Les Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) en région parisienne, ou Groupe Manouchian, sont les unités de la Résistance communiste qui ont, à partir d', conduit la lutte armée dans la région parisienne, pendant la Seconde Guerre mondiale. Les FTP-MOI ont en effet été particulièrement bien représentés en région parisienne où résidaient un grand nombre d'étrangers. Comme l'ensemble des FTP-MOI, ceux de la région parisienne ont pu dépendre selon les périodes, de la direction de la Main-d'œuvre immigrée (MOI), de la commission nationale militaire des Francs-tireurs et partisans (FTP) ou même directement de la direction du PCF clandestin.
Implication de la MOI dans la lutte armée à partir de juillet 1941 En , lorsque le Parti communiste français (PCF) décide d'entrer dans la lutte armée à la suite de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie, les groupes armés du PCF sont de deux types : l'Organisation spéciale (OS), qui était jusque là une sorte de service d'ordre du Parti et les groupes de jeunes nouvellement formés. L'OS était alors elle-même divisée en deux groupes, le groupe français dirigé par Jules Dumont ; le groupe étranger, celui de la Main-d'œuvre immigrée (MOI), dirigé par le républicain espagnol Conrad Miret i Musté, assisté du Hongrois Joseph Boczov. Après l'arrestation de Conrad Miret en , Joseph Boczov prend sa place. Ce groupe OS-MOI, sous la conduite de Joseph Boczov, aurait été l'auteur de déraillements de convois militaires allemands dans la banlieue-est les 11 et .
La création de la FTP-MOI Après la création de ces divers groupes armés dans la deuxième moitié de l'année 1941, les communistes français se dotent d'un mouvement de lutte armée spécifique, les Francs-tireurs et partisans (FTP), officiellement créé en , et qui est progressivement ouvert aux non-communistes. À partir de la création des FTP, la MOI reçoit la mission de créer ses propres groupes de lutte armée, les FTP-MOI.
Jacques Kaminski, membre du triangle de direction de la MOI (avec Louis Grojnowski et Artur London) a énormément de mal à convaincre Joseph Boczov d'intégrer des jeunes aux vétérans qui ont souvent l'expérience de la guerre d'Espagne. Joseph Boczov a le soutien de Henri Rol-Tanguy, mais la direction du Parti communiste tranche pour la création rapide des FTP-MOI sur le modèle des FTP. La direction des FTP-MOI de Paris est assurée par Boris Milevd'origine bulgare dit Charles, dit Gaby Paris la Rouge De Rémi KAUFFER pagecomme responsable politique, Boris Holbande son vrai nom Boris Bruhman dit Olivier dit Roger Boris Holban sur combattantvolontairejuif.org est nommé responsable militaire des FTP-MOI et, en tant que tel, il est en contact avec la direction de la MOI (Kaminski) et la direction des FTP. Aux côtés de Boris Holban, le triangle de direction des FTP-MOI en région parisienne est complété par un responsable politique, le Tchèque Karel Stefka, et d'un responsable technique, le Catalan Joaquim Olaso Piera. Le responsable politique est chargé de recevoir les nouveaux combattants, d'assurer leur subsistance et d'entretenir leur formation politique, et le responsable technique supervise l'approvisionnement et le stockage des armes et des explosifs, ainsi que la logistique des opérations.
Après sa création, la FTP-MOI de la région parisienne se structure en quatre « détachements » et une équipe. Chaque détachement est constitué en fonction de la nationalité ou de la langue de ses membres : le « détachement roumain » dirigé par Edmond Hirsch composé d'une trentaine de roumains, le « détachement juif » sous la direction de Sevek Kirshenbaum et composé d'une quarantaine de juifs polonais, et dont le responsable technique est Gilbert Weissberg de son vrai nom Samuel Weissberg qui avait un laboratoire rue Saint-Charles ou il fabriquait des engins pour les attaques le « détachement italien » sous la direction de Marino Mazetti composé d'une quarantaine d'italiens, le « détachement des dérailleurs » commandé par Joseph Boczov et composé de roumains, de bulgares, de tchèques, de hongrois, d'espagnols etc… qui sont principalement d'anciens de la guerre d'Espagne. À ces quatre détachements s'ajoute l'équipe bulgare, pas assez nombreuse pour constituer un détachement. Le « détachement juif » est en fait le prolongement de la section juive de la MOI qui se caractérise par l'usage de la langue yiddish pour le matériel de propagande destiné aux populations yiddishophones, mais d'autres juifs sont présents dans d'autres détachements, notamment le « détachement roumain » qui comprend des juifs roumains et hongrois.
En plus de ces cinq groupes de combat, l'organisation dispose aussi d'un service médical et d'un service de renseignements, dirigé par une Roumaine, étudiante en biologie, Cristina Boico. En revanche, les Espagnols, bien représentés dans la MOI, sont particulièrement sous-représentés dans la FTP-MOI de la région parisienne : ils sont plus nombreux, et plus actifs, dans le Sud-Ouest, avec la perspective de poursuivre la lutte armée sur le sol espagnol. L'ossature des détachements FTP-MOI est formée de permanents, appointés entre (l'équivalent d'un salaire ouvrier). Les non-permanents constituent une main-d’œuvre d'appoint auxquels on peut faire appel pour une action ponctuelle.
