upright=1.2|vignette|Véhicules américains et turcs effectuant une patrouille conjointe à Manbij, le .

L'accord sur Manbij est conclu le entre la Turquie et les États-Unis, lors de la guerre civile syrienne. Il concerne la ville de Manbij et survient après une période de tensions entre les deux pays, alliés au sein de l'OTAN, mais dont les objectifs diffèrent en Syrie.

Depuis 2016 et l'Opération Bouclier de l'Euphrate, la Turquie est en guerre contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de groupes armés arabes et kurdes largement dominée par les Unités de protection du peuple (YPG), branche armée du Parti de l'union démocratique (PYD), lui-même branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis des décennies une guérilla sur le sol turc. Les États-Unis s'allient au contraire aux YPG et aux FDS, qu'ils soutiennent à partir de 2014 pour affronter l'État islamique.

En , l'Opération Rameau d'olivier voit l'armée turque et les rebelles de l'Armée nationale syrienne prendre la ville d'Afrine aux Forces démocratiques syriennes. Victorieuse, la Turquie annonce aussitôt son intention d'attaquer ensuite la ville de Manbij, également contrôlée par les FDS. Cependant elle se heurte cette fois à l'opposition des États-Unis, qui contrairement à Afrine, ont des troupes déployées dans la région de Manbij. Après quelques semaines de tensions, Ankara et Washington trouvent un accord. Celui-ci prévoit la mise en place de patrouilles américano-turques à Manbij, ainsi que l'évacuation des unités YPG de la ville, dont le contrôle est laissé à un autre groupe des FDS, le Conseil militaire de Manbij.

Déroulement vignette|droite|Situation dans la région de Manbij en 2018 :

Premières menaces de la Turquie Dès le début de la bataille d'Afrine, la Turquie affiche sa volonté de prendre Manbij aux Forces démocratiques syriennes (FDS)Tuvan Gumrukcu, La Turquie dit à Washington de cesser de soutenir "les terroristes", Reuters, 25 janvier 2018.. Ces dernières contrôlent la ville depuis , après avoir battu l'État islamique lors de la bataille de Manbij. Environ 75 % de la population de Manbij est arabeGeorges Malbrunot, Après Afrine, la Turquie veut élargir l'offensive contre les Kurdes syriens, Le Figaro, 20 mars 2018.. Un conseil civil administre la ville et sa région, mais il est dominé par les Kurdes. Selon l'universitaire Fabrice Balanche : .

Réaction des États-Unis thumb|gauche|upright=1.3|Un blindé américain dans la région de Manbij, en février 2018.

Mais alors qu'à Afrine, les Kurdes avaient noué une alliance avec la Russie, à Manbij ce sont les forces américaines qui sont déployées dans la région. Environ soldats américains sont alors présents en Syrie aux côtés des Forces démocratiques syriennes dans le cadre de la lutte contre l'État islamique. La Turquie appelle alors les États-Unis à se retirer de Manbij et à cesser de soutenir les « terroristes ». En janvier, Haitham Afeisi, le chef d'état-major de l'Armée nationale syrienne déclare que hommes sont prêts à faire mouvements sur Manbij et même à affronter les forces américaines si ces dernières ne retirent pas leur soutien aux « terroristes » du PKKA 10,000-strong force ready for Manbij, says FSA General Staff deputy chief, Yeni Şafak, 24 janvier 2018.Over 10,000 FSA troops await Erdoğan’s order for Manbij op, Yeni Şafak, 27 mars 2018.. Les États-Unis tentent d'apaiser la Turquie et confirment notamment avoir cessé de fournir des armes aux forces kurdes, néanmoins leurs troupes restent présentes à Manbij. Le , le président américain Donald Trump et le président turc Recep Tayyip Erdoğan s'entretiennent par téléphone ; selon le communiqué de la Maison blanche, le président américain et lui demande d'éviter Syrie : deuxième semaine pour l'offensive turque, Le Point avec AFP, 27 janvier 2018.. Mais le , Mevlüt Çavuşoğlu, le ministre turc des Affaires étrangères, affirme que les États-Unis doivent se retirer « immédiatement » de Manbij, après avoir déclaré la veille : . Le , le Premier ministre turc adjoint Bekir Bozdag déclare : La Turquie met en garde les soldats américains dans le nord de la Syrie, AFP, 4 février 2018..

