vignette|Représentation romantique d’un coureur des bois dans le tableau La Vérendrye at the Lake of the Woods de Arthur H. Hider, . Un coureur des boisCoureur de bois ou coureur des bois. L'expression coureur des bois apparaît dans une ordonnance de Louis de Buade de Frontenac, en 1672 (BAnQQ, Archives des colonies, Correspondance générale (Canada), vol. 3, fo 222.), mais elle est moins fréquente dans les sources que coureurs de bois (voir Dictionnaire historique du français québécois), comme l'ont montré R. Vézina (Thèse, Université Laval, 2010, p 401-409) et Gilles Havard, Histoire des coureurs de bois, Paris, Perrin (Tempus), 2021, p. 9. Coureurs des bois est aujourd'hui courante dans la langue parlée et écrite au Québec. On la trouve parfois au XVIIIe siècle (par exemple P.F.X. Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle-France, 1744, tome II, livre XVII, p. 212), puis plus fréquemment dans la littérature à partir du XIXe siècle (Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, livre 6, ch. 6). est, en Nouvelle-France, un colon indépendant qui pratique la traite des fourrures.

. Après la paix franco-iroquoise de 1653 et 1667, les routes vers l’Ouest deviennent plus sûres pour les Français et leurs alliés. Les coureurs de bois se font plus nombreux, et . L'abondance de fourrures sur le marché européen menace l’économie de la Nouvelle-France. En 1681, Colbert instaure un système de congés de traite destiné à la freiner, mais sans succès : dès 1696, ce système est révoqué par Louis XIV, qui fait fermer presque tous les postes de la colonie.

Les religieux et les administrateurs coloniaux considèrent les coureurs de bois comme associés à l’illégalité, aux mœurs dissolues, au banditisme et à la contrebande avec les Anglo-hollandais de Fort Orange. Le terme coureur de bois s’efface au cours du au profit de celui de voyageur puis d’engagé. Le commerce s’organise autour de marchands ou d’officiers militaires qui emploient des voyageurs pour faire la traite avec les Autochtones des Pays d’en haut. La course de bois se poursuit après la Conquête en 1763. Elle est monopolisée par deux grandes compagnies avant de péricliter au .

Évolution de la traite des pelleteries franco-autochtone Au début du , la présence coloniale française dans la vallée du Saint-Laurent se limite à quelques dizaines d'hivernants gardant les postes de pêche et de traite comme celui de Tadoussac ou de Québec. Les traiteurs autochtones apportent des peaux en provenance de leurs réseaux commerciaux qui s'étendent très loin, à l’intérieur du continent, bien au-delà de la vallée du Saint-Laurent. Les premiers truchements français accompagnent les convois de canots autochtones.

Les prémices de la course de bois, 1534-1610 Le troc a été une activité pratiquée par les Premières Nations pendant des millénaires. Un réseau de commerce relativement bien structuré existait en Amérique bien avant l'arrivée des Européens. Cela est confirmé dès les premiers épisodes d'échanges entre Autochtones et pêcheurs basques dans le golfe du Saint-LaurentPour en savoir plus sur les premiers épisodes de troc entre les pêcheurs et les nations autochtones du Canada au , voir : Laurier Turgeon, « Pêcheur basques et la traite de la fourrure dans le Saint-Laurent au », Le castor fait tout : choix de textes présentés à la conférence Nord-américaine sur la fourrure, Bruce G. Trigger, Toby Morantz et Louise Dechêne, dir., Montréal, Société historique du Lac Saint-Louis, 1985, p. 14-24.. En 1534, l’explorateur Jacques Cartier note pour sa part qu'une douzaine d'Autochtones vinrent « aussi franchement à bort de noz navires comme s'ilz eusent esté françoys.». Dans les années 1580, le commerce franco-autochtone prend de l’ampleur. À partir de 1600, ce commerce est consolidé par l'établissement de postes (Tadoussac en 1600, Port-Royal en 1605, Québec en 1608) où les traiteurs autochtones échangent des couteaux, des chaudrons de cuivre, des perles et des textiles contre des fourrures..

