Le , ou , est un obusier de siège allemand de calibre . Il est développé par Krupp à la demande de l'armée impériale allemande entre 1906 et 1910, afin de répondre aux nouveaux forts français, belges et russes en béton armé. Produit à dix exemplaires, il est utilisé pendant la Première Guerre mondiale, notamment lors des sièges de Maubeuge, d'Anvers et de Verdun. Un exemplaire ayant survécu à cette guerre est réassemblé par les Allemands en 1937. Remis en service dans la Wehrmacht au début de la Seconde Guerre mondiale, il participe aux attaques contre la ligne Maginot, les forteresses de Liège et Sébastopol.

Lors de sa conception, les ingénieurs allemands privilégient la puissance de feu aux dépens de la mobilité. Il en résulte une pièce massive, qui doit être installée sur des fondations et ne peut être déplacée que par voie ferrée. Par conséquent, sa capacité opérationnelle se trouve limitée lors des deux guerres par des problèmes logistiques, qui lui font généralement préférer d'autres modèles plus mobiles. Malgré sa puissance de feu, le montre rapidement ses limites : les grands forts de Verdun se révèlent imperméables à ses tirs, tandis que son manque de précision le rend peu efficace contre les petits ouvrages qui ne sont détruits qu'au prix d'un long et coûteux bombardement.

Historique Contexte Dans la deuxième moitié du , l'artillerie et les fortifications entrent dans une phase d'évolution rapide, liée aux progrès technologiques. D'un côté, les pièces d'artillerie bénéficient de la généralisation du canon rayé, du chargement par la culasse et des systèmes d'absorption de recul. Les munitions connaissent également des évolutions considérables, avec l'invention de la poudre sans fumée et l'amélioration des fusées à retard. De l'autre côté et en réponse, les fortifications abandonnent le principe des grands forts au profit de ceintures fortifiées comprenant de nombreux petits ouvrages, tandis qu'au niveau architectural les maçonneries et les terrasses laissent place au béton armé et aux coupoles blindées.

Les Allemands délaissent cependant l'artillerie lourde après leur victoire lors de la guerre de 1870, lui préférant l'artillerie de campagne, et se contentent de leurs anciens obusiers de et de pour l'attaque des places fortifiées. Ils réalisent toutefois à la fin des que ces armes ne sont plus en mesure de lutter contre les nouveaux forts français, belges et russes, ce qui place l'Allemagne en danger d'être encerclée par une ceinture hermétique. L' (APK), organisme supervisant le développement et la production de l'artillerie pour l'armée allemande, est alors chargée de développer une gamme de pièces d'artillerie de siège, tâche pour laquelle un partenariat est établi avec l'entreprise d'armement Krupp. Cette association donne naissance au en 1893, mais celui-ci se révèle rapidement trop peu puissant. Les Allemands se tournent alors vers les calibres supérieurs à .

Développement et production L'APK et Krupp commencent à développer le , dit , en 1906. L'entreprise livre un premier prototype en , mais celui-ci est refusé en raison de son échec au test de perforation de blindage : alors que la spécification exige que les obus doivent être en mesure de traverser une plaque d'acier de d'épaisseur, ils ne parviennent qu'à la fissurer, sans pouvoir passer au travers. Ce défaut est néanmoins rapidement corrigé et le canon passe avec succès l'épreuve en .

Malgré de fortes réserves d'une partie du commandement allemand en raison de la très faible mobilité de la pièce, et après de vifs échanges avec Krupp concernant le financement du développement, l'APK passe commande d'un premier exemplaire en 1910, puis d'un second en 1911. Deux sont encore commandés en et un dernier en juillet de la même année. Cinq autres exemplaires sont produits pendant la guerre, ainsi que de rechange. La conception de toutes les pièces est identique, mais certaines, notamment la batterie « Hauptmann Becker », sont modifiées sur le terrain afin de les équiper d'une casemate blindée destinée à protéger les servants contre d'éventuels tirs de contrebatterie.

Organisation L'artillerie de siège de l'armée impériale allemande est organisée différemment de son artillerie de campagne. En effet, avant le déclenchement des hostilités, les batteries de siège n'existent que sur le papier ; les équipages s'entraînent ainsi individuellement et non en tant qu'unité. Ce n'est qu'au moment où l'ordre de mobilisation est émis que les batteries sont réellement formées. Elles sont alors assignées par l' à une armée, sous forme d'unité indépendante, puis les armées les assignent à un corps d'armée.

Les batteries comprenant des ou des sont désignées par le terme KMK, pour (« canon court de marine »), suivi d'un chiffre. Deux batteries de sont formées au début de la guerre, et , chacune comprenant deux pièces. Une nouvelle batterie, , est formée dès , mais celle-ci ne dispose que d'un seul canon. Il faut attendre ensuite 1916 pour que trois nouvelles batteries soient créées au début de l'été : , et , les deux dernières ne comptant qu'un seul tube alors que la première en possède deux.

Histoire opérationnelle Première Guerre mondiale

vignette|Coupole blindée du fort de Wavre-Sainte-Catherine détruite par un obus de en .|alt=photographie en noir et blanc montrant des ruines desquelles émergent des fragments de métal épars. Les débuts du , en , sont décevants. L'une des deux batteries, , qui aurait dû participer au siège de Namur, ne peut arriver sur place du fait des dommages subis par le réseau ferré. L'autre, , qui participe à l'attaque sur le Fort Manonviller, est contrainte de cesser le feu en raison de problèmes mécaniques après avoir tiré seulement .

alt=Photographie en noir et blanc montrant un grand trou rond dans un mur, vu de très près.|vignette|Impact causé par un obus de 42cm sur le Fort Boussois à Maubeuge en 1914.

