L'Église unitarienne hongroise () est une Église protestante de langue hongroise d'origine transylvaine, de théologie unitarienne. Fondée en 1568, elle est divisée en 1948 entre l'Église unitarienne de Transylvanie () et l'Église unitarienne de Hongrie () et réunifiée en 2010 sous le dénominatif actuel..
Histoire Tolérance religieuse et querelles protestantes
thumb|left|Jean II (roi de Hongrie). Vers 1555, le jeune prince Jean-Sigismond Zapolya de Hongrie (1540-1571) règne sur la principauté de Transylvanie, où cohabitent plusieurs confessions chrétiennes, catholiques, orthodoxes et protestantes. La principauté accueille aussi des réfugiés vaudois, hussites, anabaptistes ou juifs, pourchassés ailleurs par l'Inquisition catholique ou par l'intransigeance protestanteBéla Köpeczi (dir.), History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002. Version abrégée en français sur internet : Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akademiai Kiadó, 1992).. Les luthériens sont alors en passe de dominer la principauté, si bien que la reine Isabelle, fille de Bona Sforza née en Pologne, obtient de la Diète transylvaine en 1557 un édit de tolérance reconnaissant des droits égaux aux catholiques et aux luthériens. Par cet édit, toutes les confessions ne sont cependant pas à égalité : la Transylvanie est dominée par l' Unio Trium Nationum, « Union des trois nations », alliance entre l'aristocratie hongroise, les bourgeois et les fermiers libres Saxons et les guerriers Sicules, alors que les paysans roumains, ayant été privés de leurs franchises et asservis après l'échec des jacqueries de Bobâlna (1437) et de Gheorghe Doja/Dózsa György (1514), sont déclarés « nation tolérée », leurs représentants sont exclus de la diète et leur forme de christianisme, orthodoxe, n'est pas recepta (« légalement acceptée) » comme le sont le luthéranisme, le calvinisme et le catholicismeOvid Sachelarie, Nicolae Stoicescu (coord.), Instituţii feudale din ţările române (« Institutions féodales des pays roumains »), éd. de l'Académie roumaine, Bucarest 1988.
Le nouveau chef de l'Église luthérienne de Transylvanie est alors Ferenc Dávid, un ancien prêtre catholique passé à la Réforme, réputé brillant orateur et déjà pasteur des luthériens de Kolozsvár/Klausenbourg/Cluj. Des débats internes à l'Église luthérienne opposent deux conceptions de la « Sainte Cène », certains préférant la conception calviniste. Ferenc Dávid, initialement partisan de Martin Luther, se laisse progressivement convaincre par les calvinistes. La formation d'un groupe calviniste divise alors l'Église luthérienne transylvaine et en 1564, la Diète reconnaît l'existence d'une Église calviniste, dont Ferenc Dávid est nommé évêque.
De scission en scission : la fondation de l'Église unitarienne de Transylvanie Liste des évêques de l'Église unitarienne de Transylvanie 1568-1579 Ferenc Dávid 1579-1592 Demeter Hunyadi 1592-1597 György Enyedi 1597-1601János Kósa1601-1616 Máté Toroczkai1616-1632 Bálint Radeczki 1632-1636Pál Csanádi 1636-1661Dániel Beke -János Járai1663-1684Boldizsár Koncz 1684-1689 Dániel Márkos Szentiványi 1689-1690 Pál Bedö 1691-1692Mihály Nagy 1692-1724Mihály Gergely Almási1724-1737 Zsigmond Pálfi1737-1758Mihály Lombárd Szentábrahámi 1758-1786István Agh1786-1811 István Lázár 1812-1836János Körmöczi 1838-1843Miklós Székely 1845-1852Sándor Székely 1861-1875János Kriza 1876-1928József Ferencz1928-1938György Boros1938-1941Béla Varga1941-1946Miklós Józan 1946-1971Elek Kiss Séparation de l'Église unitarienne de TransylvanieTransylvanie Hongrie1971-1994 : Lajos Kovács1971-1988 : József Ferencz1994-1996 : János Erdö1988-1994 : János Huszti1996-2009 : Árpád Szabó1994-2001 : Márton Bencze 2001-2009 : Csaba Rázmány Réunification de l'Église unitarienne hongroise2009-en cours Ferenc Bálint-Benczédi
En 1563, le médecin Giorgio Blandrata entre à la cour de Kolozsvár/Klausenbourg/Cluj. Avec précaution, il sonde les possibilités d'évolution de Ferenc Dávid, lui présentant dans le privé ses vues anti-trinitaires. L'évêque calviniste se révèle alors ouvert à une nouvelle étape de la Réforme et choisit d'assumer publiquement en 1566 les thèses de Michel Servet, puis de faire publier l'année suivante un recueil de textes anti-trinitaires. Lors des débats publics, bénéficiant de la bienveillance du prince Jean-Sigismond (János-Zsigmond) de Transylvanie, Ferenc Dávid obtient de nombreux ralliements au parti anti-trinitaire. Finalement, en 1568, le prince transylvain, tout en confirmant les précédents édits de tolérance « accorde à ses sujets le droit d'adhérer à la confession de leur choix », réfugiés, juifs et serfs valaques inclus.
