thumb|Un Vison d'Europe détenu dans un parc zoologique. Le Vison d'Europe en France (Mustela lutreola) est une espèce autochtone de mammifères carnivores du genre Mustela. Petit mustélidés à la fourrure brun foncé marquée d'une à deux taches blanches sur le museau, le Vison d'Europe est inféodé aux écosystèmes aquatiques. Il vit dans les petites rivières, les marais et les ruisseaux où il se nourrit de petits mammifères, de poissons et d'amphibiens.
Autrefois présent du Golfe de Gascogne jusqu'à Moscou, l'aire de répartition du Vison d'Europe s'est réduite au cours des siècles. En France, l'espèce était présente de la Bretagne jusqu'aux Pyrénées.
Les causes du déclin sont multiples. Le piégeage pour la fourrure est la principale cause de disparition au . L'artificialisation des cours d'eau, qui s'est fortement accélérée au , participe fortement à la diminution des populations en détruisant l'habitat favorable au Vison d'Europe. L'introduction du Vison d'Amérique (Neogale vison), échappé de visonnières, a aggravé le déclin des populations.
Entre 2010 et 2020, l'espèce a fortement régressé en France, dans les années 2020, elle ne semble plus présente en France que dans la Vallée de la Charente, dont le Marais de Rochefort semble être le principal bastion de l'espèce.
Petit mustélidé des cours d'eau, le Vison d'Europe ne marque pas la culture française. Il est confondu avec le putois depuis au moins le .
Description Il n'y a pas de différences notables entre le Vison d'Europe présent sur le territoire français et les autres populations.
La diversité génétique du Vison d'Europe est très faible pour les populations espagnoles et françaises, légèrement plus élevé pour les populations du Sud de l'Europe et encore plus élevée pour les populations de l'Est. La faible diversité génétique des populations françaises et espagnoles a conduit à l'idée que le Vison d'Europe n'est pas une espèce autochtone à ses régions et qu'elle y aurait été introduite par l'humain. Cette idée est rejetée par l'Union internationale pour la conservation de la nature, qui statue que la faible diversité génétique n'est pas une preuve suffisante pour expliquer une introduction d'origine non naturelle.
Taxinomie thumb|upright=1.2|alt=Cladogramme représentant les membres de la sous-famille des Mustelinae|Cladogramme des Mustelinae. Les populations françaises et espagnoles sont très proches génétiquement et partagent le même haplotype mitochondrial. En 1974, cinq sous-espèces sont listées, réparties en Union soviétique et dans les pays voisins (M. l. lutreola, M. l. novikovi, M. l. turovi, M. l. cyclipena et M. l. transsylvania), toutefois, les deux dernières étaient considérées comme de validité douteuse par les auteurs de la proposition. En 1982, Youngman considère que l'espèce ne peut être subdivisée en aucune sous-espèce. Les populations françaises ont été parfois découpées en deux sous-espèces en 1912 , mais celles-ci ont été invalidées. Mammal Species of the World liste sept sous-espèces : M. l. lutreola, M. l. biedermanni, M. l. binominata, M. l. cylipena, M. l. novikovi, M. l. transsylvanica et M. l. turovi.
Distribution La « découverte » du Vison d'Europe en France est publié par Edmond de Sélys Longchamps en 1839. L'espèce est confondue avec le putois jusqu'au début du . Les trappeurs et chasseurs le nommaient d'ailleurs « putois d'eau » ou « putois de rivière », en pensant que le Vison d'Europe est une variété semi-aquatique du putois.
Les premières études sont menées à partir du milieu du au début du par Jacques Pucheran, Fernand Lataste, Édouard Louis Trouessart, Henri Gadeau de Kerville, Émile Anfrie, Georges Vacher de Lapouge et Xavier Raspail. Les premières études, bien que parfois sujettes à caution, semblent montrer que le Vison d'Europe a une large aire de distribution en France. De nouvelles études sont entreprises soixante ans plus tard par Marie-Charlotte Saint Girons, van Bree et Chanudet réduisant l'aire de distribution au front atlantique.
Un trappeur costarmoricain témoigne que l'espèce était très commune entre 1930 et 1950. Trappeurs et chasseurs témoignent d'un déclin rapide des prises de la fin des années 1950 au début des années 1960. Le dernier signalement dans le Morbihan date de 1971. Dans les années 1980 en France, le Vison d'Europe est signalé dans le Morbihan, l'Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, la Manche, la Charente, la Charente-Maritime, la Mayenne, la Dordogne, la Gironde, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques. Toutefois, seuls le sud-ouest de la France et la Bretagne présentaient des populations importantes.
En Bretagne, les populations du nord-est, du sud et du centre du Morbihan, et notamment celles du marais de Noyalo sont alors considérées comme les plus importantes (une dizaine de signalements dans les années 1980). Dans le marais de la Brière en Loire-Atlantique, le dernier signalement date de 1984 lorsque deux à trois Visons d'Europe se sont noyés dans des pièges à anguilles. Toujours en Loire-Atlantique, un individu mort est découvert près de Sévérac en 1992. En Ille-et-Vilaine, un individu est noté près de Saint-Erblon en 1984, un autre est piégé en 1986. En Vendée, un individu est piégé accidentellement en 1989. La présence de l'espèce est signalée dans les années 1980 dans le parc naturel régional de Brière, dans la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu et dans la réserve naturelle nationale de Chérine.
De 2010 à 2014, l'espèce est détectée dans moins de 10 bassins versants en Gironde, Charente, Dordogne et Charente-Maritime, principal bastion de l'espèce.
