Elle se base sur la réaction prévue de l’interlocuteur qui, n’ignorant pas la situation, ne pourra en accepter la négation et rétablira aussitôt l’affirmation sous-entendue.

« Comme ce lieu reflète l’ordre et la propreté »,

pour désigner une pétaudière insalubre.

« Nous voilà dans de beaux draps ! »

Pour signifier que la situation est devenue embarrassante (être dans de sales draps). Cette expression fait partie de la multitude d’antiphrases du langage courant. On remarquera d'ailleurs que cette expression est si usitée telle quelle qu'il serait difficile de la placer dans son sens positif. Il n’y a pas, comme dans la litote, un élargissement de sens à interpréter mais sa normalisation obligée. Sa spécificité touche essentiellement au domaine de la plaisanterie, de l’ironie ou de la désillusion.

La litote par la déprécation La litote par la déprécationselon la définition de Henri Morier :

Mais il me reste un fils. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu'où va votre amour (Racine; Andromaque)

Andromaque montre son refus de s'allier à son vainqueur, sa ferveur pour son seul fils, et anticipe même le succès amoureux d'Hermione pour mieux obtenir d'elle une aide pour désintéresser Pyrrhus.

Distinction avec l'atténuation

Exemple extrait d’une pièce de Racine, Bérénice

(qui aime Bérénice en secret et doit se résigner à l’éloignement)

...Je pars, plus amoureux que je ne fus jamais.

Seigneur, je n'ai pas cru que dans une journée Qui doit avec César unir ma destinée, Il fût quelque mortel qui pût impunément Se venir à mes yeux déclarer mon amant. Mais de mon amitié mon silence est mon gage : J'oublie en sa faveur un discours qui m'outrage.

Le «ne pas croire » de Bérénice n’équivaut pas ici à une litote, mais plutôt à une antiphrase, car à l'esprit d'Antiochus qui a eu une parole de trop, son incrédulité est feinte. Mais elle atténue aussi l’expression de surprise scandalisée qu’elle aurait été en droit de tenir, pour ne pas accabler davantage le pauvre amoureux sans espoir.

Le « J’oublie » est plus délicat à interpréter. On peut considérer d’abord cette expression comme un adoucissement (ou euphémisme) si on pense qu’Antiochus aurait pu être sévèrement réprimandé de son aveu inopportun. Ainsi peut-on traduire la réaction de la reine : « mais non, il ne s’est rien passé ! » (cf. : l’expression familière : « Bon, je n’ai rien entendu ! »)

Le sens équivalent à « je pardonne » peut aussi très bien s’imposer et nous sommes alors proches de la litote, c'est-à-dire : penser qu’après sa bévue, Antiochus comprend que la reine est sans agressivité et plutôt compatissante, et qu’il peut dès lors partir le cœur plus serein, se sachant pardonné par celle qu’il aime et épargné de tout ressentiment. Cela dépendra sans aucun doute de l'interprétation théâtrale voulue.

La litote par la métalepse

Deux expressions ressemblantes mais à sens différents :

Hugo, (Les Contemplations).

Le dernier vers du poème ne laisse aucune option de compréhension et il y a bien la litote: « j'ai bien assez vécu » qui veut dire : « je suis las de vivre et je puis mourir ».

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine ! Un vaisseau la portait aux bords de Camarine… Chénier (Élégies)

Le premier vers est parfois donné sans appel comme une atténuation pour édulcorer l'idée : elle est morte. Pourtant la litote n'est pas loin : avoir vécu est aussi avoir connu la vie. La prosodie du vers fait naître tout de suite un autre sentiment, que le corps du poème confirme : il se dessine au fil des vers la nostalgie d'un appétit de vivre, d'un destin plein de promesses tragiquement interrompu.

[…] étonnée et loin des matelots, Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots. Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée, Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée,...

Elle est morte mais elle avait tout pour vouloir vivre encore…

Litotes classiques

La litote suivante est sans ambiguïté :

La Fontaine (Le Faucon et le Chapon)

La négation indique avec force que le chien était loin d’être « bête » et qu’il s’est comporté en chien prudent et finaud.

