Le château de Compiègne est une ancienne résidence royale et impériale située à Compiègne dans l'Oise (Hauts-de-France, France), à 70 kilomètres au nord-est de Paris.
Avec Versailles, Fontainebleau et les Tuileries, il fut une résidence et un lieu de pouvoir majeur lors du Second Empire, particulièrement avec les célèbres Séries de Compiègne, données par l’Empereur Napoléon III et l’Impératrice Eugénie de Montijo, par ailleurs dernière régente de la France.
Il fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le . Le palais fait partie du Domaine national du château de Compiègne institué par le décret n°2022-906 du . Les parties intérieures ont été classées au titre des Monuments historiques intégralement et de plein droit par ce décret.
Histoire Le palais mérovingien Quatre palais se sont succédé à Compiègne. Le plus ancien remonte au début de la dynastie mérovingienne et datait vraisemblablement du règne de Clovis Plusieurs chartes des évoquent un compendium palatium qui implique un caractère de palais plus que de simple villa, parmi toutes celles que possédaient les Mérovingiens.. Il est probablement construit en bois et son emplacement est malaisé à déterminer.
De nombreux actes officiels sont datés de Compiègne, ce qui semble indiquer que les Mérovingiens y passaient du temps. C'est dans ce « palais royal »Grégoire de Tours emploie la formule palatium regale. de Compiègne que meurt Clotaire en 561, au retour d'une chasse à Saint-Jean-aux-Bois.
C'est à Compiègne que Clotaire II fait la paix avec son neveu Thibert II (ou Théodebert) en 604. Dagobert y réunit en 633 le parlement qui décide de la fondation de la basilique Saint-Denis et c'est au palais qu'est conservé son trésor, partagé en 639 entre ses successeurs.
Sous les Carolingiens, Compiègne est fréquemment le lieu de réunion des « assemblées générales » d'évêques et de seigneurs et, à partir du règne de Pépin le Bref, devient un lieu important sur le plan diplomatique : c'est là qu'en 757 Pépin accueille, au milieu d'une grande assemblée, une ambassade de l'empereur de Constantinople Constantin V et qu'il reçoit l'hommage du duc de Bavière, Tassilon III. C'est là aussi que Louis le Pieux réunit plusieurs assemblées dont deux, en 830 et 833, tentent de le pousser à l'abdication.
Le palais de Charles II le Chauve Charles II le Chauve établit progressivement à Compiègne le siège de son autorité royale puis impériale. En 875, il y reçoit une ambassade de l'émir de Cordoue, Muhammad , qui apporte de riches présents convoyés à dos de chameaux. Sacré empereur à Rome à la Noël 875, Charles II fonde en 877 l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne qu'il établit à l'emplacement de l'ancien palais mérovingien, tandis que lui-même se fait construire un nouveau palais situé vers l'Oise, auquel l'abbaye sert de chapelle impériale, sur le modèle du palais que son grand-père Charlemagne avait créé à Aix-la-Chapelle.
Le fils de Charles II le Chauve, Louis II le Bègue, est intronisé et sacré à Compiègne en 877, dans la chapelle palatine, où il est enterré deux ans plus tard, en 879. C'est là qu'est sacré Eudes, duc de France, fils de Robert le Fort, proclamé roi en 888 par l'assemblée des grands de préférence à Charles III le Simple, trop jeune. Devenu roi à son tour, ce dernier séjourne fréquemment à Compiègne qui reste la principale résidence des souverains de la deuxième dynastie. C'est là que meurt le dernier des Carolingiens, Louis V le Fainéant, en 987.
Les Capétiens continuent à fréquenter Compiègne, mais le palais perd progressivement son rôle politique. Le développement de la ville de Compiègne les conduit à aliéner peu à peu l'ancien domaine royal au profit de la populationCe processus commence sous Louis VII, qui accorde une charte communale à Compiègne en 1153.. Philippe II Auguste renforce les murailles de la ville et fortifie le vieux palais carolingien en érigeant un donjon pour mieux contrôler l'Oise.
