Boromir est un personnage du Légendaire de l'écrivain britannique apparaissant dans le roman Le Seigneur des anneaux.
Fils de l'Intendant du Gondor Denethor et frère aîné de Faramir, il est l'un des neuf membres de la Fraternité de l'Anneau. Il succombe à la tentation de l'Anneau unique, jusqu'à tenter de le prendre par la force à son porteur, Frodo. Repenti, il meurt peu après au combat à Amon Hen lors d'une bataille opposant la Compagnie et un bataillon d'Uruk Hai en tentant de protéger les Hobbits Merry et Pippin.
La faute de Boromir et sa rédemption, exemple utilisé par Tolkien pour réfuter les accusations de manichéisme portées à l'encontre de son roman, ont été étudiées à travers le prisme du catholicisme de l'auteur. Les dilemmes qui torturent ce personnage ont fait l'objet de nombreuses analyses : pour Alex Davis
Boromir apparaît par ailleurs dans la majorité des adaptations du Seigneur des anneaux.
Caractéristiques Description
À sa première apparition dans Le Seigneur des anneaux, Boromir est décrit comme . Dans une note inédite sur la taille des Númenóréens, Tolkien indique qu'Aragorn mesure . Boromir descend par sa mère des princes de Dol Amroth, une lignée dont les hommes sont imberbes du fait de leur ascendance elfique..
Tolkien dresse un bref portrait moral de Boromir dans l'Appendice A du Seigneur des anneaux : Il offre ainsi un contraste frappant avec son cadet Faramir, de tempérament plus calme et davantage intéressé par le savoir que par la gloire du combat.
Arbre généalogique
Nom
Le nom Boromir, explique Tolkien dans l'Appendice F du Seigneur des anneaux, est de . : il contient l'élément quenya « joyau » et l'élément sindarin (n) « loyal, ferme, fidèle »...
C'est également le nom d'un Homme du Premier Âge, l'arrière-grand-père paternel de Beren Erchamion, et du dixième Intendant souverain du Gondor (mort en 2489 T. A.), un lointain aïeul du Boromir du Seigneur des anneaux.
Histoire thumb|upright|Blason du Gondor, la patrie de Boromir.
Né en l'an 2978 du Troisième Âge, Boromir est le fils aîné de Denethor II, l'intendant du Gondor, et de Finduilas de Dol Amroth. Son frère cadet, Faramir, naît cinq ans plus tard... Les deux frères perdent leur mère très jeunes (elle meurt en 2988 T. A.). Ils ont d'excellentes relations (Boromir protégeant Faramir et Faramir admirant Boromir), nullement entachées de jalousie, malgré leurs tempéraments opposés et la préférence affichée de Denethor pour son fils aîné.
En T. A., lorsque les armées de Sauron attaquent les ruines d'Osgiliath, Boromir, capitaine du Gondor, est envoyé pour défendre la cité. Vaincus par le nombre, les Gondoriens doivent se retrancher derrière l'Anduin, après avoir abattu le dernier pont sur le fleuve ; parmi les derniers défenseurs, seuls quatre parviennent à s'enfuir, parmi lesquels Boromir et Faramir. La veille de l'assaut final, Faramir fait un rêve mystérieux dans lequel il entend des vers prophétiques :
Le rêve se répète et Boromir le fait également à une reprise. Après avoir pris conseil auprès de son père, Faramir décide de se rendre à Imladris, mais craignant pour son frère, Boromir prend sa place. Il quitte Minas Tirith le pour un voyage périlleux de plus de cent jours. Tolkien écrit dans les Contes et légendes inachevés que pour ce voyage. Il atteint sa destination le à la nuit tombée, après avoir perdu son cheval en traversant la Gwathló et avoir dû terminer son périple à pied.
Le conseil d'Elrond se tient le lendemain. Boromir y parle au nom du Gondor, premier rempart contre les forces du Mordor. Il découvre les explications de son rêve : l'épée qui fut brisée n'est autre que Narsil, l'épée d'Elendil, dont les fragments appartiennent désormais à Aragorn ; le fléau d'Isildur est l'Anneau unique, retrouvé et possédé par Frodon Sacquet, un demi-homme. Boromir propose d'utiliser l'Anneau pour lutter contre le Mordor, mais Elrond lui explique que celui qui abattrait Sauron de cette façon ne ferait que prendre sa place de Sombre Seigneur. En fin de compte, il est décidé que l'Anneau doit être détruit. Boromir fait partie de ceux choisis pour accompagner et aider Frodon dans cette quête.
