Madeleine Deslandes, née Madeleine Annette Edmée Angélique Vivier-Deslandes le à Montluçon et morte le à , est une femme du monde et romancière française, fervente du peintre Edward Burne-Jones.
Biographie Fille d'Émile Auguste Vivier, baron Deslandes (1832-1917), officier de marine, sous-préfet sous le Second Empire, en poste à Montluçon au moment de sa naissanceElle naît dans l'hôtel de la sous-préfecture. Acte de naissance., peintre et homme de lettres, et d’Émilie Caroline Helene von Oppenheim (1842-1866), elle est, par sa mère, petite-fille du banquier Simon von Oppenheim et, par son père, descendante du baron Paul Deslandes-Preuilly et de la cantatrice Angelica Catalani.
En , elle épouse le comte Maurice Fleury (1856-1921)fils du général Émile Félix Fleury, historien et journaliste. Il s'agit d'un mariage arrangé par sa grand-mère paternelle, Adélaïde Kakoschkine (1811-1887), née Valabrègue. De ce mariage, un fils est né, Serge (1885-1973). En 1894, elle divorce, affirmant n'avoir jamais aimé cet homme dépensier et qu'elle n'a pas choisi.
Elle collabore très ponctuellement à quelques journaux (Le Gaulois, Le Figaro, La Nouvelle Revue). Madeleine Deslandes a écrit quatre romans sous le pseudonyme d'Ossit.
En 1893, Madeleine Deslandes se rend en Angleterre afin de rencontrer Edward Burne-Jones et écrire un article à son sujet (il sera publié dans Le Figaro en ). De son côté, Edward Burne-Jones peint son portrait en 1894-1895Philippe Saunier, "La baronne Madeleine Deslandes, "notre belle amie, la Femme-Blanche"", Cahiers Colette, 2023..
Elle tient un salon au 7 rue Christophe-Colomb dans le 8e arrondissement de Paris, fréquenté par nombre d'artistes, poètes ou compositeurs de renom. Selon le mot de Jean Lorrain, cet hôtel est un au décor original (crapauds en faïence de toutes tailles, biches en bronze). On peut y rencontrer Maurice Barrès, Jean-Louis Forain, Jacques-Émile Blanche, Jean Lorrain, Henri de Régnier, Albert Flament, la princesse Jeanne Bonaparte, la princesse Edmond de Polignac (née Winnaretta Singer), le compositeur Pierre de Bréville et son compagnon le chanteur Maurice Bagès, etc.
Entre 1890 et 1894, elle entretient une intense liaison avec Maurice Barrès. Autour de 1893, elle tombe amoureuse du sculpteur Hermann Obrist (rencontré chez les Grant Duff qu'elle fréquente à Londres et en Italie), sans que cette inclination soit réciproque.
Spirite et liée aux milieux ésotériques (son père Émile était lui-même un proche de Papus), elle est très amie de la théosophe Walburga von Hohenthal (1839-1929), plus connue sous le nom de lady Paget, et de sa fille Alberta. Elle se rend fréquemment chez elle, dans sa , sur les hauteurs de Florence, ainsi qu'au château de St Fagans, près de Cardiff. C'est dans le milieu florentin gravitant autour de Lady Paget qu'elle fait la connaissance de .
À l'été 1899, lors d'un séjour au château de Chaumont-sur-Loire, elle rencontre le jeune Robert de Broglie (1880-1956), fils du prince Henri Amédée de Broglie et de Marie Say. Une idylle naît, malgré la réprobation des parents du jeune homme, qui est engagé peu après à Batna en Algérie dans un régiment de spahis. Madeleine Deslandes se débrouille pour le faire nommer à Alger, où elle le rejoint avant de le faire revenir, grâce à ses relations, en France. C'est là, au domicile de son père Émile Deslandes, qu'elle se fiance avec lui, en présence d'Henri de Régnier et de Robert d'Humières. En Le à Londres, elle l'épouse à Londres, mais ce mariage clandestin est annulé en par le tribunal de Paris, le jeune homme n'ayant pas recueilli l'accord de ses parents. Ils continuent néanmoins à vivre ensemble jusqu'à ce qu'en 1904, Robert de Broglie, lassé, profite d'un séjour chez Lady Paget à Florence, pour la quitter et s'enfuir avec une Américaine, Estelle Alexander (1872-1944), rencontrée peu de temps auparavant.
