Les Tontons flingueurs est un film de gangsters franco-ouest-allemand-italien réalisé par Georges Lautner, sorti en 1963.
Cette adaptation du roman Grisbi or not grisbi (1955) d'Albert Simonin représente le dernier volet de la trilogie consacrée au truand Max le Menteur, précédée par le livre Touchez pas au grisbi ! et Le cave se rebiffe, tous deux également portés à l'écran en 1954 pour Touchez pas au grisbiLe titre du film, à la différence de celui du roman de Simonin, ne comporte pas de point d'exclamation final. et en 1961 pour Le cave se rebiffe. Toutefois, les adaptations cinématographiques sont spécifiques et ne respectent ni le traitement policier ni le caractère de continuité des romans. Ainsi, coauteur du scénario, Albert Simonin abandonne le ton sombre et sanglant du roman, au profit d'une veine humoristique, mise en dialogues par Michel Audiard.
Les rôles principaux du film sont tenus par Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre, Francis Blanche et Claude Rich.
Au fil des décennies, le film est devenu culte, notamment grâce à ses dialogues et ses répliques, entrées dans la culture populaire française, et à la suite de ses nombreuses diffusions télévisuelles et de ses multiples sorties vidéo. Ce long-métrage représente la plus célèbre réalisation de Georges Lautner.
Synopsis
Le personnage récurrent de la trilogie littéraire d'Albert Simonin, « Max le Menteur » devient, dans le scénario, Fernand Naudin, un ex-truand, relégué depuis près de quinze ans à Montauban pour de sombres histoires de démêlés avec la police de la région parisienne, et reconverti dans le négoce de matériel agricole et de terrassement. Le film s'ouvre sur son départ en pleine nuit pour Paris et donne tout de suite le ton : une parodie des films noirs américains, où l'humour sculpte l'ensemble des dialogues.
Fernand part ce soir-là pour Paris, parce qu'il vient de recevoir un télégramme provenant de son vieil ami Louis, dit « le Mexicain », complice de ses années de voyou, perdu de vue depuis quinze ans. Persuadé d'en avoir pour deux jours tout au plus, Fernand va de surprises en surprises dès son arrivée à Paris. À l'article de la mort, son vieil ami Louis lui confie la garde de sa fille Patricia, ainsi que la direction de ses « affaires qui tournent toutes seules ». Les affaires en question sont notamment un bowling géré par « Henri », une roulette clandestine sous la garde du truand surnommé « Tomate », une salle de jeux clandestine administrée par les frères Volfoni (Paul et Raoul), une distillerie clandestine dirigée par l'Allemand Theo et une maison close supervisée par .
Mis devant le fait accompli, Fernand Naudin se résout à honorer les dernières volontés de son ami. Or, sa décision d'accepter la succession mécontente fortement les différents présumés « gérants » des affaires du Mexicain, souhaitant obtenir leur indépendance après la mort de leur patron. Avant de s'installer chez le Mexicain, Fernand est appelé à se rendre chez Tomate en compagnie de Pascal, redoutable « première gâchette » du Mexicain, qui se met à son service. Les deux hommes tombent dans un guet-apens qu'ils déjouent grâce au manque d'expérience des assaillants ; ils soupçonnent les Volfoni d'en être les instigateurs (en réalité, le coup a été monté par Théo). Mais Henri, qui avait relayé l'appel de Tomate, a entre-temps été assassiné. Commence alors, pour Fernand Naudin, une impitoyable « guerre de succession » des affaires du Mexicain, avec les frères Volfoni comme principaux adversaires. Fernand — assisté de Ce nom de « » est un clin d'œil au nom d'huissier alors le plus connu de France, « », présent dans tous les tirages au sort de la RTF pour attester de leurs conditions normales de déroulement. (notaire qui s'occupe des finances du Mexicain), du majordome de la maison, (lui-même ancien cambrioleur), et de Pascal — se retrouve contraint de reprendre tout en main, ce à quoi il va se consacrer, dans un style percutant et tout personnel.
