Le baron Emmanuel d'Hooghvorst, arrière-arrière-petit-fils du général Emmanuel Vanderlinden, baron d'Hooghvorst, de son nom complet Emmanuel van der Linden d'Hooghvorst (1914-1999), est un littérateur, philosophe spagirique et alchimiste belge.

Biographie

Enfance et jeunesse Aîné d'une famille de six enfants, fils de Victor van der Linden d'Hooghvorst (1878-1942) et de Marthe Descantons de Montblanc (1887-1978), Emmanuel d'Hooghvorst naît à Bruxelles le ..

Il fait ses humanités gréco-latines au collège Cardinal Mercier de Braine-l'Alleud où il se lie d'amitié avec le futur peintre d'origine russe Nicolas de Staël. Il étudie ensuite la philosophie à l'Université catholique de Louvain.

Nicolas de Staël dit d’Emmanuel d’Hooghvorst qu’il est son meilleur ami. En 1935 Nicolas de Staël et Emmanuel d’Hooghvorst effectuent un voyage de quatre mois en Espagne : « Ils dorment chez l’habitant : Nicolas paie en dessins et Emmanuel en corvées de plonge ».

Il passe ensuite un an au Congo belge, comme prospecteur d'or. Peut-être est-ce là qu'il s'intéresse, sinon à l'alchimie, du moins à la chrysopée.. alt=Manifeste contre Léon Degrelle, rédigé par Emmanuel d'Hooghvorst|vignette|189x189px|Manifeste contre Léon Degrelle, par E. d'Hooghvorst. En , en tant que catholique membre de « l'Action Nouvelle », il publie un violent pamphlet destiné à dévoiler les intentions du rexisme. Il y écrit : .

Pendant la guerre civile d'Espagne, il est correspondant de guerre pour le quotidien belge La Libre Belgique.

En 1939, il épouse la Comtesse Élisabeth de Marnix de Sainte Aldegonde qui lui donne quatre enfants.

Début des recherches hermétiques Durant l'occupation allemande, il est emprisonné deux fois par la Gestapo, puis libéré.. C'est alors qu'il commence à se mettre sérieusement à l'étude des textes classiques et spécialement du néoplatonisme et du pythagorisme. Il avouera souvent, plus tard, à ses proches que s'il n'a pas été fusillé, comme beaucoup de ses amis engagés dans la Résistance l'ont été, c'était dû au fait qu'il s'était plongé dans ces études.

En 1949, grâce à une critique de René Guénon, il découvre Le Message retrouvé, œuvre maîtresse du peintre-hermétiste Louis Cattiaux (parue en 1946 à compte d'auteur, avec une préface de Lanza del Vasto). Dans le des Études Traditionnelles de 1948, Guénon la définit comme un ouvrage d'hermétisme qui « mérite d'être lu et étudié avec soin par tous ceux qui s'intéressent à cet aspect particulier de la tradition ».

Cette découverte le pousse à entrer immédiatement en contact avec Louis Cattiaux en prenant rendez-vous chez ce dernier qui habitait au 3, rue Casimir Périer à Paris, « assis entre sa femme et son chat » comme l'écrit joliment Lanza del Vasto dans ladite préface. Leur premier entretien a failli ne jamais avoir lieu : Emmanuel d'Hooghvorst se présente à l'heure prévue chez Cattiaux qui s'excuse de ne pouvoir le recevoir, car devant se rendre à un prétendu “Conseil d'Administration” ; il lui permettait toutefois d'aller, en attendant son retour, moudre le café près de sa femme Henriette, dans la cuisine. Une fois revenu, Cattiaux lui adresse tout de go : « Vous êtes toujours là, vous ? Vous n'êtes pas trop mal pour un Belge ! » Charles d'Hooghvorst écrit d'ailleurs plus tard de Cattiaux : « Déconcertant, aux réactions imprévisibles, guidées par une logique particulière qui prenait ses visiteurs au dépourvu, il aimait choquer et même scandaliser, mais toujours avec humour ».

