Ludwig von Mises (prononciation allemande : ), né le à Lemberg (Autriche-Hongrie) et mort le à New York (États-Unis) est un économiste austro-américain appartenant à l'école autrichienne qui a eu une influence importante sur le mouvement libéral et libertarien moderne.

Il enseigne d'abord à Vienne puis à Genève jusqu'en 1940. Fils d'une famille juive du royaume de Galicie et de Lodomérie et inscrit sur la liste noire des nazis, il fuit aux États-Unis où il se fait naturaliser en 1946 et enseigne à l'université de New York de 1945 à 1969.

Auteur majeur de l'école autrichienne d'économie qui défend le capitalisme et le libéralisme classique, il est particulièrement connu pour son œuvre majeure, L'Action humaine, traité d'économie publié pour la première fois en anglais en 1949. Il y expose en particulier les positions épistémologiques et méthodologiques qui caractérisent l'école autrichienne : conception subjective de la valeur, individualisme méthodologique et praxéologie.

Son nom reste également attaché à la critique du socialisme, que Mises considère voué irrémédiablement à l'échec en raison de l'absence des mécanismes de fixation des prix par le marché. Friedrich Hayek, Murray Rothbard et Israel Kirzner comptent parmi ses élèves les plus éminents.

Biographie Jeunesse et formation Ludwig Heinrich Edler von Mises nait à Lemberg en Autriche-Hongrie (aujourd'hui, Lviv en Ukraine) le . Il voit le jour dans une famille de marchands juifs germanophones, anoblie la même année et résidant depuis des siècles en Galicie, dans l'actuelle Ukraine. Son père, Arthur von Mises est ingénieur en travaux publics et sa mère Adèle l'élève avec son frère Richard, né en 1883 et qui deviendra mathématicien. Ils ont un troisième frère, Karl, qui meurt pendant l'enfance. Ils déménagent à Vienne dans les années 1890. L'empire austro-hongrois est alors le deuxième plus grand empire d'Europe et est constitué d'une mosaïque de peuples et de cultures. thumb|Armoiries de Ludwig von Mises En 1892, il entre à l'Akademisches Gymnasium de Vienne, où il étudie avec Hans Kelsen. De 1900 à 1906Pendant un an entre 1902 et 1903 il remplit ses obligations militaires, il étudie à l'université de Vienne, d'où il sort docteur en droit canon et romain, l'économie n'étant alors enseignée qu'à l'université de droitLudwig von Mises & Gérard Dréan, Abrégé de l'action humaine, traité d'économie, Les Belles Lettres, 2004, .

L'enseignement qu'il suit à l'université de Vienne est dominé par l'historicisme, en particulier dans les cours de Carl Grünberg. Si Mises rejette rapidement cette école, il est dans ses premières années d'université partisan de l'interventionnisme étatique. Il écrivit ainsi : Ludwig von Mises, The historical setting of the Austrian school of economics, 1984. C'est à partir de 1903-1904 qu'il se rapproche des théoriciens de l'école autrichienne d'économie comme Carl Menger, dont il lit durant ces années les Principes d'économie, et Eugen von Böhm-Bawerk, dont il suit le séminaire privé entre 1904 et 1914Murray Rothbard, Ludwig von Mises: Scholar, Creator, Hero, 1988, chap. 1 : the young scholar. Mises déclara que c'est de la lecture des Principes de Menger que naquit sa vocation d'économisteJörg Guido Hülsmann, The last knight of liberalism, 2007, Mises Institute, , .

Vienne (1906 - 1934) En 1907, il devient conseiller officiel du gouvernement autrichien, tout en remplissant quelques postes d'enseignement ou en travaillant dans un cabinet d'avocats. À partir de 1909 ou 1911Hülsmann parle de 1909, Rothbard de 1911, il devient conseiller économique de la chambre de commerce de Vienne. Il décide alors de s'attaquer à la question soulevée par l'économiste Karl Helferrich, qui avait pointé l'Murray Rothbard, Ludwig von Mises: Scholar, Creator, Hero, 1988, chap. 2 : The Theory of Money and Credit. Il fera de ses travaux sur la question sa thèse d'HabilitationJörg Guido Hülsmann, ibid, . Il en sort en 1912 la Théorie de la monnaie et du crédit, dans laquelle il soutient que l'étalon-or est le seul système monétaire viable.

