Philippe de Bathyra ou Philippe fils de Joachim est un chef des « Babyloniens » de Batanée et un ami d'Agrippa (), le roi d'une partie de la Galilée, avec la Gaulanitide, la Batanée, la Trachonitide et l'Hauranitide. La région de Batanée correspond au territoire biblique de Bashan. Philippe est aussi l'instructeur de l'armée de ce roi et un de ses généraux ou souvent son commandant en chef. Lors du déclenchement de la « Grande révolte juive » au printemps 66, Agrippa envoie Philippe avec 2000 cavaliers pour tenter d'enrayer le soulèvement. Toutefois, il échoue dans sa mission et se rend avec ses troupes à Menahem, un fils de Judas de Gamala, fondateur du mouvement que Flavius Josèphe appelle la Quatrième philosophie et dirigeant de la révolte au sujet du recensement de Quirinius ayant eu lieu lors du rattachement direct de la Judée à l'Empire romain (6 ).

Son action durant la « Grande révolte juive » de 66 - 70 est difficile à évaluer tant les informations que Flavius Josèphe donne à son sujet sont différentes, voire contradictoires, entre ce qu'il écrit dans la Guerre des Juifs et ce qu'il écrit dans sa Vita. Ainsi dans la Guerre des Juifs, Philippe est envoyé en Achaïe (Grèce) par Cestius Gallus pour qu'il fasse un rapport à Néron fin octobre 66. Alors que dans la Vita qui répond à ce qu'a écrit Justus de Tibériade, il est envoyé à Rome quelques mois avant le suicide de Néron (), par le roi Agrippa sur la recommandation de Vespasien pour répondre à des accusations de trahison des Romains.

Ces contradictions, tant à son sujet que sur plusieurs autres points, entre ces deux écrits et le fait que la Vita fait preuve d'un bien plus grand intérêt pour Philippe, Gamala et la Batanée que ce qu'aurait nécessité une simple réfutation de Justus de Tibériade en font un sujet d'étude pour tenter de savoir ce que disait Justus dans son Histoire de la guerre juive.

Bathyra Bathyra, auquel Philippe est lié, est avec Ecbatane (ou έν Βατάναια.) une des deux villes fortifiées qui ont été fondées par ceux que Flavius Josèphe appellent des « Babyloniens ». Des Juifs qui se sont enfuis avec leurs familles de Mésopotamie pour des raisons inconnues, dont entraînés pour tirer à l'arc à cheval, que le roi Hérode le Grand a installés en Batanée pour qu'ils instaurent une sorte de « bouclier militaire » en opposition aux raids des brigands nomades du Trachon Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 2. qui venaient régulièrement piller les territoires de son royaume. Ces « Babyloniens » venaient des rives de l'Euphrate et du Tigre. Ils pourraient être en lien avec la Mygdonie et Nisibe où l'on trouve aux plusieurs éminents rabbis qui s'appellent Judah ben Bathyra. Le chef de ces colons est Zamaris, le grand-père de Philippe. Au moment où Hérode le Grand leur a proposé de s'installer en Batanée, il est décrit par Flavius Josèphe, comme un . Tirer à l'arc tout en chevauchant était une technique de combat typiquement Parthe dont l'Empire s'étendait sur la plus grande partie du nord de la Mésopotamie d'où venaient probablement ces « Babyloniens »Selon Simon Claude Mimouni, ; voir aussi J. Neusner, A History of Jews in Babylonia, , Leyde, 1965, ..

Certains critiques estiment que la localisation de Bathyra n'est pas connue avec précision. C'est néanmoins une des deux villes principales de la Batanée qui correspond à peu près au territoire biblique de Bashan. Une région située au-delà du Jourdain, à l'est de la Galilée et dont vraisemblablement la plus grande partie se trouvait à l'est du Golan, bien que sa position précise ne soit pas connue, même approximativement. Pour Étienne Nodet, la Batanée correspond au Golan actuel. Outre la ville de ce non, Bathyra est parfois utilisé pour désigner la Batanée elle-même. C'est peut-être dans ce sens que Philippe était de Bathyra. La deuxième ville importante de Batanée est la ville juive d'Ecbatane, Έχβατάνα aussi orthographiée έν Βατάναια ou έν Βατάνοις. Elle était peut-être située sur le site de Al-Ahmadiyah, à à l'est du Jourdain. Les restes de deux antiques synagogues y ont été découverts.

Dans la littérature rabbinique apparaissent les Anciens de Bathyra notamment lors de deux débats portant tous les deux sur une question de calendrier des fêtes juives, c'est cette assemblée qui aurait élevé Hillel au rang des Patriarches dans la dernière partie du . Pour Étienne Nodet et Justin Taylor, Pour ces auteurs,

