Ploaré est une ancienne commune et paroisse du Finistère rattachée à celle de Douarnenez en 1945.

Géographie Le bourg est situé à un peu plus de de la côte, sur un plateau : c'est là une caractéristique commune à de nombreuses communes littorales bretonnes. Selon Bourde de La Rogerie, c'est probablement par crainte des pirates saxons que les premiers émigrants bretons fixèrent le centre de leurs plous à l'intérieur des terres cité par René Largillière dans "Les saints et l'organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonne", 1925.

Histoire

Étymologie

Le nom de Ploaré provient de Plou- ("paroisse" en breton) et Erlé (probablement saint Herlé., un saint inconnu par ailleurs).

Antiquité Les salaisons des Plomarc'h se trouvaient sur le territoire de Ploaré, qui était aussi traversé par la voie romaine venant de Vorgium (Carhaix) qui longeait le bois de Névet en Plogonnec, traversait Le Juch avant de parvenir à DouarnenezÉdouard Vallin, Voies romaines de la Cornouaille, "Bulletin archéologique de l'Association bretonne", 1857, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2074691/f256.image.r=Ploar%C3%A9.

Époque moderne La paroisse primitive s'étendait sur un vaste territoire qui comprenait Douarnenez mais aussi les communes actuelles du Juch et de Gourlizon, qui étaient des trèves de Ploaré.

L'église actuelle de Ploaré date de 1548, mais elle a été précédée par d'autres, et elle a été remaniée par la suite, agrandie notamment en raison de la croissance de la population. La richesse du maître-autel et les retables des autels latéraux témoignent d'une économie alors florissanteJean-Michel Le Boulanger, "Douarnenez, histoire d'une ville", éditions Palantines, 2000 [].

La seigneurie de Coëtanezre se trouvait initialement à Ploaré et s'étendait sur Ploaré et Pouldergat. Les Coëtanezre sont cités aux réformations de 1426 et 1536 et à la montre de 1576 comme étant aussi seigneurs de Lézergué (en Ergué-Gabéric), de Pratmaria (en Ergué-Armel) et du Granec (en Landeleau). Ils possédaient aussi dès le début du le manoir des Salles (en Kerfeunteun)Julien Trévédy, Promenade aux manoirs de Troheir, Kerpaen, Les Salles et Le Parc (commune de Kerfeuteun), "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1888, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2081934/f121.image.r=Ploar%C3%A9.

Une autre famille noble était celle des Keratry, dont le membre le plus ancien connu est Christophe de Keratry, né vers 1475, sieur de Keratry et Keralguen, écuyer ; son fils François de Keratry (né vers 1500), son petit-fils Jean de Keratry (né vers 1525), son arrière-petit-fils Henry de Keratry (né vers 1550) et le fils de ce dernier Henry de Keratry (né vers 1575) sont également connus. Un des fils de ce dernier François de Keratry, né le au Juch, fut à son tour seigneur de Keratry, ainsi que son fils Jacques de KeratryJacques de Keratry, né le à Douarnenez, décédé en 1751.. Le fils de ce dernier Julien de KeratryJulien de Keratry, né en 1698 au manoir de Keratry, décédé le . fut président élu de la noblesse aux États de Bretagne en 1766. Son fils Auguste Hilarion de Kératry, comte de Keratry, fut député du Finistère et pair de France et le fils de ce dernier Émile de Kératry fut aussi député du Finistère. En 1930, Louis Le Guennec écrit que « du manoir de Keratry, il ne subsiste que la porte encapuchonnée de lierre ».

« Ploaré, au temps jadis, était le doyenné de l'endroit. Douarnenez n'en formait qu'une trève, où une seule chapelle existait sous le vocable de Sainte-Hélène. Les fonctionnaires royaux dépendaient de Ploaré, nonobstant que le port de Douarnenez eût déjà un commerce important »Paul Declesves, Douarnenez, en Bretagne, Journal La Croix, du 30 avril 1933, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k413662j/f3.image.r=Ploar%C3%A9.

