Les Comités de défense paysanne, surnommés les Chemises vertes, sont une organisation agrarienne et fascisante française de l'entre-deux-guerres fondée par un fervent défenseur de la cause agricole, Henri Dorgères, en 1929. À la fois ligue et parti politique, la Défense paysanne se fait remarquer pour son activisme, et échappe à la dissolution des ligues en 1936. Les comités regroupent des cultivateurs et des éleveurs attirés par le concept du retour à la terre. Anti-parlementaire et xénophobe, le groupe s'oppose à l'État et aux fonctionnaires, dont l'instituteur rural fournit la figure honnie.

Histoire

Naissance (1929-1933) gauche|vignette|259x259px|Henri Dorgères dans Excelsior du 12 juillet 1935. Le Comité de défense paysanne contre les assurances sociales d'Ille-et-Vilaine fondé le constitue la toute première entité du groupement qui est ensuite déclinée sur toute la France à partir du . Ce premier comité de défense paysanne, fondé en Ille-et-Vilaine, est né d'une protestation contre la loi du étendant les assurances sociales aux ouvriers agricoles. Le mouvement se développe ensuite au Finistère jusqu'à solidement s'implanter en Bretagne et Normandie.

Les Comités s'inscrivent dans la continuité des créées par Edmond Jacquet et son mouvement Franc-Paysannerie ainsi que de l'Union paysanne d'Alsace (Bauernbund) de Joseph Bilger dont Dorgères s'inspire pour l'uniforme de son service d'ordre.

En 1930, Henri Dorgères noue des relations avec la Fédération nationale des contribuables.

Apogée (1934-1935) Peu de temps après la défaite de Dorgères lors de l'élection législative de Blois du contre le candidat radical-socialiste Émile Laurens, le mouvement dorgériste prend une toute nouvelle ampleur. Le mouvement se renforce dans le Nord-Ouest, essaime excentriquement en Algérie et perce dans les régions du Rhône, de la Loire et les Basses-Pyrénées avant les élections de 1936.

Ce parti épouse rapidement certaines formes du fascisme agraire de la vallée du Pô, mais, il se heurte rapidement à l'action efficace du gouvernement, qui n'hésite pas à envoyer la force armée pendant les récoltes, pour assurer l'approvisionnement des villes. Pour Robert Paxton, il s'agit de .

Les Comités de défense paysanne bénéficient du financement de quelques notables locaux, tels le comte de la Bourdonnaye, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine, le duc d'Harcourt, député conservateur du Calvados, Jacques Lemaigre Dubreuil (qui devint par la suite proche de la Cagoule) ou encore Jacques Le Roy Ladurie.

Le , les Comités rejoignent le Front paysan, avec l'Union nationale des syndicats agricoles, des associations de producteurs, et le Parti agraire et paysan français de (dit Fleurant-Agricola).

En 1935, Dorgères créé le groupement Syndicat agricole de Défense Paysanne, dont il devient le délégué à la propagande le , qui permet aux Comités d'échapper à la dissolution des ligues.

Crise (1936-1939) gauche|vignette|Henri Dorgères, secrétaire général des comités de défense paysanne dans Excelsior du 26 août 1935.À cause du rapprochement avec d'autres groupes du Front paysan, les moins conservateurs des agrariens quittent le parti derrière l'avocat Henri Noilhan et se rapprochent du Front populaire. Le , le Front paysan tombe officiellement en sommeil à la demande des majoritaires en raison de leur proximité avec le Front républicain de Henri Franklin Bouillon. L'ascension politique de Dorgères irrite au sein de la droite et provoque la jalousie des partis concurrents.vignette|308x308px|Assemblée générale des Comités de défense paysanne de Bretagne et de la région de l'Ouest à Rennes dans L'Ouest-Éclair du 4 avril 1938.Durant le Front populaire, les Comités s'épanouissent dans le Nord, le Pas-de-Calais et la « ceinture verte » de Paris au point de déplacer le centre de gravité du mouvement vers le Nord-Est. À l'apogée du mouvement, les jeunes militants sont plusieurs dizaines de milliers répartis sur 50 départements. En 1937, des comités naissent en Provence et en Lorraine tandis qu'une nouvelle campagne de propagande est engagée dans le Sud-Ouest pour raviver les groupes languedociens. Du 24 au , le premier congrès national de défense paysanne se réunit à Paris dans un effort de coordination et de développement national du mouvement. Consécutivement, Henri Dorgères organise des Congrès régionaux de la défense paysanne en 1938. Lors de l'assemblée trimestrielle du c'est 54 départements qui sont représentés. En 1939, le mouvement perce dans les Landes, les Alpes et la Somme mais la Seconde Guerre mondiale vient stopper sa progression.

