SuhartoAprès son premier pèlerinage à la Mecque en 1990, on a ajouté le prénom « Muhammad » au nom de Soeharto, devenu Hadji. (également retranscrit SoehartoDans des textes en alphabet latin autre qu'en langue indonésienne ou en néerlandais, la prononciation étant [suharto]).), né le et mort le à Jakarta, est un général militaire, homme d'État indonésien, et président de la république d'Indonésie de 1967 à 1998.

Né dans l'île de Java de parents paysans, Soeharto fait sa carrière dans l'armée jusqu'à atteindre le grade de major-général. Une tentative de coup d'État le , contrée par les troupes dirigées par Soeharto, est imputée à tort au Parti communiste indonésien, tandis que Soeharto arrache le pouvoir au président fondateur de la république d'Indonésie, Soekarno. Sous sa dictature, l'armée conduit aussitôt une sanglante purge anti-communiste par la suite étendue à d'autres secteurs de la société (immigrants, chrétiens, etc.) provoquant de à 1 million de morts en quelques mois.

Il est nommé président par intérim en 1967 et président l'année suivante. En 1975, les troupes indonésiennes envahissent le Timor oriental, dont sont tués durant les premières années d'occupation.

Son règne de 31 ans à la tête de l'Indonésie est marqué par un développement de l'économie du pays, mais également par un très fort autoritarisme et par une importante corruption. Transparency international le considère comme le dirigeant le plus corrompu de la planète dans les années 1980 et 1990.

Après trois décennies passées au pouvoir, le soutien à la présidence de Soeharto s'érode à la suite de la crise économique asiatique de 1997-1998. Après des manifestations massives en 1998, il a été contraint de démissionner et a ensuite été accusé de détournement de fonds et de crimes contre l'humanité.

Jeunesse Enfance et famille Soeharto naît le dans le hameau de Kemusu Argamulja, qui relevait du village de Godean, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Yogyakarta, dans le centre de l'île de Java, à l'époque possession coloniale néerlandaise. Soeharto est son unique nom.

L'enfance et la jeunesse de Soeharto sont mal connues. Les récits standardisés et apocryphes de ses premières années ont le plus souvent une connotation politique. Les parents de Soeharto, sa mère Sukirah et son père Kertosudiro étaient des paysans javanais vivant dans une région dépourvue d'électricité ou d'eau courante. Le nom même de Kertosudiro suggère une appartenance à la catégorie des priyayi, terme que le chercheur français Romain Bertrand traduit par « noblesse de robe » javanaise. Le père de Soeharto était ulu-ulu, responsable, dans son village, de la régulation et de l'entretien de l'irrigation des rizières. Le fait que Soeharto ait reçu très tôt une éducation de bon niveau s'explique par cette origine sociale de « petit » priyayi, de priyayi desa (« de village »).

La jeunesse de Soeharto a connu une certaine instabilité familiale. Son père, qui avait déjà deux enfants d'un précédent mariage, a épousé Sukirah en secondes noces. Le mariage de Kertosudiro avec Sukirah est censé s'être également terminé par un divorce alors que Soeharto était encore jeune même si la date exacte du divorce n'est pas connue. Le récit rapporté par la biographie de RoederO. G. Roeder, The Smiling General: President Soeharto of Indonesia, Gunung Agung Ltd., 1969. affirme que le divorce est survenu quelques années après sa naissance. D'après un autre biographie, Pirakan, ce même divorce aurait eu lieu à peine quelques semaines après sa naissance.

L'absence de documents officiels et le manque de cohérence de certains aspects de la petite enfance de Soeharto avec les caractéristiques de la vie de paysan javanais ont mené à plusieurs rumeurs prétendant que Soeharto était le fils illégitime d'un riche et généreux donateur, ce qui en ferait le fils d'un aristocrate de Yogyakarta ou d'un riche marchand sino-indonésien. Nous avons vu que l'appartenance au milieu des priyayi desa est une explication largement satisfaisante. Pourtant, il est des gens, comme le biographe R. E. Elson, qui soutiennent que de telles rumeurs ne peuvent être entièrement écartées compte tenu de ce que la plupart des informations que Soeharto a donné sur ses origines étaient conditionnées par une signification politique.

