Juan Ramón Jiménez, né à Moguer, en Andalousie, le 23 ou et mort le à San Juan, à Porto Rico, est un poète espagnol de la génération de 14, époux de l'écrivaine Zenobia Camprubí.
Il a notamment développé l'idée de « poésie pure », à savoir une poésie d'inspiration platonicienne, habitée par un idéal supérieur de beauté et détachée de tout contenu idéologique, politique ou social. Jiménez se veut un poète du raffinement et de la nuance, soucieux de développer de nouvelles recherches esthétiques et rythmiques dans l'expression d'une douce mélancolie. Ses compositions sont par ailleurs dotées d'une large dimension musicale.
Jiménez reconnaît le symbolisme français et les travaux de Rubén Darío, à l'origine du mouvement moderniste en Amérique latine, comme influences déterminantes pour son œuvre.
Son récit poétique le plus célèbre est Platero y yo, sous-titré Elégie andalouse et dont l'édition intégrale parut en 1917. Opposant au régime franquiste, il s'enfuit à Porto Rico en 1939. Il y reçut le prix Nobel de littérature en 1956 alors qu'il vivait en exil avec d'autres figures marquantes de la Péninsule, telles que Pablo Casals et Francisco Ayala.
Biographie Il naquit le au numéro 2 de la calle de la Ribera de Moguer. Il était le fils de Víctor Jiménez et de Purificación Mantecón, qui pratiquaient avec succès le commerce des vins. En 1887, ses parents s'installèrent dans une vieille maison de la calle Nueva et il reçut son enseignement primaire et secondaire au collège de San José.
En 1891, il passa son brevet avec mention « Très bien » à l'Institut de Huelva. En 1893 il prépara le Baccalauréat au collège San Luis Gonzaga du Puerto de Santa María, et obtint le titre de Bachelier ès Arts. En 1896 il alla à Séville pour devenir peintre, croyant que c'était sa vocation. Il y fréquenta la bibliothèque de l'Athénée sévillan. Il écrivit ses premières œuvres en prose et en vers et commença à collaborer aux journaux et aux revues de Séville et de Huelva.
Sur l'ordre de son père, il commença des études de droit à l'Université de Séville mais les abandonna sans les avoir terminées en 1899.
gauche|vignette|Juan Ramón Jiménez vers 1900 (19 ans) En 1900, il s'installa à Madrid et publia ses deux premiers livres, Ninfeas y Almas de violeta. La mort de son père la même année et la ruine de sa famille le jetèrent dans une angoisse profonde, qu'il vécut intensément en raison de son tempérament hyperesthésique. En 1901, il est hospitalisé dans une clinique privée psychiatrique située au Bouscat près de Bordeaux, la maison de santé de Castel d'Andorte. Le parc de l’établissement est évoqué dans plusieurs de ses poèmes. Il est soigné par le Jean-Gaston Lalanne, médecin directeur de la maison de santé, qui diagnostique une « hypersensibilité » et un « surmenage intellectuel ». Après six mois d'hospitalisation, Jiménez quitte précipitamment la maison de santé après la découverte de sa liaison amoureuse avec la femme du Lalanne. De retour à Madrid, il est soigné au Sanatorio del Rosario.
En 1902, il publie Arias tristes et participe à la fondation de la revue littéraire Helios. Il quitte également le Sanatorio del Rosario et va s'installer chez le Docteur Simarro. En 1904, il publie Jardines lejanos.