Implication de la France Depuis 2016, la France engage également des forces spéciales en Syrie aux côtés des Forces démocratiques syriennesPierre Julien et Julien Absalon, Syrie : des forces françaises sont bien au sol pour combattre Daesh à Raqqa, RTL, 15 novembre 2016.Des forces spéciales françaises présentes en Syrie, AFP, 26 mai 2017.. Au début de l'année 2018, 200 soldats français des forces spéciales sont présents en Syrie et en IrakOlivier Fourt, Pourquoi la France renforce sa présence en Syrie ?, RFI, 28 avril 2018.. Le , le président Emmanuel Macron reçoit à l'Elysée une délégation des Forces démocratiques syriennesSyrie: Macron a reçu une délégation de la coalition arabo-kurde FDS, AFP, 29 mars 2018.L'Élysée dément l'envoi de troupes en Syrie en soutien aux Kurdes, Le Huffington Post avec AFP, 30 mars 2018.Allan Kaval, Macron assure les Kurdes syriens du « soutien » de la France lors d’une rencontre à l’Elysée, Le Monde, 29 mars 2018.. À l'issue de la rencontre, une des délégués, Asiya Abdellah, et Khaled Issa, le représentant du PYD en France, affirment que le président français s'est engagé à déployer des troupes dans la région de Manbij pour s'opposer à une offensive de la TurquieAdrien Jaulmes, Paris renforce son soutien aux Kurdes de Syrie, Le Figaro, 30 mars 2018.. Le porte-parole du gouvernement turc, Bekir Bozdag, réagit alors et avertit la France : . Le gouvernement français contredit toutefois les déclarations des FDS le lendemain et précise qu'il ne prévoit La France ne prévoit pas de nouvelle opération dans le nord de la Syrie, AFP, 30 mars 2018.. Officiellement, le président français assure les FDS et rend . Il réaffirme l'engagement de la France contre le PKK en . La proposition d'une médiation française est cependant rejetée sèchement par la Turquie, qui refuse de faire la moindre distinction entre les FDS et le PKKLa Turquie rejette toute médiation française avec une force arabo-kurde en Syrie, AFP, 30 mars 2018.Célian Macé, Macron tend la main aux Kurdes syriens, Erdogan tape du poing, Libération, 30 mars 2018.Marie Jégo, Erdogan tance Macron, accusé de soutenir les Kurdes de Syrie, Le Monde, avril 2018.. Le , le porte-parole de la présidence turque, İbrahim Kalın, déclare : . Le président Erdogan se déclare quant à lui être par de la France et répond : . De son côté, le ministre turc de la Défense, Nurettin Canikli, affirme qu'un déploiement militaire français dans le nord de la Syrie serait une Syrie: la Turquie met en garde contre une "invasion" française, Le Figaro avec AFP, avril 2018.. Le , l'agence de presse turque Anadolu publie également une carte indiquant les positions de cinq bases de l'armée française dans le nord de la Syrie où seraient déployés 70 militaires ; selon France 24, ces informations L’agence turque Anadolu publie une carte des positions militaires françaises en Syrie, France 24, 31 mars 2018.GRAPHIQUE - Coopération des soldats français avec le YPG/PKK, Anadolu, 30 mars 2018..

Flou sur la stratégie américaine Le président des États-Unis Donald Trump affiche quant à lui le sa volonté de retirer ses troupes de Syrie : Malgré Trump, un retrait rapide des Américains de Syrie improbable, AFP, 3 avril 2018.. Ces déclarations, allant à l'encontre du plan annoncé en par le secrétaire d'État Rex Tillerson, qui préconisait de maintenir une présence américaine en Syrie afin de prévenir un retour de l'État islamique et de contrer l'influence de l'Iran et de la Russie, sont accueillies avec surprise par les diplomates européens et avec prudence par l'administration américainePourquoi Trump ne peut pas retirer les troupes américaines de Syrie (pour l'instant en tout cas), Le Huffington Post avec AFP, 4 avril 2018.. Le président américain réitère cependant sa position le : Philippe Gélie, Donald Trump ordonne de préparer le retrait des troupes américaines de Syrie, Le Figaro, 5 avril 2018.. Après une réunion au Conseil de sécurité nationale, il donne l'ordre à ses généraux de des troupes américaines, mais sans fixer de date. Cependant selon Le Figaro : . La France demande également aux États-Unis de maintenir leur présence en SyrieSyrie : quatre questions pour comprendre la main tendue de Macron aux Kurdes, Le Point avec AFP, 30 mars 2018..

Négociations et conclusion de l'accord upright=1.2|vignette|Patrouille de militaires américains et turcs à Manbij, le .

Après la chute d'Afrine le , la pression s’accroît sur Manbij. La situation sur la ligne de front, au nord et à l'ouest de la ville, est sensiblement tendue, la population redoute une offensive et des escarmouches opposent fréquemment l'Armée nationale syrienne et les Forces démocratiques syriennesOmar Ouahmane, Syrie : à Manbij, "chaque déclaration de la Turquie ne fait qu’inquiéter davantage la population", France info, 2 avril 2018. Syrie: alerte maximale à Minbej, AFP, 3 avril 2018.. Afin de dissuader les Turcs de passer à l'offensive, les soldats américains affichent ostensiblement leur présence dans la régionAdrien Jaulmes, Le dangereux face-à-face entre Turcs et Occidentaux dans le nord de la Syrie, Le Figaro, 9 avril 2018.. Ils augmentent leurs patrouilles et arborent leur drapeau sur leurs véhicules et dans les bases des FDS. Les Français se montrent quant à eux plus discrets. Cependant le , l'explosion dans la région d'un engin explosif artisanal provoque la mort de deux soldats de la Coalition — un Américain et un Britannique — et fait cinq blessésDeux soldats de la coalition internationale contre l’EI tués en Syrie, Le Monde avec AFP, 30 mars 2018.. Le , l'Observatoire syrien des droits de l'homme affirme que des renforts ont été déployés à Manbij par la coalition et que 350 soldats, principalement Américains et Français, sont présents dans la régionCoalition’s reinforcements continue to reach Manbij and soldiers mostly French and American deploy on the contact lines with “Euphrates Shield” and Turkish Forces, OSDH, avril 2018.Syrie: alerte maximale à Minbej, menacée par une offensive turque, AFP, 3 avril 2018.Allan Kaval et Marc Semo, Guerre de Syrie : le dilemme des Européens vis-à-vis de la Turquie, Le Monde, 4 avril 2018.. Le , le secrétaire à la Défense des États-Unis, James Mattis, déclare que des forces spéciales françaises ont été envoyées en renfort en Syrie Des soldats français envoyés en renfort en Syrie depuis deux semaines, affirme Mattis, AFP, 26 avril 2018. ; 300 commandos américains et 50 commandos français ont alors été envoyés à ManbijNathalie Guibert et Allan Kaval, En Syrie, la guerre très spéciale de la France, Le Monde, 8 mai 2018..