Une fois installé chez le Mexicain, Fernand découvre ensuite que sa fille, Patricia, non seulement ne sait rien de la vie réelle qu'a eue son père, mais qu'elle est une élève dissipée, renvoyée au bout de six mois de tous les établissements scolaires qu'elle fréquente. Elle a aussi un petit ami, Antoine, un jeune homme aux airs précieux qui se prend pour un compositeur et que Fernand prend rapidement en grippe.
Fernand est aussi mis au courant par que les « gérants » n'ont pas payé leur « redevance » depuis un mois, le Mexicain n'en ayant pas été informé du fait de son caractère prompt à sortir la « sulfateuse ». Apprenant qu'une réunion non officielle est organisée entre les « gérants », Fernand, Pascal et le notaire s'y rendent pour faire le point sur les affaires et mettre les choses « au poing ». Bastien, « première gâchette » des Volfoni et cousin par alliance de Pascal, se joint aussi à Fernand. Quelques jours plus tard, Fernand est appelé par Raoul Volfoni pour venir aider Théo à transporter une cargaison d'alcool. Mais c'est un autre piège monté par l'Allemand, duquel Fernand parvient à se tirer : soupçonnant à nouveau et à tort Raoul Volfoni, Fernand administre à ce dernier un « bourre-pif » et récupère tout l'argent de leur trésorerie pour payer la destruction du camion et de sa cargaison.
vignette|redresse|Reconstitution de la bouteille d'alcool clandestin, bue lors de la scène de beuverie dans la cuisine de la maison du Mexicain.
Plus tard dans la soirée, les frères Volfoni comptent régler leurs comptes avec Fernand en allant dans la maison du Mexicain où se tient une grande fête, organisée par Patricia. Les maîtres des lieux « apaisent » rapidement les tensions dans cette « guerre des truands », donnant lieu à une scène où Fernand, Folace, Jean, Raoul et Paul, réunis autour d'un verre dans la cuisine, beurrent les toasts en dégustant un alcool frelaté, tout en échangeant des remarques truculentes à son sujet. Ivres, les protagonistes mettent fin à la soirée en chassant tous les invités, dont Antoine et, involontairement, Paul Volfoni, sous le regard hilare de Raoul, Folace et Fernand, et celui horrifié de Patricia.
Le lendemain, apprenant que Patricia n'est pas allée en cours et a quitté la maison, Fernand part la retrouver chez Antoine. Là-bas, il prend le temps de mieux la connaître et devient intéressé par le projet de mariage entre les deux jeunes gens, lorsqu'il apprend que le père d'Antoine est vice-président du Fonds monétaire international (c'est surtout le mot « monétaire » qui retient son attention).
Alors que la guerre des truands semble interrompue, Fernand reçoit un colis piégé pour son anniversaire de la part des « Volfoni frères » (en réalité envoyé par Théo). Ceci conduit à ce que Raoul reçoive une nouvelle visite « bourre-pif » de Fernand. Agressé et en colère, Raoul décide de se venger en piégeant sa voiture. Mais la nuit suivante, Fernand le prend sur le fait et l'expédie à l'hôpital, à la suite d'une sévère correction.
Pascal et Bastien expliquent à Fernand que les Volfoni ne sont pour rien dans cette « guerre de succession ». Les soupçons se portent désormais (et à juste titre) sur l'Allemand et sa bande : les « premières gâchettes » en obtiennent confirmation auprès de Tomate, complice de Théo, avant de le tuer. Comprenant que Fernand l'a démasqué, Théo organise avec ses complices un assaut chez le Mexicain. Cela donne lieu à un autre moment fort où les gangsters, échangeant des coups de feu avec des pistolets munis de silencieux, produisent une sorte de symphonie improvisée, composée de « bruits de bouchon », alors que Fernand est en train d'accueillir le père d'Antoine venu lui demander la main de Patricia : tous deux évitent de peu la fusillade. Mise en déroute, la bande de Théo part se « soulager » sur les frères Volfoni qui sont ainsi conduits à retrouver le chemin de l'hôpital.