En 1905, il retourna dans son village natal en raison des problèmes économiques de sa famille causés par la mort de son père et habite la maison de la rue Aceña. Cette période coïncide avec la période de sa plus grande production littéraire. On y trouve dans la Deuxième Anthologie Poétique (achevée d'imprimer en 1922), des ouvrages en vers: Pastorales (1903-1905) ; Olvidanzas (1906-1907) ; Baladas de primavera (1907) ; Elejías (1907-1908) ; La soledad sonora (1908) ; Poemas májicos y dolientes (1909) ; Arte menor (1909) ; Poemas agrestes (1910-1911) ; Laberinto (1910-1911) ; Melancolía (1910-1911) ; Poemas impersonales (1911) ; Libros de amor (1911-1912); Domingos (Première partie) (1911-1912) ; El corazón en la mano (Deuxième partie) (1911-1912); Bonanza (Troisième partie) (1911-1912) ; La frente pensativa (1911-1912) ; Pureza (1912) ; El silencio de oro (1911 -1913) ; Idilios (1912-l913) tous écrits pendant son séjour chez lui. En vers et en prose sont les ouvrages Esto (1908 -1911) et le titre évocateur Historias (1909-1912). vignette|Photo de mariage de Zenobia Camprubí et de Juan Ramón Jiménez (2 mars 1916, New York). Six ans plus tard, il s'installa à Madrid où, en 1913, il fit la connaissance de Zénobia Camprubí dont il tomba éperdument amoureux. Il fit plusieurs voyages en France puis en Amérique, où en 1916 il épousa Zenobia. Ce mariage et la redécouverte de la mer seront décisifs dans son œuvre et on leur doit le Diario de un poeta recién casado (Journal d'un poète jeune marié), qui marque la frontière entre son étape sensitive et son étape intellectuelle. À partir de ce moment, il crée une poésie pure avec un lyrisme très intellectuel. En 1918, il est à la tête de mouvements de renouveau poétique, acquérant une grande influence sur la Génération de 27. De 1921 à 1927 il publie dans des revues une partie de son œuvre en prose et, de 1925 à 1935, fait paraître ses Cuadernos (Cahiers), qui accueilleront la plupart de ses écrits. À partir de 1931, l'épouse du poète commence à souffrir des premiers symptômes d'un cancer qui ne finira qu'avec sa vie.
En 1936, année qui marque dans son œuvre la transition de l'étape « intellectuelle » à celle de la « suffisance ou de la vérité », la Guerre d'Espagne éclate. Il soutient la République avec Zenobia en accueillant plusieurs orphelins dans une de ses maisons, avec l'aide de la poétesse Ernestina de Champourcín, engagée comme infirmière. Cependant, il ne se sent pas en sécurité à Madrid, le journal socialiste Claridad entamant une campagne contre les intellectuels. Avec l'aide de Manuel Azaña, lui et sa femme parviennent à partir de la capitale par voie diplomatique Aquilino Duque, Juan Ramon Jimenez y su obra infinita [lire en ligne]: il s'installe ainsi à Washington comme attaché aux affaires culturelles. vignette|Membres de la Génération de 45 rassemblés autour de Juan Ramón Jiménez. De droite à gauche, debout : María Zulema Silva Vila, Manuel Arturo Claps, Carlos Maggi, María Inés Silva Vila, Juan Ramón Jiménez, Idea Vilariño, Emir Rodríguez Monegal, Ángel Rama. Assis: José Pedro Díaz, Amanda Berenguer, Zenobia Camprubí, Ida Vitale, Elda Lago, Manuel Flores Mora. En 1946, le poète reste hospitalisé huit mois en raison d'une autre crise de dépression. En 1950, il part pour Porto Rico, et donne des cours à l'Université de Porto Rico.
En 1956, l'Académie suédoise lui décerne le prix Nobel de littérature à Porto Rico, où il a passé une grande partie de sa vie en exil et où il travaille comme professeur à l'Université. Trois jours plus tard, sa femme meurt à San Juan. Il ne se remettra jamais de cette perte et reste à Porto Rico tandis que Don Jaime Benitez, chancelier de l'Université de Porto Rico, reçoit le prix en son nom. Juan Ramón Jiménez meurt deux ans plus tard, dans la même clinique où sa femme s'était éteinte. Ses restes ont été transférés en Espagne.
Poésie Bien que par son âge il appartienne à la deuxième génération, il est étroitement lié à celle qui la précède et celle qui la suit. Il a rejoint le modernisme, en étant le maître d'auteurs d'avant-garde.
Il cherche à connaître la vérité et ainsi atteindre l'éternité. La précision pour lui, c'est la beauté. La poésie est une source de connaissances qui permet de saisir les choses.