Ses parents divorcent puis se remarient. Soeharto est séparé d'un ou de ses deux parents au cours de périodes de temps plus ou moins longues, en changeant plusieurs fois de foyer au cours de ses jeunes années. Le mariage de sa tante paternelle avec un petit fonctionnaire javanais du nom de Prawirowiharjo (donc également un priyayi), qui se chargea de l'éducation de Soeharto, aurait, selon ElsonSuharto: A Political Biography, Cambridge, United Kingdom: Cambridge University Press, 2001 ., fourni à la fois une figure paternelle et un modèle à Soeharto, de même qu'un foyer stable à Wuryantoro, où il a suivi l'essentiel de sa formation primaire.

Comme l'a souligné Elson et d'autres, la jeunesse de Soeharto contraste avec celle d'autres dirigeants nationalistes indonésiens comme Soekarno dans la mesure où il n'a montré que peu d'intérêt pour l'anticolonialisme ou les sujets politiques au-delà de son environnement immédiat.

Contrairement à Soekarno et aux personnes qui l'entouraient, Soeharto n'avait aucune notion de néerlandais ni d'aucune langue européenne. Il a toutefois entrepris d'apprendre le néerlandais après avoir rejoint l'armée néerlandaise en 1940. vignette|Soeharto, Siti Hartinah et leurs six enfants. Soeharto épouse Siti Hartinah le , dans le cadre d'un mariage arrangé. À cette époque, Suharto avait le grade de lieutenant-colonel dans l'armée indonésienne à Yogyakarta. La réception du soir était éclairée uniquement à la lueur des bougies, car la ville était en état d'alerte au cas où les Pays-Bas reprendraient leurs raids aériens. Ils sont mariés jusqu'en 1996, date du décès d'Hartinah. Ils ont eu six enfants ensemble, dont Titiek et Tommy.

Carrière dans l'armée Membre de l'armée royale des Indes néerlandaises (troupes coloniales néerlandaises), durant la Seconde Guerre mondiale, il commandera un peloton puis une compagnie au sein de la Peta, Pembela Tanah Air ou « défenseurs de la patrie », un des corps constitués par les troupes d'occupation japonaises en Indonésie, pour s'opposer à un débarquement des Alliés. Il participe à l'attaque générale du à Yogyakarta et l'année suivante il est versé dans la Division Diponegoro. En 1956, les résultats d'une enquête interne révélèrent que durant son affectation en tant que commandant du Kodam IV/Diponegoro, Soeharto avait mis en place des fondations destinées à aider les habitants locaux. Cependant, ces fondations étaient financées par des prélèvements (au lieu de dons) auprès des industries de production et de services. Soeharto était aussi impliqué dans du troc illégal. Il avait notamment troqué du sucre contre du riz avec la Thaïlande.

Le chef d'état-major de l'armée de terre à l'époque, Abdul Haris Nasution, souhaitait prendre des mesures contre Soeharto et a effectivement envisagé son expulsion de l'armée. Cependant, , le chef d'état-major adjoint de l'Armée, intervint.. Nasution suivit finalement le conseil de Gatot se contentant de le relever de son commandement et de le punir en l'envoyant à l'école d'état-major de l'armée de terre (Sekolah Staf Komando Angkatan Darat ou SESKOAD), formation qu'il terminera en .

En 1961, il obtient le grade de brigadier général et dirige le Komando Mandala chargé d'intervenir en Papouasie-Occidentale. En , la « réserve générale de l'armée de terre » (Cadangan Umum Angkatan Darat ou CADUAD) fut créée, et Soeharto nommé à sa tête..

Éviction de Soekarno et prise de pouvoir

thumb|right|250px|Cérémonie d'investiture de Soeharto comme président en mars 1968 (photo : Ministère de l'information de la république d'Indonésie) Au moment du « mouvement du 30 septembre 1965 », Soeharto était commandant du , les réserves stratégiques de l'armée de terre indonésienne. Il organise la répression du mouvement et décrète la dissolution du Parti communiste indonésien (PKI), que l'armée accuse d'être l'instigateur du mouvement.