La Communauté de l'Anneau se dirige vers l'est en direction des Montagnes de Brume, qu'elle compte franchir par le col du Caradhras. Boromir propose que chacun porte un fagot, idée qui sauve la vie de la Compagnie lorsque le blizzard se lève au sommet du pic. La passe étant bloquée, Boromir et Aragorn portent les quatre Hobbits en sûreté hors des congères de neige. Il faut trouver un autre chemin, et Boromir propose de contourner les montagnes par le sud et la trouée du Rohan, idée rejetée par Gandalf, qui estime que ce trajet passe dangereusement près de la résidence du traître Saroumane.. Gandalf propose le passage de la Moria, seule voie restante, voie que Boromir rejette instamment. La Fraternité doit néanmoins s'y résoudre et se dirige vers les Portes de Durin où Boromir réveille involontairement le Guetteur des Eaux..
Après la chute de Gandalf face au Balrog, Aragorn prend la tête de la Fraternité et la conduit en Lothlórien, malgré la méfiance de Boromir à l'égard de cette forêt. Galadriel soumet chacun des membres de la Compagnie à la tentation ; Boromir refuse de révéler ce qu'elle lui a proposé.. Lorsque la Fraternité quitte la Lórien, Galadriel offre un présent à chacun de ses membres, et Boromir reçoit une ceinture d'or et une cape elfique. Les Galadhrim donnent également trois barques à la Compagnie pour la suite de son voyage le long de l'Anduin. Boromir dirige l'une d'elles, avec Merry et Pippin ; il commence à présenter des signes d'inquiétude que les Hobbits ne s'expliquent pas. Boromir est convaincu que l'Anneau doit être apporté à Minas Tirith, afin de servir à la lutte contre Sauron. Lorsque la Fraternité arrive à Parth Galen, et qu'elle doit décider de prendre la route du Gondor ou du Mordor, il tente de convaincre Frodo de lui remettre l'Anneau, persuadé que l'Anneau ne peut corrompre les hommes du Gondor.
Effrayé, Frodo refuse de lui remettre l'Anneau. Boromir, furieux, tente de le lui prendre de force, mais le Hobbit passe l'objet à son doigt et s'enfuit, invisible. La Fraternité se disperse pour tenter de le retrouver, et Aragorn ordonne à Boromir de suivre et de protéger Merry et Pippin. Le Gondorien les défend contre les Orques (dans les livres) et des Uruk-hai (dans les films), et la sonnerie de son grand cor repousse temporairement ceux-ci ; mais nulle aide n'arrive, et il devient la cible des archers orques ou Uruk-hai. Lorsque Aragorn le retrouve, Boromir agonise, percé de nombreuses flèches. Dans son dernier souffle, il avoue sa faute à Aragorn et lui demande de sauver Minas Tirith..
Avec l'aide de Gimli et Legolas, Aragorn transporte le corps sur les berges de l'Anduin et le dépose dans l'une des barques elfiques avec son épée et son cor, brisé durant la lutte. Après un chant funèbre interprété par Aragorn et Legolas, la barque est emportée par le fleuve Anduin. Trois nuits plus tard, Faramir, en mission en Ithilien, voit passer la barque à Osgiliath. Ayant entendu le cor du Gondor, il comprend que son frère gît dans l'embarcation. La barque continue sa descente de l'Anduin et finit vraisemblablement par atteindre la mer. Faramir retrouve le cor brisé de son frère sur les berges de l'Anduin et le renvoie à son père..
Conception
Le personnage de Boromir apparaît dès la première version écrite du conseil d'Elrond (fin 1939) : . Contrairement à d'autres personnages, il a dès le début son nom définitif., mais les raisons de sa venue à Fendeval ne sont pas expliquées.. Tolkien n'envisage pas immédiatement d'en faire un membre de la Fraternité de l'Anneau, mais l'idée émerge rapidement, de même que son ascendance, même s'il est alors le fils du d'Ond (futur Gondor).. La Fraternité se compose alors de Gandalf, des quatre Hobbits du Comté et de , le précurseur d'Aragorn, lui aussi un Hobbit ; Boromir, le seul humain, joue donc un rôle important dans la première version de l'ascension manquée du col du Caradhras..
