Leffondrement des immeubles rue d'Aubagne à Marseille se produit le à et provoque la mort de huit personnes. Il s'agissait de deux immeubles vétustes du centre-ville, aux rue d'Aubagne, dans le quartier de Noailles. Le , inoccupé, appartenait depuis 2016 à la société d'économie mixte Marseille Habitat ; le était une copropriété habitée. Les secours démolissent immédiatement l'immeuble adjacent au , vide et fragilisé.

La municipalité, débordée par la gestion du drame, évacue dans les mois qui suivent l'accident au moins Marseillais habitant dans dangereux, dont un tiers à proximité de l'accident. La gestion de la crise s'éternise. Un an après l'accident, des centaines de ménages sont toujours relogés dans des hôtels, le Haut comité pour le logement des personnes défavorisées parle de crise humanitaire. Trois ans après, évacuées vivent toujours dans des logements temporaires.

Le drame révèle les dysfonctionnements des services de la ville et de la métropole, qui avaient été alertés par des experts à de multiples reprises avant l'effondrement, et la politique d'urbanisme défaillante de la municipalité dont Jean-Claude Gaudin est le maire depuis 1995. Six élus LR sont épinglés pour la location ou la vente de logements insalubres. L’association un centre-ville pour tous et le collectif du 5 novembre dénoncent la politique de gentrification du centre-ville. La mairie se défend en rejetant la responsabilité de l'accident sur les fortes pluies qui ont précédé l'accident, l'inertie administrative et les propriétaires privés.

Une information judiciaire contre X, pour « homicides involontaires » aggravés « par violation manifestement délibérée d'une obligation de prudence ou de sécurité » est confiée trois semaines après le drame à un pôle de trois juges d'instruction. Ils reçoivent mi- un rapport d'expertise selon lequel l'effondrement a été déclenché par la rupture d'un poteau supportant le plancher du rez-de-chaussée du . Les experts estiment que le drame est la conséquence d’un grand nombre de , de la part de la municipalité mais aussi de plusieurs spécialistes informés de l’état des immeubles depuis 2014.

Les mises en examen débutent en avec celles de Marseille Habitat (propriétaire du , l'immeuble vide), de Julien Ruas (proche de Jean-Claude Gaudin et son adjoint chargé du service de gestion et prévention des risques), de Richard Carta (l’expert qui a visité le quelques jours avant le drame), et de la SARL cabinet Liautard (syndic de copropriété chargé du , habité par les victimes), mais aucun des propriétaires. L'enquête est bouclée en . Dans le réquisitoire définitif, les mis en examen sont tous soupçonnés d'avoir commis des . Le directeur général de Marseille Habitat (propriétaire du ) et un de ses cadres, le gestionnaire du cabinet Liautard, et 4 propriétaires du (dont le conseiller régional LR Xavier Cachard) sont cités par les parties civiles, qui sont au nombre de quatre-vingt sept.

Seize prévenus sont jugés à partir du et pendant 6 semaines : douze personnes physiques et quatre sociétés, des copropriétaires et un ancien adjoint de l’ex-maire LR Jean-Claude Gaudin. Il est démontré durant le procès que les effondrements étaient inévitables compte tenu de l'état des immeubles, mais les locataires n'avaient pas été mis à l'abri et les travaux entrepris étaient inefficaces, voire contreproductifs. Le , dix des seize prévenus sont condamnés. Xavier Cachard et deux autres copropriétaires poursuivis sont notamment condamnés à de la prison ferme à effectuer sous bracelet électronique, et l’ex-adjoint au maire Julien Ruas à de la prison avec sursis et à une interdiction d’exercer une fonction publique. Le parquet, les prévenus et les parties civiles font appel. Le procès en appel est prévu à l’automne 2026.

En parallèle, à la suite de la création début 2019 par le parquet d'un qui mène des dizaines d'enquêtes, plusieurs marchands de sommeil marseillais sont condamnés pour des faits relevant de l’insalubrité, certains d'entre eux à des peines de prison.

Le manque d'entretien et la vétusté du parc marseillais L'accident témoigne du manque d'entretien chronique des quartiers historiques de Marseille (effondrement d'immeubles en , et )« Rue d'Aubagne : chronique d'une catastrophe annoncée » de Fabrice Drouelle, émission Affaires sensibles sur France Inter, 16 novembre 2022, 5 min 25 s.. Il témoigne aussi de la vétusté de l'habitat marseillais en 2018.. (cette année-là vivaient dans des taudis d'après la fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés., et 13 % de l'habitat marseillais était indigne) et de l'inaction de la mairie....

Déjà en 2015, un rapport de l'inspecteur général honoraire de l’administration du développement durable intitulé « Parc immobilier privé à Marseille ». commandé et rendu public par la ministre du logement, Sylvia Pinel. accablait la Municipalité. Il concluait que « vivent dans des logements insalubres à Marseille »...