À la suite de la publication de son ouvrage, il obtient en 1913 un premier poste d'enseignement non rémunéré à l'université de Vienne ; il devient privatdozent. À l'exception de la période de guerre, il y enseigne sans discontinuer jusqu'en 1934, toujours sans être payé. Pour Earlene Craver, professeur à l'Université de Los Angeles, ce refus de l'université de Vienne de le nommer à l'une des trois chaires rémunérées est dû à trois raisons : Mises était libéral dans un monde où l'interventionnisme socialiste et fasciste montait en puissance, juif dans une ville de plus en plus antisémite, et il refusait de céder sur ses principesMurray Rothbard, Ludwig von Mises: Scholar, Creator, Hero, 1988, chap. 3 : The Reception of Mises and of Money and Credit. Dans le même temps, il reste conseiller économique de la Chambre de Commerce de Vienne ; c'est de ce poste qu'il tire ses revenus. Ses idées et plus globalement celles du courant autrichien restent en effet minoritaires dans les universités face à, principalement, l'historicisme.

Lors de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme capitaine d'artillerie dans l'armée autrichienne, sur le front de l'Est. Atteint par la typhoïde en 1917, il doit rentrer à Vienne et est affecté au quartier général, où il travaille comme conseiller économique jusqu'à la fin de la guerreMargit von Mises, My years with Ludwig von Mises, Arlington House publishers, New York, 1976, , . Il s'occupe de la politique monétaire ukrainienne à la fin de l'année 1918. Il finit la guerre avec plusieurs médaillesHülsmann, ibid, p. 268.

Dans la foulée il dirige la délégation autrichienne à la commission des réparations de la Société des Nations. En 1919 il réintègre l'université de Vienne comme « professeur extraordinaire ». Il publie la même année Nation, Staat und Wirtschaft (Nation, État et économie), où il rend responsable de la Première Guerre mondiale l'adoration générale des États-nations et défend une plus grande liberté pour les minorités ethniques et culturelles.

Dans l'entre-deux guerres, il continue à conseiller le gouvernement autrichien ; il est ainsi nommé par ce dernier pour des négociations commerciales avec le gouvernement communiste hongrois de Béla Kun. Dans l'immédiat après-guerre, il défend étonnamment l'émission de papier-monnaie, considérant que c'est le seul moyen de sauver le gouvernementPar exemple dans Der Wiedereintritt Deutsch-Österreichs in das Deutsche Reich und die Währungsfrage en 1919.

Il lance également une campagne anti-inflation, en particulier dans le journal Neues Wiener Tagblatt où il publie des chroniques. Peu après, il est chargé avec Wilhelm Rosenberg de combattre l'inflation généralisée de l'après-guerre, en particulier avec les problèmes de reconversion de l'économie autrichienne. Il n'est que partiellement et temporairement vainqueur : si la couronne autrichienne est stabilisée en 1922, cela n'empêcha pas la crise du système bancaire en 1931Murray Rothbard, Ludwig von Mises: Scholar, Creator, Hero, 1988, chap. 4 : Mises in the 1920s: Economic Adviser to the Government.

De plus en plus reconnu, il organise un premier séminaire privé, bimensuel, qui dure de 1920 à 1934. Il y a comme « élèves » Friedrich Hayek, Fritz Machlup, Alfred Schütz, Gottfried Haberler et bien d'autres. Ses idées restent cependant minoritaires au sein de l'université autrichienne.

