Ana Mendieta, née le à La Havane et morte le à New York, est une performeuse, sculptrice, peintre, photographe et artiste vidéo américano-cubaine.
Son œuvre se situe à la croisée du land art et du body art. Elle est surtout connue pour son travail « earth-body ». Explorant la binarité du genre, son œuvre s'inscrit dans une vision essentialiste du corps et des rapports entre les sexes..
Sa mort après une chute par la fenêtre de son appartement situé au est sujette à controverses.
Biographie Ana Mendieta naît le à La Havane, dans une famille cubaine éminenteLeslie Camhi (June 20, 2004), « Her Body, Herself » New York Times.. À 12 ans, elle et sa sœur de 14 ans Raquel sont envoyées par leurs parents dans le cadre du programme gouvernemental américain qui retire les enfants du régime cubain, deux ans après le coup d'état de Fidel Castro contre le gouvernement autoritaire du président Fulgencio Batista, et les transfère aux États-Unis. À travers l'opération Peter Pan, un programme collaboratif géré par le gouvernement américain et des associations caritatives catholiques, Ana et sa sœur passent leurs premières semaines dans un camp de réfugiés de l'Iowa, avant de passer par plusieurs institutions et familles d'accueil..
En 1966, elles sont rejointes par leur mère et leur petit frère ; leur père les rejoint en 1979 après avoir passé 18 ans en prison à Cuba à cause de son implication dans le débarquement de la baie des Cochons.
À la fin des années 1960, elle étudie à l'université d'Iowa où elle obtient une licence (BA) et un master (MA) en peinture ainsi qu'un master (MFA) en intermedia après avoir suivi les cours d'..
Au cours de sa carrière, elle voyage et expose dans de nombreux pays, notamment à Cuba, Mexico, en Italie et aux États-Unis.
Mort et controverse Ana Mendieta meurt le à New York après une chute par la fenêtre de son appartement situé au au 300, Mercer Street à Greenwich VillageCarl Swanson (April 1, 2012), Maximum Outrage Over Minimalist Sculptor New York Magazine.Sean O'Hagan (September 21, 2013), « Ana Mendieta: death of an artist foretold in blood » The Guardian. où elle vit avec son mari, le sculpteur minimaliste Carl Andre, avec qui elle est mariée depuis huit mois.
Juste avant sa mort, les voisins ont entendu le couple se disputer violemmentWilliam Wilson (February 18, 1998), « Haunting Works From Cuban Exile Mendieta », Los Angeles Times.. Ils n'étaient pas témoins oculaires des événements qui entraînèrent la mort de MendietaVincent Patrick (June 10, 1990), « A Death In The Art World », New York Times.. Dans un enregistrement de l'appel d'Andre aux secours on l'entend dire :
En 1988, Andre est accusé de meurtre puis acquitté. Après trois ans de procédures judiciaires, son avocat décrit la mort de Mendieta comme un possible accident ou un suicide. Le juge déclare que
L'acquittement provoque un tollé parmi les féministes du milieu de l'art et reste toujours controversé. En 2010, un colloque intitulé « » se tient à l'université de New York pour célébrer le anniversaire de sa mort.. En , le groupe de protestation féministe manifeste devant la rétrospective de Carl Andre à la Dia Art Foundation.. Il dépose des piles de sang animal et de boyaux devant l’établissement, tout en distribuant des survêtements transparents où il est écrit . En , le et un groupe de poètes féministes originaires de New York se rendent à Beacon pour protester contre la rétrospective d'Andre à la Dia:Beacon. Dans la galerie principale, elles hurlent, fabriquent des « siluetas » sur le sol du musée avec de la neige, teintée avec du paprika, des sprinkles et du faux sang..
Récompenses 1983 : prix de l'Académie américaine de Rome.
Œuvre Le travail d'Ana Mendieta, généralement autobiographique, s'inscrit essentiellement dans le champ de la performance et aborde les thèmes du féminisme, de la violence, de la mort et de l'appartenance.
Ses œuvres politiques sont généralement associées aux quatre éléments de la nature et empreintes d'une forte dimension spirituelle ..