Le jour du mariage arrive. Avant de se rendre à l'église, Fernand et ses « premières gâchettes » se chargent de neutraliser la bande de l'Allemand. Mais ce dernier parvient à s'enfuir et Fernand n'a plus le temps de le poursuivre car il doit assister au mariage. Alors que la cérémonie a commencé, Théo arrive à l'église, mais Pascal et Bastien l'éliminent en faisant exploser sa voiture.
Fiche technique
Distribution
Production Genèse et développement vignette|redresse|alt=Couverture du livre Grisbi or not grisbi, sur fond noir.|Le film est adapté d'un roman de la Série noire, Grisbi or not grisbi, dernier opus de la trilogie du truand Max « le Menteur » écrite par Albert Simonin. Au début de 1962, le scénariste et dialoguiste Michel Audiard soumet auprès d'Alain Poiré, producteur central de la Gaumont, l'idée d'adapter un roman de son ami Albert Simonin, Grisbi or not grisbi, paru en 1955 dans la collection Série noire.. Le livre constitue le dernier opus d'une trilogie consacrée au truand Max « le Menteur », précédée par Touchez pas au grisbi ! de 1953 et Le cave se rebiffe de 1954. Simonin avait coécrit le scénario de l'adaptation du premier : Touchez pas au grisbi réalisée par Jacques Becker, film noir sorti en 1954. Accompagné d'Audiard, l'auteur avait ensuite transformé le deuxième en comédie : Le cave se rebiffe porté à l'écran par Gilles Grangier, sorti en 1961. Outre un ton différent, les deux films n'entretiennent pas de continuité, bien que Jean Gabin soit toujours le rôle principal (Max « le menteur » dans le premier, Ferdinand Maréchal dans le second). Simonin et Audiard, aidés de Georges Lautner, adaptent Grisbi or not grisbi dans le même esprit de détournement comique, pastiche de polar. Lautner est alors un jeune réalisateur auréolé de récents succès tels que Le Monocle noir, Le Septième Juré et L'Œil du Monocle, mais il se considère comme mal vu à la Gaumont.
Dans la lignée de Touchez pas au grisbi et Le cave se rebiffe, le premier rôle est prévu pour Jean Gabin. L'acteur-vedette est cependant momentanément fâché avec Audiard depuis Mélodie en sous-sol, sorti quelques mois auparavant, lui reprochant d'avoir trop mis en valeur Alain Delon à son détriment. Gabin refuse le film au prétexte que Lautner impose son équipe de tournage, alors qu'il aurait préféré ses techniciens habituels, n'aimant pas se faire à de nouvelles têtes. Il s'engage à la place dans Maigret voit rouge par Gilles Grangier. Audiard imagine dans le rôle Lino Ventura, justement révélé dans Touchez pas au grisbi.
Grisbi or not grisbi raconte la succession houleuse de Fernand dit « le Mexicain », à la tête d'affaires criminelles qu'il confie à son ami de jeunesse Max « le menteur », rapidement convoitées par les frères Volfoni. Les scénaristes écartent le personnage de Max « le menteur » (comme pour Le cave se rebiffe) et le renomment Fernand Naudin. Ils ajoutent un personnage de « nièce », la fille du Mexicain dont Fernand devra s'occuper en plus de l'entreprise criminelle. Audiard, Simenon et Lautner écrivent le scénario à la bouche des comédiens, Lautner expliquant . Ventura, Blanche et Blier sont les têtes d'affiches de cette petite production.
La Gaumont ne croit pas au succès du film. Le sujet est assez sombre pour une comédie de l'époque et les acteurs ne sont pas de grandes vedettes. Le film n'aurait été lancé que dans l'unique but de ne pas perdre les contrats pour plusieurs films signés avec les acteurs et le réalisateur. Seul Alain Poiré défend le film, quoique hésitant. Pour limiter les risques financiers, la production s'associe avec des sociétés en Italie et en Allemagne de l'Ouest, d'où la présence de comédiens étrangers dans la distribution. Pour un devis établi à deux millions et demi de francs, le budget est partagé entre alloué par Gaumont, par la production ouest-allemande Corona Filmproduktion et les restants par la société italienne Ultra Film Sicilia Cinematografica..
Scénario vignette|redresse=1.5|gauche|Affiche secondaire listant les mots d'argot du film et leur signification.