C'est quelques années seulement après la révolution d'Octobre qu'il développe sa thèse selon laquelle le socialisme est voué à l'échec et irrationnel car ne disposant pas de l'indicateur des prix fixés par l'offre et la demande sur le marché. Après plusieurs articles, dont Die Wirtschaftsrechnung im sozialistischen Gemeinwesen (Le calcul économique en régime collectiviste), il écrit en 1922 Die Gemeinwirtschaft (Socialisme) où il approfondit cette thèse. Il rencontre alors un écho certain chez plusieurs jeunes auteurs comme Friedrich Hayek et Wilhelm Röpke en Allemagne ou Lionel Robbins en AngleterreOn peut se référer au discours de Friedrich Hayek lors du banquet tenu en l'honneur de Mises à New York en 1956, reproduit dans My life with Ludwig von Mises par Margit von Mises, pages 189 et suivantes.

À l'automne 1925, il rencontre pour la première fois celle qui va devenir sa femme, Margit SerenyMargit von Mises, ibid., . Il effectue en 1926 une tournée des universités américaines. En , il fonde l'Institut Autrichien de la conjoncture (Österreichische Konjunkturinstitut). Friedrich Hayek, le plus connu de ses élèves, et qui obtint le Prix Nobel d'économie en 1974, le dirigea jusqu'en 1931. En 1929, il publie Kritik des Interventionismus (Critique de l'interventionnisme) où il réfute l'interventionnisme étatique, qui, pour Mises, échoue à résoudre les problèmes auxquels il tente de répondre et en crée de nouveaux en ajoutant de l'instabilité.

Mises jouit alors d'une solide réputation parmi les économistes en Europe, en particulier à cause de sa Théorie de la monnaie et du crédit (1912), du Calcul économique en économie socialiste (1920), de Socialisme (1922) et de Libéralisme (1927).

Genève (1934-1940) En 1934, il reçoit une offre de William Rappard pour occuper la chaire de relations économiques internationales à l'Institut Universitaire des Hautes Études Internationales de Genève. Hitler est depuis un an au pouvoir en Allemagne et, acceptant la proposition de Rappard, Mises part s'installer à Genève le rejoindre Louis Rougier, Hans Kelsen, Wilhelm Röpke ou Paul Mantoux dans le corps professoral de l'écoleMargit von Mises, ibid, Murray Rothbard, Ludwig von Mises: Scholar, Creator, Hero, 1988, chap. 7 : Exile and the New World. Il enseigne alors en français.

Pendant l'Anschluss, il est à Genève mais, la nuit même où les nazis pénètrent à Vienne, son appartement est vidé par les soldats allemands car ses écrits sont jugés subversifs. Ses documents, ses écrits et sa bibliothèque sont saisis et évacués en 38 valisesCes documents ont été retrouvés en 1993 dans les archives soviétiques à Moscou, comme le relate Hülsmann dans The last knight of liberalism. Inscrit sur la liste noire des nazis comme de l'URSSMargit von Mises, ibid, , il est dépossédé de ses biens. Il est considéré comme un ennemi politique du nazisme pour ses origines juives, et du socialisme pour ses écrits opposés à toute forme d'étatismeHülsmann, ibid, p. xi. À la suite de l'application du nouveau code du mis en place par les nazis, on lui retire le son poste de conseiller économique de la chambre du commerce de VienneMargit von Mises, ibid, .

Il reste à Genève où le rejoint la même année sa future femme, Margit Sereny. Ils se marient le à Genève, avec, comme témoins de mariage, Hans Kelsen et Gottfried Haberler.

Mises rencontre régulièrement Hans Kelsen, professeur de droit qu'il avait fréquenté à de nombreuses reprises lors de ses études, Wilhelm Röpke, le théoricien allemand de l'ordolibéralisme, ou Louis Rougier, le philosophe français à l'origine du Colloque Walter Lippmann en 1938. A son invitation, il se rend à ce colloque organisé à l'occasion de la parution en français de La Cité libre de Lippmann. Mises se trouve en désaccord avec Lippmann sur de nombreux points mais prend finalement part à la création du Centre international pour la rénovation du libéralisme. L'existence de ce dernier sera éphémère ; il disparaît en 1940 avec l'occupation allemande.