L'abbaye de la Bussière, appelée également abbaye Notre-Dame des Trois Vallées, est une ancienne abbaye cistercienne fondée au sur la commune française de La Bussière-sur-Ouche, dans le département de la Côte-d'Or et la région Bourgogne-Franche-Comté.

Elle est le lieu de sépulture des épouses des ducs de Bourgogne.

Histoire Fondation, incendie, déménagement Le , Garnier de Sombernon fonde l'abbaye d'Aseraule"L'Azeraule" est devenue L'Oizerolle (voir ), un hameau indiqué sur la carte d'État-major 1820-1866. Il avait immédiatement à sa gauche (côté ouest) un château non-nommé : voir (couche « Carte d’État-major (1820-1866) » activée). De nos jours le hameau n'existe plus ; reste une belle demeure à l'endroit où le château était indiqué, et de nombreuses dépendances absentes de la carte du . L'emplacement du hameau de l'Oizerolle correspond à ce qu'en dit Vincenot : les moines "sont descendus de leur montagne de cailloux". Or l'Oizerolle est sur le plateau à d'altitude et l'abbaye à d'altitude, au pied du même plateau. (où poussent des érables.) tout à fait en amont de l'Arvo (Arvault à l'époque), à au nord-ouest de l'actuelle abbaye, lui donnant Tres Valles et tout son territoire..

L'emplacement exact de Tres Valles est débattu. L'endroit est déjà mentionné au : en 696, Ansbert, évêque d'Autun, lègue par testament sa villa de Tres Valles "à son église cathédrale" et à l'oratoire dédié à saint LégerSelon Marion Ansbert lègue Tres Valles "à son église cathédrale Saint-Symphorien" ; mais l'ancienne cathédrale d'Autun était non pas Saint-Symphorien mais Saint-Nazaire. Marion a peut-être pensé à l'abbaye Saint-Symphorien.. Au , il est probable que Tres Valles n'est plus habité voire est détruit, car les moines de Saint-Symphorien n'émettent aucune réclamation sur cette terre à la suite de la donation de 1131. De même rien n'indique qu'Azeraule est habitée lors de l'installation des moines. (comme les cisterciens recherchaient la solitude, il est même très probable que le lieu était désert).

Pour Marion, le Tres Valles du est une villa à l'emplacement de l'abbaye actuelle. ; pour Richard, le nom désigne le territoire des vallons de l'Oiserolle, des Godeaux (les Gordots) et de Saunière, tandis que pour Fyot, il englobe tout le bassin de l'Arvo y compris Crosson, la Forêt, Comberainbeuf, et une portion de la vallée de l'Ouche.. Il n'y a pas de cours d'eau dans le vallon de Saunière ; par contre, l'Arvo tout à fait en amont est bien divisé en trois petits bras, dans les vallons de l'Oiserolle, des Gordots et du Champ Piquet ; les trois bras se réunissent à la ferme de Crosson, qui correspond bien à un lieu où trois vaux se rencontrent.

L'ordre de Cîteaux, pourtant âgé de seulement 33 ans, a déjà acquis une grande renommée ; Gauthier s'adresse à Étienne Harding, troisième abbé de Cîteaux, pour peupler la nouvelle abbaye de ses moines. Harding envoie treize moines, dont l'un, Gauthier, est nommé supérieur. En septembre ou , Garnier de Sombernon confirme sa donation devant le duc de Bourgogne et la duchesse Mathilde de Mayenne.. À cette occasion, déclare prendre la nouvelle abbaye sous sa protection spéciale et, sous son instigation, Bouchard, prieur de Vergy, fait lui aussi une donation : toute la terre depuis la villa Croat (actuellement les GrueyCitée au temps de la fondation de l'abbaye, la "villa Croat" n'est de nouveau mentionnée qu'en 1535 quand les religieux donnent à bail à Jehan Clémencet "dict Gruyer" cent journaux de terre situées entre autres "sous les roches du Boys de Créault", à charge de construire une grange et une maison - bâtiments dûment édifiés en 1556. En 1574 c'est la "grange de Cray", en 1625 la "grange de Créault", en 1676 la "grange de Cras". Il y a même une appellation inattendue en 1657 : "Créaut dict la Goue". Le nous donne ceci : "Esgruey autrement dit Créa" (voir ). Les Gruey, hameau existant de nos jours, s'appelait Esgruey sur la carte de Cassini (voir Couche « Carte de Cassini » activée).) jusqu'à la rivière Oscre (l'Ouche), et depuis le pont de l'Ouche jusqu'à Combam Raibo (Comberainbeuf). En compensation, Hugues donne à Vergy tout ce qu'il possède sur les territoires de Flagy (Flagey) et de Veone (Vosne - celui du Vosne-Romanée).