Après la catastrophe, le Haut comité pour le logement des personnes défavorisées (HCLPD) rend public le un rapport remis au président de la République Emmanuel Macron et au Premier ministre Édouard Philippe au titre évocateur de « Marseille : de la crise du logement à la crise humanitaire »... Il y est constaté que , pointant ainsi du doigt la responsabilité de la mairie et de l’État, et rappelant que .. Au même moment, en , Marsactu, le Ravi, La Marseillaise et MediapartEnquête La grande vacance

. décrivent à quel point une partie du parc immobilier municipal a été mal entretenue: la ville possède dans les plus anciens quartiers de la ville dans un état particulièrement vétuste. La municipalité explique que ces immeubles avaient été acquis par la ville à bas prix et pour en faire des logements sociaux. Toutefois, selon la chambre régionale des comptes, la municipalité n'aurait pas eu une connaissance adéquate du mauvais état de ces bâtiments.... Les bâtiments publics ne sont pas épargnés. En 2013, la préfecture de police est sous le coup d’un arrêté de péril imminent, les travaux sont prévus pour 2019...

En , une note confidentielle de l'Agence régionale de santé dévoilée par Le Monde le , étrillait les services de la mairie....: les dix agents du service communal d’hygiène et de santé (SCHS) de la ville : ils , , et lorsque des travaux sont exigés sans vérification préalable. Les arrêtés préfectoraux d’insalubrité sont très rares, aucun arrêté préfectoral d'insalubrité n'a été pris en 2016, six dossiers auraient été transmis au CoDERST en 2017, et neuf jusqu'en , alors le nombre de logements potentiellement indignes est évalué à 40 000. D'après Marsactu, les travaux demandés dans ces arrêtés d'insalubrité pris en 2017 n'avaient pas encore été entrepris début 2019.. Un ancien cadre de la Soleam témoigne pour Marsactu du et d'un service communal chargé de la sécurité du bâti ; d'après lui, .. L'étude , commandée par l’Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU) et remise en 2017 aux collectivités décrivait le marché de l’habitat indigne dans le quartier de Noailles, et les raisons pour lesquelles de nombreux immeubles dégradés sont abandonnés..

Or, les arrêtés de péril, et plus généralement les politiques urbaines, relèvent de la compétence de la mairie.., qui doit ordonner au propriétaire de faire des travaux d’urgence ou procéder à l’exécution d’office des travaux prescrits. Le magazine Capital relève que quelques semaines avant l'accident, le tribunal administratif de Marseille avait rappelé à la municipalité ses obligations de procéder à l’exécution d’office de travaux dans le cas d'un arrêté de péril imminent datant de 2011.. La ville avait débloqué en 2014 pour une durée de 4 ans d'euros pour des opérations liées à la rénovation de l'habitat insalubre (avec pour objectif ), mais n'en a consommé qu'une toute petite partie; cette information contredit les affirmations de la municipalité selon lesquelles ..... D'autres immeubles que ceux de la rue d'Aubagne sont évacués avant le : rue Saint-Pierre le , rue Rodolphe-Pollak le , rue Tapis-vert du ; leurs habitants étaient encore logés à l'hôtel début ..

Les alertes et expertises précédant l'effondrement vignette|Situation des immeubles n° 63, 65, 67 rue d'Aubagne. Les bâtiments effondrés avaient été construits au sans fondations, avec des murs directement déposés sur le sol.. Cette affirmation concernant l’absence de fondation est contredite par Olivier Barancy dans le prologue à son essai, « Plaidoyer contre l’urbanisme hors-sol et pour une architecture raisonnée »Voir sur agone.org.. II écrit notamment ceci : « Ces murs en moellons calcaires sont évidemment fondés, contrairement à ce qu’on a pu lire, sinon ils ne seraient pas stables ; les caves (quand elles existent) en sont la preuve tangible.. »

L'état des deux immeubles aux rue d'Aubagne était bien connu de la mairie et de la justice...... Un expert désigné par la justice décrivait en 2015 l'état de délabrement des immeubles aux , de la rue d'Aubagne, la présence de fissures, dont certaines très ouvertes, et le fait que les immeubles s'appuient les uns sur les autres.. Benoît Gilles. avait publié en 2016 dans Marsactu une série d’articles sur l'habitat de ce quartier. écrivant déjà à l'époque: Un rapport 2018 de la Soleam (société locale d'équipement et d'aménagement de l'aire marseillaise) évaluait à 48% des immeubles l’habitat indécent ou dégradé dans le quartier de Noailles, 20,5 % d’entre eux (dont les 63 et 67 rue d'Aubagne), présentaient des présomptions de péril ou d’insalubrité; le 65 était épinglé pour l'indécence du logement.

L'expert Reynald Filipputti alerte la mairie le TGI et le syndic le ., puis le , sans jamais recevoir de réponse.; il analyse dans un rapport rendu le que les désordres pourraient avoir été causés au cours des dix dernières années par la présence permanente d’eau dans les caves de cet îlot d’immeubles. Cette hypothèse sera confirmée le par les experts mandatés par l'État, sans qu'ils puisent identifier l'origine de l'eau stagnante.. La municipalité est à nouveau alertée par une note intitulée en 2017, et encore une fois quelques semaines avant le drame, selon les informations révélées le par les journalistes d'Envoyé spécial... Le rapport de l’expert judiciaire Bernard Bart remis aux juges d’instruction en évoque à propos des trois immeubles 63/65/67 ..

Selon le réquisitoire définitif du procureur en 2024, Julien Ruas, l'ancien adjoint de Jean-Claude Gaudin et délégué depuis 2014 à la prévention et à la gestion des risques .

L'immeuble