Malgré tous les efforts fournis, Dorgères n'a pas une influence majoritaire car les paysans restent sous l'influence majoritaire des notables qui constituent eux-mêmes les cadres ou les soutiens de la Fédération républicaine. Le groupement reste surtout basé dans le Nord-Ouest de la France et s'implante difficilement dans d'autres parties du territoireR. O. Paxton, Le Fascisme en Action, ..

Structure vignette|Congrès régional de défense paysanne à Aubagne dans Le Petit Marseillais du 16 mai 1938 L'organisation étant très décentralisée avec , il est difficile de dresser une chronologie précise de même qu'une analyse sociologique. La décentralisation s'applique aussi en matière de propagande avec une presse très diversifiée avec des titres comme Le cri du sol et Haut les fourches !, organe des Jeunesses paysannes. Le groupement se dote néanmoins d'un Comité central qui n'a qu'une existence formelle dont Dorgères reconnaît volontiers que « les décisions étaient prises par une sorte de commission composée des présidents les plus actifs de nos organisations ». Ce sont les « délégués » et « secrétaires régionaux » qui concentrent les pouvoirs décisionnaires même lorsque le Comité central et les Assemblées trimestrielles des Présidents départementaux sont instaurés. Ce Comité central est d'ailleurs présidé en 1935 par Jean Bohuon, ancien membre des syndicats de cultivateurs-cultivant, qui fédère toutes les organisations départementales. Cette décentralisation est une des principales faiblesses du groupement car il manque de relais au niveau national.

Plusieurs organisations ont gravité dans le faisceau de la Défense paysanne :

l'Alliance rurale composée de sympathisants non-cultivateurs d'Abel Bonnard à Jacques Lemaigre Dubreuil de la Fédération nationale des contribuables ; l'Union des paysans anciens combattants ; la Ligue des fermières ; la Fédération nationale des maraîchers français ; la Ligue morbihannaise de Joseph Cadic ; la Fédération du Massif Central ; l'Entente Paysanne du Sud-Ouest.

Effectifs Sociologiquement, le dorgérisme se développe puis séduit d'autres milieux économiques tels que les champs ouverts, la grande culture, les pays de betteraviers, de maraîchers, d'horticulteurs. Henri Dorgères revendique exagérément 420 000 adhérents mais ses plus importantes manifestations sont capables de réunir entre 15 000 et 20 000 personnes. En 1938, le comité du Pas-de-Calais rassemble 26 000 adhérents ce qui en fait le groupe le plus prospère. Les comités du Finistère et de l'Ille-et-Vilaine dépassent les 10 000 adhérents tandis que la Sarthe regroupe près de 6 000 adhérents. Finalement, la Défense paysanne est un « rassemblement de petits et moyens paysans, exploitants ou fermiers, céréaliers ou maraîchers ».

Relations externes La Défense paysanne entretient des rapports cordiaux avec certains députés modérés de l'Union républicaine et démocratique jusqu'aux Radicaux indépendants comme Étienne Le Poullen, Oswen de Kerouartz ou encore René Faure. Le groupement est aussi en bons termes avec de nombreux présidents de Chambre d'Agriculture notamment dans le Grand Ouest.

L'épiscopat préfère garder ses distances avec le groupement de Dorgères même si des complicités existent au niveau paroissial. Les aumôniers de la Jeunesse agricole catholique et les démocrates chrétiens de l'Ouest Paysan demeurent hostiles.

