Dans l'histoire des sciences, on désigne par sciences arabes, les sciences qui se sont épanouies en terres d'Islam entre le et le . L'adjectif « arabe » fait référence à la langue scientifique qui, à cette époque, permet de transmettre les connaissances scientifiques d'un bout à l'autre de l'empire arabo-musulman.
Les sciences arabes. se sont développées au Moyen Âge, dans le contexte politico-religieux de l'expansion arabe et musulmane. Le monde arabo-musulman est à son apogée scientifique du au milieu du « Cette civilisation musulmane, maintenant si abaissée, a été autrefois très brillante. Elle a eu des savants, des philosophes. Elle a été, pendant des siècles, la maîtresse de l’Occident chrétien. […] de l’an 775 à peu près, jusque vers le milieu du , c’est-à-dire pendant cinq cents ans environ, il y a eu dans les pays musulmans des savants, des penseurs très distingués. » Ernest Renan, voir Wikiquote. : c’est l’« Âge d'or de l'Islam ». Cette culture scientifique a pris son essor à Damas sous les derniers Omeyyades, puis à Bagdad sous les premiers Abbassides. Elle a débuté par des traductions accompagnées de lectures critiques des ouvrages de l'Antiquité en physique, mathématique, astronomie ou encore médecine, traductions qui ont contribué à former la culture arabe « classique »Certains ouvrages des mécaniciens d'Alexandrie, comme le livre des appareils pneumatiques de Philon de Byzance, ne sont connus aujourd'hui que par l'intermédiaire des traductions en arabe.. À l'inverse, à partir du , ..
Dans son Histoire des sciences (1927-1948), George Sarton (1884-1956) montre comment après les Égyptiens, les Sumériens, les Grecs, les Alexandrins, les Romains, les Byzantins, les savants du monde musulman (Persans, Arabes, Berbères, juifs, chrétiens, musulmans) ont pris la relève, en une suite ininterrompue, de 750 à 1100.
Selon Ahmed Djebbar (1941-), si les acquis sont incontestables dans de nombreux domaines, les arabo-musulmans ont cultivé l'hermétisme avec l'alchimie ou l'astrologie et ont également conservé le géocentrisme de PtoléméeAhmed Djebbar, L'Âge d'or des sciences arabes, Actes Sud / Institut du monde arabe, octobre 2005 ..
Histoire
La multiplication des contacts L'extension du monde arabo-musulman a mis en contact plusieurs civilisations différentes : l'empire arabe, construit à partir du par une suite de conquêtes militaires et religieuses, prend le contrôle politique des territoires anciennement hellénisés (Alexandrie d'Égypte par exemple). Les savants arabes se forment donc d'abord au contact des savants chrétiens et juifs qui habitaient ces régions et en consultant les ouvrages scientifiques de l'Antiquité. Au , les Arabes détruisent l'empire sassanide et sauvegardent le savoir de l'ancienne Perse. Les conquérants arabes se sont trouvés en contact à l'est avec la civilisation indienne et chinoiseDurant le règne du premier abbasside Abû al-`Abbâs..
Si une partie des savants chrétiens et juifs, fuyant la conquête arabe, se sont réfugiés dans les pays restés chrétiens, le monde arabo-musulman a aussi accueilli des savants étrangers. La fermeture de l'école néoplatonicienne d'Athènes par Justinien en 529 amena de nombreux savants à s'exiler en Perse et l'enseignement grec qui s'y épanouit dans cette région devint, un siècle plus tard, partie du monde arabe.. Sous l'administration de ses vizirs barmécides, Bagdad devint la capitale intellectuelle de son époque. Des écoles et des bibliothèques furent construites. Al-Mamun, calife de 813 à 833, avait réuni à Bagdad des savants de tous horizons. Féru d'astronomie, il crée en 829Dans le quartier le plus élevé de Bagdad, près de la porte Chammassiya (du Soleil)., le premier observatoire permanent du monde arabe (les Chinois avaient déjà créé des observatoires permanents), l'Observatoire de Bagdad, permettant à ses astronomes, qui avaient traduit le Traité d'Astronomie du grec Hipparque, ainsi que son catalogue d'étoiles, d'étudier le mouvement des astres.