L'année 1942 Les débuts des détachements FTP-MOI sont extrêmement difficiles pour le détachement juif, le premier à entrer en action : l'engin explosif préparé pour une opération prévue pour le explose le soir du en tuant les deux jeunes résistants qui le mettent au point. Une souricière tendue par la police fait tomber une dizaine d'autres militants qui sont fusillés au Mont-Valérien avec . Après ces déboires, les premières actions du et du visent des ateliers juifs travaillant pour des Allemands. Lors de la dernière attaque, Léon Pakin, combattant aguerri des Brigades internationales, et le jeune étudiant Elie Wallach sont arrêtés et fusillés le , à la suite de menaces exercées le sur le fourreur Simon Boleslawski au 30 rue Saint-Antoine à Paris. Le détachement juif renonce ensuite aux attaques contre les petits patrons juifs.
Les autres détachements prennent le relais du détachement juif et mènent sept actions d'ambition modeste en juillet, onze en août et vingt en septembre : incendies, dépôts d'engins explosifs devant des locaux occupés par les Allemands, déraillements.
gauche|vignette|Plaque en mémoire de Domingo Tejero Pérez, parc des Buttes-Chaumont, à Paris. La mise en œuvre de la Solution finale initiée en France en avec la Rafle du Vel d'Hiv affecte fortement la section juive de la MOI. Les jeunes juifs étrangers qui s'étaient intégrés aux Jeunesses communistes sont invités à se rassembler au sein de la section juive. Dans les semaines qui suivent la rafle, une bonne centaine de jeunes se mobilisent ainsi dans le secteur de la propagande ou dans celui de la lutte armée donnant ainsi un nouvel élan aux FTP-MOI parisiens. L'enthousiasme des jeunes recrues est assorti d'une haine contre l'occupant et contre Vichy, la plupart d'entre elles ont au moins un membre de leurs familles victimes de la rafle.
Au cours de l'année 1942, les FTP dans leur ensemble ont subi de lourdes pertes, qui culminent en avec l'arrestation de tout l'état-major parisien (notamment Roger Linet). En même temps, à la fin 1942, les opérations des FTP-MOI deviennent plus ambitieuses avec notamment la pratique de l'attentat à la grenade contre des détachements allemands en déplacement à Paris. Les auteurs du Sang de l'Étranger dénombrent encore onze actions en octobre, dix en novembre et douze en décembre. C'est devant cette situation que la direction du Parti communiste (PCF) est amenée à solliciter davantage des FTP-MOI.
La thèse selon laquelle les FTP-MOI auraient été les seules forces disponibles à la fin de l'année 1942, défendue en 1985 par les auteurs du Sang de l’Étranger et reprise en 2006 par l'un des auteurs, Denis PeschanskiDenis Peschanski, article « Francs-tireurs et partisans de la Main-d’œuvre immigrée » dans Dictionnaire historique de la Résistance, dir. François Marcot, ., a été remise en cause par Franck Liaigre en 2012. Il souligne que la part des FTP-MOI dans l'ensemble des FTP parisiens n'a jamais dépassé les 50 %, même si la montée en puissance des FTP-MOI est indéniable à partir de l'automne 1942 : 7,5 % à l'été 1942, 25 % en , 45 % en , 40 % à l'été 1943 et moins de 22 % en , juste avant les arrestations massives de Liaigre 2014, ..
L'apogée des FTP-MOI Comme pour les autres mouvements de la Résistance armée, le Service du travail obligatoire incite un certain nombre de réfractaires à s'engager dans les FTP-MOI. D'autre part, les multiples arrestations conduisent à un certain nombre de réorganisations :
À la tête des FTP-MOI parisiens, Stefka, arrêté le , est remplacé par le Bulgare Boris Milev, jusqu'en où ce dernier cède le poste de commissaire politique au Polonais Joseph Davidovitch, alors que le responsable technique Olaso est remplacé par le Tchèque Alik Neuer. Le premier détachement roumain est complété par l'équipe bulgare et quelques Arméniens dont Missak ManouchianStéphane Courtois, article « Missak Manouchian » dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.. Joseph Clisci, Roumain de Bessarabie, devient le responsable militaire du détachement.
Une « Équipe spéciale » formée de quelques combattants d'élite est chargée de repérer et d’éliminer des personnalités, et d'effectuer les coups de mains les plus audacieux. Elle est composée d'une dizaine d'hommes dont deux jeunes juifs, Marcel Rajman et Raymond Kojitsky, un jeune italien Spartaco Fontanot, supervisés par un Allemand plus expérimenté, Leo Kneler, ancien des Brigades internationales L'ange tueur de l'Affiche rouge. Le service de renseignement est de plus en plus sollicité pour repérer d'éventuels objectifs allemands, préparer les plans d'attaque et de repli. Les membres du service de renseignement ne participent jamais aux opérations. Les objectifs repérés sont toujours allemands, jamais français, pour ne pas prêter le flanc à la propagande de Vichy.
Ainsi réorganisés, les FTP-MOI mettent en œuvre au cours des six premiers mois de l'année 1943. Trente-deux sont à imputer au deuxième détachement, trente-et-un au troisième, dix-huit au premier et onze au quatrième. Ces attentats parviennent à créer un certain sentiment d'insécurité parmi les militaires allemands qui sont obligés de prendre des mesures de protection, par exemple devant les cinémas et les théâtres fréquentés par les soldats allemands.
On peut essayer de classer les des moins risqués , aux plus risqués . Les attaques directes à la grenade et au revolver représentent un peu moins de la moitié des attentats. Un certain nombre d'actions échouent d'une façon ou d'une autre : militaires allemands qui ripostent et tuent des résistants, accidents de manipulation d'explosifs, fuyards arrêtés par la police. Néanmoins, au total, les pertes sont relativement faibles pour les six premiers mois de l'année 1943. Le au matin, Marcel Rajman se poste, avec Leo Kneler, Spartaco Fontanot et Celestino Alfonso, rue Pétrarque dans le de Paris, et descend de trois balles de 7.65 le général Julius Ritter, responsable du STO.
Filatures, traques et répression