Autre exemple de litote cité par Fontanier

Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, Tendre au fer de Calchas une tête innocente, Et respectant le coup par vous-même ordonné, Vous rendre tout le sang que vous m' avez donné. Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense, Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis, J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie, Racine (Iphigénie, Acte IV, scène IV)« Ne pas souhaiter perdre la vie ! » traduit bien la répulsion que la jeune, belle et comblée Iphigénie oppose au dessein de son père obnubilé par son expédition contre Troie et prêt à sacrifier jusqu’à sa fille.

Exemples de litotes passées en expressions courantes

Comme pour toutes les expressions devenues triviales, l’impact s’est affaibli :Vous n’êtes pas sans savoir vous savez évidemment, vous ne pouvez pas nier que.Voilà une chose qui n’est pas sans rappeler… c’est exactement la même chose qui se répète

Cas d’une litote dépendant de la personnalité de l’émetteur

« J’aimerais pouvoir dire qu’ils sont moins bons. »

On pourrait en conclure absolument: « je constate qu’ils sont trop forts ». Avec le contexte, le sens est contrasté. Texte original : (extrait d’un site infos)

Nous avons récupéré le comparant : « moins bons que moi ». Torvalds fait mine d’être jaloux mais pour mieux se montrer satisfait de ses collaborateurs et potentiels successeurs. Les élèves vont sans doute dépasser l’œuvre du maître, lequel fait dans le même temps un clin d’œil : il se pourrait même, tant ils sont bons, que l’on finisse par m’oublier.

Autres cas de litotes

La litote par allusion ou sous-entendu

La litote pourrait bien apparaître parfois comme ce que les anglophones nomment l’« understatement » Elle joue sur le décalage du point de vue et l’humour est une de ses composantes. La langue française assimile très bien ce procédé que l’on retrouve fréquemment dans les feuilletons américains.

Le docteur Mc Coy (Star Trek) fait une succession de compliments très flatteurs à une collaboratrice qui lui répond avec humour: « Vous n’avez rien d’autre à ajouter ? » La dame n’attend pas vraiment une suite mais signifie par là que les compliments l’ont beaucoup touchée, tout en les trouvant excessifs à son égard.

La litote par la syllepse

Dans Pretty Woman, Édouard qui vient de quitter Vivian après une belle soirée passée ensemble mais sans avoir encore décidé franchement comment se terminerait leur relation, remet l’écrin du collier de diamants au directeur de l’hôtel pour qu’il le remette à la bijouterie qui l’avait prêté. Le directeur réceptionne le bijou et lui dit : « Il est difficile de se séparer d’une chose si belle ! » Edouard n’est pas directement concerné par le collier mais le jeu de mots sur la « chose si belle » lui rappelle brusquement la belle porteuse et une liaison à laquelle il est finement invité à donner une suite ou une fin.

La litote et le charientisme

Ce mot « charientisme » a pratiquement disparu du vocabulaire. Il désigne une ironie gentille en opposition à l'ironie sarcastique et que la litote soutient très bien:

Molière, (Le Bourgeois gentilhomme, A 4, sc 1)

La litote comme ressort dramatique (théâtre)

La litote est une figure scéniquement très employée pour promouvoir des sentiments dont l’expression directe serait par trop conventionnelle.Exemple pris dans l’opéra Turandot (Puccini)« Signore, ascolta » est un air célèbre chanté par Liù, servante tombée amoureuse de son maître Calaf lorsqu’un jour celui-ci lui a souri. Elle veut le dissuader de vouloir conquérir le cœur de Turandot. Son chant douloureux se termine ainsi : et si vous mourriez [dans l’épreuve mortelle imposée par Turandot], le père perdrait un fils et, moi, le reflet d'un sourire.

Ei perdera suo figlio… Io l'ombra d'un sorriso!

La cause est proclamée pour l’effet. C’est une métalepse par métonymie. Contrairement au spectateur, Calaf pris par une passion folle ne devine pas à ces mots l’amour secret et ardent de Liù, qui ne lui sera révélé que lorsqu'elle se sera sacrifiée pour lui.

Quiproquo d'une scène de comédie

On ne peut ignorer la scène 6 de l’acte II des Plaideurs de Racine qui est un modèle de litote à répétition.