Le processus d'aliénation du domaine royal s'achève sous Louis IX ; seules la grande salle et la tour de l'ancien palais sont conservées comme siège et symbole de l'administration militaire et féodale, mais les grandes assemblées doivent désormais se tenir à l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne. Le roi ne conserve à Compiègne qu'une modeste résidence en lisière de la forêt, au lieu-dit RoyallieuAujourd'hui nom d'un quartier de Compiègne..
Le château médiéval vignette|Plan du château en 1698. vignette|Le château au .
En 1238, à l'occasion du mariage à Compiègne de avec Mathilde de Brabant, saint Louis a organisé un tournoi auquel ont participé trois cent trente-huit princes et chevaliersVictor Martel, Le tournoi de Compiègne de 1238 : reconstitué à l'occasion des fêtes de Jeanne d'Arc les 28 mai et 5 juin 1911, Compiègne, 1911..
En 1358, alors qu'il n'est encore que régent du royaume, a réuni à Compiègne, dans l'ancien palais carolingien, les états généraux et éprouve le manque de sécurité du logis de Royallieu, en lisière de forêt. Il décide alors de bâtir un nouveau château, à l'origine du palais actuel, sur un terrain qu'il rachète en 1374 aux religieux de Saint-Corneille, à qui l'a vendu. Il faut faire abattre les maisons qui s'y trouvent et les travaux ne sont pas terminés lorsque meurt en 1380.
C'est ce château qui, agrandi au fil des siècles, va donner naissance au château actuel ; il n'en subsistent que quelques vestiges noyés dans la maçonnerie du bâtiment.
C'est dans ce château que réunit les états généraux de 1382. Les Rois séjournent fréquemment à Compiègne avec une interruption au , la ville tombant aux mains des Bourguignons entre 1414 et 1429. , qui vient de se faire sacrer à Reims, y fait son entrée solennelle le et y séjourne pendant douze jours, inaugurant la tradition du séjour du Roi à Compiègne au retour du sacre, qui sera observée par presque tous les monarques jusqu'à inclus.
Il ne revient à Compiègne, accompagné du dauphin, le futur , qu'en 1441, pour trouver un château très endommagé au cours de différents sièges, qu'il fait remettre en état et agrandir en 1451, à l'occasion d'un séjour prolongé. et font plusieurs séjours à Compiègne. , qui y vient fréquemment, fait améliorer les bâtiments et se préoccupe de l'aménagement de la forêt. Son fils, , qui y séjourne pour des durées généralement plus longues, fait décorer la Porte-Chapelle, percée dans le rempart de la ville pour donner accès à la cour de la chapelle du palais.
est à l'origine de la création d'un « jardin du Roi » d'environ six hectares (), qui constitue l'amorce du futur parc. Les troubles des guerres de Religion sont peu propices à de longs séjours royaux à Compiègne. doit renoncer à tenir à Compiègne les états généraux de 1576Ils ont lieu en définitive à Blois., mais c'est en l'église de l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne que son corps est transporté pour y être inhumé après son assassinat en 1589Le corps d' sera transféré à la basilique de Saint-Denis en 1610., Compiègne étant alors la seule ville royale à être encore « au roi ».
Le Château de Compiègne, inoccupé et mal entretenu durant les guerres de Religion, est devenu inhabitable. Lorsque vient à Compiègne, il préfère loger en ville, tandis que l'atelier des monnaies est installé dans le palais en 1594. Toutefois, à partir de 1598, les travaux de réparation commencent.
Quand vient pour la première fois à Compiègne, en 1619, il trouve le séjour si agréable qu'il y revient trois fois dans l'année. En 1624, il s'y installe d'avril à juillet et reçoit au château une ambassade du roi d'Angleterre ainsi que les délégués des Provinces-Unies. C'est au château que la reine-mère Marie de Médicis est priée par son fils de se retirer de la cour. Elle s’en enfuira le . Lors de son dernier séjour, en 1635, ordonne la réfection totale des appartements du Roi et de la Reine, réalisée sous la régence d'Anne d'Autriche.