Sur la période 2019 - 2024, l'espèce est contacté en Dordogne, en Charente et en Charente-Maritime. La population charentaise semble la seule survivante française d'après les études menées dans le cadre du LIFE Vison [archive]. Elle est cantonnée au Marais de Rochefort qui semble être le principal bastion de l'espèce en France et à la Vallée de la Charente en amont d'Angoulême. En Charente-Maritime, un individu est retrouvé mort de collision routière en 2021 en Baie de l'Aiguillon, deux individus sont contactés dans la Moyenne vallée de la Charente [archive] et un mâle est capturé en et suivi par télémétrie sur la vallée de la Lizonne. Il s'agit apparemment d'individus erratiques. vignette|Carte de présence du Vison d'Europe en France En France, la dernière estimation de population, réalisée en 2004, a dénombré une petite centaine d'individus. L'espèce a depuis, fortement régressé.
Menaces Une modélisation avec un système d'information géographique montre que les menaces majeures de fragmentation de la population du Vison d'Europe en Biscaye sont la dégradation de l'habitat (par l'urbanisation et l'artificialisation des cours d'eau) et l'expansion du Vison d'Amérique.
Chasse et piégeage
Au début du , le piégeage pour la fourrure a joué un rôle majeur dans la régression du Vison d'Europe. Des années 1930 à 1970, une cinquantaine de Visons d'Europe est tuée chaque année dans les Côtes-d'Armor, qui était peut-être le département ayant la plus grande population bretonne. À Rennes, un pelletier préparait une centaine de peaux chaque année à la fin du . Un trappeur costarmoricain a capturé plus de deux mille Visons d'Europe dans le département entre 1930 et 1970 : il témoigne que l'espèce était très commune entre 1930 et 1950. Chassée avec des chiens, elle est un « produit dérivé » de la chasse à la loutre. Trappeurs et chasseurs témoignent d'un déclin rapide des prises de la fin des années 1950 au début des années 1960. La fourrure de vison, utilisée en garniture sur les habits de cérémonie, était un emblème répandu de royauté. Les peaux de vison sont toujours l'un des produits les plus chers et luxueux de la mode européenne, toutefois, depuis l'arrivée de l'élevage, la majorité des peaux utilisées proviennent d'individus captifs, et notamment de Vison d'Amérique. Cela a également de faire baisser les prix.
Jusque dans les années 1970, la principale cause de disparition du Vison d'Europe en France est le piégeage pour sa fourrure.
Destruction de l'habitat L'assèchement des zones humides est une cause majeure de perte de l'habitat du Vison d'Europe. Le drainage a fortement modifié les zones humides : en Bretagne, 40 % des zones humides côtières ont été modifiées dans les années 19970-1990 et 67 % des zones restantes ont été modifiées. La dégradation de nombreux milieux naturels s'est traduite par une baisse globale de la capacité d'accueil des espèces semi-aquatiques. De même, la modification des rivières, par la création de canaux ou la dé-végétalisation des berges a contribué à diminuer l'habitat favorable au Vison d'Europe. Par exemple, les possibilités de tanières et d'abris nécessaires à la reproduction sont amoindries.
La modification des berges et rives a également un impact négatif sur le nombre de proies disponibles pour le Vison d'Europe, les insectes, amphibiens, rongeurs et oiseaux aquatiques diminuant en nombre après l'artificialisation des rivières. Cet effet s'additionne à la disparition de certaines proies, comme les écrevisses décimées par une épidémie d'aphanomicose dans les années 1980.
Sa position de prédateur situé au sommet de la pyramide alimentaire l'expose plus que beaucoup d'autres espèces aux polluants bioaccumulés (métaux lourds, PCB, perturbateurs endocriniens…). Dans les années 2000, plusieurs études ont montré que le déclin des populations de mustélidés en Europe, et tout particulièrement du Vison d'Europe dans l'ouest de la France est au moins pour partie induit par le morcellement des populations, même là où le milieu n'a apparemment pas changé, ou pas globalement changé.
Piégeage indifférencié des nuisibles L'espèce est protégée depuis 1976 mais des animaux sont encore détruits accidentellement par confusion avec le Putois, le Ragondin ou le Vison d'Amérique (Neovison vison). En Bretagne par exemple, les campagnes massives de destruction de Visons d'Amérique ont probablement joué un rôle important dans la disparition du Vison d'Europe. Dans les années 1990, la mort accidentelle dans un piège initialement destiné au Rat musqué (Ondatra zibethicus), au Ragondin (Myocastor coypus) et au Vison d'Amérique était une des principales menaces pour la survie du Vison d'Europe en France.
Dans les départements où le putois est classé nuisible, il existe également un risque d'erreur d'identification par les piégeurs, notamment avec le putois lorsqu'il est de couleur sombre (voir les travaux du Professeur Thierry Lodé).
Les campagnes d'empoisonnement de rongeurs déprédateurs, et notamment le Ragondins, constituent également une menace bien réelle. Le Vison d'Europe peut s'intoxiquer en consommant des rongeurs empoisonnés. Dans les années 1980 et 1990, l'utilisation de pièges à mâchoires pourtant interdite, est signalée comme un risque pour la survie du Vison d'Europe.
En France, certains départements, comme la Charente ont, d'une part interdit l'utilisation de carottes empoisonnées, d'autre part proposé aux piégeurs de munir gratuitement leurs pièges d'une trappe à vison d'Europe lui permettant de s'en échapper alors que les ragondins et les visons d'Amérique sont trop gros pour passer.
Collisions routières De nombreuses infrastructures routières sont également meurtrières. Douze cas de mort par collision routière sont répertoriés en Bretagne entre 1936 et 1986. Le Vison d'Europe traverse notamment les routes au niveau des ponts.
Introduction du Vison d'Amérique