Une Église unitarienne est alors créée avec à sa tête Ferenc Dávid et comme membre de choix Jean Sigismond (cas unique dans l'Histoire). Ferenc Dávid reste à la Diète transylvaine de 1571 le temps de légaliser l'existence à égalité des quatre Églises catholique, luthérienne, calviniste et unitarienne.
Comparée à la Petite Église des Frères Polonais, la nouvelle Église unitarienne transylvaine en est effectivement très proche, mais moins influencée par l'anabaptisme. En effet, les unitariens ne s'interdisent pas l'accès aux emplois supérieurs de l'État, ni le port d'arme, ni le droit à la guerre défensive. Ainsi, sous le règne d'un prince lui-même unitarien, et aussi sous son successeur immédiat, l'Église unitarienne de Transylvanie réussit à prospérer et même essaimer en Hongrie voisine.
Arrêt des innovations
L'aboutissement de la Réforme unitarienne a été le fondement d'une nouvelle tradition hostile aux innovations théologiques. Cette position conservatrice est alors celle de Giorgio Blandrata, devenu entretemps conseiller du prince János-Zsigmond. Cherchant à rendre illégale toute nouvelle réforme, son but est sans doute d'empêcher toute nouvelle dissidence parmi les unitariens, comme cela se produit en Lituanie où des Frères fondent l'Église des « non-adorants ». Apprenant la nouvelle, Dávid Ferenc est sensible au refus d'adorer le Christ glorifié et adopte les thèses de cette nouvelle dissidence unitarienne. Un terrible conflit s'ensuit alors entre lui et Blandrata en 1578. Fausto Socin, appelé à l'aide par Blandrata, s'entretient tout l'hiver avec Dávid, chez qui il loge, mais ne parvient pas à le faire changer de point de vue. Aussi, en 1579, alors que Socin est retourné en Pologne, Ferenc Dávid est condamné et emprisonné à Deva où il meurt.
János-Zsigmond et plus tard Moïse Székely (1603) sont les deux seuls princes transylvains à adopter la confession unitarienne.
Unitarisme en Hongrie au
Lié aux populations magyarophones de Transylvanie, l'unitarisme est une religion de langue hongroise qui essaime progressivement en Hongrie pendant les siècles qui suivent la création de l'Église unitarienne de Transylvanie, souvent à la faveur des migrations vers Budapest et les autres grandes villes du royaume. Cette forme d'exode rural prend un tournant particulier après 1918 lorsqu'une frontière est tracée entre la Hongrie et la Transylvanie désormais roumaine et officialisée par le traité de Trianon de 1920. Des milliers de Hongrois quittent alors la Roumanie pour gagner Budapest où des quartiers entiers abritent les migrants. Alors que la capitale dispose déjà d'une commune ecclésiastique unitarienne, deux autres se constituent autour des communautés venues de Transylvanie : la commune ecclésiastique unitarienne Béla Bartók et celle de Pestszentlőrinc. Durant l'entre-deux-guerres, ces communes se maintiennent dans le giron de l'Église transylvaine.
