Humberto da Silva Delgado, né le à Torres Novas (Portugal) et mort le à Olivence (Espagne), est un militaire et homme politique portugais. Devenu chef de l'opposition au dictateur António de Oliveira Salazar, il échoue à l'élection présidentielle de 1958 contre le candidat salazariste Américo Tomás. Il est assassiné en Espagne par la police politique portugaise.
Biographie Un officier putschiste et salazariste Il sort de l' en 1922 et intègre en 1925 l'École pratique d'artillerie de Vendas Novas. Il participe au soulèvement du 28 mai 1926 qui renverse la République libérale et installe une dictature militaire au Portugal, laquelle laisse la place, en 1933, à l'Estado Novo conduit par Salazar. Pendant de nombreuses années, il soutient les positions officielles du régime salazariste, en particulier son anticommunisme. Ce soutien et les qualifications professionnelles obtenues aux États-Unis le font monter rapidement dans la hiérarchie militaire (à 47 ans, il devient le plus jeune général de la force aérienne portugaise) et à occuper des postes clés. Il dirige notamment la Légion portugaise. Durant la Seconde Guerre mondiale, il représente le gouvernement portugais (officiellement neutre) lors des accords secrets avec le Royaume-Uni sur l'utilisation de bases aériennes aux Açores.
Directeur de l'aviation civile, Delgado a fondé les Transportes Aéreos Portugueses en 1945.
Basculement dans l'opposition à Salazar Député à la entre 1951 et 1952, Delgado était lié à l'origine aux franges radicales du régime (extrême droite, conservateurs), mais il échoue à obtenir de Salazar le poste important qu'il convoitait. Malgré la tentative du dictateur de compenser cette déception par une nomination au poste de chef de la Mission militaire portugaise à Washington, de 1952 à 1957, et de représentant au comité militaire de l'OTAN, Delgado commence dans les années 1950 à défendre l'idéal démocratique et à participer activement à l'opposition.
Candidat à la présidentielle de 1958 Aux élections présidentielles de 1958, il se présente contre l'amiral Américo Tomás, soutenu par Salazar, réunissant autour de sa candidature toute l'opposition au régime. Dans une célèbre entrevue avec le journaliste , le au café Chave de Ouro, à la question de savoir ce qu'il ferait du Premier ministre António de Oliveira Salazar en cas de victoire, il apporte la célèbre réponse (« évidemment, je le démets »), phrase qui reste souvent citée en politique portugaise dans les contextes les plus variés. C'est comme une déclaration de guerre au régime. En raison de son courage à exprimer en public des sentiments peu respectueux, voire agressifs envers l'Estado Novo et Salazar, on surnomme Delgado soit , soit . Sa phrase célèbre enflamme les esprits des opprimés du régime, et ceux-ci le soutiennent bruyamment pendant la campagne électorale : le point d'orgue reste l'accueil enthousiaste du peuple sur la place Carlos Alberto à Porto le . Une gigantesque fraude électorale permet finalement au régime de battre Delgado : il n'obtient que 23,5 % des voix, contre 76,5 % à Tomás.
En 1959, à la suite de sa défaite, et victime de représailles de la part de la PIDE, il demande l'asile politique à l'ambassade du Brésil et finit par s'exiler en Algérie.
Convaincu que le régime ne peut être renversé par la voie pacifique, il cherche à rallier la hiérarchie militaire pour préparer un coup d'État. La tentative a lieu en 1962 : l'objectif est de prendre d'assaut la caserne de Beja et d'autres points stratégiques importants du Portugal. Le coup d'État échoue.
Assassinat Désillusionné par ses échecs successifs, Delgado se rend à Badajoz en Espagne, pour rencontrer d'autres opposants au régime. C'est en réalité un commando de la PIDE qui se présente, mené par , qui l'emmène près d'Olivence et qui l'assassine, avant de tuer sa secrétaire, Arajaryr Campos.. Delgado est mort le , à proximité du Portugal où il n'a jamais pu revenir de son vivant. Le , les deux corps décomposés et mal enterrés sont découverts dans un bosquet d'eucalyptus par deux garçons, à Villanueva del Fresno, à une trentaine de kilomètres du lieu de l'assassinat. Delgado aurait été battu à mort plutôt que tué par balle, selon son petit-fils Frederico Delgado. Selon Rosa Casaco, qui s'est confié en 1998, c'est Casimiro Monteiro qui a tué Delgado d'un coup de pistolet, et Agostinho Tienza qui a tué de la même manière Arajaryr Campos. Son épouse est décédée en 2014.
Distinctions 50px Commandeur de l'ordre de Santiago (Portugal)
Hommages Le , jour du anniversaire de la proclamation de la République portugaise, ses restes sont inhumés solennellement au Panthéon national. À cette occasion, le général est promu à titre posthume maréchal de l'air.
Le , le Conseil des ministres portugais valide la proposition faite un an plus tôt par la mairie de la capitale de rebaptiser l'aéroport de Lisbonne-Portela, qui devient le « aéroport de Lisbonne Humberto Delgado » « Aeroporto de Lisboa muda de nome em homenagem a Humberto Delgado », Público, le ..
Autour du fossé où son corps a été découvert, à Villanueva del Fresno, un monument de type mégalithique a été érigé, avec l'inscription de son engagement : « Estou pronto a morrer pela liberdade » (je suis prêt à mourir pour la liberté).
Culture populaire En 1966, le réalisateur André Libik tourne un documentaire de 45 minutes sur l'assassinat d'Humberto Delgado. Il n'a été diffusé au Portugal qu'après la révolution du .
En 2012, réalise le film Operação Outono sur l'assassinat. Delgado est interprété par John Ventimiglia.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
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