La batterie est ensuite utilisée au siège de Maubeuge, contre les forts Leveau, Héronfontaine et Cerfontaine ; de conception ancienne en maçonnerie, ceux-ci ne résistent que quelques heures avant de se rendre ou d'être abandonnés. La batterie se déplace ensuite à Anvers contre le fort Wavre-Sainte-Catherine, qui se rend le après seulement deux jours de bombardement. Pendant celui-ci, un obus pénètre notamment une coupole d'artillerie blindée de d'épaisseur avant d'exploser à l'intérieur. Les tirs se concentrent ensuite sur le fort de Koningshooikt, dont la reddition est presque immédiate.

Au début de l'année 1915, est envoyée sur le front de l'Est, en Pologne, contre la forteresse d'Osowiec, où les canons arrivent le . L'artillerie de siège se révèle toutefois inefficace en raison de l'absence d'observateurs, ce qui contraint les servants à tirer à l'aveugle. Les participent plus tard au siège des forts de Kaunas, en Lituanie et ils sont également présents lors de la traversée du Danube, au début du mois d', pendant laquelle endommage le château de Smederevo.

Sur le front de l'Ouest, est utilisée en pour détruire le viaduc de Dannemarie, sur les lignes de ravitaillement des Français. L'engagement majeur des est toutefois Verdun, où pas moins de cinq pièces sont mises en batterie. Malgré cette concentration, le résultat du bombardement sur les forts de Douaumont, Vaux, Moulainville et Souville n'est pas concluant : les obus détruisent bien les petits ouvrages extérieurs, mais ne parviennent pas à traverser l'épaisse cuirasse des forts principaux. Plus problématique, des munitions défectueuses endommagent trois en explosant prématurément dans les tubes. Par la suite, du fait de l'enlisement du front et de l'absence de cible adaptée, les ne sont plus employés que dans des actions mineures. Les difficultés logistiques associées à ces énormes canons conduisent alors à ce que certaines batteries soient rééquipées avec des pièces plus légères.

Seconde Guerre mondiale

En 1937, Krupp assemble un sur son terrain d'essai de Meppen. La manière dont l'entreprise est parvenue à dissimuler cette pièce à la fin de la Première Guerre mondiale demeure incertaine ; il n'est notamment pas établi s'il s'agit d'un canon déjà existant ou d'un nouvel exemplaire construit à partir de pièces détachées.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les Allemands manquent d'artillerie de siège pour s'attaquer aux forts belges et français, les Karl et n'étant pas encore prêts. Le Gamma reprend donc du service sur le front de l'Ouest au sein de la du . Il est alors utilisé contre les forts de Liège, mais cause peu de dégâts, le gros des dommages étant le fait de l'aviation. En juin, il est envoyé dans la Sarre pour attaquer la ligne Maginot. Le premier assaut a lieu le : au cours d'un bombardement de par un millier de pièces, le est le seul à obtenir un succès en touchant une casemate, les autres canons de siège manquant leurs cibles. De manière générale, la performance de l'artillerie lourde sur l'ensemble de la campagne est décevante, aucun ouvrage de la ligne Maginot n'étant sérieusement endommagé en dépit du grand nombre d'obus tirés. Après la reddition de la France, le est mis en réserve.

L'obusier est utilisé plus tard lors du siège de Sébastopol en 1942, en tant qu'unique pièce de la , tirant sur les positions dites de l’Ölberg et de l'Eisenbahnberg, près du fort Maxim Gorky I. Là encore, le bilan général de l'artillerie de siège est mitigé, la majorité des projectiles ayant raté leur cible. La pièce est ensuite à nouveau déplacée pour participer à l'attaque contre la base navale de Kronstadt, mais elle n'est finalement pas utilisée. Elle est alors remplacée au sein de la batterie par trois canons français et envoyée à Hillersleben pour servir de banc d'essai. Son destin ultérieur est inconnu.

Caractéristiques Description Le est une pièce à affût sur fondations. Semblable au Beta-09, mais bien plus grand, le Gamma est particulièrement massif, avec une masse d'environ et une hauteur de au-dessus du sol. Son tube mesure pour un diamètre intérieur de , soit . Le tir est effectué par la traction d'un cordon déclencheur, mais un dispositif de sécurité bloque son fonctionnement lorsque l'arme n'est pas pointée dans une plage de hausse comprise entre 43° et 66°. Le recul est absorbé par deux imposants freins de recul hydropneumatiques montés sur la partie supérieure du tube.

Transport et emplacement Le transport de l'arme ne peut s'effectuer que par voie ferrée. Afin de faciliter la manutention et la mise en place, la pièce est divisée en sept éléments pesant de chacun. Pour les mêmes raisons, les wagons de transport sont chargés dans un ordre précis, afin de minimiser les manœuvres. Le wagon de tête contient ainsi le bois pour les fondations, le deuxième les rails pour le portique, puis le troisième le portique lui-même. Viennent ensuite les deux parties des fondations en acier, chacune dans un wagon, puis l'embase ; le septième wagon porte l'affût, le huitième le berceau du tube, qui se trouve lui-même dans le wagon suivant. Viennent enfin en dernier la plateforme et l'ascenseur à munitions. Il y a donc pour chaque pièce dix wagons, auxquels il faut encore ajouter ceux nécessaires au transport du personnel, des outils et des munitions. Une batterie typique comme comptant deux pièces, son convoi de transport compte une quarantaine de wagons, sans compter ceux amenant le matériel destiné à la pose de la voie ferrée permettant d'accéder à l'emplacement.