Au sujet des ligues, la Défense paysanne entretient des rapports confraternels avec l'Action française puis avec le Parti populaire français de Jacques Doriot mais ils ne forment pas d'alliance. Le Parti populaire français finit par rompre avec la Défense Paysanne à force que Dorgères s'en prenne aux « grands féodaux de l'industrie et de la finance ».

Violences vignette|267x267px|Manifestation des Chemises vertes à Quimper dans Excelsior du 2 février 1936. Pour riposter contre la multiplication des saisies en 1933, Dorgères réclame une et la création de « gardes paysannes » capables de marcher sur Paris. C'est seulement le que les Comités des défense paysanne se dotent d'un service d'ordre : les Chemises vertes recrutées dans les Jeunesses paysannes. Vêtues d'une chemise verte, décorés de la fourche et de la faux entrecroisées sur un faisceau de blé, les Chemises vertes sont prêtes à saboter les réunions des adversaires politiques. Elles sont aussi chargées « de manifester en cas de vente sur saisie et d'opposer aux grèves des salariés agricoles en devenant, le cas échant, des « volontaires de la moisson »». Modeste Legouez, futur sénateur de l'Eure, fut le premier président des Jeunesses paysannes. L'historien Pascal Ory estime que les Chemises vertes représentaient au maximum 40 000 personnes dont 10 000 actifs.

Dans Le Progrès Agricole de l'Ouest, Dorgères envisage le recours à l'action violente : « Tous les moyens, pourvu qu'ils soient honnêtes ». Ce discours violent voulait s'opposer à la marginalisation des campagnes et aux saisies des possessions des agriculteurs, y compris par la force. Une violence qui resta en grande partie incantatoire mais qui favorisa à la marge l'émergence d'une politique agrarienne louant la terre sous le régime de Vichy.

Le , près de paysans du Finistère dont 400 Chemises vertes se regroupent à Penhars pour s'opposer par la force à la saisie des biens d'un cultivateur. Le à Quimper, les Chemises vertes tentent d'empêcher violemment la vente du bétail d'un cultivateur au profit du fisc. Certains rassemblements dégénèrent en affrontements avec la police ou les opposants de gauche. Le , une réunion des Chemises vertes est perturbée par les tenants du Front populaire sous l'égide du socialiste François Tanguy-Prigent et du communiste Marzin à Plouigneau. Le , Henri Dorgères et Félix Dessoliers sont arrêtés à Paris tandis que des agriculteurs tentaient d'empêcher la vente de choux-fleurs aux Halles centrales.

Mais le parti sait aussi freiner l'activisme de ses Chemises vertes lorsque ceux-ci dépassent les bornes. Aux environs du , les frères Dessoliers, adeptes du national-socialisme, sont exclus du parti pour avoir constitué des dépôts d'armes chez certains militants de confiance après la grève des maraîchers à Paris.

Quant à la grève, elle est l'ultime recours, généralement sous la forme de grève des marchés en reprenant le mode opératoire d'Edmond Jacquet et son Entente Paysanne du Sud-Ouest. Dorgères va même jusqu'à la grève de l'impôt ce qui lui vaut une peine de prison.

Idéologie

Tentation fasciste vignette|296x296px|Manifestation des Chemises vertes à l'Arc de triomphe dans La Gazette de Château-Gontier du 17 octobre 1937.Pour Robert Paxton, les Comités de défense paysanne se situent au travers de . Bien que les Comités revêtent les apparats du fascisme, Dorgères défend une société organique fondée sur le métier et la famille qui le situe plus . De plus, les Comités s'adressent uniquement à la classe paysanne et n’adoptent pas un discours populiste dirigé vers l'ensemble du peuple. Le programme est conçu pour satisfaire l'ensemble des agriculteurs conformément à une conception unanimiste du monde rural de l'époque. Robert Paxton conclut que l'idéologie dorgériste est plus un . Pour l'historien Ronald Hubscher, le dorgérisme incarne .

Critique de l'étatisme et antiparlementarisme