Cet âge d'or est né du cosmopolitisme de cette période et des nombreux contacts avec les savants d'autres cultures..
Les maisons de la sagesse La Maison de la sagesse (Bayt al-Ḥikma), bibliothèque palatine abbasside de Bagdad, active sous Hâroun ar-Rachîd et Al-Ma'mūn, relevait de réseaux de savants et de mécénat (les Barmécides, le vizir Al-Fadl ibn Sahl, la famille , les Banū Mūsā). Les traductions gréco-arabes y ont enrichi les savoirs mathématiques, astronomiques, médicaux et philosophiques. Il ne s’agissait pas d’une « académie » unique ; les sources lacunaires ne permettent pas d’en fixer précisément les bornes chronologiques.
Fermeture de centres scientifiques et réactions Néanmoins, les conquêtes arabes ont modifié les centres de savoir après la fermeture de l'école mathématique d'Alexandrie et la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, dont le sort fait l’objet d’un débat historiographique : plusieurs épisodes de dégradations sont envisagés entre l’époque romaine et tardive, sans preuve d’une destruction unique en 642 attribuable à la conquête arabeThough the Alexandrian Greek civilization lasted until A.D.640, when it was destroyed by the Mahomedans (« Même si la civilisation grecque d'Alexandrie perdura jusqu'en 640 de notre ère, quand elle a été détruite par les Mahométans »)...
Échanges de savoirs
gauche|vignette|Cathédrale Notre-Dame du Puy et ses arches en forme de fer à cheval ressemblant à celle de la mosquée de Cordoue.
Les échanges avec la Chine et l'Inde, mais aussi la prise d'Alexandrie ou de Damas, qui étaient des anciennes cités romaines possédant de vastes bibliothèques dont beaucoup de livres en grec sont le point de départ des sciences dites arabes. Tout en traduisant ces textes, les penseurs musulmans s'efforcent de les améliorer. Ce courant ne tarde pas à arriver en Europe, timidement au départ, il prend toute sa place à la fin du Moyen Âge, contribuant en partie à la Renaissance en Europe.
Dès la fin du , des savants européens se rendent en Espagne pour étudier. Gerbert d'Aurillac (le futur pape Sylvestre II), notamment, vient dans la marche d'Espagne, auprès du comte de Barcelone Borrell , peut-être pour étudier les mathématiques. Après ce séjour, il rapporte en Occident le concept de astrolabe, un nouveau type d'abaque, et peut-être même une première fois les chiffres arabes.
Toutefois, les traductions ne débutent pas avant le siècle suivantC. H. Haskins, Studies in Mediaeval Science, .. La renaissance du est intimement liée à la recherche de nouveaux savoirs par les lettrés européens, aux franges grecques et arabes de l'Occident chrétien, en particulier dans l’Espagne musulmane et en Sicile où l'on note une intense activité de traduction. Les premiers traducteurs d’Espagne se montrent particulièrement intéressés par les ouvrages scientifiques, notamment les mathématiques et l’astronomie, et de façon secondaire par les autres textes islamiquesM.-T. d'Alverny, « Translations and Translators », , 451-452.. Les bibliothèques espagnoles comprennent de nombreux ouvrages universitaires écrits en arabe, aussi les traducteurs, souvent assistés par un collaborateur parlant la langue arabe, travaillent-ils presque exclusivement à partir de l'arabe, plutôt que depuis des textes grecsC. H. Haskins, Renaissance of the Twelfth Century, .. L'Espagne, plus que l'Italie, est la principale zone de contact entre les traducteurs occidentaux et la culture arabo-musulmaneLemay 1963.Juan Vernet, La cultura hispanoárabe en Oriente y Occidente, Barcelone, Ariel, 1978..