Le choix du lieu d'implantation n'est pas très heureux : le terroir est rude, le sol est caillouteux et l'eau est rare : il y a bien une belle source à l'Azeraule, mais elle tarit lors de grandes sécheresses.. Puis les bâtiments de l'abbaye ne sont pas encore achevés, qu'un incendie détruit tout le bâti existant. Garnier de Sombernon persévère : il transporte le siège de l'abbaye à la confluence de l'Arvo, à d'altitude, au pied du même plateau où se trouve l'Aseraule. Ce lieu s'appelle désormais Buxeria, qui devient à terme "la Bussière". Dès le , des hameaux se groupent autour de l'abbaye..

Lors de ce transfert, Garnier, décidément généreux, achète des biens proches de la nouvelle abbaye et les donne à celle-ci ; il fait ratifier cette donation par Arnoul le Cornu, qui tient ces biens en fief. Il donne aussi aux moines les droits de pâturage et de pêche sur toutes ses terres et le droit d'usage dans ses bois - mais se réserve le droit de chasse. Le territoire de l'abbaye est alors divisé en deux parties : l'amont de l'Arvo (le Tres Valles d'origine) et l'aval vers la confluence ; Crosson, qui se trouve au point de passage obligé pour accéder aux trois petites vallées de l'amont, voit ses terres endommagées par les fréquentes allées et venues des convers et des sergents de l'abbaye. Les plaintes vont loin, puisqu'on les retrouve dans une bulle du pape . Mais cet inconvénient dure peu : vers 1140, Aymond de Drée, qui tient Crosson en alleu, le donne à l'abbaye ; dans la charte de donation, il est spécifié que le hameau est « enclos dans les terres de l'abbaye »..

Les travaux de construction sont activement poussés, mais Garnier meurt avant de les voir terminés. La grande église qu'il a commencée est achevée en 1172 au frais de Ponce-de-Mont-Saint-Jean, seigneur de Charny ; dédiée à Marie selon la tradition cistercienne, elle est consacrée la même année par Pierre le Vénérable, évêque de Tarentaise et ancien moine de Cîteaux, qui traverse le pays en chemin vers l'Angleterre où il a pour mission de réconcilier le roi et son fils Henri le Jeune..

L'église achevée avec sa sacristie et larmarium attenant, les travaux se poursuivent sur le reste de l'abbaye. Début , l'aile Est du corps principal de l'abbaye englobe larmarium et la sacristie qui est agrandie d'une travée côté Est et reçoit une croisée d'ogives.. En même temps que cette aile sont construits le cellier et le réfectoire des moines, trois éléments qui ont survécu jusqu'à notre temps ; le chœur de l'église est aussi agrandi d'une travée .

Croissance vignette|100px|Marie de Couches, femme d'Étienne de Sombernon. vignette|100px|Étienne de Montagu († 1339?).

Dès le des hameaux se groupent autour de l'abbaye. Fin ou début une très grande grange est construite à Azeraule. Remaniée au long des siècles, elle existe toujours.. Elle est appelée "grange dîmière".. Ses contreforts, pieds droits et arcs de cintre sont en belle pierre blanche importée d'ailleurs (pierre d'origine non locale) et qui contraste avec les moëllons des murs.. Une croix de chemin de l'époque, voisine de la grange, a également perduré jusqu'à nos jours Zoomer pour voir les dépendances du château.. En-dehors de l'enceinte de l'abbaye se développe un petit bourg appelé la Basse-Cour, enclos de murs aux , s..