Le travail d'Ana Mendieta est également marqué par la religion et les rites. L'artiste s'intéresse notamment à la santeria, une religion dont la relation à la femme, la nature ou la sexualité diffère du patriarcat qui marque la doctrine catholique .
Elle se tourne vers la performance en 1972 et réalise la plupart de ses interventions, œuvres, performances et films entre 1972 et 1978. Ses performances comptent encore aujourd'hui parmi les plus radicales de ce mouvement artistique. La représentation des abus sexuels et l'utilisation de sang animal imprègnent un grand nombre de ses œuvres.
Quelques œuvres En 1972, ses premières performances, Feathers on a Woman et Death of a Chicken, mettent en scène un corps de femme recouvert de plumes blanches ou de sang d'un poulet, fraîchement égorgé entre les mains de la performeuse.
Ces actions reflètent le lien entre le sacrifice animal et le sacrifice des femmes et met au centre la question de l'animalité, la virginité et la création. L'animalité et la virginité sont des thèmes récurrents dans son œuvre et reflètent une volonté de s'approprier et déconstruire la mythologie, notamment le mythe de Leda violée par un cygne. ou l'enlèvement d'Europe par Zeus, et soulève la question du rapport érotique entre hommes et femmes, l'humiliation et la réification des femmes.
Dans la série Body on Glass (1972), Ana Mendieta colle son visage à une vitre et témoigne d'une volonté de le traverser, le verre symbolisant le mur invisible sur lequel les espérances féminines se heurtent.
Autoportrait en sang Réalisée en 1973, Untitled (Self Portrait with Blood - Autoportrait en sang) est une photographie en couleur montrant une vue rapprochée du visage d'une jeune femme ruisselant de sang. Elle fait partie d'un groupe d'images qui documentent une performance dans laquelle l'artiste a posé pour l’appareil photographique avec du sang coulant sur son visage, son cou et ses vêtements de coton blanc. Sur ce cliché, la tête est inclinée vers l'arrière mettant en avant ses narines ensanglantées. Ses yeux entrouverts regardent directement le spectateur. Le sang recouvre son front et coule le long de son nez, dans ses lèvres et sur les côtés de son visage, coagulant dans ses longs cheveux noirs. Mendieta a photographié ses performances et ses happenings à l'aide de diapositives . Cette œuvre, conservée à Londres à la Tate Modern, est dans la lignée de celles que Mendieta a créé les années précédentes comme Untitled (Variations esthétiques du visage) où elle pose face à l’objectif, déformant son visage par le maquillage, les perruques et des collants déchirés enfilés sur sa tête.
Siluetas La série Siluetas, réalisée entre 1973 et 1980, met en scène des empreintes de son corps, visibles en creux dans la terre et le sable ou réalisées par un assemblage de divers éléments naturels. Ana Mendieta a utilisé son propre corps, pour marquer sa silhouette sur la terre, l'herbe, le sable, la boue, la neige ou la glace.. Les formations rocheuses naturelles, la végétation, les matériaux et les débris terreux, le feu, l'eau et la poudre à canon sont devenus ses supports lorsqu'elle s'est tournée vers la production d’œuvres en plein air.. Ces empreintes sont destinées à être éphémères, la nature pouvant reprendre son droit, et sont parfois asexuées. Cette série est imprégnée d'un double mouvement : celui du marquage du corps dans la nature, grâce aux empreintes laissées, mais aussi l'effacement de ce même corps, par leur caractère temporaire. Cette période est extrêmement prolifique : environ 200 pièces individuelles de la série Siluetas sont documentées dans des films et des photographies. La série a été, pour l'essentiel, réalisée dans les environs d'Iowa City (où elle a vécu) et près d'Oaxaca, au Mexique (où elle s'est rendue durant l'été). Les Siluetas ont été le début d'une forme d'art nouvelle et puissante dont elle a été la pionnière, en mêlant terrassement, féminisme, performance, art conceptuel, photographies et films..