Les premiers à traduire les textes arabes sont les Espagnols et les Italiens, ces documents pénètrent lentement en France. Paris est au le centre le plus important d'études philosophiques et théologiques du monde latin, les cours dispensés dans son université sont réputés dans toute l'Europe. Malgré son prestige, ce n'est que deux siècles après la mort d'Avicenne que l'université de Paris reconnaît totalement ses œuvres. Les premiers à s'intéresser à la pensée arabe ne sont autres que les théologiens et hommes d’Église français. Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris au montre un grand intérêt pour les philosophies arabe et grecque tout en critiquant les travaux d’Avicenne en matière théologique. Plus tard, Thomas d'Aquin reprend de façon plus approfondie les textes d'Averroès,. à la lumière de la théologie catholique. Ernest Renan fournira au le point de vue d'un athée spécialiste des questions orientales. https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Islamisme_et_la_science.
Sur le plan scientifique, l'Europe, qui est restée de la mort de Boèce jusqu'au à l'écart des connaissances grecques, a là aussi l'occasion d'en redécouvrir une partie par l'intermédiaire de la langue arabe. À travers l'Europe un vaste mouvement de traduction est lancé. Bien qu'imparfaites, ces traductions introduisent de nombreuses notions en mathématiques, médecine, chimie, etc.
Dans le domaine des arts, l'influence arabe se fait sentir en Europe. Plusieurs églises romanes du sud de la France entre le et empruntent grâce aux ouvriers et artisans arabes qui participent à leur édification, mais aussi des croisés revenant de Terre Sainte, une architecture semblable aux mosquées et palais d'Al Andalous comme les arches en forme de fer à cheval ou bien des inscriptions bibliques gravées dans la pierre et directement inspirées des arabesques qui ornent les mosquées de l'époque. L'exemple le plus frappant est certainement la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay et dont Émile Mâle remarque la ressemblance frappante avec la mosquée de CordoueHenry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, L'Europe et l'islam, quinze siècles d'histoire, ..
Sciences Mathématiques
Une grande campagne de traductions permet de prendre connaissance et commenter les auteurs grecs comme Euclide, Diophante, Menelaüs ou Archimède, .. Les mathématiques arabes se sont ainsi constituées à partir des mathématiques grecques, indiennes et mésopotamiennes avant d'avoir un développement propre. Elles ont été utilisées par les savants arabes comme auxiliaires d'autres disciplines telles que l'astronomie, les techniques de constructions géométriques (mosaïque, muqarnas, coupole…) ou pour calculer des coordonnées géographiques. Mais elles se sont également développées comme une discipline à part entière.
Les deux traités du mathématicien persan al-Khwarismi, l'un décrivant le système de numération décimal indien, l'autre présentant en un système organisé les équations algébriques du premier et second degré (Al-jabr w'al muqabala dont est tiré le nom actuel de la discipline algèbreAl-jabr signifie littéralement restauration d'os brisés.) sont des écrits majeurs pour le développement des mathématiques. Durant ces sept siècles de la civilisation arabo-musulmane mais principalement au , les techniques algébriques se développent, .. Cependant les calculs algébriques se font principalement sous forme rhétorique. sans développement d'une notation symbolique Selon Ahmed Djebbar(, ), on voit apparaitre seulement assez tardivement ( une présentation dépouillée des calcul «immédiatement traduisible en symbole algébrique., et seules les solutions positives sont retenues. Des résolutions graphiques de l'équation cubique sont formalisées.. La numération décimale permet de faciliter le calcul de valeurs approchées à l'aide de méthodes comme celle baptisée plus tard de méthode de Ruffini-Horner. La formule du binôme est démontrée.
Les mathématiciens arabes étudient les nombres premiers, les nombres amiables ou parfaits, les équations diophantiennes ainsi que les suites et les séries, .
L'étude des coniques s'approfondit, .. Nécessaire pour l'astronomie, la trigonométrie sphérique devient une science à part entière, .. La méthode d'exhaustion mise en place par Archimède pour la quadrature de la parabole est développée et exploitée pour de nombreux autres calculs d'aire et de volume, ..