Les truchements chez les Autochtones (1610-1630) De jeunes Français hivernent chez les Wendats, les Algonquins, les Innus et les Népissingues afin d'apprendre leur langue et servir d'intermédiaires linguistiques dans le commerce des fourrures. Ils sont appelés truchements.

Parmi les premiers truchements, Étienne Brûlé se porte volontaire à l'été 1610 pour hiverner chez les Wendats et apprendre leur langue. Il accompagne quelque 200 Wendats et Algonquins au Sault Saint-Louis à l’été suivant, avant de repartir hiverner en Huronie.

Les compagnies marchandes détentrices du monopole de la traite attribuent aux truchements un rôle précis, celui d'« entretenir [l’amitié des] Sauvages & les amener tous les ans à la traite ». Ces jeunes Français auront en plus l'occasion de se familiariser avec la culture et les pratiques autochtones, comme la chasse, le maniements du canot et l'utilisation des raquettes. Ils sont autorisés à acquérir des peaux pour les revendre à leur profit.

Outre Étienne Brûlé, l'historien Gilles Havard identifie une vingtaine de truchements parmi lesquels on retrouve Olivier Letardif, Jean Nicollet, Nicolas Marsolet et Jean Richet, dit gros-Jean de Dieppe. Plusieurs d’entre eux demeurent avec leurs hôtes autochtones au moment où Québec est capturée par les frères Kirke (1629-1632). vignette|Étienne Brûlé se porte volontaire pour hiverner en Huronie en 1610. Il y passera la majeure partie de sa vie comme truchement. Cette plaque commémorative en son honneur se trouve à Old Mill, Toronto. Les truchements comme Étienne Brûlé et Nicolas Marsolet hésitent à transmettre leurs connaissances des langues autochtones aux missionnaires. Les Jésuites multiplient les plaintes à leur égard. Champlain fait de même, surtout quand il apprend que certains truchements ont aidé les frères Kirke pendant leur administration de Québec entre 1629 et 1632. Il dénonce en particulier « la mauvaise vie que la plupart des Français avaient menée en ce pays des Hurons, et entre autres le truchement Brûlé ».

Après leur retour à Québec en 1632, les Jésuites prennent le contrôle de la relation des Français avec les Wendats. Les intermédiaires, comme les truchements, ne sont dès lors plus essentiels. Pour les inciter à regagner la colonie, plusieurs se voient accorder des terres. C'est le cas de Marsolet qui obtient la seigneurie Bellechasse en 1637. La même année, Jean Nicolet hérite pour sa part d'un fief avec Olivier Letardif. Il se marie avec l'une des filles de Guillaume Couillard et de Guillemette Hébert. Les laïcs qui demeurent en pays autochtones sont désormais sous la tutelle des jésuites, à l’instar de Pierre Boucher, qui habite la Huronie de 1637 à 1641.

Les truchements ne sont pas les premiers coureurs de bois à proprement parler. Mais ce sont eux qui développent les relations avec les Autochtones.

Le « Pérou » de la course de bois, 1645-1667 Dans la seconde moitié du L'expression est de Bacqueville de La Potherie « C'était un Pérou pour eux ». Cité dans ., Montréal commence à jouer un rôle important dans le commerce des fourrures. Entre 1645 et 1667, les déplacements des Français et leurs alliés entre la vallée du Saint-Laurent et le bassin des Grands Lacs s'avèrent périlleux en raison des tensions avec les Iroquois. À cette époque, l'insécurité est si grande que les traiteurs autochtones hésitent à se déplacer vers la vallée du Saint-Laurent avec leurs peaux. Cette situation est désastreuse pour l'économie de la colonie canadienne qui repose en partie sur l'exportation des pelleteries. Pour contrebalancer l'instabilité du marché causé par les guerres iroquoises, « la liberté de traite est réaffirmée par un arrêt du [qui] autorise les colons à se rendre parmi les Amérindiens de l'intérieur pour en rapporter des pelleteries » et à former une « milice destinée à protéger les convois hurons apportant les fourrures. ». Ce droit des colons de pouvoir commercer avec les Autochtones est confirmé vers 1651-1652. Cette nouvelle politique s'avère d'une importance capitale dans le développement de la course des bois, car la concession du droit de traite aux habitants permet la rétention d'engagés motivés par l'aspect financier.