Sous l'exiguïté du château amène à construire en ville des bâtiments pour les grandes et petite chancelleries, les écuries du Roi et de Monsieur, des hôtels pour les ministres et leurs bureaux, car Compiègne est, avec Versailles et Fontainebleau la seule demeure royale où le Roi réunisse le Conseil. Pour autant, le roi considère avant tout Compiègne comme un séjour de repos et de détente ; il aime à y chasser et fait tracer le Grand Octogone, nouvelles et construire des ponts de pierre sur les ruisseaux.
En 1666 a lieu le premier « camp de Compiègne », premier d'une série de seize grandes manœuvres militaires, dont le dernier se tiendra en 1847, destinées à la formation des troupes et de leurs chefs, à l'éducation des princes et au divertissement de la Cour et du peuple. Le plus important de ces camps est celui de 1698, le camp de Coudun, où, selon Louis de Rouvroy de Saint-Simon, « l'orgueil du Roi voulut étonner l'Europe par la montre de sa puissance [...] et l'étonna en effet ».
Après 1698 ne revient plus à Compiègne et le palais reste inoccupé pendant dix ans.
D' à , il accueille l'Électeur de Bavière Maximilien-Emmanuel, mis au ban de l'Empire et à qui son allié offre asile et protection à Compiègne..
La reconstruction du château au vignette|Les anciens bâtiments (hachurés) et le château reconstruit (lignes rouges). Louis XV arrive pour la première fois à Compiègne le . Le jeune roi a choisi de s'établir au château pendant qu'est réuni à Soissons le congrès qui discute de la paix avec l'Espagne. Prenant un grand plaisir à chasser dans la forêt, il va chaque été y passer un à deux mois.
L'incommodité du château, ensemble de bâtiments sans unité, sans plan d'ensemble, mal reliés entre eux et trop petitsLe château ne peut abriter, et encore avec difficulté, que la famille royale et son service. Les princes du Sang et les grands officiers de la Couronne doivent loger leur suite en ville dans des maisons louées. Les courtisans logent en ville dans des maisons louées au nom et aux frais du Roi ou chez des particuliers (logements dits « à la craie », les portes des maisons où des chambres à louer ayant été recensées et marquées alors à la craie). devient manifeste. Après une campagne d'aménagements intérieurs (1733), des travaux d'agrandissement sont réalisés sous la direction de Jacques Gabriel de 1736 à 1740. Le château devint rapidement la résidence préférée de Louis XV, qui envisagea un temps d'y déplacer sa résidence permanente.
Entre 1740 et 1751, plusieurs projets de reconstruction totale sont présentés. Tous sont éclipsés par celui qu'Ange-Jacques Gabriel présente en 1751. Immédiatement agréé, il est aussitôt mis à exécution. Malgré les travaux, Louis XV continue de venir souvent à Compiègne, où il aime à chasser. C'est là qu'il choisit d'organiser, le , une réception en l'honneur de l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche, venue épouser le dauphin, futur Louis XVI, et accueillie en forêt de Compiègne quelques heures auparavantPhilippe Delorme, Marie-Antoinette : épouse de Louis XVI, mère de Louis XVII, éd. Pygmalion, Paris, 1999, p. 44-46.. vignette|Projet de Robert de Cotte pour la reconstruction du château de Compiègne - Reconstitution 3D vue du jardin. Sa mort en 1774 n'interrompt pas les travaux, qui sont poursuivis à partir de 1776 sous la direction de Louis Le Dreux de La Châtre, élève d'Ange-Jacques Gabriel avant de devenir son collaborateur; il achève la reconstruction du château en respectant scrupuleusement les plans de son maître. L'ensemble – gros œuvre et décors – est achevé en 1788.
Louis XVI vient très peu à Compiègne; il y séjourne une première fois en 1774, peu après son accession au trône, et, conformément à la tradition, s'y arrête en 1775 trois jours en allant à Reims et trois jours en y revenant. Par la suite, il n'y fait que quelques brefs séjours de chasse. L'accélération des travaux, à la suite de décisions prises par le roi et la reine en 1782, rendait au demeurant le château difficilement habitable. Le couple royal ne vit pas ses appartements terminés.