Suivent des massacres qui font environ un million de victimes communistes ou supposé tels en quelques moisSelon le documentaire L'acte de tuer réalisé par Joshua Oppenheimer en 2012.. Un rapport de la CIA datant de 1968 affirme que ce massacre est CIA (Directorate of Intelligence), Intelligence Report : Indonesia 1965 : The Coup That Backfired, décembre 1968..

Le , Soeharto contraint Soekarno, encore officiellement président, à signer la « Supersemar » (acronyme de Surat Perintah Sebelas Maret, « ordre du 11 mars »). Cet « ordre » sera considéré par Soeharto comme un transfert de pouvoir.

Soeharto est élu président de la république d'Indonésie le par le Majelis Permusyawaratan Rakyat Sementara (assemblée délibérative du peuple provisoire) que Soekarno avait nommée en 1959.

Président de la république d'Indonésie vignette|Soeharto avec le roi Fayçal d'Arabie saoudite (Jakarta, 19 juillet 1970). Le nouveau régime renoue avec le camp occidental. L'Indonésie réintègre l'ONU, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, que Soekarno lui avait fait quitter et met fin à la confrontation indonésio-malaisienne (appelée Konfrontasi en indonésien) en 1966.

Une violente répression s'abat en Papouasie, faisant 30 000 morts. Les intérêts économiques américains sont privilégiés. En , le régime accorde à Freeport Sulphur le droit de prospecter les immenses gisements cuprifères et aurifères des mines d'Ertsberg et de Grasberg — plus grande mine d'or et l'une des principales mines de cuivre au monde.

En , des émeutes éclatent à Jakarta, à la suite de manifestations d'étudiants qui profitaient de la visite du Premier ministre japonais Kakuei Tanaka pour protester contre la mainmise du capital étranger, notamment japonais, sur l'économie indonésienne. Ce sera la dernière manifestation contre le régime pour 24 ans.

En , l'armée indonésienne envahit et annexa le Timor oriental, ancienne possession coloniale portugaise, selon l'Américain Noam Chomsky, mais aussi du Royaume-Uni, de l'Australie et de la France. Cette invasion fit ..

vignette|Soeharto avec la reine Juliana des Pays-Bas (Jakarta, 28 août 1971). Soeharto réprima dans la violence les mouvements communistes et islamistes : le nombre total de victimes varie de à 3 millions .The Los Angeles Times, cite le chiffre de 2 millions de tués pendant toute l'ère Soeharto... Il était alors considéré comme l'un des chefs d'État les plus corrompus et on estime qu'il a amassé, avec sa famille, une fortune de 40 milliards de dollars.

Entre 1967 et 1998, le pays connut une forte croissance économique et se développa. Les revenus du pétrole, qui représenteront 80 % des exportations indonésiennes en 1980, permettent de financer le développement des infrastructures, de la santé de base, de l'éducation primaire, ainsi que d'industries d'État. En même temps, le régime favorise l'essor de grandes entreprises privées nationales appartenant à des hommes d'affaires d'origine chinoise.

Le revenu moyen par habitant progressa de 70 $ à 1 300 $ et le nombre d'Indonésiens pauvres passa de 56 % à 12 %. Le taux d'analphabétisme fut réduit, l'espérance de vie augmenta. L'inflation tomba de 600 % à 6,5 %. La chute du prix du brut en 1986 permet à la Banque mondiale et au FMI de contraindre l'Indonésie de commencer à déréglementer et libéraliser son économie et à privatiser ses entreprises d'État. Cette privatisation se traduit dans les faits par un transfert d'actifs aux hommes d'affaires proches de Soeharto et bientôt, à ses enfants qui ont atteint l'âge adulte.

Au début des années 1990 il réprime brutalement une révolte dans la province d'Aceh, faisant 9 000 morts.

Pendant les 33 ans de son règne, Soeharto et sa famille se sont enrichis considérablement à la faveur de la forte croissance que connaissait le pays.