Cependant, la traite des fourrures reste, en théorie, réservée aux habitants domiciliés en Nouvelle-France. Ces derniers voient d'un mauvais œil les concurrents qui effectuent un passage éphémère dans la colonie et inondent le marché de produits à prix modiques, ce qui a pour conséquence de faire augmenter le prix des fourrures. En , le gouverneur de Trois-Rivières, Pierre Boucher, s'insurge contre cette pratique de traite déloyale qui affecte le commerce local :

Après la chute de la Huronie en 1650 et la paix franco-iroquois de 1653, certains vont en effet traiter directement avec les Autochtones en amont des lieux de rencontre établis que sont Trois-Rivières et Montréal. Au même moment, le commerce de l’alcool commence à prendre une place plus important. L’historien Thomas Wien explique quant à lui ce déplacement du commerce vers l’Ouest par la concurrence de plus en plus vive entre marchands français [due à la liberté de traite chez les habitants] et la faiblesse de la demande des Autochtones pour des objets européens. vignette|Carte du pays des Hurons vers 1639-1648 attribuée au jésuite Jérôme Lalemant. Parmi ces pionniers de la course, on retrouve Médard Chouart Des Groseillers et son beau-frère, Pierre-Esprit RadissonSon récit de voyage reste un document incontournable de l'histoire de la Nouvelle-France au et du début de la course de bois. Voir : Pierre-Esprit Radisson, Les Aventures extraordinaires d’un coureur des bois : récits de voyage au pays des Indiens d’Amérique, Québec, Éditions Nota Bene, 1999, 374 p.. Seuls ou en convois, ils explorent la région du lac Supérieur et de la baie d'Hudson, avant de se mettre au service de l'Angleterre, en étant intimement liés à la fondation de la Hudson's Bay Compagny, en activité jusqu'en 2025.

Ainsi, selon l'historien Gilles Havard, ces facteurs, combinés à « la conjonction entre la concurrence de plus en plus vive entre Français [due à la liberté de traite chez les habitants] et la faiblesse de la demande des Amérindiens, liée à leur réticence structurelle vis-à-vis de l'encombrement matériel, explique [donc] l'appel d'air de la course de bois ».

L'anarchie, 1667-1681 Les explorations conduites par Des Groseillers et Radisson modifient profondément la pratique de la traite en Nouvelle-France. Elles entraînent l'apparition de groupes d'hommes spécialisés dans le voyage, le transport et le commerce des fourrures. Si ces activités débutent dans les années 1650, c'est surtout après la paix franco-iroquoise de 1666-1667, qui permet « d'atténuer l'insécurité sur la rivière des Outaouais », que des Français et des Canadiens s'enfoncent en plus grand nombre dans le territoire Nord-américain afin de trouver de nouveaux partenaires commerciaux.

Certains contournent les taxes prélevées sur les peaux en allant porter leurs marchandises au comptoir des Anglo-hollandais à Albany. Cette pratique illégale est mentionnée de plus en plus fréquemment dans les documents de l’époque. Cela marque, d’une certaine manière, la naissance des coureurs de boisEn se basant sur les sources, les historiens emploient de préférence coureurs de bois, bien que coureurs des bois soit courant dans la langue parlée au Québec. Voir la note 1 ci-dessus.. Après 1667, on considère l’activité de traiteurs comme un facteur de ralentissement du développement de la société laurentienne et la source de plusieurs problèmes dans la colonie. Le secrétaire de l'intendant Talon, Jean-Baptiste Patoulet, prend soin de souligner cette réalité en : vignette|Détail d’une peinture représentant Monseigneur de Laval, 1700. Celui-ci s’oppose au gouverneur Frontenac au sujet de l’utilisation de l'alcool dans la traite des fourrures franco-autochtones.