Après la mort d'Hérode le Grand (4 ) la Batanée est devenue un des territoires de la tétrarchie de Philippe. Il semble que dès ce moment elle fournissait une « aile » de cavalerie à Philippe le Tétrarque, mort en 33-34. lire la p. 182 en ligneSimon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, .Durant l'hiver 33-34 selon Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, Vol. , Fortress Press, Minneapolis, 1992, .Des pièces de monnaie à l'effigie de Philippe comportant la mention « (Monnaie) de Philippe » et datant de 33 (la de son règne) ont été retrouvées, ce qui confirme la donnée de Flavius Josèphe ; , puis aux rois Agrippa Ier et Agrippa En mourant, Zamaris le Babylonien, qui s’était soumis à Hérode pour obtenir cette région, laissa après une vie vertueuse des fils excellents, entre autres Joachim, illustre par son courage, qui organisa en troupe de cavalerie ses Babyloniens ; un de leurs escadrons servait de garde aux rois que je viens de nommer (Agrippa , Agrippa II). Joachim, mort à un âge avancé, laissa un fils, Philippe, que sa valeur guerrière et ses autres mérites rendaient aussi estimable qu’homme du monde. Aussi une amitié fidèle et un dévouement solide l’unissaient-ils au roi Agrippa ; de toute l’armée que le roi entretenait, c’était toujours lui l’instructeur et, lorsqu’il y avait une expédition à faire, le commandant. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 3 (29-31).. En 36Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, 407).Nikkos Kokkinos, in Jack Finegan, Chronos, kairos, Christos: nativity and chronological studies, éd. Jerry Vardaman & Edwin M. Yamauchi, 1989, . Gerd Theissen, The Gospels in Context : Social and Political History in the Synoptic Tradition, éd. T&T Clark, 2004, .E. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rules, ., c'est près de Gamala, qui est située juste au-dessus de la Batanée, qu'a lieu la bataille entre les forces du roi arabe Arétas et celles du tétrarque Hérode Antipas au cours de laquelle l'armée d'Antipas a été anéantie. Pour Flavius Josèphe, si l'armée d'Antipas a été Il est possible que ces transfuges aient été les forces de la Batanée. Selon Flavius Josèphe, cette déroute d'Antipas est ainsi considérée au sein de la population juive comme une vengeance divine contre Antipas pour le punir d'avoir mis à mort Jean le Baptiste et dont Arétas IV n'aurait été que l'instrument ( Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre , , 1 ..

En 66, lorsque se déclenche la révolte, Hérode Agrippa () envoie 2000 cavaliers venant de Batanée, de Trachonitide et d'Hauranitide pour soutenir la cohorte romaine mise à mal par les révoltés de Jérusalem. Ces forces sont commandées par Darius et par Philippe fils de Joachim. C'est ainsi que ce dernier entre dans l'Histoire.

Identité Philippe est présenté dans la Guerre des Juifs (2.421; 4.81), Selon Flavius Josèphe, la valeur guerrière et les autres mérites de Philippe le Il est fils d'un homme appelé Joachim qui n'est connu que par ses liens familiaux. Outre le fait qu'il est fils de Zamaris, le chef qui a installé son clanSelon Flavius Josèphe, il était accompagnés de 500 cavaliers entraînés à tirer à l'arc à cheval. et sa grande familleSelon Flavius Josèphe, sa famille est constituée d'environ cent personnes. pour constituer une colonie juive en Batanée, on ne sait rien de plus à propos de ce Joachim que Flavius Josèphe ne met jamais en scène alors qu'il évoque de façon assez détaillée son père Zamaris et l'un de ses fils: Philippe, sujet de cet article. La sœur de ce dernier a deux filles, qui sont en bons termes avec les rebelles de Gamala, et avec qui, selon certains traducteurs, il se trouve lors de la prise de la ville fortifiée par les Romains, le Le 23 du mois d'Hyperberetaios, selon Flavius Josèphe ce qui correspond au selon Pierre Savinel (). Le lendemain du 22 du mois d'Hyperberetaios qui correspond selon Julien Weill ( Guerre des Juifs , , 10, note ).. Philippe est aussi un parent de Chares qui, au moins en son absence, est le chef des habitants de Batanée qui sont allés se réfugier dans la forteresse de Gamala. En 66-67, Chares est un des chefs de cette ville fortifiée conjointement avec un Joseph, fils de la femme médecin. Il y a aussi un parent de Philippe et de Chares appelé Jésus qui aurait été malmené et/ou tué par les révoltés de Gamala. Toutefois pour le moment, il est impossible d'en dire plus sur Chares et Jésus tant les versions de Flavius Josèphe sont embrouillées et contradictoires entre la version donnée dans la Guerre des Juifs et celle donnée dans son AutobiographieÀ ce sujet, voir notamment .. Les critiques sont d'accord pour dire que celle-ci est publiée par Josèphe pour contrer les assertions que venait de publier Justus de Tibériade dans son livre sur lHistoire de la guerre juive. Les problèmes soulevés au sujet de ces deux personnages seront abordés après le récit du rôle de Philippe au début de la révolte suivi d'un exposé des deux versions complètement contradictoires que donne Josèphe de son action et notamment des raisons et du moment de son envoi à l'empereur NéronSur ces versions contradictoires, voir ..

Alors qu'un autre livre de Justus de Tibériade, la Chronique des rois juifs, de même qu'aucun auteur chrétien n'en cite le moindre extrait. Est-il possible par l'analyse des contradictions entre la Vita et la Guerre des Juifs, de savoir ce que disait Justus ?

Philippe pendant la révolte à Jérusalem Philippe entre dans l'Histoire alors que les provocations du procurateur Gessius Florus et les ripostes de la population de Judée s'enchaînant, la Palestine tout entière est sur le point de basculer dans la révolte ouverte contre les Romains.

Échec de l'intercession d'Agrippa II