En 1945, un administrateur épiscopal est désigné pour gérer la branche hongroise de l'Église unitarienne de Transylvanie. En 1971, l'élection d'un évêque pour le territoire hongrois marque la naissance formelle de l'Église unitarienne de Hongrie. La cohabitation des deux Églises est une nécessité durant la période communiste et face aux persécutions religieuses. En 2010, plus de vingt ans après l'ouverture du rideau de fer et la libération des pays de l'Est européen, les deux Églises se réunissent sous le nom d'Église unitarienne hongroise. La réunification est reconnue par les gouvernements roumain et hongrois le ; l'État hongrois restitue à la nouvelle entité l'immeuble de l'évêché unitarien dans le de Budapest, nationalisé par la République populaire de Hongrie en 1954. L'Église unitarienne de Hongrie prend alors le statut d'arrondissement ecclésiastique unitarien aux côtés de ceux de Transylvanie.
Convictions Catéchisme L'Église unitarienne de Transylvanie dispose d'un catéchisme., en 9 chapitres et 136 questions, écrit par Jozsef Ferencz, édité et modifié en 1991 (). Jozsef Ferencz, 1835-1928, a été évêque de l'Église unitarienne transylvaine de 1876 à sa mort. 1. Concepts 2. Dieu 3. L'enfant de Dieu 4. Jésus 5. Le Saint Esprit 6. L'Église unitarienne 7. Péché et repentance 8. La vie éternelle 9. Services liturgiques Crédo L'Église unitarienne de Transylvanie dispose aussi d'un credo. : Je crois en un Dieu, créateur de la terre et Père providentiel. Je crois en Jésus, le meilleur fils de Dieu, notre véritable enseignant. Je crois au Saint-Esprit. Je crois à la mission de l'Église unitarienne. Je crois au pardon des péchés et à la vie éternelle. Amen. Affirmation unitarienne L'Église unitarienne de Transylvanie dispose aussi d'une affirmation : Je suis Unitarien Je vis et travaille dans cette foi. Jésus est mon guide. Et Dieu est mon aide. Nous humains sommes tous frères et sœurs, Nous n'avons qu'une loi : l'AMOUR. Ce but de notre œuvre est partagé. Heureux ceux du royaume de Dieu.
Culte
Sacrements L'Église unitarienne de Transylvanie pratique 2 sacrements institués par Jésus : le baptême la Sainte-Cène (elle est commémorative)
Autres cérémonies L'Église unitarienne transylvaine pratique d'autres rituels qui ne sont pas considérés comme des sacrements : confirmation mariage obsèques.
Fêtes de l'Église L'Église unitarienne de Transylvanie fête : Noël, commémoration de la naissance de Jésus Dimanche des Rameaux, entrée de Jésus à Jérusalem Vendredi saint, crucifixion et mort de Jésus Pâques, manifestant la foi en l'immortalité de l'âme Pentecôte, victoire des idées de Jésus et constitution de la première congrégation chrétienne Dimanche des Moissons Fête de la Réformation Jour du souvenir de Ferenc Dávid Fête des Mères
Liturgie La liturgie du culte de l'Église unitarienne de Transylvanie. : chant d'ouverture chant principal prière Notre Père chant lecture de la Bible prédication prière prière silencieuse ou Notre Père bénédiction chant de fermeture.
Implantation territoriale et démographie thumb|left|Les unitariens de Roumanie (2002) La majorité des adhérents de l'Église unitarienne vivent en Transylvanie, entre Sighișoara (Segesvár) et Odorheiu Secuiesc (Székelyudvarhely), notamment autour de Dârjiu (Székelyderzs). L'Église unitarienne est particulièrement importante à Dârjiu, Atid (Etéd), Cristuru Secuiesc (Székelykeresztúr), Feliceni (Felsőboldogfalva), Inlăceni (Énlaka) et Mugeni (Bögöz) où les unitariens sont majoritaires. Ces communes sont situées dans le sud-ouest du județ de Harghita, sauf Sighișoara qui est situé dans le sud-est du județ de Mureș. Les fidèles unitariens sont quasi-exclusivement des citoyens roumains magyarophones, membres de la minorité magyare de Roumanie.