Tel fut le début d'une amitié nourrie par une relation épistolaire intense entre Louis Cattiaux et les deux frères, Emmanuel et Charles d'Hooghvorst. Ils s'écrivent parfois plusieurs lettres par jour. Une bonne partie de ces volumineux échanges écrits sera publiée par Emmanuel d'Hooghvorst en anthologie dans la revue belge Le Fil d'Ariane (cf. infra). Il les classera et les intitulera par thème (non chronologiquement) sous le titre de Florilège Cattésien. Le Professeur espagnol Raimon Arola republiera tout ce Florilège en traduction castillane en 1999 à Tarragone tout d'abord, puis en 2006 sous le titre Florilegio Epistolar, Reflejos de una busqueda alquímica (Florilège épistolaire, reflets d'une quête alchymique). Enfin, ce Florilège sera réédité de nouveau en français en 2006. Dans cette quatrième édition, le Arola précise : « Cette relation cache bien davantage qu'il n'y paraît. On y trouve une histoire insolite et surprenante, comme un miracle survenu au cœur du . » Il évoque encore « une amitié à l'instar de celles contées jadis dans les épopées héroïques et qui furent à l'origine des grands exploits réalisés par les mortels avec l'aide des dieux »..

Quant à Lanza del Vasto, le premier préfacier de l'ouvrage de Cattiaux, s'il reste toujours ami des trois et est reçu tant chez les d'Hooghvorst que chez les Cattiaux, il est plutôt préoccupé d'une mission sociale, ce qui aboutit à la fondation de La Communauté de l'Arche. Cattiaux d'ailleurs, peu avant son décès, finit par écrire à Charles le : « Pour Lanza, vous comprenez à présent le drame ! C'est Emmanuel et vous-même qui avez recueilli Le Message Retrouvé dont il n'a pas voulu, et qui le présentez à sa place car il a craint de ne plus être Maître. » Cela n'empêche toutefois pas Lanza del Vasto de rester fidèle et de participer à Rhisnes (près de Namur) en 1973, en compagnie d'Emmanuel d'Hooghvorst, à une réunion consacrée au Message Retrouvé chez le S. Feye qui, à l'époque, tente de fonder une communauté basée sur La Communauté de l'Arche.

C'est ainsi, comme l'écrit Didier Kahn, chargé de recherche au CNRS (Université de Paris IV - Sorbonne), qu'à l'instar d'un Fulcanelli et d'un Eugène Canseliet, Cattiaux « donna lui aussi naissance à toute une école autour de ses disciples Charles et Emmanuel d'Hooghvorst », ..

Les deux frères décident très tôt de tout mettre en œuvre pour que soit réédité, cette fois avec succès, et en entier, Le Message retrouvé de leur ami. L'ouvrage, en effet, ne comporte, dans sa première édition de 1946, que 12 chapitres, répartis en versets. Or, Cattiaux l'amplifie continuellement jusqu'au Livre (nouvelle dénomination des anciens Chapitres) 40 qu'il laisse inachevé à son décès inattendu.

Cette entreprise éditoriale n'a, comme atout majeur, que la notoriété de Lanza del Vasto qui, du reste, ne cesse d’augmenter. En effet, la fondation à La Borie Noble (département de l’Hérault) de la Communauté de l’Arche, les nombreux voyages et conférences de Lanza dans le monde entier, sa lutte pour la non-violence dans l’esprit de son maître Gandhi, et surtout ses nombreuses publications, assure un certain succès au Message Retrouvé que Lanza préface. Cependant, cette préface, bien que savamment rédigée, est loin d’être l’écrit le plus connu de Lanza del Vasto. Maint disciple de Lanza en ignore l’existence. Quant à l’éloge du Message Retrouvé que René Guénon a publié (cf. supra), il possède un revers à sa médaille : si cela peut augmenter l’audience dans certains milieux (métaphysiciens, occultistes, hermétistes, alchimistes etc.), René Guénon suscite aussi de violentes oppositions et compte de nombreux ennemis dans les cercles tant catholiques qu’ésotériques. La question intéresse Cattiaux qui tente, pendant un long échange épistolaire de trois ans avec René Guénon, de le convaincre de rédiger une Introduction à cette future édition du Message RetrouvéToute cette correspondance de trois ans (du 19 octobre 1947 au 10 octobre 1950) a été publiée sous le titre Paris - Le Caire par les Éditions du Miroir d'Isis, Ways, octobre 2011, 134 p. .. C’est aussi dans ce courrier qu’on découvre le changement d’optique qui fait finalement d’Emmanuel d’Hooghvorst le présentateur de l’ouvrage : « Quant à savoir si votre nom [de Guénon] me fera du bien ou du tort dans ces milieux, c'est le moindre de mes soucis, croyez bien. Emmanuel d'Hooghvorst a trouvé ici autre chose qui l'a intéressé plus que toutes les loges réunies [...]. »Paris - Le Caire, Éditions du Miroir d'Isis, Ways, octobre 2011, 138 p. , . Quoi qu'il en soit, la mort de René Guénon survenue le met fin au projet.