Les exemples de générosité du fondateur, du duc de Bourgogne et d'autres, portent leurs fruits : l'abbaye s'enrichit "à une incroyable rapidité", dit l'un de ses historiens, dès la fin du et au long du . Des biens sont dénombrés jusqu'à Dijon, Beaune, Semur, Vitteaux. Vers l'an 1200 elle possède droits de pâturage et d'usage dans presque toutes les forêts de l'Auxois. En 1204, Ylla de Thorey donne les hameaux de Beurey et l'Epinois de Soussey à l'Abbayeselon l'abbé Denizot in Encyclopédie de la Côte-d'Or 1727-1732 à lire en ligne sur le site de la bibliothèque municipale de Dijon, index Commune/Soussey-sur-Brionne http://patrimoine.bm-dijon.fr/pleade/ead.html?id=FR212316101_denizot#. En selon une charte de Guy seigneur de CoyonCoyon est devenu Sainte-Marie-sur-Ouche. Voir , note 2., elle a le droit de pêche exclusif sur presque du cours de l'Ouche, ad navem et filetum, lurram et trussam? Godefroy, évêque de Langres (1139-1163), donne à l'abbaye les deux paroisses d'Agey et de Gissey avec leurs dépendances : Baume-la-Roche et la moitié de la paroisse de Remilly, et exempte les moines de toutes dîmes et exactions.. Parmi la multitude de chartes similaires, l'une de 1211 montre Guillaume le Blanc, seigneur de Marigny, donnant aux moines le droit d'extraction dans la mine sur sa terre de Gissey.. Une autre charte porte une indication digne de curiosité : en 1202 , duc de Bourgogne (1192-1218), confirme une donation par Bertrand de Saudone, de toutes ses vignes à Savigny, avec le consentement des enfants du donateur et celui de la communauté de Savigny ("laudante communia de villa Saviniaci") - pourtant Savigny n'a jamais été affranchi. Les plus gros donateurs sont les seigneurs de Châtellenot, de Charny, de Chaudenay, de Saffres (Guy de Saffres, mort en 1305, est enterré à l'abbaye), de Commarin et surtout ceux de Sombernon et de la maison de Marigny-Montagu. Au les moines élèvent une grande chapelle derrière le chœur de l'église : la "chapelle des fondateurs". Les ducs de Bourgogne sont en bonne place : en 1196 l'abbé de la Bussière tient en fief d' une maison à Dijon. Avant 1349Marion date la donation du cimetière par en 1388, ce qui n'est pas possible puisque meurt en 1349. Guy de Châteauneuf meurt le , selon l'abbé Du Tems. cède à l'abbé Guy de Châteauneuf le cimetière des juifs à Dijon, sur lequel l'abbé fait construire un hôtel. Les ducs abandonnent aussi à l'abbaye les droits seigneuriaux de haute, moyenne et basse justice sur les habitants de Bellenot, de Martroy, de Grandchamps, de Beury, et toutes leurs possessions sur les bords de l'Armançon. Les moines avaient à Morey (où existe toujours un petit hameau appelé "la Bussière") un lieu de franchise et d'asile appelé la Petite Bussière : toute violation entraînait l'excommunication.

L'abbaye compte trois cents moines à son apogée à la fin du . Elle attire les seigneurs locaux ; en 1248 Guillaume de Maconge est enterré à l'abbaye.. Mais les donations se font plus rares après 1260 ; il est possible que l'aisance ait amené un relâchement des mœurs et que l'abbaye ait perdu de son prestige..

Les évêques d'Autun, qui voudraient soumettre l'abbaye à leur juridiction diocésaine, n'ont même pas le droit de visite (qui entraîne un coût parfois élevé pour l'établissement hôte) et se heurtent aux abbés de la Bussière : au-delà des privilèges généraux dont bénéficie l'ordre de Cîteaux, la Bussière a des privilèges spéciaux qui tiennent tant du pouvoir séculier que de l'ecclésiastique ; et ces privilèges spéciaux ont été confirmés par les papes en 1180 et le . Querelles, plaintes et réclamations sans cesse renouvelées vont devant les abbés de Citeaux ou les ducs de Bourgogne. mais aucun accord n'est atteint..