En 1658, le père Julien Maunoir prêcha une mission à PloaréEdmond-M. P. du V., "Le R. P. Julien Maunoir, de la Compagnie de Jésus, apôtre de la Bretagne au XVIIe siècle", 1869, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63707557/f187.image.r=kerlaz.

En 1759, une ordonnance de Louis XV ordonne à la paroisse de Plouaray-Douarnenès [Ploaré-Douarnenez] de fournir 36 hommes et de payer 236 livres pour « la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne »"Ordonnance... portant imposition pour la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne", 1759, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97412315/f7.image.r=Plovan?rk=21459;2.

Révolution française

La paroisse de Ploaré et ses trèves du Juch et de Goulizon, qui comprenaient alors 360 feux, élurent quatre délégués : François Le Menn (de Kerstrat), Jean Le Castrec (du Cosquer), Jean Le Cœur (du bourg de Gourlizon), Jean Hémon (de Kermenguy), pour les représenter à l'assemblée du tiers-état de la sénéchaussée de Quimper au printemps 1789"Archives parlementaires de 1787 à 1860 ; 2-7. États généraux ; Cahiers des sénéchaussées et bailliages", série 1, tome 5, 1879, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k49520z/f514.image.r=Plovan?rk=4206029;2. Le cahier de doléances de la paroisse de Ploaré, qui concerne aussi ses trèves de Gourlizon et Le Juch, fut rédigé le en la chapelle Sainte-Hélène de Douarnenez ; de trois cents à quatre cents paroissiens participèrent à la réunion, demandant notamment « que la religion catholique (...) soit la seule observée en France », « que toutes les corvées tant publiques que territoriales soient abolies », « que les boissons en général, telles que vin, eau de vie, et autres liqueurs, seront délivrés aux laboureurs, et autres du tiers-état aux mêmes prix qu'au clergé et aux nobles »..

La loi du « relative à la circonscription des paroisses du district de Pont-Croix » donne à la paroisse de Ploaré comme succursales Le Juch et Douarnenez" Collection complète des lois promulguées sur les décrets de l'assemblée nationale, imprimée par ordre de l'assemblée nationale", tome 12, 1791, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5685361x/f428.image.r=Pouldreuzic.langFR.

Le

René-Théophile Laennec passa les dernières années de sa vie, à partir de 1820, à Kerlouarnec en Ploaré où il mourut le et fut enterré dans le cimetière de Ploaré.

Les épidémies

Une épidémie de dysenterie avait sévi à Ploaré en 1854, frappant la moitié de la population et faisant « une victime pour sept malades ». Les Mémoires de l'Académie de médecine décrivent alors ainsi la commune « La petite commune de Ploaré ne compte que 20 à 30 maisons, petites, basses, obscures, mal closes ; cette localité, par sa position sur un monticule très élevé, est exposée aux vents de l'ouest et surtout du nord-ouest, qui règnent pendant une grande partie de l'année. Les conditions hygiéniques n'y diffèrent pas de celles que l'on rencontre dans las autres parties du littoral du Finistère, à savoir : aération très imparfaite des habitations, nourriture grossière insuffisante, abus de l'eau-de-vie, vêtements impropres à protéger le corps contre les intempéries des saisons, travail pénible, excessif et irrégulier »"Mémoires de l'Académie de médecine", 1856, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63496746/f193.image.r=Ploar%C3%A9.

L'épidémie de choléra de 1849-1850 fit 60 victimes et celle de 1885-1886 dix victimes à PloaréHenri Monod, "Le choléra : histoire d'une épidémie, Finistère 1885-1886", 1892, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5578605r/f29.image.r=Ploar%C3%A9 et https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5578605r/f46.image.r=Ploar%C3%A9. Une épidémie de diphtérie sévit à Ploaré entre le et le : elle fit 13 malades et provoqua 4 décèsRaoul Bayeux, "La Diphtérie depuis Arétée le Cappadocien jusqu'en 1894", 1899, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54748605/f159.image.r=Ploar%C3%A9.