Vie d'écrivain et de traducteur En 1951, Emmanuel d'Hooghvorst écrit son premier article sur Le Message retrouvé, publié à Lausanne dans le de la Revue suisse Les Cahiers trimestriels Inconnues.. Déjà dans le de cette revue, il a publié l'article intitulé : Essai sur l'Art d'Alchymie. Dès la première page de cet essai, Emmanuel d'Hooghvorst pose, sur les innombrables livres d'alchimie, une question fondamentale : « Nous pouvons nous demander pourtant, en lisant ces livres, si nous avons affaire à des charlatans cachant leur ignorance sous les apparences d'un jargon prétentieux, ou à des Sages cachant jalousement leur savoir sous les épines d'un style obscur dans le but d'éprouver la sagacité et la constance du lecteur. Les deux hypothèses sont vraies ».

En , Louis Cattiaux décède brusquement. Les deux frères redoublent d'efforts dans leur décision éditoriale. Déjà du vivant de leur ami, ils diffusaient parmi leurs proches des fascicules des versets du Message retrouvé, typographiés et multipliés au stencil. « À la disparition de Louis Cattiaux, les d'Hooghvorst tentent, par tous les moyens, de faire paraître l'édition complète du Message retrouvé. Au printemps 1956, après de longues et coûteuses négociations, l'édition intégrale voit le jour ».

Dès 1954, Emmanuel d'Hooghvorst publie dans le volume 9 de ladite Revue suisse Inconnues, un article intitulé : Le Message prophétique de Louis Cattiaux.

Parallèlement à cette volonté de diffuser Cattiaux, Emmanuel d'Hooghvorst continue ses études approfondies des traités originaux d'hermétisme et d'alchimie. La plupart de ceux-ci, malgré des exceptions comme la volumineuse production de Paracelse (en haut-moyen allemand pour la plupart de ses traités) et les deux tomes de la Bibliothèque des philosophes chimiques de Nicolas Salmon-Mangin de Richebourg (en français), sont rédigés en grec ou en latinPour les traités grecs, cf. M. Berthelot, Collection des Alchimistes grecs, Paris, éd. de Georges Steinheil, Paris, 1888 (les 3 vol. totalisent 1219 pages) ou les volumes Les Alchimistes grecs de la collection Les Belles Lettres . Pour les traités latins, on a surtout le Theatrum chemicum paru chez Zetzner à Argentoratum (Strasbourg) en 1659 (6 volumes) et la Bibliotheca chemica curiosa du docteur Manget, chez Detournes & Co, Genève, 1702 (les deux volumes totalisent 2242 p.). Cette liste est loin d'être exhaustive; voir par exemple : Jacques van Lennep, Alchimie, Crédit Communal de Belgique, 1984, 448 p.. Conscient que le public des chercheurs est de moins en moins formé à cette lecture cursive, il publie en 1955, dans le de ladite Revue suisse Inconnues, sa propre traduction française du chapitre IV de l'Hydrolithus Sophicus seu Aquarium Sapientium (La Pierre aqueuse de sagesse ou l'Aquarium des Sages) attribué à Johan Ambrosius Siebmacher, auteur qui vivait à Nuremberg et à Augsbourg au . Dans sa Préface, il écrit notamment : « Vouloir parvenir au secret de la Pierre philosophale, sans la bénédiction divine, est une dangereuse folie ; il serait tout aussi vain, d'ailleurs, de chercher à pénétrer les livres des Philosophes hermétiques, les seuls véritables, sans recourir d'abord à la lumière des Écritures saintes dont ils sont, en quelque sorte, l'expérimentation et la confirmation dans la nature physique »La Pierre aqueuse de sagesse ou l'Aquarium des Sages, in : Revue Inconnues , Lausanne, 1955, .. C'est aussi sous son impulsion que l'ouvrage sera publié, en entier cette fois, en 1989, aux Éditions La Table d'Émeraude à Paris, dans la traduction française de Claude Froidebise : « C'est [d'Hooghvorst] qui nous proposa de compléter son travail et qui nous apporta toute son aide et corrigea de nombreux passages trop imprécis en redonnant au texte son sens »..