Des notes jetées sur des feuilles d'examen datées d' marquent l'émergence de la raison de la venue de Boromir à Fendeval : des évoquant l'Épée Brisée.. La quatrième version du chapitre « Le Conseil d'Elrond » voit apparaître le rêve prophétique et le poème qui l'accompagne, bien qu'ils soient alors attribués au seigneur de Minas Tirith (le personnage de Faramir n'existe pas encore)..
Après avoir rédigé les chapitres de la Moria, Tolkien couche sur le papier des notes sur la tournure que doivent prendre les événements. Il n'envisage pas encore la mort de Boromir : celui-ci doit tenter de prendre l'Anneau à Frodo, qui s'enfuit, mais après cela, il part pour Minas Tirith avec Aragorn, qui soupçonne quelque chose. La ville est assiégée par les forces de Sauron ; le Seigneur de Minas Tirith meurt, et le peuple choisit Aragorn pour le remplacer. Boromir, qui a totalement basculé du côté du Mal, part alors rejoindre Saruman pour qu'il l'aide à détrôner Aragorn. Après la défaite de Sauron, Boromir doit mourir de la main d'Aragorn.. La trahison de Boromir reste présente dans les notes prises après les chapitres de la Lórien., mais lorsque Tolkien arrive à la rédaction des futurs chapitres « L'éclatement de la Fraternité » et « Le départ de Boromir » (durant l'hiver 1941-1942), l'histoire a atteint sa version finale : Boromir meurt après avoir confessé sa faute à (Aragorn)..
Critique et analyse
Rôle et psychologie du personnage Aux lecteurs lui ayant reproché le manichéisme apparent du Seigneur des anneaux, Tolkien réplique qu'ils .. Cependant, pour Marjorie Burns, même si Boromir représente , il ne pose guère de difficultés, car . Pour d'autres, au contraire, Boromir est un des personnages qui rendent la Terre du Milieu ..
Pour Nancy Enright, Boromir représente le stéréotype traditionnel du pouvoir masculin, et par la chute de ce personnage, Tolkien montre la faiblesse spirituelle et morale de ce type de pouvoir, quand les personnages moins héroïques à première vue résistent mieux..
rapproche les personnages de Boromir et de Saruman : , mais succombent devant leurs propres ambitions. Néanmoins, contrairement à Saruman, Boromir souhaite l'Anneau pour lutter contre Sauron, là où le magicien envisage une coopération avec lui. Le courage de Boromir n'est pas suffisant pour le garder du mal car il n'est pas tempéré par la sagesse. Or la vertu de courage a été transformée dans le christianisme par la vertu du martyre : préférer mourir plutôt que de renier sa foi. Si Boromir ne craint pas la mort, il l'espère glorieuse au combat, et cède au désespoir devant le manque de troupes du Gondor face au Mordor.. Son arrogance de croire qu'il pourra combattre Sauron avec l'Anneau est sans doute une cause majeure de sa chute..
propose une lecture catholique des derniers instants de Boromir : après avoir succombé au péché en tentant de s'emparer de l'Anneau, il réalise son erreur et se repent. Sa pénitence consiste à essayer de protéger Merry et Pippin, et à souffrir des flèches des Orques. Sa confession à Aragorn avant de mourir conclut le processus de pénitence, au terme duquel Boromir semble avoir été absous : il a l'air en paix lorsque Faramir le voit gisant dans sa barque funéraire.. La mort permet d'effacer la faute, elle est rédemptrice.. Pour , la mort de Boromir est ..
Pour Christine Brooke-Rose, Boromir est un personnage qui a un rôle essentiellement structurel dans le roman : il est celui qui introduit la division dans la Fraternité de l'anneau, ce qui permet à Frodo et Sam de continuer la quête seuls.. La fierté de Boromir devient alors l'élément qui permet au personnage de tenter de s'emparer de l'Anneau, et qui rend cette tentative prévisible..
Parallèles littéraires thumb|Mort de Roland à Roncevaux. On peut voir son cor gisant à côté de lui. Enluminure de Jean Fouquet tirée des Grandes Chroniques de France (1455-1460).