Entre le et le , le canton de Douarnenez enregistra 172 cas de choléra (dont 99 décès), dont 4 cas (2 décès) pour la seule commune de PloaréAcadémie nationale de médecine, Rapport général sur les épidémies de 1893,"Mémoires de l'Académie de médecine", 1899, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6345459k/f533.image.r=Poulgoazec

Les costumes traditionnels

Le costume du 19ème siècle des hommes de Ploaré est ainsi décrit par Albert Racinet : « Veste et gilet de drap, passementés en bordure. Ceinture de soie, braies larges en drap rayé descendant jusqu'en dessous des genoux ; guêtres en drap, frangées de laines de couleur mélangées vers le haut. Chapeau en feutre avec ruban de soie brodé en couleurs. Barbe entière, chevelure très longue »Albert Racinet, "Le costume historique", 1888, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65450551/f463.image.r=Ploar%C3%A9. « Le gilet se porte croisé le dimanche, en changeant le côté exposé à la vue pour prendre le plus orné »Albert Racinet, "Le costume historique", 1888, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65450551/f485.image.r=Ploar%C3%A9. Laënnec se plaisait à rappeler que son mari « chaque dimanche assistait à la grand'messe de Ploaré, avec la même régularité que les beaux paysans aux larges braies et à la longue chevelure »"Le Dimanche : Supplément à la Semaine religieuse du Diocèse de Cambrai", n° du 5 août 1893, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63147300/f16.image.r=Ploar%C3%A9.

La tenue des riches mariée de Ploaré est décrite par le même auteur : « Coiffe de dentelle ou de tulle brodé laissant voir les cheveux, selon la coutume ; col de toile de coton largement tuyauté ; attenant aux brides de la coiffe, un ornement brodé d'or retombant sur l'hirviz (chemise) ; corsage et jupe de drap rouge, agrémentés de galons brodés d'or ; tavanger (tablier de pardon) en soie à couleur changeante, également entouré de galons d'une richesse particulière au pays ; chaussures de drap souvent brodés de soieries éclatantes »Albert Racinet, "Le costume historique", 1888, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65450551/f471.image.r=Ploar%C3%A9. Le costume est encore très influencé parla mode de Quimper , notamment par l'usage de la coiffe borlédenn de cérémonie qui remplace la penn-sardin du quotidien. Armel Beaufils a sculpté une Jeune fille de Ploaré en 1921Revue "Le Monde illustré" n° 3 310 du 28 mai 1921, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6208785p/f7.image.r=Ploar%C3%A9.

vignette|Plastron orné de broderies à la mode de Ploaré, début 20ème ; coll. Particulière vignette|Mariés aisés de Ploaré vers 1930. La discrète coiffe penn-sardin se dissimule derrière l'imposante chevelure. Se déguiser en "petit paysan breton de Ploaré" faisait partie des mascarades enfantines à la mode dans la bonne société parisienne dans les années 1880Journal Le Temps n° 7 952 du 2 février 1883, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k229006m/f3.image.r=Ploar%C3%A9.

La démission d'une partie des membres du Conseil municipal en 1893

L'instituteur public de Ploaré, qui avait été condamné à une amende et à des dommages-intérêts pour avoir insulté le vicaire de la paroisse, fut révoqué de ses fonctions de secrétaire de mairie par le maire (mais maintenu dans ses fonctions d'instituteur par l'inspecteur d'académie)Journal des débats politiques et littéraires n° du 4 août 1894, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4671990/f3.image.r=Ploar%C3%A9. Le , onze membres du Conseil municipal donnèrent leur démission dans une lettre adressée au Préfet du Finistère, mais quatre conseillers municipaux lui écrivirent quelques jours plus tard pour se plaindre que leur signature a été extorquée par le maire (ils croyaient signer une simple pétition). l'affaire se termina devant le Conseil d'État qui maintint la validité de la démission. De nouvelles élections municipales furent organisées le J.-B. Sirey, "Recueil général des lois et des arrêts : en matière civile, criminelle, commerciale et de droit public", 1896, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5611079d/f990.image.r=Ploar%C3%A9.

Description de Ploaré vers 1890