La poésie de Juan Ramón Jimenez est panthéiste, exacte et précise. Sa poésie a évolué de telle façon qu'on y distingue deux époques. La première se termine en 1916 au moment où commence la seconde. Il écrivit le où il raconte sa lune de miel aux États-Unis.
Les thèmes sont l'amour, la réalité des choses… un autre de ses succès fut , titre orthographié selon le style personnel de Juan Ramón, qui a toujours écrit « j » devant « e » et « i » conformément aux conventions de l'orthographe chilienne réformée de 1844-1927.
Juan Ramón a toujours senti la présence de sa ville natale comme une source d'inspiration et de référence, ainsi que le reflète toute son œuvre.
Étapes de son œuvre La critiques divise d'ordinaire sa carrière poétique en trois étapes : l'étape sensitive, l'étape intellectuelle et l'étape de suffisance ou de vérité.
Étape sensitive (1898-1915) Cette étape se divise à son tour en deux sous-étapes : la première va jusqu'en 1908, la seconde jusqu'en 1916. La première est marquée par l'influence de Bécquer, le symbolisme et un modernisme de formes subtiles, une rime par assonance, un vers d'art mineur et de musique intime. Ce qui domine alors, ce sont les descriptions du paysage comme reflet de l'âme du poète, un paysage qui n'est ni naturel ni le résultat de promenades comme celui de Machado, mais qui est soumis au statisme d'un jardin intérieur, à l'intimisme d'un ordre. Les sentiments vagues prédominent, la mélancolie, la musique et la couleur fanée, les souvenirs et les rêves d'amour. Il s'agit d'une poésie toute d'émotion et de sentiment où la sensibilité du poète resplendit à travers une structure formelle parfaite. À cette étape appartiennent Rimas (1902), Arias tristes (1903), Jardines lejanos (1904), Elegías (1907). La seconde époque se tourne vers la forme d'un art supérieur (hendécasyllabes et alexandrins), la rime consonanteCe que les francophones appellent la rime, les hispanophones se contentant le plus souvent d'assonances., la composition en strophes classique (sonnets, quatrains aux rimes alternées) ; elle laisse voir une influence moderniste profonde, celle du symbolisme français (Charles Baudelaire, Paul Verlaine) et du décadentisme anglo-français (Walter Pater, essentiellement). On a découvert un livre écrit entre 1910 et 1911, Libros de amor, rempli d'une poésie charnelle et érotique. Le poète atteint à la perfection les sommets du Parnasse, en particulier dans les sonnets ; appartiennent à cette sous-étape entre autres La Soledad Sonora (1911), Pastorales (1911), Laberinto (1913), Platero y yo (elegía andaluza) (1914) et Estío. Vers la fin de cette étape, le poète commence à sentir le dégoût des oripeaux sensoriels du modernisme et il se soucie désormais du temps et de la possession d'une beauté éternelle.
Platero y yo, daté par son auteur de 1914, est devenu l'ouvrage le plus populaire du poète, écrit dans une prose magnifique, qui entraîne doucement le lecteur à travers un retable minutieux d'images poétiques qui nous conduisent à partir de la présentation de ce petit âne :
Jusqu'à sa mort et, cela va de soi, l'ascension de l'ânon vers le ciel… de Moguer : « Platero, nous vois-tu ? Dis la vérité » nous demandons-nous en suivant ce qu'écrit Juan Ramón Jiménez.
Estío (1916) représente un changement vers la deuxième étape de Juan Ramón. Le poète s'éloigne du modernisme à la recherche d'une plus grande épuration du langage. Disparaissent alors les environnements nostalgiques, évoqués et rêvés, au profit d'une réalité plus concrète.
Étape intellectuelle (1916-1936)
Son premier voyage en Amérique et le contact avec la poésie de langue anglaise (Yeats, William Blake, Emily Dickinson, Shelley) ont profondément marqué cette deuxième étape (1916-1936), qu'il a lui-même baptisée comme l'étape intellectuelle, et qui le relie au courant littéraire du noucentisme. Un fait fondamental se produit alors : la découverte de la mer comme motif transcendant. La mer symbolise la vie, la solitude, la joie, le temps éternel et présent. Commence ainsi une évolution spirituelle qui l'amène à rechercher la transcendance.