En 1904, elle a une brève relation avec Colette (l'écrivaine écrit, dans une lettre à Robert d'Humières : Cahiers Colette, , 1994, .), puis avec Natalie Clifford Barney en 1905, et un flirt avec Eva Palmer-Sikelianos en 1906. Madeleine Deslandes fut proche de l'écrivaine et artiste Lucie Delarue-Mardrus qui laissera quelques souvenirs d'elle dans ses mémoires, parus en 1938.
Entre 1906 et 1909, elle fréquente Rainer Maria Rilke, dont elle recueille un certain nombre de poèmes, qui seront vendus dans les années 1960 par son fils Émile. Fin 1909, elle fréquente de jeunes écrivains liés à Jean Cocteau : André Fernet et les frères Jehan et Henri Bouvelet. Elle s'entiche tout particulièrement d'Henri Bouvelet (1888-1912), poète délicat, avec lequel elle entretient un flirt très improbable (Henri Bouvelet est homosexuel et il s'agace volontiers des excentricités un peu voyantes de la baronne). En 1908, elle fait la connaissance de Gabriele D'Annunzio, qu'elle retrouve pendant la guerre lorsqu'elle part habiter en Italie (ses revenus, essentiellement d'origine allemande, sont bloqués par la France). C'est en 1917, à Rome, qu'elle séduit Ferdinando Hardouin-Monroy-Ventimiglia (1898-1957), fils du duc de Gallese et neveu de Gabriele D'Annunzio.
Après la Première Guerre mondiale, elle revient à Paris, mais sans retrouver tout à fait sa place dans les milieux mondains. Grâce à l'écrivain André Germain (1882-1971), elle continue toutefois de fréquenter un certain nombre d'écrivains, souvent curieux de connaître celle qui fut un des grands amours de jeunesse de Maurice Barrès.
Elle participe, en , au soir de sa vie, à une fête de charité organisée par Boni de Castellane au profit du village Sarah Bernhardt en récitant, dans une cage au milieu de lions, un poème de Jean RichepinStéphanie Burrows, Tucholsky et la France., comme le rapporte André Becq de Fouquières : .
Ses sorties dans le monde sont de plus en plus rares. Quasiment ruinée, sous l'emprise de drogues, mais continuant de pratiquer la voyance, elle vit dans le souvenir des grands écrivains qu'elle a fréquentés et dans l'illusion qu'elle est une fée préraphaélite éternellement jeune.
thumb|left|Hôtel particulier de Madeleine Deslandes, rue Christophe-Colomb.|210x210px
Publications 1892 : À quoi bon ? 1894 : Ilse 1898 : Il n'y a plus d'îles bienheureuses 1908 : Cyrène
Notes et références
Annexes Bibliographie Boutillier du Retail, Dossiers biographiques, documentation sur Madeleine Deslandes, BnF. C. E. Curinier, Dictionnaire des contemporains, 1889-1906.
Philippe Saunier, « La baronne Madeleine Deslandes, "notre belle amie, la Femme-Blanche" », Cahiers Colette, 2023 Jules et Edmond de Goncourt, Journal : Mémoire de la vie littéraire. Madeleine Deslandes y est citée plusieurs fois. Marcel Proust, Jean Santeuil, Gallimard, 1952. L'écrivain en donne un portrait sévère sous le nom de Mme Jacques de Réveillon.
Iconographie Edward Burne-Jones, Madeleine Deslandes, 1894-1895, huile sur toile, Melbourne, National Gallery of Victoria. Photographie de Madeleine Deslandes, fonds Robert de Montesquiou, Paris, Bibliothèque nationale de France, N.A.F. 15307, fol. 108.
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