Ana Mendieta a souvent utilisé son corps nu pour explorer et se connecter à la terre, comme on peut le voir dans son œuvre Imagen de Yagul, issue de la série Siluetas Works in Mexico 1973-1977. Sur la photographie de cette performance, on voit Ana Mendieta allongée nue dans une tombe préhispanique sur le site mésoaméricain de Yagul. Elle est recouverte de fleurs blanches et d’herbe arrangées par Hans Breder.. Celui-ci prend une série de photographies à partir de laquelle Mendieta a imprimé une seule image emblématique. Cette œuvre révèle son désir de fusionner ou de ne faire qu’un avec la terre. La réalisation de l'œuvre dans une tombe préhispanique fait référence à la culture mexicaine et vient renforcer les liens avec un passé ancestral et avec les histoires et les systèmes de croyances des civilisations que Mendieta estimaient être plus en phase avec les ressources naturellesElsa Daynac, « Tumba #5 – Ana Mendieta », Un podcast, une œuvre, Centre Pompidou, 28 octobre 2020, 25 min.. Les Siluetas ont rendu tangible la croyance de Mendieta en la terre comme déesse, enracinée dans la Santeria afro-cubaine..
Performances : 1972-1980
Feathers on a Woman, 1972. Death of a Chicken, 1972. Facial Variation Cosmetic, 1972. Transplantation de poils faciaux, 1972. First Silueta ou Flowers on Body, 1973. Rape Scene, 1973. Blood and feathers, 1974. Sans Titre - Trajectoire de corps, 1974. Old Man's Creek, 1976. Tree of Life, 1976-1977. Siluetas, 1973-1980.
Expositions
Expositions personnelles et collectives
Rétrospectives En 2017, 23 films sont restaurés et présentés au Berkeley Art Museum and Pacific Film Archive en Californie. et en 2018 à Berlin, au Martin-Gropius-Bau..
En 2018, une rétrospective de l’œuvre filmée d'Ana Mendieta est présentée au Jeu de Paume à Paris..
Collections publiques
États-Unis Miami, Cisneros Fontanals Art Foundation. San Francisco, musée d'Art moderne.
Espagne Barcelone, musée d'Art contemporain.
France Paris, musée national d'Art moderne.
Japon Kanazawa, musée d'Art contemporain du .
Suisse Lucerne, .
Notes et références
Sources
Annexes Bibliographie Jane Blocker, Where is Ana Mendieta? Identity, Performativity, and Exile, Duke University Press, 1999. Bonnie Clearwater, Ana Mendieta, Ana Mendieta, A Book of Works, Grassfield Press, 1993. Anne Creissels, Prêter son corps au mythe, Éditions du Félin, Collection « Les marches du temps », 2009. Anne Creissels, « Ana Mendieta, ‘déesse mère’ de la performance », Hippocampe, , printemps 2016, . Lynn Lukkas, Raquel Cecilia Mendeta, John Perreault, Howard Oransky, Michael Rush, Rachel Weiss, Wertheim Joseph, Covered in Time and History: The Films of Ana Mendieta, 2015. Christine Redfern, Caro Caron, Who is Ana Mendieta?, Feminist Press, 2011. Olga Viso, Unseen Mendieta: The Unpublished Works of Ana Mendieta, Prestel, 2008. Mary Jane Jacob, Ana Mendieta, [catalogue d'exposition], New York, Galerie Lelong, 1991. Ana Mendieta, [catalogue d'exposition], textes de Gloria Moure, Donald Kuspit, Charles Merewether, Mary Sabbatino, Ana Mendieta, Raquelín Mendieta, Centro Galego de Arte Contemporánea, Saint-Jacques-de-Compostelle, 1996. Ana Mendieta : Earth Body, Sculpture and Performance 1972-1985, [catalogue d'exposition], textes d'Olga M. Viso, Guy Brett, Julia P. Hertzberg, Chrissie Iles, New York, Whitney Museum of American Art, 2004. Anne Bourrassé, "Ana Mendieta avec Carl Andre", Les Refusées. Les artistes femmes n'existent pas. Seuil, Paris, 2026 (p. 123-130).
Liens externes
Ana Mendieta, exposition à la Fundació Antoni Tàpies. Article de presse exhaustif sur Ana Mendieta et l'aspect holistique de son œuvre sur artefields.net.
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